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    Avatar de Deed
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    Bonjour,

    Après 2 ans et demi passés dans la “Belle province”, j’ai décidé comme beaucoup de PVTistes de faire mon petit retour d’expérience sur le sujet, ce que j’ai aimé et moins aimé, les déconvenues, désillusions, bonnes surprises etc. etc.
    Bien évidemment, je précise que chaque fait que je vais vous raconter est propre à mon expérience et à mon ressenti, totalement subjectif donc, il est évident qu’une généralité ne peut pas être basée sur l’expérience d’une seule personne.
    Voici donc mon histoire. Je préviens, c’est long mais je me suis dit que le format récit informatif changerait un peu des habituels pour vs contre qu’on peut trouver un peu partout sur le web.
    Je m’excuse par avance pour les fautes d’orthographe.

    0 - Présentation
    Un maudit français, 33 ans à ce jour (2019), développeur informatique, français métis asiatique, parle français et anglais comme un français.

    1 - L’idée
    Cette idée de vouloir changer d’air, de tout abandonner pour tenter une immigration au Canada fût pour la première fois évoquée par mon ex sur une terrasse nantaise par une belle soirée d’été de l’année 2015. Assez têtu et fermé d’esprit à l’époque (toujours un peu maintenant en fait), je lui avais répondu que cela ne me disait rien, qu’on était pas si mal ici (surtout me concernant, famille pas loin, bon nombre d’amis dans la même ville, boulot correct etc.).
    Sans grande conviction et sans grand espoir d’avoir le fameux sésame, nous faisons toute la paperasse et soumettons notre demande pour le PVT Canada début Décembre 2015 (j’ai alors 29 ans).

    2 - La préparation
    Nous attendons, attendons et là surprise, en Mai 2016, la veille de mon anniversaire (je m’en souviens encore), je reçois une invitation. Je la valide dans la foulée et je me dis que si nous partons, nous le ferions une fois que nous aurons un peu d’argent de côté, à savoir juste avant le délai max de Mai 2017 (cela me laissait plus de temps pour me faire à l’idée de tout quitter, de l’accepter, ou au contraire de tout annuler). Nous avions pensé en priorité à Montréal car nous étions loin d’être bilingue à l’époque et voulions éliminer cette difficulté supplémentaire (mauvais choix personnellement, je vous l’expliquerai plus tard pourquoi). Cependant, dans l’hypothèse d’un changement de plan et en sachant pertinemment que je serais forcé de parler anglais dans n’importe quel entretien que je devrais faire là-bas, je me mets à regarder des séries en VOST. Grosse étape pour moi qui regardait habituellement en VOSTFR. Un épisode pouvait me durer 1h30 car je stoppais à chaque mot que je ne connaissais pas. Cela a néanmoins porté ses fruits, j’ai ainsi appris beaucoup de vocabulaire et ma compréhension orale s’est nettement améliorée. Mon expression et compréhension écrite étaient déjà acceptables.
    Fin 2016, nous nous séparons. Je prends un peu de recul, je réfléchis et décide finalement de tenter l’aventure seul (pour la petite histoire, elle a eu son PVT également plus tard). En Janvier 2017, je commence à vendre toutes mes affaires sur leboncoin (électros, meubles, TV, voiture etc. etc.) Je stocke le reste de mes affaires qui ne rentrent pas dans une valise chez un ami, je stocke ma tonne de paperasse chez un autre (un qui je sais pourra être disponible à tout moment pour fouiller dedans). Je scanne le maximum de documents que je stocke sur google drive. J’effectue un check-up complet gracieusement payé par la sécurité sociale (possible une fois tous les cinq ans, si cela n’a pas changé). Je lâche mon appartement en location et mon boulot en Mars 2017. Je fais un grand tour de la famille début Avril 2017. Je donne procuration à mes parents pour la banque, je fais suivre mon courrier chez eux, j’applique pour l’assurance Globe PVT (je ne fais pas de pub, je ne l’ai jamais utilisée en fait…Mon point de vue serait même plutôt mitigé si je me base sur le discours de certaines de mes connaissances), je ne préviens pas la CPAM (ma carte était toujours valide en Décembre 2018…) que je pars mais je préviens les impôts, je demande trop tard le chômage et n’ai donc pas les 3 mois que je voulais toucher pendant mon début de voyage etc. etc. Bref tout ce que bon nombre de PVTistes ont dû faire avant leur départ en gros, moins à l’arrache que moi certainement.
    Malgré le fait que j’avais changé d’idée depuis ma première discussion à propos du PVT en 2015, que j’avais pris un peu de recul sur ma situation, c’est avec un gros pincement au coeur que je quitte tous mes proches et amis et décolle le 6 Avril 2017 pour Montréal. Je ne savais toujours pas au fond de moi si c’était le bon choix.

    3 - L’arrivée
    Ca y est, j’y étais. J’étais arrivé à Montréal après 6-7h de vol, quelques heures d’attente pour obtenir mon PVT à l’immigration de l’aéroport, une heure de plus pour aller à mon hôtel en bus. Je poste sur facebook que je suis bien arrivé et je m’effondre de fatigue.
    Le lendemain j’avais beaucoup de choses de prévu. Mon hôtel était volontairement proche d’un centre de services afin que je puisse obtenir mon NAS. Ensuite j’avais RDV chez RBC pour ouvrir mon compte (j’ai donné l’adresse de l’hôtel en attendant). Étape d’après, aller chez Fido pour avoir un abonnement téléphonique. Un ami de lycée au Canada depuis 10 ans et habitant sur Montréal avait même visité quelques appartements pour moi, j’avais déjà une visite prévue pour la fin d’après-midi. Tout était plus ou moins bien ficelé. A la fin de la journée, j’étais dans un studio de 20m carré, un peu miteux à mon goût (sur le plateau of course...), tout compris, électricité, chauffage, internet, laveuse et sécheuse dans le building, pour 700$. Je vous entends déjà crier au scandale et vous avez raison, surtout quand vous allez lire ce qui m’est arrivé dans cet appart. Cependant je savais que c’était temporaire, la location étant au mois, il m’était facile de bouger si je le souhaitais.
    Certaines choses peuvent paraître bizarre au premier abord (je les savais d’avance vu que j’avais épluché les articles de PVTiste.net et autres mais je vais les répéter pour ceux qui lisent ce post à titre informatif).
    La première a été la facilité pour avoir un logement. Pas d’état des lieux, pas de caution, pas de preuve de CDI etc. un chèque à donner tous les mois et c’est fini (cependant, cela ne marche pas partout pareil).
    La deuxième a été d’avoir à payer une sorte de forfait bancaire si je souhaitais débiter à volonté sur ma carte de débit. Oui carte de débit, à ne pas confondre avec la carte de crédit. Ici vous en aurez deux. Une carte de débit sur laquelle vous ne pouvez pas effectuer autant de retrait que vous le souhaitez à moins de payer ce fameux forfait mensuel. Elle est rattachée à vos comptes courant/épargne et vous pourrez payer avec celle-ci n’importe où au Canada mais je vous le déconseille (par ailleurs je crois que vous ne pourrez pas payer en ligne avec). A la place, utilisez autant que vous pourrez votre carte de crédit pour n’importe quel achat, cela vous constituera un historique de crédit qui vous sera utile par la suite. Chaque fois que vous utilisez votre carte de crédit, vous avez un certain nombre de jours avant de devoir rembourser un pourcentage minimum du montant. Ne vous prenez pas la tête et si vous le pouvez, remboursez le jour même tout achat effectué avec votre carte de crédit. Ne tombez pas dans le piège de la société de consommation et d’être vraiment à crédit sur votre carte de crédit, les intérêts à payer si vous trainez trop sont indécents (15 20%?). Un système qui m’a paru fourbe au début, je me suis toujours dit, si j’oublie de rembourser, ca va faire de l’argent de plus à ma banque, ça me fait un truc à penser de plus dans la journée etc. Pas de problème, avec ma banque et sûrement d’autres, vous pouvez effectuer un paiement automatique juste avant le dernier jour. Enfin ça n’empêche que ça me fait un truc à penser en plus dans la journée car je garde ma routine de payer tout le jour même ou au plus tard le lendemain. J’ai mis plusieurs mois à me faire à l’idée d’utiliser ma carte de crédit. Un collègue encore plus têtu que moi ne s’y est jamais fait. Il a toujours la base de 600 points à son historique de crédit et on a beau lui dire que ça ne va pas l’aider à trouver son nouvel appart, rien ne change ^^ Sans compter le fait que son accent africain ne l’aide pas non plus parfois (j’en reparlerai plus tard).
    La troisième a été évidemment le prix d’un abonnement téléphonique. Plus de 50$TTC pour 8go de datas avec appels illimités au Canada (et US peut-être je ne sais plus) et SMS illimités partout dans le monde. Un mois de spotify gratuit ? Pourquoi pas, cette mauvaise habitude de prendre tout ce qui est gratuit et ne pas l’utiliser c’est tout moi...Comme prévu, je ne l’ai pas utilisé...Par contre j’ai bien annulé l’abonnement avant la fin du mois mais il m’a été facturé quand même. J’appelle pour gueuler, ça passe un mois mais le mois d’après c’est reparti. Je suis donc obligé de menacer de changer d’opérateur pour que les choses soient enfin bien faites. Si vous souhaitez avoir la TV avec un bouquet de chaînes avec votre forfait téléphone, cela va vous coûter facilement le double. J’ai eu l’occasion de voir 5 6 chaînes publiques au tout début dans mon premier appartement, j’ai vite arrêté, une page de pub toutes les 10-15min, je devenais fou. Voilà pourquoi Netflix marche si bien ici ^^
    La quatrième a été la notion de tips et de taxes non incluses dans le prix. Si vous allez au restau, attendez-vous à payer 30% de plus que les prix affichés, 15% taxes puis 15% tips. Si vous êtes radin ou minutieux, vous faites l’addition des taxes et cela vous donne les 15% de tips à donner. Si vous avez la flemme, vous tapez 15% sur la machine mais vous remarquerez via un calcul mathématique savant que vous avez payé 15% sur (le prix d’origine + 15%) et non 2 fois 15% sur le prix d’origine car le prix qu’on vous donnera sur l’addition comprends déjà les 15% de taxes. En gros (prix * 1.15 * 1.15) != (prix * (1.15 + 1.15)). Tout ça pour donner la conclusion qu’on s’en fout un peu car la différence est souvent négligeable et parce que des fois vous donnerez 10% car le service est mauvais et des fois 20% car il est très bon...En général il reste bon, et cette notion de tips est bien apprécié car cela évite des serveurs exécrables comme on peut croiser en France, la rémunération de ces derniers ici étant composé d’une bonne partie de leurs tips.
    La cinquième a été la gentillesse apparente des gens (j’en reparlerai plus tard).
    La sixième a été le fait de payer des tips sur la poutine à emporter que j’ai mangée le soir. J’avais cru lire le contraire lors de mes recherches. Je me suis aperçu par la suite que le serveur m’avait gentiment “crossé”. Quelle idée de demander si je dois donner un tip lorsque je prends une commande à emporter aussi...Bref, premier élément sur la province que l’on nomme avec certains collègues et amis pour déconner à moitié : “le pays des crosseurs” (bien sûr, plusieurs éléments viendront égayer cette théorie dans mon histoire).
    La dernière a été l’état de l’appartement. Oubliez l’état des lieux, les 3 fiches de salaire etc. mais ne vous attendez pas à trouver un appartement super clean à chaque fois que vous déménagez. Je veux parler de clean / nettoyé correctement. L’autre “clean” est l’état général des appartements. Parenthèse sur ça : Après avoir vécu dans 3 appartements, un pattern semble se dessiner. Vous avez le choix entre :

    • Premier type d’appart, vieux et rénové en surface ou pas, sur l’île de Montréal Down Town ou plateau ou quartier à la mode (ils le deviennent tous histoire de pouvoir monter les prix en fait). Un 3 et demi ( = 1 chambre, 1 salon, 1 cuisine/salle à manger, 1 SDB) vous coûtera entre 700 à 1000$.
    • Deuxième type d’appart, neuf type condo sur l’île de Montréal Down Town ou plateau ou quartier à la mode. Un 3 et demi vous coûtera entre 1000 à 1600$, dépendamment si vous avez une piscine, gym, terrasse rooftop avec barbecue etc.
    • Troisième type d’appart, vieux et rénové en surface ou pas, hors de l’île de Montréal ou un peu loin du centre vous coûtera entre 500 et 800$.
    • Quatrième type d’appart, neuf type condo, hors de l’île de Montréal ou un peu loin du centre vous coûtera entre 900 et 1200$.

    Les prix sont à titre indicatifs, les perles existent, les taudis pas chers aussi etc. la notion de “bon appart” et de standard sont subjectifs.
    J’ai habité dans le premier type au début, j’ai eu beaucoup de soucis et pour 700$, c’était juste du vol mais bon être sur Mont Royal et Saint Denis, ça a un prix...
    Mon deuxième logement était plus loin du centre/plateau, à 2 pas de la station Rosemont, toujours sur l’île de Montréal, un peu vieux aussi, mal isolé, je payais cher de chauffage et j’entendais bien mes voisins mais j’avais un 4 et demi sans salon ou alors un de 4m carré (plutôt un 3 et demi donc mais bon, il faut bien vendre comme on peut son bien et j’étais pressé à ce moment-là…). Je payais 850$ rien compris.
    Et enfin mon dernier dans lequel je suis actuellement est plus de niveau condo, en face de mon deuxième appartement en fait, un très grand salon/cuisine, une chambre pour 1250$. Oui c’est cher. Oui les québécois sauteraient au plafond mais c’est le standing que je veux (au final le même standard que j’avais en France avec l’air conditionné en plus et le rooftop/barbecue).
    Donc quand on me dit Montréal c’est pas cher pour se loger, je vous réponds oui et non, ça dépend comment vous voulez vivre (condo neuf, appart rénové ou pas, demi sous-sol, proche d’un métro, en centre ville etc.). C’était le cas il y a quelques années peut-être mais il parait que les maudits français viennent faire monter les prix sur le plateau etc. etc. blablabla. Lolilol. On ne peut cependant nier que l’immobilier monte sans cesse et je pense que sans vraie régulation du gouvernement, cela va donner les mêmes prix que Toronto et Vancouver dans quelques temps, la meilleure excuse étant de justifier quelques travaux pour pouvoir monter le prix de location (d’où mon expression “rénové en surface”). Parenthèse terminée.

    4 - Le doute
    Si vous regardez la courbe classique représentant l’état d’esprit d’une personne en début d'immigration, vous verrez d’abord cette courbe émotionnelle montée vers l’euphorie, redescendre bien bas vers la remise en question pour remonter progressivement mois après mois, montrant ainsi que la personne s’adapte petit à petit puis embrasse son nouveau mode de vie (ou pas).
    La redescente a eu lieu pour mois après 1 à 2 semaines. De nature assez réservé au premier abord, je n’avais lié contact avec personne. Je suis allé faire mon touriste seul au marché Jean-Talon, Mont-Royal, Down Town etc. Après une semaine, j’ai ressenti un doute. Qu’est-ce que je fais là ? J’ai laissé ma famille, mon boulot (fausse excuse car mon domaine est très demandé), ma vie pèpère à boire des bières, faire du babyfoot et du billard 3 fois par semaine avec mes potes pour quoi ? Pour pas grand chose à ce moment-là à part de la solitude et un environnement totalement inconnu. Je ne connaissais personne à part l’ancien collègue de lycée qui m’a certes aidé à trouver un appart mais qui semblait avoir sa vie à lui bien établi ici et ne me contactait pas vraiment pour demander des nouvelles ou autres. Je n’avais pas encore de boulot, ne faisait pas de sport en groupe, n’avait pas vraiment l’envie de tinderiser. Bref aucun moyen de connaître des gens, il fallait donc que je me sorte les doigts du c…
    Je me suis inscris sur le groupe PVTiste français à Montréal et j’ai effectué ma première sortie en groupe. Évidemment, il n’y avait que des français mais ça faisait du bien de pouvoir échanger sur son expérience et celles des autres dans la même situation.
    En résumé de ce paragraphe, si cela vous arrive, je pense que cela est parfaitement normal, je l’ai vu souvent sur les publications facebook ou les forums, changer de pays, ce n’est jamais facile au début :-)

    5 - Le “repos”
    Je suis resté ainsi quelques mois. On prend vite goût à l'oisiveté. D’avril 2017 à Juillet 2017, j’ai rencontré diverses personnes, amis d’amis en soirées, français et québécois. J’ai visité Montréal, été à ma première cabane à sucre, vu des matchs de hockey dans les bars, couru au Mont-Royal, été à des festivals gratuits en centre ville, fait des barbecues dans les parcs, profité d’un pass illimité à la Ronde et y aller en pleine semaine lorsqu’il n’y a pas foule, vu un spectacle de Mado dans le village Gay ^^ etc. En bref j’ai profité des festivités de l’été.
    Ce que je peux retenir de ces 2-3 mois de visite/chilling à Montréal, c’est que l’été est chaud (et humide), et court aussi évidemment. Les gens en profitent tant qu’ils peuvent dans les parcs, les terrasses avant que l’hiver ne reviennent etc.
    Chose à savoir pour un fumeur à l’époque comme moi : il est interdit de fumer à X mètres de certains bâtiments ou mêmes dans certains espaces publics. Par exemple, si vous allez aux jardins Gamelins pendant l’été, vous ne pourrez pas fumer à l’intérieur mais vous pourrez fumer à l’extérieur du périmètre. A contrario, vous pouvez boire de l’alcool dans le périmètre car ils en vendent mais vous ne pourrez pas en boire dans la rue. Certains ont déjà dû goûté aux joies des amendes ici pour avoir stoppé une porte de métro, ou avoir une bière à la main non recouverte de papier alu, ou avoir traversé un passage alors que le petit bonhomme était rouge (il y a beaucoup plus de respect ici pour le petit bonhomme rouge qu’en France, la ville étant quadrillé à l’américaine et les rues en général étant plus large, ça doit aider mais pas que...il y a juste plus de respect tout simplement en fait, envers les policiers également).
    J’ai trouvé que les drogues étaient plus présentes qu’en France, que cela soit en soirée ou quand vous croisez un type qui parle tout seul dans le métro ou dans la rue. Ca existe en France c’est sûr mais j’ai l’impression d’en avoir moins côtoyé. Point de vue totalement subjectif évidemment.
    J’ai également commencé à voir certains clichés des québécois vs français. Comme quoi il est difficile d’entrer dans la vie des québécois, la noix de coco du français vs l’avocat du québécois. L’arrogance et le sarcasme du français vs la susceptibilité et la superficialité du québécois etc. Je pense que je ferai un paragraphe dédié à ce contraste de culture.

    6 - Le road trip
    Je n’ai pas trop été en dehors de Montréal (à part le Mont-Tremblant il me semble) entre Avril et Juillet 2017 car il était prévu depuis le début que mon grand frère vienne de début Juillet à Fin Août pour faire un road trip. D’ailleurs je ne pouvais pas vraiment trouvé de boulot pour ensuite dire à mon employeur que je partais 2 mois en road trip. C’était peut-être pas un bon move de ma part car même si j’avais déjà prévu d’utiliser mes économies pour prendre des vacances de quelques mois, 2-3 mois à visiter Montréal, c’est un poil long.
    Nous avions donc prévu un voyage tout organisé de 3j pour 1000 Îles + Niagara Fall + Toronto, un autre de 5j pour New York, suivi d’un road trip d’un mois dans les provinces maritimes. Nous avons loué une voiture sur Turo (plateforme de location de voiture entre particuliers) en kilométrage illimité pour environ 1000$ pour 1 mois (petite note, j’ai tenté Globe Car une fois pour voir une alternative à Turo...beaucoup plus cher évidemment, checkin un peu plus long si vous ne connaissez pas la procédure et le pompom, j’ai été accusé d’avoir volé le GPS que je n’avais même pas utilisé, 300$ retiré de ma carte de crédit, je dois me plaindre et attendre 2 semaines pour que mon argent revienne sur la carte. En deux mots, plus jamais autre chose que Turo me concernant xD J’ai entendu parlé de Communauto pour les trajets courts, je n’ai pas encore testé. Je privilégie encore Turo avec 3-4 propriétaires avec qui je n’ai jamais eu de souci. Pourquoi je n’ai pas de voiture ? Nous discuterons de ça dans la partie “premier hiver”). Armé du Routard, notre parcours de road trip a été le suivant : Montréal, Parc de la Mauricie, Saint Félicien, Lac Saint-Jean, Fjord de Saguenay, Tadoussac, Baie-Comeau, Parc de la Gaspésie, Parc Florillon, Percé, Carleton, Carraquet, Parc National Kouchibouguac, Dune de Bouctouche, Shédiac, Cavendish, Parc Île Prince Édouard, Greenwich, Baddeck, Cabot Trail, Halifax, Lunenbourg, Annapolis, Falaise de Joggins, Hopewell Rocks, Parc National de Fundy, Parc national du Bic, Québec city, Parc national Jacques-Cartier, Montréal. Camping tous les soirs sans réservation dans l’un des campings qu’on avait listé dans la journée.
    Mes petites préférences : Percé et l’Île Bonaventure, Île du Prince-Édouard, Cabot Trail et Québec City.
    Petits conseils : même si vous partez en plein été, apportez des vêtements chauds. J’en avais, mon frère aussi, je lui ai dis laisse faire tu as vu comment il fait chaud ici à Montréal...Camping au lac Saint-Jean, il a fait 5 degré la nuit, avec un duvet pas super chaud, je dormais en jogging avec 2 paires de chaussettes, ma capuche de hoodie sur la tête et le duvet sur mon visage. On se réveillait la nuit car on avait trop froid. Les insectes font rages pendant l’été, les moustiques et mouches noires s’en donnent à coeur-joie pour vous manger chaque moment que vous passerez en dehors des villes. Nous avons acheté un répulsif, je n’étais pas pas fan de devoir étaler ce genre de produits chimiques sur ma peau tous les jours mais nous n’avions pas le choix, sans ça c’est juste invivable.
    Fin du road trip, fin Août 2017, je n’ai plus un rond, il me fallait trouver du travail au plus vite !

    7 - Le retour à la vie active
    Mon frère rentré en France, je commence à checker mon LinkedIn et à chercher du boulot. En fait j’avais déjà ré-activé ce dernier pendant le road trip et j’avais répondu à quelques mails. Le marché dans l’informatique me semblait aussi bon qu’en France voire meilleur, je n’avais pas trop de souci à me faire. Le seul doute que j’avais était sur cette fameuse première expérience québécoise à avoir, ou encore faire du bénévolat avant etc. Pour être honnête, je n’ai jamais réellement cherché du travail en informatique, ce sont plutôt les entreprises qui cherchent les candidats habituellement dans ce domaine (oui j’ai de la chance pour ça). J’espérais que cela allait être pareil ici. C’était bien le cas ! Seul moment de solitude, la partie anglaise des entretiens...J’ai bien compris la nuance entre expression et compréhension orale. Comme prévu, un des entretiens a switché en anglais et je pouvais sans problème comprendre mon interlocuteur mais j’avais un mal fou à pouvoir lui répondre. (on cherche ses mots, on réfléchit aux temps de conjugaisons à utiliser, on oublie ou rajoute à tort des “s” et des “h” etc.). Heureusement cela n’a pas été un frein pour l’embauche. Après quelques entretiens dans différentes entreprises, je commence ma job début Septembre avec un salaire qui me semble bien plus confortable que ce que j’avais en province en France. En fait le brut était 2 fois plus élevé sans conversion (exemple si je gagnais 25 000 euros brut par an France, j’en faisais 50 000$CA brut ici). J’étais plutôt agréablement surpris mais à l’époque, je ne connaissais pas vraiment tout le système de santé et de retraite Québécois…

    8 - Vie active et nouvel appartement
    Après 1 mois en intercontrat, la société de service en informatique m’envoie chez un de leur client, une banque connue d’ici, pour développer une application de trading. Je reçois mes premières paies et là surprise, le gouvernement me prélève pas moins de...35% 40% de mon salaire. Les impôts et autres charges sont déjà déduits certes mais si vous voulez le détail d’où va votre argent sur votre fiche de paie, cela reste imprécis (ou plus claire comparé à la France, ça dépend comment vous le voyez). Vous aurez une ligne pour impôt Québec, une autre pour impôt Fédéral, une autre pour assurance chômage, éventuellement une autre pour votre équivalent mutuelle, une autre pour la retraite et c’est à peu près tout. Je me dis bon, c’est pareil qu’en France post-impôt sur le revenu + taxe immobilière (elle existait toujours avant que je parte) mais avec du recul, à prélèvement égaux, je pense que les services sont globalement moins bon ici, que cela soit la santé, l’état des routes (ça parle de corruption dans la construction paraît-il, il y a des travaux partout mais ca semble toujours durer une éternité et en hiver forcément il fait froid donc ça n’avance pas non plus) etc. Alors oui évidemment si vous êtes jeunes parents, l’école publique est gratuite jusqu’à un certain niveau, le futur papa a le droit a bien plus de vacances qu’en France, les frais de garde sont bien remboursés par rapport aux autres provinces et si vous êtes dans le système de santé et avez un médecin de famille (plus ou moins équivalent à un médecin traitant), vous avez un RDV rapidement et c’est plus ou moins remboursé correctement.
    Le point positif de ce projet sur le trading est qu’il m’a ouvert un peu les yeux sur le monde de la finance, en plus de me permettre de rencontrer des collègues vraiment supers. Beaucoup de choses se sont passées en l’espace de 2-3 mois (Septembre à Novembre 2017).
    J’ai rencontré ma meilleure amie québécoise (peut-être que le courant est bien passé parce qu’elle vit sur le Plateau et adore le sarcasme français ^^” Oui oui ca existe des québécois qui adorent ce quartier ^^).
    J’ai également rencontré ma “blonde” comme on dit ici, taiwanaise et de passage en voyage d’affaire, ne parlant pas français mais anglais (inutile de vous préciser que mon talon d’Achille qu’était l’expression oral en anglais s’est nettement amélioré depuis. Si vous voulez un conseil là-dessus, mettez de côté votre fierté et votre accent français, l’important c’est de se faire comprendre), nous nous installerons ensemble en 2018.
    J’ai fait la connaissance de collègues de diverses origines (libanais, burkinabé, tunisien, marocain, français, québécois, camerounais ayant fait ses études en Russie). C’est l’un des avantages ici que je n’avais pas vraiment connu en province en France (je précise toujours province car j’ai un ami qui a vécu 7 ans sur Paris dans le même domaine et son expérience n’était pas la même), ce mélange de cultures. J’ai beaucoup appris tant au niveau professionnel que personnel.
    Étrange impression au travail et confirmé par la suite par d’autres maudits français développeurs : la charge de travail semble moins élevée qu’en France, la rigueur également. Aucun problème de quitter sa job à 15h en ayant fait ses heures même si il y a quelque chose de plus ou moins urgent à terminer. Moins de pression, plus d’opportunités possibles aussi. Encore une fois, c’est peut-être propre à mon industrie, à cette compagnie ou même à ce projet mais ce sont des choses moins présentes en France.
    Oubliez le CDI, ici on parle de contrat permanent qui en fait n’en est pas un, ou du moins au niveau sécurité de l’emploi. Votre employeur va vous chercher une autre mission lorsque vous en finissez une pour vous garder dans la société si vous êtes en contrat permanent mais si vous ne faites pas votre job correctement, c’est byebye avec 2 semaines de préavis. Et encore parfois c’est du jour au lendemain. Je me souviendrais toujours de cet employé appelé par la DRH pour “discuter”. Le lendemain, il n’était plus là. Apparemment on l’avait déjà prévenu auparavant pendant le dernier mois que ça n’allait pas. La différence avec la France, pas besoin de fliquer l’employé pour avoir de quoi soutenir une faute grave pour le licencier.
    Point positif dans mon domaine, le télétravail n’est pas la bête noire des employeurs. La confiance est établie par défaut et si je veux prendre une journée pour travailler de chez moi par semaine, je peux le faire sans problème. Une livraison de prévue ? Pas de souci je prends une demi-journée en télétravail (en fait vous avez tout intérêt à le faire, les livreurs posent le colis devant votre porte et s’en vont si vous n’êtes pas là. Canada Post est le pire de mon point de vue. J’avais commandé un laptop sur Amazon, livraison prévu à mon bureau pour éviter de prendre une demi-journée de télétravail, le livreur ne l’a pas trouvé malgré les instructions claires que j’avais donné. Pas de coup de fil, colis renvoyé chez Amazon...Fedex n’est pas si mal, au moins il tente de vous appeler). Un RDV médical ? Télétravail, je rattrape mes heures ensuite ou je peux même prendre un congé maladie.
    Petite particularité d’ici, les gens préfèrent de loin venir tôt et partir tôt, tout en prenant 0 à 1h pour manger le midi, en général quelque chose qu’ils ont préparé eux-mêmes. Exit les 2h de pause à la française avec burger et 2 pintes le midi, ou alors moins souvent disons. Je suis arrivé une fois à 9h15 et on m’a dit “bonne après-midi”. J’en ai profité pour lui dire bon matin en voyant ce même collègue partir à 15h. Depuis j’arrive à 10h.
    Les points négatifs de cette période...Peut-être est-ce parce que mes collègues québécois sont plus âgés que moi, ont une famille etc. mais je n’ai pas pu être assez proche de l’un deux pour se voir en dehors du boulot. Rarement, ils viennent à des [email protected] (=afterwork) mais à 18h 19h 20h, tout le monde est rentré chez soi. Encore une fois, cela doit être propre à mon expérience car lors de mon mois en intercontrat, les personnes qui travaillaient ensembles pendant que je passais mes journées à faire des tutos vidéos en attendant ma première mission étaient plus jeunes et sortaient ensemble sans souci, français ou québécois mixés. Bref tout ça pour dire que les collègues avec qui je traîne ne sont pas québécois de souche et le cliché du québécois faisant bien la part du personnel et du professionnel semble bien être présent. J’ai même un collègue (ici depuis plus de 10 ans) une fois qui m’a dit quelque chose d’un peu exagéré même si un peu vrai : “les québécois sont polis mais pas gentils”. Traduisez ça plutôt comme tel : ils diront bonjour dans la rue, au travail, seront extrêmement accueillant lors d’un premier contact mais en dehors de tout ça, c’est chacun sa vie, la famille et les vrais amis d’abord. Je ne dis pas que c’est forcément mauvais et cela contribue peut-être à la tranquillité et la sécurité de la ville. Heureusement, j’avais ma meilleure amie pour contrer le sort. Tout le monde est différent, je n’en fais pas une généralité mais c’est ce que j’ai vécu dans mon environnement de travail.
    En septembre, je décide de déménager de mon trou à rat. J’exagère de dire ça ? Attendez de lire la suite x) Avant mon road trip j’avais eu le droit à des punaises de lit. Le propriétaire a fait un traitement sur tous les appartements alentours et le mien. Je n’ai jamais rien trouvé dans mon lit mais j’avais des piqûres en ligne et je pense en avoir trouvé une dans la salle de bain. Ensuite, vu que ce sont des vieux appartements, j’entendais mes voisins tout le temps. Il paraît également qu’il y avait des souris dans le bâtiment donc tous les trous suspect ont été bouchés. Un propriétaire exemplaire me direz-vous. Oui c’est pour cela que j’ai voulu déménager dès que la nouvelle proprio est arrivée. Le wifi ne marchait même plus correctement. J’avais ensuite des souris car un trou n’avait pas été rebouché sous le four (j’en ai vu une courir dans l’appart, ça fait bizarre…). La proprio me donne une sorte de mort au rat à mettre dans la trappe du four ! Bawi c’est malin comme ça je ramasse la souris moi-même quand elle morte pis si je la retrouve pas, ça sentira la mort pendant des semaines ? ...Pour 700$ c’était juste du vol. De plus elle voulait que je parte le 1er du mois sinon c’était 50$ par nuit, tarif airBnb, tout en montant le loyer de 50$ par mois (facile de changer le loyer lorsque le bail est au mois…) et tout en me disant que ça serait mieux que je parte avant l’hiver car c’est moins facile de louer l’hiver vous comprenez...Je suis resté zen surtout qu’elle parlait à moitié français et que j’étais une chèvre en anglais donc la communication n’était pas simple. J’ai terminé mon affaire en bon terme car ici, employeur ou propriétaire vont téléphoner à vos anciens employeurs ou propriétaires pour savoir comment vous étiez. Traduisez ça comme ça : c’est plus safe de faire le faux-cul pour toujours terminer en bons termes.
    Je déménage donc in extremis mi-octobre près du métro Rosemont dans le fameux 4 et demi sans salon, pour 850$ par mois, rien de compris à part les électros. Deux semaines plus tard, je me fais cambrioler...Vraiment pas de chance quand je vois que des amis en colloc laissaient leur porte ouverte en permanence. Malgré ça, je peux encore affirmer sans ironie ni sarcasme que l’on se sent en sécurité dans les rues le soir contrairement à en France. Pour la petite histoire, j’avais fait l’achat de mes premiers meubles à Ikea et j’avais laissé les cartons dehors côté rue “commerciale”, alors que dans certaines rues, les déchets se mettent dans la rue arrière. J’avais donc crié haut et fort qu’un nouveau locataire venait d’arriver, pas malin. Autre coïncidence étrange, c’est arrivé le lendemain du jour où j’avais acheté un nouveau laptop (mon premier ayant grillé par mes soins à cause d’un vol plané de ramen en Août dernier). Autre chose qui n’a rien arrangé, la porte côté rue menant aux 4 appartements du bâtiment était constamment laissée ouverte malgré les avertissements du propriétaire. En fait, je crois que j’étais le seul à la fermer à clé et j’ai été le seul à être cambriolé (karma, quand tu nous tiens). En même temps, un coup de pied dans ma porte d’entrée et n’importe qui peut rentrer...J’appelle la police, je m’amuse à faire toute la paperasse avec l’assurance etc. La police ne fait pas grand chose, l’assurance me rembourse le tout sans broncher. N’importe qui de malhonnête aurait pu mettre n’importe quoi dans la liste et aurait été remboursé tant que la déposition a été faite. On me propose une somme en cash ou une somme plus grande pour racheter tout ce qui a été volé (sur présentation du justificatif des achats de remplacement). Las de la paperasse, je prends le cash. Le plus triste dans tout ça, c’est que mon disque dur externe a été volé aussi et toutes les photos de notre road trip avec. Il ne me reste que mes photos facebook basse qualité comme souvenirs.
    À ce moment-là, le verre qui se remplissait petit à petit suite à l’accumulation de problèmes que j’avais vécu débordait, je pensais à rentrer en France au plus tôt.

    9 - L’hiver vient qui disait
    “You know nothing”. Le fameux hiver québécois. Les premières neiges étaient arrivées en Novembre 2017. En Décembre, on se tapait du ressenti -35 degré. Je me suis équipé bien évidemment. Je n’ai pas suivi le cliché du français, un Canada Goose à 800$ voire plus, je n’étais pas prêt psychologiquement et après toutes les mésaventures qui m’étaient arrivés juste avant, je me suis dit qu’une fois mon PVT terminé voire avant, je rentrerai donc pas besoin d’investir autant dans les vêtements d’hiver si c’était pour les revendre à moitié prix 6 mois plus tard.
    Les pluies verglaçantes sont impressionnantes aussi. Avez-vous déjà vu une épaisseur de 5cm de glace sur des voitures et au sol ? (Ce phénomène se produit lorsqu’il fait assez chaud dans l’air pour que la pluie ne se transforme pas en neige ou grêle mais fait assez froid au sol pour former de la glace). Impressionnantes donc, jolies parfois (sur les arbres notamment), mais beaucoup moins drôles lorsque le sable et la glace ne parviennent pas à en venir à bout. Certains trottoirs se transforment en patinoire. Vous tomberez ou êtes tombés probablement une ou deux fois comme moi. Ne rigolez pas avec ça, une fracture du poignet ou autre est vite arrivée x) Il suffit de mal tomber, pour moi ça a été sur le coccyx, bobo pendant quelques jours mais rien de grave.
    J’avoue ne pas avoir vraiment profité de cet hiver 2017. Pas de patins dans la forêt, pas de ski, pas de carnaval de Québec. Je n’avais pas vraiment profité des couleurs d’automne non plus.
    J’étais bien heureux de ne pas avoir de voiture. Même mon amie québécoise a fini par vendre la sienne, ayant marre de pelleter le matin ou de changer la voiture de côté à cause des déneigeuses, sans compter le permis québécois et les plaques d’immatriculation à payer tous les ans, plus le changement de pneus été hiver et le traitement anti-rouille car le sel endommage le dessous des voitures. Au jour d’aujourd’hui, la voiture me manque même si ça serait pour l’utiliser quelques WE par mois. Ne voulant pas subir l’hiver, il me faudrait un garage couvert, qui peut coûter jusqu’à 150-200$ par mois sous ma résidence. Réfléchissez bien avant d’investir dans une voiture ^^

    10 - Le retour au bercail
    Je suis retourné en France pour une 10aine de jour. Autre inconvénient ici, je n’avais que 3 semaines de vacances. Arrivé en Septembre dans ma boîte, le prorata de vacances pesait pas lourd. J’ai vu mes amis et ma famille, naviguant entre Paris, Le Mans et Nantes. Chérissez ces moments. J’habitais à 2h de voiture de chez mes parents avant et pourtant je n’allais pas souvent les voir et je ne les appelais pas non plus. Maintenant que je suis à 6-7h d’avion, je les appelle sur Skype tous les WE, et je ne peux les voir réellement que quelques jours par an en France. On n’y pense pas quand on est sur place, la routine métro boulot dodo en marche mais quand arrive le moment de les voir en France puis de repartir, c’est difficile. Ils sont maintenant septuagénaires et l’idée de mettre fin à mon voyage ressurgit toujours lors de ma visite annuelle.

    11 - Re-déménagement et nouveau boulot
    Début 2018, ma blonde arrive au Canada de façon permanente et nous emménageons ensemble. En Septembre de la même année, nous déménageons dans un appartement type condo (avec un futur deuxième salaire sous peu, c’était plus accessible et une fois que vous avez accepté de payer un rein pour vivre dans un meilleur standing, tout se fait facilement). Rien à redire sur l’ancienne propriétaire, hormis le fait que les 10 visites par jours étaient ennuyantes pour ma blonde qui n’avait pas encore de boulot, et que parfois, il y en avait des non prévues. Voir quelqu’un rentrer chez soi comme ça sans prévenir, c’est toujours sympa...En fait c’est illégal il me semble mais bon nous n’avions pas que ça à faire que de courir après tous les proprios stupides à la Régie du logement…
    Nous sommes heureux de notre nouveau condo et tout va bien (enfin) jusqu’au jour d’aujourd’hui.
    Je suis embauché en interne dans la banque où je travaillais en prestation. J’ai le droit à certains avantages comme 23j de congé, carte de débit et crédit gratuite, fond de pension, régime d’action, mutuelle, prime annuelle etc. Je m’aperçois que je n’ai pas le droit au régime d’action car je ne suis pas résident permanent. Je n’ai pas le droit non plus à a mutuelle car je n’ai pas de permis fermé (ou du moins je ne suis pas à la RAMQ (=CPAM) donc ça passe pas). Je n’ai pas souscrit au fond de pension car je ne pensais pas resté longtemps, je pense avoir eu tort car il faut savoir que la retraite gouvernementale ici ne couvrira pas toutes vos dépenses durant vos vieux jours. C’est à vous de mettre de côté et d’investir intelligemment pour la compléter. Au début je ne trouvais pas ça intéressant mais quand je vois l’âge de la retraite et les nouvelles lois en France, je me dis que c’est bien mieux de gagner plus et de gérer son argent soi-même. Si vous êtes en bonne santé, jeune et aimé ce système, il faut tenter les USA ^^ J’ai trouvé que le Canada est un peu l’entre-deux entre France et USA au niveau de la santé, de la retraite et du travail.

    12 - Le business de l’immigration
    Nous sommes en fin 2018, après de nombreuses discussions, nous décidons de rester un peu plus longtemps ici et nous avons en tête d’appliquer pour le CSQ, moi en tant que requérant principal et ma blonde rattachée à la demande.
    Pourquoi rester ? Pour la sécurité, pour l’argent principalement et aussi parce que ma blonde ne parle pas français, une immigration en France serait difficile pour elle et une immigration à Taiwan serait difficile pour moi vu que je ne parle pas mandarin mais je n’étais pas contre pour autant. Une fois qu’on a immigré, on a un peu la bougeotte paraît-il. Pour certaines raisons personnelles et politiques futures, nous mettons Taïwan de côté. La France ou l’Europe sera pour plus tard peut-être. En parallèle, nous avons commencé à apprendre le mandarin et le français.
    Nous tentons ensuite un tour du poteau à Saint-Bernard-De-Lacolle pour avoir un permis ouvert pour ma blonde en arrivant à l’heure d’ouverture. Dommage, apparemment maintenant il y a un système de quotas (ça nous le savions) et les personnes arrivent des heures en avance et peuvent prendre un ticket (ça nous ne le savions pas). On rentre bredouille (ou broucouille pour les connaisseurs). Nous re-tentons quelques semaines plus tard à Stanstead, quelques centaines de dollars et 2h plus tard, l’affaire est réglée.
    Ensuite nous appliquons pour le CSQ via PEQ et après 1 mois nous l’obtenons. Manque de bol encore, le type qui était chargé de recopier nos informations s’est trompé de date de naissance sur le CSQ de ma blonde. On attend 2 3 semaines de plus.
    Vous me direz, pourquoi ne pas avoir attendu le CSQ pour faire le permis ouvert de ma blonde plutôt qu’en faire un lié à mon PVT ? A quelques semaines prêt, cela aurait été plus rentable. C’est vrai mais ça n’aurait pas été la bonne solution en définitive. Mon employeur ne voulait pas que je fasse de tour du poteau pour obtenir mon permis fermé via CSQ car sois disant, les conditions se durcissaient à la frontière et certaines personnes se sont vues refuser leur permis fermés, spécifiquement s’ils leur restaient encore des mois de permis ouvert via PVT par exemple. Je pense que toujours que mon employeur avait tort, il ne voulait juste pas prendre le risque de payer pour rien leur firme d’avocats. J’ai cédé et j’ai laissé les avocats appliquer en ligne pour nos futurs permis de travail (au moins c’est ma boîte qui a couvert tous les frais). Au final nous les avons eu après l’expiration de mon PVT en avril 2019, soit 4 mois après l’application. Beau move de la part de mon employeur, mais pas pour moi qui voulait avoir le permis fermé au plus tôt pour avoir la RAMQ et être mieux couvert...Me voilà obligé de prolonger une assurance privée après mon PVT.
    Petite parenthèse sur le système de santé : nous obtiendrons finalement la carte de RAMQ mi-Juillet 2019, ainsi je suis enfin éligible à la mutuelle de ma boîte. Quelle surprise quand je vois que ma boîte paye de sa poche 200$ par paie et que je dois payer moi-même 65$ pour couvrir 2 personnes selon les options que j’ai choisi. Ces 2 montants font monter la ligne impôt Québec de 50$. Résultats des courses, je dépense 115$ par 2 semaines pour des couvertures limitées. Par exemple 700$ par an pour le dentiste, avec seulement les premiers 80% de rembourser par consultation (si ce montant vous paraît honnête il faut savoir qu’un détartrage ce n’est pas 30 euros ici ^^). Il faut relativiser ces coûts avec le fait que j’avais 3 choix pour la mutuelle; célibataire, monoparentale ou famille, j’ai dû prendre l’option famille pour nous couvrir tous les deux, la différence de prix était réellement conséquente mais nous n’avions pas le choix, ma blonde étant en CDD, ce n’était pas possible d’avoir la mutuelle de sa compagnie. Ensuite nous appliquons en ligne pour avoir un médecin de famille. Je tente l’option “J’ai une maladie chronique” pour réduire le délai, résultat : plus de 700 jours d’attente...A noter que je n’ai jamais consulté de médecin ici mais j’ai entendu beaucoup d’histoires, genre une attente de plus de 16h aux urgences, ou bien une consultation en 5min montre en main, prenez un advil et revenez si ça va pas mieux pour la modique somme de plus de 100$. A contrario, j’ai un collègue qui a eu la clavicule cassée ou déplacée, la rééducation a été 100% prise en charge, il me disait que cela n’aurait pas été le cas en France. De manière générale, tout est business, tout est payant en amérique du nord, la santé n’y coupe pas x)
    Fin d’année 2018, nous rentrons en France pour les fêtes et je visite pour la première fois Taïwan en Février. Entre ces deux dates, nous appliquons pour la RP, ne sachant toujours pas si nous allions rester mais les délais ne cessant de s’allonger, on a préféré assurer le coup. Au total, 3000$ de dépenser pour CSQ + RP pour deux, sans compter les frais annexes et permis de travail précédents. Nous recevons l’accusé de réception fin Avril 2019 et le délai indique que nous aurons notre RP en Octobre 2020. Maintenant (Août 2019) c’est Décembre 2020...Le compteur est bloqué à 16 mois, je ne sais pas si c’est normal mais ça restera la décision que je regrette le plus durant toute cette aventure. Cela m’agace d’autant plus que je souhaite tenter la freelance/indépendant/travailleur autonome et que je ne peux pas ici avec un permis fermé. J’ai même pensé à annuler cette RP, perdre 2000$ et en faire une autre dans une autre province ou encore attendre la RP en étant en Europe, ou encore trouver un boulot dans une autre province (mais je pense que je dois passer par le circuit classique de demande via EIMT donc c’est assez contraignant, une RP via CSQ ne donnant pas droit à grand chose dans les provinces hors Québec. Si vous avez des infos là-dessus, je suis preneur). Une connaissance arrivée en même temps que moi au Québec a déjà obtenu sa RP en Colombie Britannique alors que je dois attendre 16 mois de plus ^^” Bref je suis actuellement dans le doute, à savoir si nous allons faire un petit tour hors Canada en attendant la RP. Je ne pense pas avoir le courage d’annuler la procédure pour en redemander une autre dans une autre province.
    Vous devez penser que j’aurais dû mieux me renseigner avant d’appliquer au Québec, qu’il y a bien une procédure pour travailleur autonome et que maintenant j’ai juste à “attendre”. Vous avez totalement raison. J’aurais dû mieux me renseigner. Pour la partie attente, c’est plus complexe, j’ai quand même 33 ans, d’un côté l’aventure freelance que j’aimerais commencé au plus tôt (en Europe ou ici), mes parents qui commencent à vieillir, les neveux que je ne vois plus grandir, bref la famille et les amis me manquent un peu (cela fait quand même 2 ans et demi que je suis parti et avec les délai de RP et si nous voulons la nationalité, je ne suis pas prêt de revenir en Europe de façon définitive) et d’un autre côté ici au Canada nous avons 2 boulots, une situation confortable, une ville sécuritaire etc.
    Ce sentiment à propos du système d’immigration est partagé par bon nombre de mes collègues ou amis ici. Pourquoi payer 3000$ pour attendre 2 ans pour avoir la RP (ou plus, vu comment les règles d’immigration changent en ce moment) alors qu’on aurait pu l’avoir en 6 mois pour 1000$ de moins ailleurs (+ un permis ouvert et non pas un fermé en l’attendant)? Pourquoi payer les mêmes taxes que tout le monde pendant 2 ans de plus et ne pas avoir les mêmes droits ou services ? Pourquoi est-ce aussi long au Québec ? Pourquoi sommes-nous contraint d’avoir un permis fermé en attendant la RP ? Si on veut changer de boulot, cela nous oblige à faire un tour du poteau qui est de plus en plus réglementé et à repayer les frais si l’employeur ne les couvre pas. Pourquoi le gouvernement réduit le CSQ de 3 à 2 ans alors que le délai d’obtention de la RP est supérieur à 2 ans maintenant ?
    La main d’oeuvre est encore plus ciblée qu’avant par la province du Québec (coucou Arrima), les procédures coûtent chers, les délais sont de plus en plus longs (ce qui vous fait rester un peu plus longtemps pour faire tourner l’économie), on nous vend du rêve en conférence en France pour nous faire venir (en même temps quel pays dirait non à des jeunes travailleurs qualifiés, les études ont été payées, l’expérience est là, ils parlent la langue officielle de la province). Les conditions en France n’étant pas forcément meilleures, disons plutôt différentes, cela est bien normal que bon nombre d’entre nous tentent l’aventure. Mais ayez bien conscience que l’eldorado vendu en France par des RHs du Québec venues en mission de recrutement est partiellement vrai. Certes les grands espaces sont bien là, le bon accueil apparent aussi, le bon salaire (selon le domaine) et la sécurité aussi, l’immigration est facilement accessible comparé à d’autres pays c’est certains mais ils oublient sciemment les points négatifs ^^. Aucun pays n’est parfait mais si vous voulez vraiment faire votre vie au Québec et avoir la nationalité au plus vite, faites votre RP dans une autre province puis revenez après. Certains diront que ce n’est pas honnête mais la loi de libre circulation entre provinces reste tout à fait valable une fois la RP en poche même si vous avez signé un accord de principe disant que vous habiterez dans tel ou tel province dans votre demande.
    Bref, vous l’aurez compris, je suis plutôt insatisfait côté procédure d’immigration au Québec ^^
    Mon récit chronologique s’arrête là. Je conclus avec quelques laïus supplémentaires que je n’ai pas intégré dans mon histoire.

    13 - Laïus sur la nourriture
    De manières générales, les restaurants traditionnels sont chers, la junk / street food est “bonne” et accessible mais cela reste de la trash food pour votre santé. J’ai par contre été surpris par le rapport qualité/prix des restaurants asiatiques par rapport à ce que je pouvais trouver en France en province (encore une fois, à Paris ça doit être différent). Au niveau bière, vous serez servis, il y a plein de microbrasseries. Au niveau vin et fromage, c’est autre chose, ils sont plus chers qu’en France. Si vous voulez de l’alcool fort et un meilleur choix de vin, il faudra aller à la SAQ. Choses intéressantes aussi, vous pouvez apporter votre vin dans certains restaurants, cela vous permet d’économiser quand on sait qu’un restaurant en France vend un vin facilement 4 à 6 fois plus cher que dans le commerce.
    Concernant les courses alimentaires, je ne suis pas expert en géopolitique ou agroalimentaire mais j’ai toujours eu l’impression les produits importés européens coûtaient énormément plus cher que les autres. On dirait que le pays se fait une petite marge particulièrement sur ces derniers. Une mozzarella fraîche à 7$, du parmesan à 50$ le kg, des gâteaux LU à 4-5$ le paquet. Certes la France est plus loin que les US ou le Mexique et les conditions d’importation ne sont sûrement pas les mêmes. À voir dans les mois qui viennent, le CETA avance de plus en plus mais je ne suis sûr que je verrai des baisses de prix. A noter que je fais mes courses dans les petits Métro, IGA ou autres, je ne vais pas à Costco et je n’ai pas de voiture, ça doit pas aider.
    Autre remarque sur les aliments, vous le savez peut-être mais les réglementations ne sont pas les mêmes ici qu’en France. C’est mieux que les USA mais c’est moins stricte qu’en France, voilà pourquoi l’accord commercial CETA fait doucement grincé les dents de certains consommateurs et producteurs. Par exemple, une 50aine de pesticides interdits en France sont autorisés ici. Les OGMs je ne me suis pas renseigné, je pense qu’il y a une réglementation mais quand j’ai vu des oignons aussi gros que mon poing, j’ai eu un doute. J’achète tant que je peux des produits bios mais cela revient évidemment plus cher. Concernant le goût, là encore, déception. J’achète des tomates cerises car je trouve que les tomates “normales” ont peu de goût (même en ayant arrêté de fumer). Si vous allez au marché, cela sera un peu mieux.

    14 - Laïus sur les transports
    Le métro est plutôt bon. J’ai pu facilement comparer le niveau entre Paris, Montréal et Taipei. Je dirais que celui de Montréal se situe au milieu. D’un côté vous avez Paris, de vieux métros, bondés, sales, pas d’escalator partout, des tickets cartons à usage unique, personne fait la queue pour monter et évidemment vous avez une chance sur deux de tomber sur un type qui va mettre sa musique à fond. De l’autre vous avez Taipei, interdit de manger ou boire dans la métro (au risque de voir tous les regards se tourner vers vous), tout est clean, tout le monde fait la queue sur les lignes peintes sur le sol, climatisé (mais pas chauffé vu le climat évidemment), peu de bruit dans le métro, des escalators partout, des toilettes à chaque station, un système de jeton en plastique pour les tickets à usage unique, ce qui évite le gaspillage de papier (pourtant les taxes sont moins élevées, les routes sont plutôt en bon état et le système de santé est limite mieux qu’en France…Il y a sûrement des inconvénients, je n’en doute pas). Puis vous avez Montréal, le métro est plutôt clean, bondé aux heures de pointes, les gens font la queue pour le bus mais pour le métro pas vraiment malgré les indications au sol. Il est chauffé en hiver évidemment mais pas climatisé en été. Pas mal d’escalator mais qui sont off un tier du temps. Plutôt calme quand ce n’est pas une fin de soirée ^^ Et un tarif qui monte chaque année comme partout (vilaine inflation), quand je suis arrivé il me semble que le pass mensuel était à 83$, puis 85$ l’année d’après et maintenant 86.5$. Le métro dessert une bonne partie de l’île mais loin de sa totalité.
    Les bus sont bien présents aussi. Cependant malgré les abribus, ce n’est pas très agréable de les attendre en hiver, sans compter les retards fréquents.
    Pour bouger hors de Montréal, vous avez les cars, plus lent qu’une voiture évidemment mais peu coûteux.
    Ensuite le train, un peu plus rapide qu’une voiture (oui le Canada est le seul pays du G7 à ne pas avoir de trains à grande vitesse), il parait qu’acheter des billets le mardi reste moins cher. Je n’ai jamais testé, le plus souvent je préfère louer une voiture pour pouvoir vadrouiller où je veux.
    Le plus rapide reste évidemment l’avion. Les kilomètres à parcourir dans un pays aussi grand peuvent monter rapidement. Cependant si vous voulez faire Montréal Charlottetown par exemple, il vous faudra débourser 300 à 400$, pour Vancouver 400 500$. Les vols domestiques sont chers, ils le sont également en France mais pas à ce niveau et la chose essentielle qui change c’est que le Canada est un pays gigantesque donc si vous voulez aller à Calgary ou Vancouver de Montréal, vous n’aurez le choix qu’entre Air Canada et WestJet principalement malgré la moyenne-longue distance. En France si vous voulez aller en Angleterre, vous pouvez faire un Paris-Londres ou un Marseille-Londres pour moins de 100euros avec une compagnie lowcost type Ryanair ou Easyjet.

    15 - Les québécois
    Vous l’aurez compris, le gouvernement et les compagnies ont ce discours : “We need you!”. Est-ce l’avis des québécois? Je reste mitigé. Certes les inconnus, comme mentionné avant, vont vous saluer et vous donner un bon accueil, les serveurs auront toujours le sourire, ce qui est plutôt agréable. J’ai lu qu’il est difficile d’entrer dans la vie des québécois, la noix de coco du français vs l’avocat du québécois, et que leur cercle reste fermé. Ça n’a pas été le cas du tout avec ma meilleure amie québécoise qui m’a accueillie à bras ouvert et m’a vraiment aidée au maximum pour tout et n’importe quoi (j’ai même été invité à passer Noël dans sa famille car je ne pouvais pas rentrer en France à ce moment-là). Avec les collègues c’est plutôt vrai, ça se limite aux [email protected] mais comme expliqué avant, je sais que ce n’est pas pareil partout. Ce n’est peut-être qu’une impression mais l’âge et la situation familiale joue beaucoup dans ma team où je bosse, là où en France toute une équipe pouvait se faire inviter par un quadra père/mère de famille de 2 enfants à un barbecue le vendredi ou samedi soir à domicile, je n’ai pas vu ça arriver ici (sauf avec mes collègues d’origines africaines).
    “L’arrogance et le sarcasme du français vs la susceptibilité et la superficialité du québécois”. Combien de fois ai-je entendu des histoires du genre “mais vous savez pas parler français, c’est pas dans le dictionnaire ce mot” “Osti de français qui fait monter l’immobilier et pis rentre en France si t’es pas content”, en plus ou moins gentil et subtil parfois, certes. À ces deux phrases plutôt stupides il est facile de répondre de façon intelligente. Le français québécois possède des mots que nous ne connaissons pas (achalander, cruiser, gosser, crosser, cheum etc.). Tout comme le français du nord aura des expressions que le français du sud ne comprendra pas, ou le belge, ou le suisse etc. Parfois, les mots sont copiés directement de l’anglais et gardent le sens du mot anglais. Ainsi “céduler” de l’anglais “schedule” sera utilisé pour “planifier” une réunion par exemple. Vous entendrez beaucoup, voire trop, l’expression “c’est comme” ou “tu sais/tsé” venant de l’anglais “it’s like” et “you know”, énormément utilisé dans le langage courant. Mais là où cela pose problème c’est si le mot anglais est un faux ami, vous allez forcément mal comprendre votre interlocuteur au début. Ainsi, “éventuellement” de l’anglais “eventually” veut dire “en définitive, au final cela va se produire” et non pas “peut-être”. Le verbe “assumer” veut dire “supposer” et non pas “se charger de, prendre sur soi, accepter”. Et parfois, je trouve qu’il y a un réel problème sur le sens en lui-même, sans aucune excuse. Dire “bonne continuité” au lieu de “bonne continuation”, ou utiliser “conséquent” dans le sens “d’homogène” mais jamais dans le sens de “grande quantité” etc. Vous entendrez aussi des phrases du genre “Tu veux-tu quelque chose?”, “Groupe” sera traduit de “Gang” en anglais mais sera prononcé “Gagne”. “Boston” sera parfois prononcé “Boston” et non pas “Bostonne”. Beaucoup de mots de l’anglais que nous ne traduisons pas en France seront traduits ici, et vice versa. Ainsi vous trouverez des panneaux “Arrêt” pour les “Stop” et des traductions de titres de film qui font souvent sourire. Bref il faut s’adapter, et si vous êtes un acharné de la langue de Molière, il faudra peut-être prendre sur vous.
    Au niveau de l’immobilier c’est partiellement vrai. Certes les parisiens sont souvent montrés du doigt car Paris est une ville chère et les personnes dépensent plus en pourcentage de leur salaire qu’ici pour se loger. Inexorablement, s’il y a des personnes qui acceptent de louer à un certain prix, pourquoi les propriétaires s’en priveraient ? Ce n’est pas comme si c’était la première ville dans laquelle ça arrivait... Cela fait rager les québécois qui pour certains sont obligés de vivre hors de l’île de Montréal et il faut avouer que les propriétaires ne se gênent pour mettre des loyers très chers, voire indécents, au cas où ça passerait. La deuxième partie de la phrase “rentre en France si tu n’es pas content” se résume à du racisme pur et dur, sans compter que sans l’immigration, l’économie tournera quand même moins bien mais il faut croire que certaines personnes ne comprennent pas ça.
    En parlant de racisme, malheureusement des histoires similaires à en France existent malgré la diversité et l’accueil prôné par le gouvernement ou les entreprises. Un collègue burkinabé m’a dit une fois qu’il avait appelé pour un appartement, la personne lui a répondu qu’elle était occupée et qu’il fallait la rappeler tel jour. Il rappelle et le proprio lui dit que l’appartement est loué. Son accent l’avait trahi, il était habitué à ça. Je lui dis que je peux appeler à sa place pour vérifier sa théorie, j’ai une tête d’asiat mais j’ai un accent français de France, la victime parfaite par téléphone donc. Pour moi, l’appartement était libre pour visite comme par magie. Un autre collègue camerounais me disait qu’il envoyait sa blonde en visite d’appartement en France car sans accent, on lui donnait RDV pour visiter mais dès qu’il rencontrait la personne de visu, l’appartement était déjà pris comme par hasard. Bref, les mêmes tristes problèmes existent partout, dans une moindre mesure ici, certainement.
    Concernant le sport, vous verrez beaucoup plus de personnes en shape, fit etc. À l’image des USA, le sport est beaucoup pratiqué ici, le gym est quasi une philosophie et habitude pour beaucoup. Attendez-vous donc à croiser de grand gaillards bien taillés ou des femmes aux mensurations parfaites et à contrario, l’alimentation étant également à l’image des USA (pas mal de food-court avec fast food ou autre plat calorifique à manger sur le pouce), vous croiserez aussi des personnes en surpoids utilisant un fauteuil roulant motorisé.
    Certaines personnes que j’ai rencontré pensent qu’il est difficile d’avoir une conversation sur des sujets de discussion politique, philosophique avec nos amis de la Belle-Province. Comme tout ce paragraphe, je dirai que c’est un point de vue subjectif et que tout le monde n’est pas pareil ou ne vit pas les mêmes expériences. J’ai pu cependant constater qu’en soirée, ce genre de sujet ne revient pas souvent et tout le monde préfèrent boire de la bière, raconté le dernier truc fun qu’il a fait le WE dernier ou bien discuter de trucs plus terre à terre.
    Un autre trait de caractère que j'ai particulièrement vu à mon travail, c'est cette volonté de ne pas jamais provoquer de conflit. Les gens vont préférer ne rien se dire quand quelque chose ne va pas et continuer leur journée pèpère plutôt que de mettre les personnes concernées la tête dans leur m..., résoudre le problème de manière civilisé et faire avancé les choses. Puis si quelqu'un a enfin le courage de dire quelque chose de négatif ou à améliorer, ça sera avec des tournures ouvertes (tu ne penserais pas que ça serait mieux si...), ou alors sans cibler de personnes (il faudrait que les gens arrêtent de faire ça comme ça). Encore une fois, c'est peut-être propre à l'endroit où je suis ^^"

    16 - Conclusion
    J’ai croisé ici des personnes non satisfaites de leur immigration pour diverses raisons (climat, services, mentalité, coût de la vie etc.) et des personnes totalement épanouis pour d’autres (salaire, conditions de travail, grands espaces, sécurité, cosmopolitisme etc.). Me concernant, je ne regrette pas ma décision d’être venu ici malgré tous les soucis que j’ai pu rencontrer. J’en ressors plus fort, plus ouvert d’esprit, plus ouvert sur le monde et cela permet aussi de relativiser, de s’apercevoir que les français se plaignent beaucoup, beaucoup alors qu’ils ne sont pas si mal lotis que ça dans leur pays, bien au contraire ^^ Comme partout, il y a des avantages et des inconvénients et chacun se doit de faire sa propre expérience. Bien sûr, lire des avis comme celui-ci pourra vous donner une idée de ce qui vous attend mais en aucun cas cela ne devrait vous influencer dans votre décision car chacun réagira et vivra son aventure totalement différemment. Je dirais que l’adaptation est le maître mot pour réussir son immigration. Appréciez les avantages, acceptez les inconvénients.
    Félicitation si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici ! J’espère que vous avez apprécié la lecture et je souhaite bonne chance à tous les futurs PVTistes, JP etc. qui se lanceront dans cette aventure !
    Dernière modification par Deed ; 09/09/19 à 00:14.


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  3. #2
    Avatar de larousse
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    Wow! Tu as un don pour raconter une histoire C'est cool!
    C'est super intéressant et détaillé.

    Peut-être qu'un admin devrait déplacer dans la rubrique des Impressions?

    Vos impressions


  4. #3
    Avatar de Deed
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    Message de larousse
    Wow! Tu as un don pour raconter une histoire C'est cool!
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    Merci, ravi que la lecture t'ait plu :-)

  5. #4
    Avatar de Pauline
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    Message de Deed
    Merci, ravi que la lecture t'ait plu :-)
    Effectivement ton message a été déplacé dans la section "Vos impressions", merci pour ton partage d'expérience très détaillé !


  6. #5
    Avatar de Laliche
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    Merci beaucoup pour ce retour d'expérience on ne peut plus complet ! (Et notamment sur l'expérience professionnelle en informatique).

  7. #6
    Avatar de jasminesnow
    Jasmine 25 ans

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    Hello,

    merci pour ton témoignage @Deed,
    je pense avoir eu les memes constats que toi notamment au niveau de la vie professionnelle dans le domaine de l'info (vie pro/perso, les collegues qui sont moins dispo ou enclins a se voir en dehors du travail ou pour des [email protected] dependamment de leur situation familiale ^^ meme si oui, je pense que ça depend aussi des boites et j'essaie de ne pas généraliser mon image des québécois mais c'est vrai que pour le moment je me suis surtout faite de 'vrais' amis Français ou étrangers, peut etre aussi qu'une culture commune et experience d'immigration ici rapprochent).

    J'ai également un avis mitigé, y a du bon et du moins bon comme tu dis. Le systeme de santé et de retraite ici par exemple. Bon après on s'adapte aussi a pas mal de choses. Mais pour le moment ça nous plait donc nous avons également lancé une demande de RP avec mon conjoint.
    Tu m'inspires a me lancer dans un récit de nos aventures depuis notre arrivée aussi, tiens ^^

    Je vous souhaite bonne continuation dans vos démarches et bonnes fetes de fin d'année !

  8. #7
    Avatar de Deed
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    Message de jasminesnow
    Hello,

    merci pour ton témoignage @Deed,
    je pense avoir eu les memes constats que toi notamment au niveau de la vie professionnelle dans le domaine de l'info (vie pro/perso, les collegues qui sont moins dispo ou enclins a se voir en dehors du travail ou pour des [email protected] dependamment de leur situation familiale ^^ meme si oui, je pense que ça depend aussi des boites et j'essaie de ne pas généraliser mon image des québécois mais c'est vrai que pour le moment je me suis surtout faite de 'vrais' amis Français ou étrangers, peut etre aussi qu'une culture commune et experience d'immigration ici rapprochent).

    J'ai également un avis mitigé, y a du bon et du moins bon comme tu dis. Le systeme de santé et de retraite ici par exemple. Bon après on s'adapte aussi a pas mal de choses. Mais pour le moment ça nous plait donc nous avons également lancé une demande de RP avec mon conjoint.
    Tu m'inspires a me lancer dans un récit de nos aventures depuis notre arrivée aussi, tiens ^^

    Je vous souhaite bonne continuation dans vos démarches et bonnes fetes de fin d'année !
    Merci de ton feedback
    Je pense que la séparation pro/perso est présente dans tous les domaines, il parait que c'est pire ailleurs au Canada de ce que j'ai pu lire malheureusement :/
    Bon courage pour votre RP, nous avons toujours 11 mois à attendre de notre côté.
    Oui le système de santé est pas top, le système de retraite, je suis un peu mitigé. En fait, j'aurais aimé pouvoir éditer mon article maintenant que j'ai pu expérimenter les urgences et que je me suis renseigné sur le système de retraite mais on dirait qu'il est impossible de le modifier après un certains temps :/

  9. #8
    Avatar de murielj
    Muriel 36 ans

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    Bonjour,
    Message de Deed
    Oui le système de santé est pas top, le système de retraite, je suis un peu mitigé. En fait, j'aurais aimé pouvoir éditer mon article maintenant que j'ai pu expérimenter les urgences et que je me suis renseigné sur le système de retraite mais on dirait qu'il est impossible de le modifier après un certains temps :/
    Tu peux compléter par un nouveau message et j'ajouterai un EDIT dans ton message initial si tu veux