1. #1
    Avatar de Lilou
    Julie 35 ans

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    Nous avons reçu ce récit d’une PVTiste en Nouvelle-Zélande, qui souhaite témoigner, de façon anonyme, sur ce qui vient de lui arriver.
    Elle tient à partager son expérience car elle a "cherché des témoignages sur comment faire dans ce cas, comment est la police ici, comment vivre avec ça à l’autre bout du monde" et n’a "malheureusement rien trouvé" sur Internet.

    --

    Il faut que je vous dise à quel point c’est difficile pour moi d’écrire cet article mais il est important que je partage mon expérience avec vous, PVTistes. Si j’écris mon histoire, c’est principalement parce que j’ai cherché ce genre de témoignage et ce que je devais faire après. Je n’en ai pas trouvé et j’espère que mon histoire aidera d’autres personnes. Je vous demande de ne pas juger ce qui suit.

    Je suis arrivée en Nouvelle-Zélande dans l’espoir de retrouver ma liberté, mon célibat et de réaliser mes plus grands rêves. C’est un pays très sûr, où on est en sécurité et je maintiens ce discours malgré ma mauvaise expérience. Je suis ici depuis 2 mois, et me suis réinscrite sur Tinder. J’y ai rencontré pas mal de monde, des garçons très sympas avec qui le feeling est bien passé, j’ai même fait un petit trip avec l’un d’entre eux, certains avec qui le feeling ne passait pas très bien mais c’était sans importance. On ne peut pas plaire à tout le monde. Je suivais mon instinct et il était plutôt bon, j’ai voyagé dans toute l’île du Nord et je ne me suis jamais sentie aussi libre.

    Je venais de trouver le job de mes rêves à Auckland et, pour fêter ça, je me suis offert un dernier week-end d’aventure à New Plymouth. Une fois sur place j’ai eu beaucoup de succès sur Tinder. Tellement que j’ai eu au moins 4 propositions de rencard le même soir. Je les ai tous déclinés et j’ai préféré rencontrer du monde à l’auberge. Il était plus de minuit quand je me suis couchée, dans la chambre ça ronflait, on entendait le karaoké du bar d’en bas et j’étais incapable de dormir. Je parlais donc avec ce mec de tinder qui avait l’air adorable, très sympa et vraiment bienveillant comme tous les locaux. Il m’a proposé de venir me chercher pour regarder un film chez lui, je ne voulais pas de ça parce que je savais pertinemment ce qu’il avait en tête. Après son insistance, je lui ai fait promettre qu’il n’y aurait pas de sexe entre nous et il me l’a promis 3 fois. Je lui ai demandé son adresse et je l’ai donné à mes amies. Il est venu me chercher, je suis montée dans sa voiture et je suis allée dans sa maison volontairement. Le reste de la nuit n’appartient qu’à moi, ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a eu des rapports protégés et non protégés contre mon consentement plusieurs fois.

    J’en ai parlé directement à mes amies. Nous sommes un groupe de 3 françaises et je les considère comme mes sœurs. Elles m’ont tout de suite dit d’aller porter plainte, mais j’étais seule, sous le choc et je n’y suis pas allée. J’avais peur des représailles, qu’il soit au courant et qu’il me fasse plus de mal. Je suis rentrée à Auckland quelques jours après et j’ai découvert ma nouvelle colocation, mon nouveau boulot, tout ce qui pouvait me faire oublier cette nuit-là. Puis samedi 9 mars, soit 9 jours après les faits, j’ai commencé à y repenser. J’en ai parlé avec un mec de Tinder qui venait lui aussi de New Plymouth et il m’a dit de porter plainte, de penser à la prochaine fille. J’ai contacté mes amies et l’une d’entre elle était libre dans l’après-midi pour aller au commissariat.

    Me voici au commissariat, on se présente à l’accueil et on nous demande ce qu’il nous arrive. Je dis que je viens porter plainte contre quelqu’un pour agression sexuelle. On nous demande de patienter et quelqu’un va venir s’occuper de nous. 10 minutes plus tard, une policière arrive et nous emmène dans une pièce pour en parler calmement. L’audition commence à 18h. Je suis très vite prise au sérieux, elle me dit que je peux prendre mon temps et que c’est très courageux de ma part de venir ici. Elle me demande ce qu’il s’est passé, elle écrit tout ce que je dis, elle prend mes conversations sur tinder et facebook en photo ainsi que le profil du mec, son adresse, et son nom sur snapchat. Elle est à l’écoute, elle me soutient, comprend mes difficultés à expliquer en anglais, reformule ses questions quand il y en a besoin. Elle me dit qu’elle travaille avec une équipe à l’hôpital composée d’un docteur, d’une infirmière et d’une psychologue. Elle arrange un rendez-vous pour une prise en charge immédiate. L’audition touche à sa fin vers 19h30. La policière a été d’une extrême gentillesse, d’une douceur et d’une patience folle. Elle m’a beaucoup soutenu en me disant que ce n’est pas parce que j’ai abandonné et que je me suis laissée faire que ce n’est pas un viol.

    Avec son coéquipier, ils nous emmènent à l’hôpital, l’équipe médicale nous attend et nous accueille avec bienveillance. Dans un premier temps, les policiers parlent seuls à seuls avec le docteur et l’infirmière pendant que la psychologue nous raconte ce qu’il va se passer, nous fait du thé et nous met tout de suite à l’aise. Elle est désolé que ça me soit arrivé en Nouvelle-Zélande, aussi loin de chez moi et de ma famille. On verse quelques larmes et on se sent dans un cocon de bien-être. Elle nous propose de manger quelque chose parce qu’il se fait un peu tard et nous emmène voir le docteur. Je signe plusieurs consentements à ce qu’il va se produire après, on m’explique que je vais avoir plusieurs examens à passer pour prélever toutes traces restantes. On commence par un test de grossesse, il s’avère négatif mais elles me demandent d’en refaire un dans 2 ou 3 semaines. Elle me pose beaucoup de questions sur mes symptômes, sur les pénétrations que j’ai subi et sur les endroits où j’ai été touchée. Elles me font une prise de sang pendant que je mange. Puis me demandent de me déshabiller et de mettre une blouse d’hôpital pour l’examen physique et gynécologique. C’est la partie la plus éprouvante pour moi, je pleure beaucoup mais elles me rassurent et me soutiennent comme j’en ai besoin. L’infirmière me donne des médicaments à prendre dans les prochains jours et nous retournons voir la psy. Elle nous parle du suivi, du soutien psychologique, me donne un numéro que je peux joindre 24/7. Elle m’appellera dans les prochains jours pour savoir comment je digère tout ça. Les policiers reviennent et nous déposent chez nous. Je suis rentrée à 23h. Tout ça a donc pris 5h.

    Ce que je retiens de cette première partie, c’est la prise en charge immédiate, le non-jugement et toute l’aide qu’ils nous apportent. Mon amie est restée avec moi du début à la fin, j’ai été écoutée, respectée et prise très au sérieux. Le viol est considéré comme un crime très grave ici et on le ressent. Si il vous arrive ce genre de chose, n’hésitez pas à porter plainte, la police est vraiment compétente. Surtout, peu importe ce que vous faites, prenez l’adresse du mec, donnez la à une personne de confiance, et enregistrez toutes les conversations snapchat. Pour la suite, je vais être réauditionnée et filmée, mes amies aussi parce qu’elles sont considérées comme témoins. Ils vont mener l’enquête et si ils ont assez de preuve, confronter le mec, voir même l’arrêter et faire un procès. Je vous avoue que je ne suis pas rassurée, j’ai toujours peur et j’ai très envie de parler de ça à ma famille. Néanmoins, la Nouvelle-Zélande reste un pays que j’aime et où on se sent en sécurité.


  2. Plus d'astuces, de témoignages et d'expériences

    Retrouvez toutes les informations les plus à jour possible au sujet du COVID-19 et de ses répercussions sur les pvtistes !
  3. #2
    Avatar de murielj
    Muriel 37 ans

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    Merci à toi, qui que tu sois, d'avoir pris la peine de témoigner, c'est en effet hyper important. J'espère que tu continueras à avoir tout le soutien nécessaire pour la suite.


  4. #3
    Avatar de Marie
    Marie 34 ans

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    Tu as eu raison d'aller porter plainte, bravo d'avoir eu la force de le faire ! C'est mieux pour toi, c'est mieux pour tout le monde.
    Tiens nous au courant par l'intermédiaire de Julie.

    Courage courage courage ❤️ ❤️ ❤️ ❤️ ❤️ ❤️


  5. #4
    Avatar de Giani
    Giani 27 ans

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    J'ai atterri sur cette discussion par hasard, mais je ne peux pas repartir sans commenter..

    Courage à toi et respect pour ton témoignage, tu as eu raison de le faire et surtout de ne pas laisser ce genre de choses sans suite !

    Ces mecs là devraient être plus que punis mais ça c'est un avis personnel.
    Le viol est une chose qui ne devrait pas exister, mais dont on doit parler pour que les gens prennent conscience que ça ne se passe pas qu'à la télé ou dans les pays les plus sauvages!
    J'espère que ce **** ** **** ira dans une prison où par chance il pourra subir les mêmes sévices !


    J'espère que ton psychologique ira bien. Courage à toi...

    PS: si ça peut aussi faire prendre conscience que les sites de rencontres peuvent être très dangereux... Méfiez-vous des beaux parleurs et des rendez-vous...

  6. #5
    Avatar de Pliz
    Carô

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    Merci pour avoir eu le courage de t'exprimer ainsi. Je te souhaite que cette démarche de témoigner en pensant aux autres t'aide aussi toi à faire face et que tu bénéficies de toute l'écoute et l'accompagnement bienveillants dont tu as besoin. Bon courage.




    Message de Giani
    si ça peut aussi faire prendre conscience que les sites de rencontres peuvent être très dangereux... Méfiez-vous des beaux parleurs et des rendez-vous...
    Il faudrait surtout comprendre que ce sont ceux (ou celles) qui sont incapables de se contrôler qui ont un problème et qui sont exclusivement responsables et coupables de leurs actes. Peu importe la situation (une jupe courte, une soirée arrosée, un tête à tête avec un.e inconnu.e, un sourire, etc.), rien ne justifie/excuse/minimise une agression sexuelle. Rien. Sans consentement clairement exprimé, c'est ceinture. Et si quelqu'un doit se sentir coupable, c'est uniquement l'agresseur. En aucun cas la personne agressée. Jamais.
    Dernière modification par Pliz ; 18/06/19 à 23:43.


  7. #6
    Avatar de Mat
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    Mathieu 38 ans

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    Un grand merci pour ton témoignage.


  8. #7
    Avatar de Leeloue
    Séverine 36 ans

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    Bravo et merci pour ce courageux témoignage!

  9. Mat

  10. #8
    Avatar de Lilou
    Julie 35 ans

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    Nous avons reçu la suite du témoignage de notre pvtiste, 6 mois plus tard.



    Je tenais à vous raconter la suite qui malheureusement n’est pas celle que j’espérais. Je voulais aussi remercier toutes les personnes qui m’ont soutenue via cette discussion, c’était très important durant toutes ces étapes.

    J’ai eu les résultats des tests sanguins très rapidement, je n’avais aucune MST mais les infirmières m’ont demandée d’en refaire tous les 3 mois par mesure de prévention, et j’ai également eu le droit à 2 vaccins. Donc niveau santé tout va très bien.

    L’équipe médicale m’a vraiment soutenue durant toute cette période, elle était très (parfois beaucoup trop) présente, et j’espère qu’en France on a ce genre de soutien psychologique et physique. Je pouvais appeler la psychologue à tous moments, quand j’avais des crises de panique dans la rue ou quand je ne dormais pas. Elle m’a également téléphoné dès qu’elle n’avait pas de nouvelles de moi pendant plusieurs semaines, ou quand l’enquête avançait. J’ai aussi eu le droit à 5 rendez-vous chez un psychologue couverts par l’assurance que j’ai décidé de décliner, ils m’ont toutefois dit que je pouvais changer d’avis avant mon retour en France.
    Le plus difficile de mon point de vue, est surtout le suivi de l’enquête.

    Très rapidement mes amies ont été interrogées. Je n’ai eu aucune nouvelle pendant plusieurs semaines. Un jour j’ai reçu un appel d’une policière spécialisée dans les témoignages vidéos, on a convenu d’un RDV 2 semaines plus tard, elle m’a proposé l’assistance d’une traductrice et m’a envoyé plusieurs documents pour me préparer à ce difficile moment. Je le redoutais vraiment. On revit cette nuit en face d’une inconnue et d’une caméra. Le rendez-vous arrive tard, donc on commence à reprendre pied et on n’a pas du tout envie de revivre tout ça. Elle m’a demandé de tout écrire sur un papier la veille au soir, pour me remémorer ce que j’aurais pu oublier, je n’ai pas dormi et j’étais terriblement angoissée.

    Le jour du témoignage filmé, 2 policières étaient présentes : celle avec qui j’étais en contact et qui allait mener l’interrogatoire, elle ne connaissait rien du dossier, et celle qui était dans une autre pièce et regardait la vidéo puis guidait les questions quand c’était nécessaire. Il y avait également une psychologue de l’équipe médicale qui venait me voir et me parler à toutes les pauses, puis la traductrice qui est restée avec moi tout le long. Cela a duré plus de 3h30, les questions étaient tellement précises que je n’ai pas pu répondre à tout, j’ai également dû dessiner la chambre. J’ai oublié une partie de la nuit, ce qui est totalement normal, mais en cette matinée je l’ai revécue et contrairement à ce que j’ai pu croire, j’en suis ressortie soulagée. C’était la dernière fois qu’on me posait des questions sur cette nuit.

    Trois semaines plus tard, j’ai pris la décision d’en parler à mes parents lors d’un appel visio. C’est à ce moment là que j’ai vraiment réalisé ce qui m’était arrivé et j’ai pu enfin avancer. Evidemment, ils ont été choqués et très tristes pour moi. Même si c’était plus de 2 mois après cette nuit, ils ont eu le sentiment que ça venait de m’arriver. C’est très important d’en parler à sa famille, j’ai eu un gros soutien de leur part et je regrette presque de ne pas en avoir parlé plus tôt.

    Tout allait donc pour le mieux jusqu’à la semaine d’après. Un matin j’ai reçu un SMS de la part de la policière me disant que le jour du témoignage filmé (1 mois plus tôt) deux officiers se sont rendus chez mon agresseur et lui ont parlé de la plainte et du consentement. Il a tout nié évidemment, ils l’ont mis en garde pour le futur sur le consentement dans une relation sexuelle. Dans le SMS il est dit qu’il avait l’air sincère et UN PEU effrayé par la visite. “It was quite a wake up call for him”. Il a assuré qu’il serait prudent dans ses futures relations sexuelles. Il n’y aura donc pas de suite, mon cas n’est pas totalement reconnu comme un viol. En revanche, si dans le futur, une autre fille se fait agresser par lui, mon dossier sera considéré comme une évidence dans sa plainte. Étant sa parole contre la mienne, je ne suis pas étonnée de la tournure du dossier.

    J’ai toutefois eu beaucoup de mal à l’accepter. J’ai longtemps été abasourdie par toutes les étapes par lesquelles je suis passée pour qu’il se fasse interroger une seule et unique fois, puis que devant son air sincère, les officiers décident de s’arrêter là. Aujourd’hui, j’espère que la plainte restera ainsi et que je n’aurais jamais de nouvelles, sinon cela voudrait dire qu’une autre fille a subi la même chose que moi et personne ne le mérite.