Rarement aura-t-on vu en cette fin d'année autant d'artistes québécois en même temps en haut de l'affiche en France.

À partir de vendredi et pour trois soirs, la version «symphonique» de Notre Dame de Paris devrait attirer de 30 000 à 40 000 spectateurs au Palais omnisports de Bercy. Le 24 décembre, avec la première de la compagnie Éloize, installée pour un mois au prestigieux théâtre de Chaillot, on dénombrera trois cirques québécois à Paris en même temps. À la Grande Halle de la Villette, on en sera aux dernières représentations de Psy, des Sept doigts de la main, après deux mois et demi de présence. Sous son chapiteau de 2700 places à la lisière ouest de Paris, Corteo, du Cirque du Soleil, entamera la dernière partie de quelque 80 représentations.

Après sa spectaculaire percée de l'automne 2010 en France, Véronic DiCaire passe maintenant une partie de son temps à sillonner la province française, la Belgique et la Suisse, où elle remplit des salles de 5000 à 8000 places. Elle a réservé le célèbre Olympia de Paris, en novembre prochain, pour 10 soirées, ce qui n'est donné qu'à quelques très grandes vedettes françaises.

Entre-temps, l'humoriste et performeur Anthony Kavanagh, solidement installé en France depuis ses succès de la fin des années 90, parcourt lui aussi la France, plus exactement le réseau des Zénith, qui constituent les plus grandes salles en province. En février prochain, il se produira lui aussi à l'Olympia, mais pour six soirées «seulement» si l'on peut dire.

Mis à part la mésaventure qu'il a connue en 2006 avec sa comédie musicale Les démons de l'Arkange, Kavanagh, qui a fait quelques incursions pas totalement concluantes dans le monde du cinéma, reste l'un des entertainers les plus populaires du pays, capable de remplir les grandes salles à longueur d'année.

Dans son sillage - mais encore assez loin derrière -, Rachid Badouri poursuit avec persévérance sa conquête de la France avec un spectacle qu'il donne depuis la mi-octobre, à raison de trois séances par semaine, au théâtre parisien du Temple (350 places).

Fort du soutien du puissant réseau de Juste pour rire et de Gilbert Rozon, Badouri avait eu droit à une presse plutôt généreuse et à quelques grosses émissions de télé. Il vient maintenant de décrocher ce qui ressemble au gros lot: une participation majeure à la nouvelle émission de son «grand copain» Arthur, un programme de 90 minutes qui commence vendredi. Une place qui vaut de l'or.

Comme si cela ne suffisait pas, deux chanteuses déjà fort connues en France, Isabelle Boulay et Coeur de pirate, viennent toutes deux de sortir un album. On en entend des extraits sur les radios généralistes.

Isabelle Boulay, qui avait atteint les plus hauts sommets au début des années 2000, avec un album écoulé à un million d'exemplaires, reste une grande vedette, assurée de faire les quelques grandes émissions de télé lorsqu'elle sort un disque. Ce qui est le cas ces jours-ci, alors qu'elle continue de remplir de grandes salles de province en décembre et janvier.

Coeur de pirate est également sur les routes de France et de Navarre, souvent dans les Zénith. Elle vient tout juste de jouer à guichets fermés au Bataclan et a réservé le Casino de Paris pour le 19 mars. Ces jours-ci, elle pointait autour de la 15e place dans les ventes d'albums français à la FNAC, et Isabelle Boulay à la 25e.

Si on ajoute à cette liste les noms de quelques autres artistes abonnés au succès en France et qui reviennent périodiquement dans l'actualité à des niveaux fort différents - de Fred Pellerin à Lynda Lemay, en passant par Garou et Roch Voisine -, on peut dire que le nombre de vedettes québécoises solidement implantées en France augmente d'année en année. Et qu'on assiste en cette fin d'année 2011 à un véritable feu d'artifice.

Seul bémol dans ce bilan: il concerne presque exclusivement des valeurs sûres et des vedettes consacrées de longue date. Le triomphe annoncé à Bercy est tout de même celui d'un spectacle musical de 1998, même si le parcours de Notre-Dame de Paris reste unique en son genre. La carrière en France des trois cirques aujourd'hui célébrés date de plusieurs années. Isabelle Boulay et Kavanagh ont commencé à labourer le terrain il y a une douzaine d'années. Même les petits derniers - Coeur de pirate et Véronic DiCaire - sont dans le paysage depuis plus de deux ans.

Cette fin d'année 2011 est donc somptueuse. Et, en même temps, il faut constater qu'aucun nouveau nom n'a fait son apparition depuis un ou deux ans. L'avantage d'une carrière française, c'est qu'elle dure longtemps. Mais la porte d'entrée est étroite. Même avec du talent et de gros moyens, on n'est pas sûr de réussir.

Année record des Québécois en France | Louis-Bernard Robitaille, Collaboration spéciale | Arts