Euphie
- 40 ans
- Français
Vancouver Island, Colombie-Britannique, Canada
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Salutations l'ami(e),
J'ai 33 ans, je suis en PVT Canada depuis un an et des brouettes, j'avais aussi fait un PVT en NZ #pluiedecoeurs avant ça, et une parenthèse sur le sol européen entre les deux (tout en solo). J'ai eu quelques résistances à l'encontre du Canada à mes débuts, j'avais tellement aimé la Nouvelle-Zélande que je n'arrivais pas à profiter de la chance qui m'était offerte. Je voulais réaliser un rêve d'enfant qui ne s'accordait pas avec ma réalité d'adulte. Comme une histoire d'amour dont on arrive pas à se défaire, je comparais tout et rien n'arrivait à la cheville de ma bien-aimée dont le souvenir de la beauté magnétique me fait encore chavirer.
Il m'a fallu du temps, beaucoup de galères et une bonne remise en question (ainsi que plusieurs allers retours en France) pour finalement me laisser porter par le vent et accepter ce qui s'en venait à moi.
Ma petite tête obstinée a fini par apprivoiser doucement cette terre d'abord désavouée.
Et depuis? Je te le donne en mille l'ami(e), depuis tout est bien plus simple. Les jobs me tombent dessus sans que je ne lève le petit doigt, les rencontres sont belles et émouvantes, et il me semble qu'à chaque fois que je flanche, Mère Nature m'envoie une nouvelle merveille en travers de la face pour me requinquer. J'ai parfois la sensation que l'Univers tout entier s'agite en tenue de pompom-girl derrière moi!
Je n'étais pas prête pour ce pays et je voulais obstinément retourner en NZ, retrouver un bout de la fille que j'étais avant de rentrer (le retour a été extrêmement douloureux), mon insouciance, ma confiance, ma légèreté d'âme et la Beauté partout autour de moi (j'ai eu le souffle coupé quelques fois depuis au Canada, je te rassure =) )
Alors je n'ai aucunement planifié comment je pourrais faire pour rester ici, dans cette froide mais belle contrée, puisque mon regard était résolument tourné vers un Ailleurs qui me semblait plus doux, plus accueillant. Je voulais profiter de cette opportunité pendant deux ans puis partir sans me retourner.
Mais voilà l'ami(e), je me balade seule depuis bientôt 4 ans, et je fatigue. Est-ce que c'est l'âge, la pression silencieuse de la société, mon horloge biologique ou simplement la lassitude d'être confinée dans les limites de ma zone de confort?
Je fatigue de ne pas avoir mon home sweet home, mon refuge quelque part dans ce monde où je puisse aller me ressourcer quand tout devient trop bruyant ou chaotique. Une cabane ferait bien l'affaire, je pourrais y stocker tous mes livres, ces pépites que je trouve en chemin, au lieu de les abandonner derrière moi avec un pincement au coeur.
Je fatigue de sauter dans un avion/train/bus à chaque fois que quelque chose se passe mal, comme une enfant capricieuse et contrariée, et de recommencer ailleurs.
Je fatigue de voir des pans de la société s'écrouler un peu partout et de ne pas apporter ma contribution pour changer ça. La maison brûle et je regarde ailleurs, vers ma prochaine destination, en haussant les épaules.
Je fatigue de cette sensation de n'appartenir à aucun lieu, aucune place spéciale, aucune communauté, d'être toujours celle qui ne fait que passer, de rouler égoïstement ma bosse à travers les pays dont j'obtiens le visa; de le faire seule avec toute l'énergie que ça implique pour ramasser les petits bouts de soi éparpillés un peu partout quand un coup plus dur qu'un autre vient tout balayer.
Je ne suis pas qualifiée, et j'ai fait plus de volontariats que de jobs rémunérés ici, alors il y a peu de chances pour que je puisse étendre mon visa alors que pour la première fois, j'en ressens l'envie. L'envie de déposer mon sac, de m'installer, de construire, de faire partie de quelque chose me semble désormais plus enthousiasmant que changer de ville toutes les 3 semaines le nez au vent.
Le plan ensuite ? Aller en Australie, économiser de quoi aller clôre le chapitre avec ma bien-aimée. C'est le plan depuis que j'ai quitté la NZ il y a trois ans. L'obsession qui m'a fait tenir pendant les trois longs mois où j'ai contemplé le plafond de ma chambre chez mes parents après mon retour, rongée par les regrets d'être rentrée, l'idée fixe qui me faisait avancer dans une direction. Est-ce que ce plan colle toujours avec celle que je suis devenue depuis?
Pas vraiment. Tu sais comme moi que je ne retrouverais pas celle que j'étais avant, hein ? Que c'est une illusion, qu'il faut composer avec ce qui a été perdu mais aussi acquis depuis. Que même ma bien-aimée sera évidemment devenue une autre, qu'elle ne sera plus jamais identique à celle que j'ai laissé il y a quelques années.
Et quand bien même...après ?
Le voyage a perdu son sens, sa nécessité, sa beauté.
Est-ce que cela signe la fin du PVT?
Mes confuses pour cette présentation aussi brouillonne que mes pensées !