Note de l'auteur: toute ressemblance avec des personnages existants ne sera pas forcément purement fortuite, veuillez par conséquent excuser l'auteur pour les libertés qu'il s'est octroyé délibérément.
1er Mars, le hall 4 commence à se remplir, malgré l'heure matinale.
Les avions défilent sur le tarmac, à vitesse grand v: 8 vols sont prévus dans le prochain quart d'heure.
Je prends un siège, un sourire vient chatouiller mon visage, je repense aux personnes que je viens de quitter il y a quelques minutes à peine: " on devrait se voir plus souvent à l'avenir" lança Charles avant de tous nous quitter.
" Assurément " lui répondit Aude, des larmes de joie fuyant ses joues rosies par l'émotion.
Mais commençons par le début de notre histoire si vous le voulez bien.
29 Février, 17 heures.
Comme d'habitude, je suis le dernier à arriver, ce n'est pas faute d'être parti en avance de chez moi, mais mon avion a comme à l'accoutumée eu du retard.
Mais je suis là, enfin, devant cette tablée, et un frisson m'envahit.
Tout le monde est là, ou presque.
Les voix des uns et des autres s'entremêlent dans une cacophonie monstre, déjà, et mon arrivée en trombes vient interrompre ce brouhaha.
Laetitia est la première à se lever, et se jettent dans mes bras en me sussurant à l'oreille: " je suis contente que tu es pu venir ".
Les autres ne tardent pas à l'imiter, et je me retrouve l'espace d'un instant entouré par tous ces gens, qui à un moment ou à un autre de mon existence, ont croisé mon chemin.
Après ses quelques accolades de bienvenue, on reprend tous nos places respectives, le serveur ( Arnaud de son prénom ) essaye tant bien que mal de prendre les commandes de chacun, et après une bonne demie-heure, il repart en cuisine avec enfin sous le bras la vingtaine de menus qu'il avait délicatement posé sur la table quelques heures auparavant.
Seul manque à l'appel Romain, qui n'a pu se libérer pour d'obscures raisons sentimentales ( on apprendra par la suite qu'il a rencontré une de ses ex alors qu'il s'apprêtait à prendre son vol, et qu'il a décidé sur le coup d'aller boire un café avec elle, ce qui lui fit rater sa correspondance à Tokyo... ).
Mis à part lui, et Gilles qui doit arriver d'un moment à l'autre, tout le monde a répondu présent.
On commence à prendre des nouvelles les uns des autres, et Charlye, toujours à l'affût d'une bonne initiative, lance l'idée qu'on fasse un tour de table et que chacun raconte un peu ce qu'il lui est arrivé récemment.
Tout le monde se tourne vers Charlye à ce moment là, et on ne peut s'empêcher de partir dans un fou rire monumental; après quelques minutes d'hésitation, c'est lui le premier qui se lance, et on se taît tous naturellement, suivant avec attention son récit en attendant timidement notre tour.
Il n'a pas beaucoup changé notre Charles.
Et finalement il l'a fait son PVT au Canada, et plutôt deux fois qu'une.
Après avoir travaillé pendant 6 ans en tant que responsable joaillier dans une boutique de luxe Place Vendôme, il décida avec un ami d'enfance de refaire une demande de pvt, et il partit direction Montréal où il vécut de très belles choses pendant deux ans.
Et oui, il avait tellement aimé sa première année au Québec qu'il réussit à prolonger son séjour d'une année; il multiplia les conquêtes féminines, devint totalement bilingue à force d'abnégation et d'allers-retours en Ontario, et quitta le sol Canadien en Décembre 2015.
Aujourd'hui, à bientôt 40 ans, il s'est remarié l'an dernier avec une ancienne pvtiste, rencontrée par hasard au Club Med, il est papa d'une petite Camille et passe rencontrer à l'occasion les futurs pvtistes qui se réunissent toujours à Paris.
C'est lui qui est à l'origine de notre rencontre de ce soir, et sans lui je dois bien l'avouer, nous ne nous serions peut-être jamais revus.
Donc merci beaucoup Charles.
Aude prend naturellement la parole, en embrassant au passage Charles sur le front.
Toujours le sourire aux lèvres, elle nous apprend que son pvt a bien failli ne jamais se faire, car à quelques jours de son départ, elle rencontra la personne qui, et elle le savait déjà apparemment, deviendrait l'homme de sa vie.
Après avoir terminé brillament ses études, elle rencontra Xavier, sapeur pompier de son état, lors d'une soirée d'adieux que ses amis lui avaient concoctée.
Finalement, elle partit avec quelques jours de retard, et son année de pvt fut pour elle comme une sorte de révélation.
Elle savait ce qu'elle allait faire à son retour, elle savait que ce charmant jeune homme allait devenir le père de ses enfants, et malgré le fait qu'il lui manqua terriblement durant ces douze mois, elle profita de son voyage comme aucune autre.
Aujourd'hui, elle est heureuse, sa maternité la comble en tous points, et lui permet de prendre un break bien mérité .
Elle est de loin celle qui parait la plus émue par ce repas, mais je sens bien que d'autres le sont tout autant qu'elle.
Mat et Lilou font plaisir à voir, je ne les avais vu en fait qu'une seule fois il y a bien longtemps déjà, lors d'un cocktail organisé par l'ambassade du Canada.
Il faut dire qu'ils ont vécu beaucoup de choses depuis la fin de leurs PVT.
En fait ils ne sont jamais rentrés, ou en de très rares occasions, Mat a finalement décroché le poste de ses rêves, ce qui l'a bien occupé pendant une bonne dizaine d'années.
Il a ensuite monté une société avec Litchee, et bien que leurs débuts aient été difficiles, ils sont à la tête aujourd'hui d'une des plus grandes sociétés de Software au Canada.
Il travaille beaucoup, mais il n'oublie en rien sa petite famille, qui s'est récemment agrandi d'un petit Théo.
La mère, Julie, se porte comme un charme, elle est comblée par son poste de directrice d'une très grande école de Toronto, et elle enseigne toujours le français dans une association.
Elle nous raconte comment Mat l'a demandé en mariage: au vu des larmes de joie qui coulent sur ses joues, cela a du être un moment d'une rare intensité.
C'est au tour de Vincent maintenant de nous raconter son après pvt, enfin après qu'il eu ingurgité une poignée énorme de cacahuètes.
Pour lui, le PVT est passé a une vitesse folle ( comme bon nombre de présents ce soir ), et le dernier mois de son périple fut consacré à la visite du Québec.
A Tadoussac, il rencontra une jeune algonquine nommée Atépa, et fit un bont bout de chemin avec elle.
Ensuite, de retour en France, il entreprit de se réorienter professionnellement et entama des démarches pour devenir journaliste.
Il réussit avec succès à se faire embaucher dans un journal local, et sa plume acerbe et talentueuse l'amena à se faire remarquer par un grand groupe d'édition.
Il écrivit deux romans, dont un consacré entièrement à son expérience de pvtiste, qu'il nomma tout simplement : le roman du pvtiste, et malgré les réticences de son éditeur quant à ce titre peu accrocheur et vendeur, il rencontra un vif succès critique et public.
Il vit désormais à Vancouver, fréquente une jeune anglaise et est éditorialiste au Vancouver daily news.
Au tour de Maureen maintenant, qui n'a en fait pas beaucoup changé depuis le temps.
Elle est toute mimi dans sa robe typiquement japonaise, souvenir de son récent voyage au Japon, forcément.
Elle a finalement réalisé son rêve le plus fou, à savoir créé une organisation humanitaire, qu'elle dirige de main de maître d'ailleurs.
Elle s'occupe essentiellement de fournir de la logistique humaine et matérielle dans beaucoup de pays africains et sud-américains, elle parle courament l'espagnol, l'anglais, l'arabe et le malien.
Elle reste très évasive sur sa vie sentimentale, mais on sent bien dans le pétillement de ses yeux qu'elle est amoureuse, follement, éperduement.
Sa vie est rythmée par la passion, l'envie de partager et de connaître les gens, et même si elle passe beaucoup de temps au téléphone et en réunion, elle n'oublie jamais ses amies ou les réunions familiales, et n'est pas la dernière pour faire la fête.
La fête, c'est ce qui résume le mieux Jay, propriétaire de deux restaurants et d'un bar-loundge sur Londres, il revient à peine de NYC où il a inauguré en grandes pompes un nouveau concept de resto, baptisé cook yourself.
Il a l'air fatigué ( à cause du jetlag comme il nous le fait remarqué ) mais, et ça se voit, est bien content d'être parmi nous.
Tout comme Laet et Laurent, toujours ensemble, pas encore mariés mais ce n'est pas le plus important.
Après leur pvt canadien, ils sont partis un an en Australie, et c'est là-bas d'ailleurs qu'ils passent une bonne partie de l'année.
Laet a ouvert un backpaper, puis un deuxième, puis un troisième, et s'occupe en même temps de ses deux enfants, Ian et Mélissa, de l'association qu'elle a créée avec son papa, et des cours de sport qu'elle dispense au Sport éducation center of Melbourne.
Laurent est quant à lui analyste financier pour la première chaine australienne, job qui lui est tombé dessus par hasard mais dans lequel il s'éclate .
Ils sont retournés deux fois au Canada, ils y ont laissé des amis, et des souvenirs impérissables.
Rémy l'écoute attentivement, et quand vient son tour, il ne se montre pas avare de gestes et mimiques en tous genres pour nous conter sa vie québécoise.
Il est citoyen canadien maintenant, depuis une bonne dizaine d'années, tout comme Charlotte, sa femme, et leur fille unique, Manon, bientôt douze ans.
Elle ressemble terriblement à son père, ce qui ne semble pas gêner Charlotte, qui la prend délicatement dans ses bras et l'embrasse sur la joue.
Ils ont acheté une petit maison de ville tout près du Mont Royal, et tous les hivers , Rémy emmène femme et enfant patiner en fin d'après-midi; d'ailleurs ils y ont croisé Michael et sa femme cet hiver, et à les entendre, ils attendent un heureux évènement pour cet été.
Marie a l'air d'avoir faim, comme d'habitude, c'est pour cela qu'elle s'empresse de héler le serveur en lui réclamant une corbeille de pain.
Elle nous raconte qu'elle a finalement adoré Toronto, et les torontois of course.
Elle est aujourd'hui working girl jusqu'au bout des doigts, puisqu'elle cumule les postes de vice-présidente de Lamary Associates ainsi que avocate au barreau de Paris.
Mais elle n'a pas oublié son passé de militante, et elle défend toujours becs et ongles ceux qu'elle estime lésés ou démunis face au système judiciare, ce qui lui vaut quelque fois quelques démélés avec les forces de l'odre.
Mais elle a mûri, elle vit avec Stéphane, compositeur de bandes originales de films, et pense sérieusement à avoir un enfant.
J'apprend pêle-mêle, au retour de ma pause pipi qui s'est un peu éternisé, que Mélanie sillone le monde pour un guide fort célèbre, que Lydie pense sérieusement à changer de voiture et que Karine nous aime vraiment tous très fort ( elle a un petit coup dans le nez je pense).
Je croise le regard de Delphine, et je devine que malgré toutes ses années, elle se souvient encore de cette fameuse soirée, la veille de son départ.
Elle est belle dans son tailleur sombre, elle a l'air en pleine forme malgré son insomnie de la nuit dernière.
Elle s'est installé pendant quelques temps, à Montréal, je l'y ai d'ailleurs croisé en sortant d'un cinéma un soir.
Elle vit désormais je ne sais où ( Charles me lance au visage au même moment : elle est vraiment belle, tu trouves pas...), mais je sais qu'elle a monté sa propre boîte d'édition, Morphée édition, dont le siège social est basé à Paris, et projette de publier prochainement des livres pour enfants.
Elle a été longtemps courtisé, et je ne sais pas si aujourd'hui elle partage la vie de quelqu'un, mais elle se remémore avec tendresse ses rencontres pvtistes au Québec, la fois où Charlye a amené une fille d'à peine 20 ans chez elle en lui faisant un remake de " viens chez moi j'habite chez une copine ", et ses joies quotidiennes d'éditrice.
Elle tient parallèlement une petit librairie, baptisé " the shop around the corner " où elle invite régulièrement les auteurs qu'elle publie pour des séances de lecture publique.
Elle a souvent pensé à recontacter certains pvtistes, mais finalement ne s'est jamais réellement décidé à le faire.
Et moi dans tout ça.
J'ai réalisé un vieux rêve, je possède une salle de cinéma, pas très grande, mais j'y passe des soirées formidables quand le temps me le permet.
J'ai aussi en parallèle monté une petite organisation qui s'occupe de projeter des films de manière itinérante, et au fil du temps, de nombreux collaborateurs m'ont rejoint et soutenu dans ce projet qui me tient à coeur.
On projette des films un peu partout, dans une cour d'école, dans un terrain vague, et le public qui s'assoit chaque soir devant cet écran de fortune n'a pas pour habitude d'aller au cinéma.
Dernièrement, j'ai projeté Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain dans un favela, au Brésil, et j'ai été surpris par les réactions que le film a suscité, encore aujourd'hui.
J'ai d'ailleurs revu à cette occasion Maureen, qui m'a bien aidé pour monter cette soirée; nous avons passé quelques instants ensemble à la fin de la projection, en sirotant un coca-cola et en se remémorant quelques vieux souvenirs de pvtistes.
Je suis revenu il ya deux jours de Montréal, où je m'occupe avec les enfants de mes amis québécois de leur organisation humanitaire.
Je ne suis pas marié( d'ailleurs je pense ne jamais l'être ), j'ai connu quelques femmes dans ma vie mais rien de sérieux.
Je ne tiens toujours pas en place, ce qui m'amène à prendre souvent l'avion et à ne pas avoir de pied à terre officiel, mis à part la maison de mes parents que mes frères et moi avont décidé de garder.
Je surfe de temps en temps sur le site, il a atteint hier la barre des 28 000 membres, plusieurs modérateurs s'occupent à plein temps de la gestion fonctionnelle et éditorialiste, car depuis le partenariat que nous avons conclu avec le gouvernement du Canada il y a quelques années déjà, le site a pris une ampleur phénoménale.
Mais malgré ce succès, mérité je dois l'avouer, il a gardé toute cette convivialité et cette richesse, ce je ne sais quoi qui fait que j'y reviendrais toujours avec ce sentiment unique que j'y suis le bienvenue, que j'y suis un peu comme chez moi.
Des milliers de pvtistes ont transité via le site, et malgré des offres mirobolantes de plusieurs grands groupes, qui y voient une manne finacière énorme, Mat, Tatane et Julie on toujours refusé de le vendre.
Ils ont passé la main au petit neveu de Mat , ainsi qu'au filleul de Vincent, mais supervisent toujours, avec plus ou moins de souplesse, son fonctionnement.
La soirée ne fait que commencer, mais je sens déjà que l'émotion, le rire et la complicité seront au rendez-vous.
Cette soirée a eu lieu, a lieu, et aura lieu peut-être un jour, ailleurs que dans mon imaginaire.
Nous verrons bien...
A bientôt.




































).
Citez

Autre

Toronto
A quand la parution de tes écrits?