Covid-19 et PVT Australie : les pistes des parlementaires australiens

Date de publication : 16-09-2020

Auteur

Marie

En juin dernier, le groupe de travail en charge de l’immigration au parlement australien a lancé une commission d’enquête parlementaire sur le Programme Vacances-Travail en Australie.

Alors que les parlementaires rendront leur rapport définitif à la fin de l’année 2020, les membres du comité viennent de publier un rapport d’étape dans lequel ils font état des premières constatations et donnent des recommandations urgentes au gouvernement australien pour les visas Working Holiday, par rapport à la crise du Covid-19.

Le gouvernement australien est libre de prendre en compte ces recommandations ou non.
Par conséquent, les recommandations concernant les pvtistes dont nous allons parler dans cet article ne sont en aucun cas des décisions définitives. Mais cela donne une idée des mesures possibles qui pourraient être prises dans les mois à venir concernant le Programme Vacances-Travail en Australie.

Contexte

Le nombre de pvtistes est passé de 140 000 (toutes nationalités confondues) en mars 2020, à 70 000 en juin 2020. Au cours de l’été, d’autres pvtistes ont certainement quitté l’Australie pour rentrer dans leur pays d’origine. Cette baisse drastique du nombre de pvtistes a des conséquences importantes, en particulier sur les secteurs de l’agriculture, l’horticulture et le tourisme en Australie.
L’Australian Fresh Produce Alliance (un groupe de pression représentant les grandes entreprises australiennes de l’agroalimentaire) a demandé au Cabinet Deloitte Access Economics un rapport sur l’impact des pvtistes sur l’industrie des produits frais : le cabinet de conseil estime ainsi que l’absence de pvtistes dans cette industrie aurait un impact de 13 milliards de dollars dans le PIB australien, et pourrait causer une baisse de 127 000 emplois pour l’ensemble de l’économie australienne.
Par ailleurs, Tourism Australia (l’agence gouvernementale pour la promotion du tourisme en Australie) estime de son côté que les pvtistes représentent une manne financière de 3,1 milliards de dollars pour le tourisme du pays.

La commission d’enquête voit ainsi deux enjeux majeurs dans le contexte actuel :

  • Limiter au maximum le départ des pvtistes actuellement en Australie pour limiter la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs
  • Organiser un retour rapide des pvtistes sur le territoire australien (avant la réouverture globale des frontières) pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, tout en assurant la sécurité des Australiens face à la menace du coronavirus.

Des mesures pour les 12 prochains mois pour faire rester les pvtistes en Australie

Les parlementaires estiment qu’il faut trouver des moyens pour inciter les pvtistes sur place à rester, tout en les encourageant à aller travailler dans des secteurs souffrant de manque de main-d’œuvre. Pour cela ils ont plusieurs propositions :

Élargir les conditions d’attribution d’un 2e et 3e PVT

L’Australie est le seul pays à autoriser plusieurs participations au PVT dans leur pays sous condition d’avoir travaillé suffisamment longtemps dans un « emploi spécifique », dans des régions spécifiques. Pour retrouver les conditions appliquées « en temps normal » : 2e et 3e PVT-WHV en Australie : les emplois et régions éligibles (“specified work”).

Les conditions d’attribution pourraient être élargies de plusieurs façons :

  • Élargissement des zones géographique : les zones péri-urbaines pourraient être prises en compte. Il s’agit notamment des régions situées juste à la limite des régions urbaines où le travail spécifique ne compte pas pour le calcul des 88 ou 176 jours pour un 2e ou 3e visa. Il n’est ici pas question d’élargir ces zones aux villes de Melbourne, Sydney, Brisbane ou Perth…
  • Élargissement aux titulaires du visa 408 : quelques semaines après la fermeture des frontières, les autorités australiennes ont permis aux pvtistes qui travaillaient dans des secteurs en tension et qui ne pouvaient pas demander d’autre PVT d’obtenir un visa spécial 408. Le comité parlementaire sur le PVT souhaite que les anciens pvtistes qui ont bénéficié de ce visa puissent compter les jours de travail sous ce visa pour le décompte des jours nécessaires pour un 2e ou 3e PVT.

Limiter les restrictions d’emploi des pvtistes

Les pvtistes n’ont, sauf exceptions, normalement pas le droit de travailler plus de 6 mois pour un même employeur en Australie. Par ailleurs, la fermeture des frontières internes entre certains États australiens empêche la circulation des pvtistes entre les différents États australiens.

  • Étendre les exceptions permettant de travailler plus de 6 mois pour un même employeur : dans leur rapport d’étape, les parlementaires proposent d’étendre le « Northern Australia provision » (qui permet aux pvtistes de travailler plus de 6 mois pour un même employeur dans des secteurs comme le tourisme et l’hôtellerie, par exemple) à toutes les régions régionales / rurales et éloignées de l’ensemble de l’Australie. Une autre proposition, très similaire, propose d’étendre l’exception des 6 mois avec un même employeur pour les pvtistes qui travaillent dans les aires péri-urbaines, régionales, rurales et dans les régions éloignées. Il est à noter que les autorités australiennes ont déjà mis en place dès avril 2020 des mesures visant à étendre les exceptions pour la limite des 6 mois avec un même employeur dans des secteurs comme l’agriculture et la grande distribution (en savoir plus).
  • Mettre en place des exemptions aux restrictions de frontières internes pour les pvtistes : les parlementaires souhaitent que les traversées de frontières soient facilitées pour les pvtistes qui auraient besoin de se rendre dans un autre État pour travailler dans des secteurs souffrant de pénurie.

Encourager les pvtistes à aller travailler dans le secteur agricole (et horticole)

Partant du constat qu’il est très compliqué d’encourager les Australiens à aller travailler dans l’agriculture et l’horticulture, les parlementaires souhaitent encourager les pvtistes à aller au maximum travailler dans le secteur agricole.

  • Inciter les pvtistes à travailler dans le secteur agricole (ou les encourager à rester pour travailler dans ce secteur) : sur ce point, peu ou pas de détails supplémentaires sont donnés (sauf les critères élargis pour le 2e et 3e PVT cités ci-dessus). Il est fait allusion à des « financial and other incentives », mais le rapport d’étape ne s’attarde pas vraiment sur le sujet.
  • Permettre aux pvtistes d’être mieux renseignés sur les opportunités d’emploi dans le secteur : les parlementaires proposent que soit mise en place une meilleur communication autour du Harvest Trail, un service gratuit du gouvernement australien pour faciliter la mise en relation des pvtistes avec les employeurs.

Les mesures envisagées pour la réouverture des frontières

Alors que l’Australie ne prévoit pour le moment aucune réouverture prochaine de ses frontières, la commission d’enquête parlementaire a élaboré des propositions temporaires pour permettre le retour à plus ou moins long terme des pvtistes :

Ne pas léser ceux qui n’ont pas pu utiliser leur PVT à cause de la pandémie

Les parlementaires de la commission proposent de faciliter le retour de ceux qui devaient réaliser leur PVT pendant la pandémie et qui en ont été empêchés. Plusieurs mesures sont envisagées sur le sujet :

  • Permettre le retour des participants (PVT activé ou non) dont les projets ont été bouleversés par la crise du Covid : seraient concernés par cette mesure aussi bien les pvtistes qui ont dû interrompre leur séjour en Australie à cause de la crise que les pvtistes pour qui le visa avait été approuvé mais qui n’ont pas pu partir à cause de la crise. Les parlementaires souhaitent que toutes ces personnes puissent présenter une nouvelle demande à moindre frais, et que leur demande soit traitée de façon prioritaire.
  • Les parlementaires proposent aussi que la limite d’âge de 30 ou 35 ans soit levée pour les participants (participation interrompue ou visa non validé à cause de la crise) qui auraient atteint l’âge limite entre temps (et seulement pour eux).

Une réouverture différenciée en fonction des pays

Les parlementaires australiens considèrent que faire revenir les pvtistes ne pourra pas se faire d’un coup, avec une réouverture complète de tous les pays partenaires. Deux pistes sont envisagées pour définir les pays d’origine prioritaires d’où pourraient venir les pvtistes :

  • Une réouverture pour les ressortissants des pays où la situation épidémique est jugée bonne : dans la publication du rapport, les exemples de la Corée du Sud et de Taiwan sont cités comme des pays qui pourraient potentiellement être concernés par la mesure. Dans ce contexte, les ressortissants français ou belges ne seraient pas prioritaires.
  • Une réouverture prioritaire pour les ressortissants de pays qui ont la réputation d’aller beaucoup travailler dans les fermes. En 2018, la France faisait partie du Top 5 des pays qui obtiennent le plus un second visa (et dont les ressortissants ont donc réalisé les 88 jours de ferme) mais cela ne garantit pas que la France ferait partie de la liste prioritaire…

Comment rendre possible le retour des pvtistes tout en imposant une quarantaine à l’arrivée ?

Actuellement, la frontière australienne n’est ouverte qu’aux résidents permanents et aux ressortissants australiens. Ces derniers doivent se soumettre à une quatorzaine à l’arrivée. Cette quatorzaine se fait dans un lieu dédié et à leurs frais (entre 2 500 et 3 000 $ pour les 14 jours). Si l’Australie ouvrait de nouveau ses frontières à des pvtistes, il serait pour le moment peu envisageable de se passer d’une quarantaine. Dès lors, comment maintenir l’attractivité d’un PVT Australie si le séjour devait débuter par une quatorzaine coûtant plusieurs milliers de dollars ? Pour répondre à ce dilemme, la commission parlementaire propose deux options :

  • Faire participer les acteurs de la vie économique (organisations professionnelles, entreprises, gouvernements) qui sponsoriseraient la mise en quarantaine des pvtistes qui arriveraient en Australie. Par exemple, on pourrait imaginer des recrutements à l’étranger où les candidats retenus se feraient financer (au moins partiellement) leur quatorzaine à l’arrivée par leur employeur.
  • Conditionner le remboursement des frais de quarantaine à l’exercice de métiers spécifiques pendant un temps donné : pour cette option, les pvtistes devraient financer leur quarantaine, mais ils pourraient recevoir un remboursement une fois qu’ils auraient démontré avoir travaillé suffisamment longtemps dans des secteurs souffrant de manque de main-d’œuvre. Un autre moyen d’inciter les pvtistes à retourner travailler dans les fermes…

Assurer une meilleure protection des pvtistes en Australie

Un des objets de la commission d’enquête est aussi de faire le point sur des « allégations » concernant l’exploitation des pvtistes en Australie. Des articles sont régulièrement publiés dans la presse pour faire état d’abus de la part d’employeurs en Australie, particulièrement dans les secteurs de l’agriculture et de l’horticulture.
Pas plus tard qu’hier, la chaîne nationale australienne ABC publiait un article détaillé intitulé « There are no human rights here » consacré aux abus subis par des pvtistes, en particulier la pratique de salaires en dessous du minimum légal, mais aussi des problèmes de harcèlement sexuel.

La commission d’enquête parlementaire n’a pas encore pu véritablement travailler sur cet aspect de leur mission, mais ils proposent pour le moment la mise en place d’un numéro de téléphone unique que les pvtistes pourraient appeler pour leurs questions concernant leurs droits du travail, faire état de problèmes d’exploitation, les questions sur le logement ou encore leurs opportunités d’emploi.

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