Interview de Nicolas Drouin et Louise Van Winkle de l’ambassade du Canada

Article publié le 30-08-2017.

Nicolas Drouin est Premier Secrétaire et Louise Van Winkle est Responsable Promotion francophone au bureau d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada à l'Ambassade du Canada à Paris. Tous deux ont accepté de nous recevoir à l'ambassade pour répondre à quelques-unes de nos questions. Nous les remercions pour leur disponibilité.

Le quota particulièrement élevé du PVT Canada pour les Français cette année a beaucoup surpris. Qu'est-ce qui explique un tel nombre ? 

Il s'agit de places qui n'ont pas été utilisées dans d’autres pays. Le Canada a signé des accords Expérience Internationale Canada (EIC) avec 33 pays et il arrive que, dans certains pays, toutes les places proposées ne soient pas attribuées.

À la fin de la saison EIC, le Canada fait une évaluation en fonction de l'offre et de la demande. Ils essaient au maximum que la réattribution des places corresponde à l'intérêt des jeunes des différents pays partenaires du Canada.

Cette année, le Canada a tenu compte de l'intérêt grandissant des jeunes Français pour le PVT.

Avez-vous d'ores et déjà une date de clôture pour la saison 2017 et la date d'ouverture du PVT Canada 2018 ?

Pour l'instant, aucune date n'est annoncée. La dernière ronde d'invitations du quota 2017 sera annoncée 5 jours à l'avance sur notre site Internet.

Concernant la session 2018, il faut savoir qu'à chaque clôture de session, il faut un certain laps de temps avant de pouvoir ouvrir une nouvelle session. C'est le moment, pour l'équipe responsable des demandes (à Ottawa), de faire les mises à jour techniques.
Il y a chaque année des échanges de notes entre le Canada et les différents pays partenaires, afin de définir les quotas de l'année à venir. Il faut le feu vert des deux parties.

À noter qu'à la fin d'une session, les bassins de candidats sont vidés et que les candidats doivent confirmer leur intérêt pour la nouvelle saison en se réinscrivant dans le nouveau bassin de candidats, une fois qu'il est ouvert.

Depuis 2 ans, les candidats au PVT sont sélectionnés sur un système de tirages au sort réguliers. Savez-vous si ce système va être pérennisé ?

Les changements effectués il y a deux ans ont été faits dans une optique à long terme. Nous avons lancé un sondage auprès des demandeurs de permis et 90 % des sondés ont répondu être satisfaits de ce système.

Pour les permis Stage coop international et Jeunes professionnels, tout se déroule au rythme des candidats. En effet, ceux qui s'inscrivent dans le bassin de candidats de ces deux permis sont rapidement invités à présenter une demande, sans « tirage au sort ». Il n'y a donc pas de candidat en attente pendant plusieurs mois.

Pour le PVT, la grande majorité des invitations à présenter une demande ont été envoyées avant l'été afin que l'attente ne soit pas trop longue. Mais il faut garder à l'esprit que nos équipes à Ottawa reçoivent des candidatures d’un grand nombre de pays et le fait qu'une session EIC dure plusieurs mois permet que les délais de traitement soient respectés au maximum. Si tous les candidats étaient tirés au sort en une seule fois, par exemple, il y aurait des délais de traitement de plusieurs mois.

Une fois l'été arrivé, c'est le moment de faire le bilan et de redistribuer, le cas échéant, les places qui n'ont pas été demandées dans certains pays. Cette année, il y en a eu beaucoup pour la France (2 400 places supplémentaires pour la catégorie PVT, 200 pour la catégorie Stage coop et 200 pour la catégorie Jeunes professionnels).

Que doivent faire les candidats qui auraient des questions à vous poser dans le cadre de leur demande de permis ?

Lorsque les candidats ont des questions d'ordre général, nous les invitons à consulter la Foire aux Questions consacrée à Expérience Internationale Canada. Si malgré cette FAQ, il leur reste des questions, les candidats peuvent contacter les équipes responsables du traitement des demandes, à Ottawa, via deux formulaires :

  • Un formulaire général accessible sur cette page.
  • Un formulaire spécifiquement dédié aux problèmes techniques, accessible depuis leur compte sur le site de CIC (il faut, pour cela, être identifié sur le site).

Le rôle du bureau de Paris, à l'égard d'EIC, est de représenter les intérêts du Canada : être en liaison avec l'administration centrale et assurer la promotion du Canada, en participant à des salons, notamment.

Avez-vous des conseils à donner aux candidats à EIC ?

Dans le cadre d'une demande de permis EIC, nous souhaitons insister sur le fait que pour être inscrit dans le bon bassin de candidats, il convient de sélectionner "Expérience Internationale Canada" dans l'outil "Venir au Canada", sinon les candidats courent le risque de s'inscrire dans une autre catégorie de permis de travail.

On recommande également de ne pas attendre la dernière minute, quelle que soit la démarche : faire refaire son passeport, accepter son invitation à présenter une demande ou finaliser sa demande (en joignant les documents demandés et en réglant les frais de participation). Beaucoup de refus de permis dans le cadre d'EIC sont dus à des oublis, des erreurs ou des problèmes de délais.

Pour ce qui est de l'expérience PVT en elle-même, il nous a été rapporté que plusieurs participants annulent leur assurance voyage une fois au Canada. Ce n'est pas une dépense frivole. Il peut arriver que des jeunes aient des ennuis de santé majeurs ou des accidents et doivent payer des factures de plusieurs milliers de dollars, on a entendu des cas dramatiques... C'est une fausse économie.

Également, on constate que certains candidats sont obnubilés par le processus de demande de permis et en oublient parfois de préparer leur départ et de se renseigner sur ce qui les attend une fois sur place. Par exemple, certains ont du mal à lâcher prise, ils s'accrochent beaucoup à leurs diplômes, alors qu'au Canada, il faut souvent commencer au bas de l'échelle. C'est justement un des avantages du PVT : on peut plonger sans avoir à tout prévoir et ça peut permettre de vivre des expériences très intéressantes. Dans le cadre du PVT Canada, il y a parfois eu de très beaux parcours professionnels, il ne s'agit pas nécessairement que de petits boulots, mais pour ça, il faut souvent commencer "à zéro" ou alors occuper un emploi qui n'est pas le sien, pour ensuite rejoindre son domaine.

Pouvez-vous nous parler d'autres façons de se rendre au Canada si on n'a pas la chance d'obtenir un PVT ?

Il existe, dans le cadre d'EIC, le permis Stage pour les étudiants et le permis Jeunes professionnels, pour ceux qui ont trouvé un emploi qualifié dans leur domaine de compétences, mais il y a également d'autres programmes intéressants, notamment Mobilité Francophone.

Mobilité Francophone, c'est un programme qui donne accès à un permis assez similaire au permis Jeunes professionnels (il n'est pas nécessaire que l'employeur fasse une Étude d'Impact sur le Marché du Travail (EIMT)), à l'exception que :

  • ce programme ne concerne que les provinces hors Québec ;
  • il n'y a pas de quota ;
  • il n'y a pas d'âge maximal imposé ;
  • ce programme s'adresse aux francophones, sans condition de nationalité.

Pour en bénéficier, il faut obtenir une offre d'emploi (promesse d’embauche) dans un domaine qualifié (ça peut être en pâtisserie, dans la coiffure, comme dans la programmation informatique). On peut en bénéficier plusieurs fois, par exemple si on souhaite changer d'entreprise ou si on a une promotion au sein de la même entreprise. On peut obtenir un permis valable plusieurs années, en fonction de l'offre de l'employeur. Il y a la possibilité de le prolonger. En bref, c'est un programme très flexible administrativement parlant.

Pour les personnes intéressées par Entrée express (résidence permanente au Canada), il faut noter qu'un permis sous Mobilité Francophone peut être reconnu au même titre qu'un emploi obtenu après une Étude d'Impact sur le Marché du Travail. Pour cela, il faut que vous soyez au Canada à ce poste depuis au moins un an et que votre employeur prévoie de vous garder.

Mobilité Francophone est apparu il y a un peu plus d'un an, avez-vous quelques chiffres ?

Nous avons pour le moment les chiffres du 1er juin 2016 au 1er avril 2017, soit 684 demandes de permis de travail, auxquelles s'ajoutent 131 demandes de permis Mobilité Francophone dans le but de prolonger son séjour au Canada (ces candidats étaient déjà au Canada, pour beaucoup avec l'ancêtre de Mobilité Francophone : l'Avantage Significatif Francophone).

Avez-vous des conseils ou des informations à donner à ceux qui souhaitent passer par Entrée express pour immigrer au Canada ?

Faire les choses dans l'ordre

Tout d'abord, nous aimerions insister sur le fait qu'avant de s'inscrire dans le bassin d'Entrée express, il faut passer les tests de langue, car ceux-ci permettent d'obtenir des points pour les compétences linguistiques et devenir admissible à Entrée express.

Il n'est pas utile de s'inscrire dans le bassin en prétendant avoir passé les tests pour voir si on est qualifié, il suffit de bien lire les critères d’admissibilité en amont. Si un candidat remplit ces critères, il doit ensuite passer les tests de langue et s'inscrire dans le bassin.

Les tests de langue

Il nous arrive de voir des candidats qui préfèrent passer le test d'anglais pour prouver qu'ils parlent anglais, mais attention, s'ils avaient également passé le test de français, ils auraient sans doute pu gagner plus de points, d'autant qu'avec les changements qui ont lieu cette année, lorsqu'un candidat a un bon score en français, il obtient un bonus de 15 points. Si les tests révèlent un niveau d'anglais correct en plus, il peut avoir 30 points de bonus.

À noter que ces tests peuvent être utiles aux candidats pour d'autres démarches : pour prouver leur niveau de langue auprès d'un employeur, dans leurs démarches liées à leur profession, si celle-ci est réglementée, ou encore pour pouvoir reprendre des études au Canada.

Donc même si ces tests représentent une dépense, il est important de les passer pour mettre toutes les chances de son côté dans le cadre d'Entrée express.

Les mises à jour du compte sur Entrée express

Il est important de rappeler qu'un compte Entrée express peut être mis à jour régulièrement, par exemple si un candidat n'avait passé que le test de français, mais a ensuite passé un test d'anglais, s'il a trouvé un emploi ou encore s'il a reçu le soutien d'une province. Cela permet d'avoir plus de points et donc plus de chances d'être choisi.

Autre scénario possible : un jeune qui se serait inscrit dans le bassin d'Entrée express peu après son arrivée au Canada (en PVT ou en Jeunes pro, par exemple), comptabilise à un moment donné 12 mois de travail qualifié au Canada. Il peut alors mettre son compte à jour car son année d'expérience au Canada lui permet d'être admissible à la Catégorie de l'expérience canadienne (une des catégories d'Entrée express).

Les types d'emploi concernés

Dans le cadre d'Entrée express, les conditions varient selon les types de métiers. Par exemple, il n'y a pas les mêmes exigences en matière de langues ou de diplômes pour les métiers spécialisés (soudeur, boulanger, coiffeur...) que pour d'autres types de métiers. Ces métiers spécialisés requièrent un savoir-faire précis, c'est sur ça qu'on se focalise.

Le soutien des provinces

Les provinces consultent régulièrement, dans le bassin d'Entrée express, les profils de ceux qui montrent de l'intérêt pour elles. Elles peuvent utiliser ce bassin pour chercher des candidats dont elles ont besoin pour pourvoir des postes dans la province. Si c'est le cas, elles peuvent contacter ces candidats et voir avec eux si quelque chose est envisageable.

À titre d'exemple, l'Ontario a un volet d'immigration pour les francophones. Lorsque des candidats cochent l'Ontario (seule ou avec d'autres provinces) comme province d'intérêt et qu'ils ont un très bon niveau de français et un niveau intermédiaire avancé en anglais, l'Ontario les repère, quel que soit leur nombre de points. Ces candidats reçoivent un courriel avec une lettre d'intérêt de la part de l'Ontario, les invitant à postuler dans leur programme des candidats. S’ils obtiennent la nomination de la province, ça leur donne 600 points bonus.

Que se passe-t-il si on a le même nombre de points que d'autres candidats ?

Les candidats ayant le plus de points sont invités à présenter une demande, mais lorsque le nombre de points est identique pour beaucoup de candidats, ce sont la date et l'heure de l'inscription à Entrée express qui est prise en compte. Ceux qui se sont inscrits le plus tôt seront invités avant les autres.

À noter que depuis le 6 juin 2017, le fait d'avoir un frère ou une sœur résident permanent ou citoyen rapporte des points.

Les provinces Maritimes ont récemment lancé un programme, pouvez-vous nous en parler ?

Le Programme pilote d'immigration au Canada atlantique est en fait un programme du gouvernement fédéral (gouvernement du Canada) pour répondre aux besoins des employeurs locaux.

Avec ce programme, le candidat ne peut pas être proactif, cela lui donne uniquement la possibilité de se montrer aux employeurs des provinces atlantiques (Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador).

Un employeur en recherche de candidat demande à la province d’être désigné pour participer au programme. S'il trouve un candidat, celui-ci va être aidé par un organisme d’aide à l’établissement dans le cadre de sa recherche de logement, de sa recherche d'école pour son enfant ou encore de la recherche d'emploi de son conjoint, le cas échéant.

Dans ce programme, l’employeur, les services d’établissement, la province et le gouvernement du Canada ont chacun un rôle important à jouer, avec comme objectif de faire venir les candidats avec les compétences recherchées et leur permettre de s’installer rapidement et durablement.

En novembre, Destination Canada pourra permettre aux provinces de rencontrer des candidats. Quand pourra-t-on s'inscrire pour participer à ce forum ?

Destination Canada est un forum pendant lequel les Français et les Belges entre autres pourront rencontrer des provinces et territoires ainsi que des employeurs canadiens. Le nombre de participants à ce forum est limité. Les candidats intéressés par cet événement s'y inscrivent et nos équipes enverront en priorité des invitations aux candidats qui travaillent dans des domaines recherchés au Canada.

Les inscriptions à Destination Canada ouvriront le 1er septembre 2017, mais les invitations ne seront pas envoyées avant octobre. Les candidats auront donc le temps de préparer leur inscription, notamment en faisant un CV bilingue et au format canadien.

La province du Québec n'est pas représentée pendant Destination Canada, mais organise ses propres événements. Les provinces et les employeurs présents (ou leurs équipes qui consulteront également les CV) seront pour certains anglophones. Il est important de leur proposer un CV qu'ils peuvent consulter.

Tout au long de l'année, nous proposons également des conférences, en personne ou sur Internet (cette liste est mise à jour régulièrement).

Pour terminer, nous recommandons aux candidats intéressés par le Canada, de contacter le site de Pôle Emploi, en France, et les sites d'Actiris et du Forem, en Belgique, car ils peuvent avoir des offres d'emploi disponibles au Canada. Le Pôle Emploi propose également un outil utile et ludique sur le site Emploi Store : Demain, je pars travailler au Canada.

AUTEUR : Julie alias Lilou

32 ans
Paris, France

Commentaires

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Après avoir obtenu un PVT et avoir choisi le Québec, et ayant été convaincu de vouloir m’y installer, je pense retenter ma chance mais en sélectionnant une autre province du Canada et cet article m’a apprit que j’avais plus de chance d’obtenir un visa pour les autres provinces, grâce au fait que je sois francophone (belge), que le Québec.

C’est dommage que la Belgique soit limitée à une année de PVT et que la limite soit 30 ans, tout de même 5 années de moins qu’en France. Qui doit faire bouger les choses pour que des accords soient renégociés?

Pour ma part, je vais donc voir du côté du programme de mobilité internationale en passant par une autre province quitte à revenir plus tard au Québec.

En tout cas, c’est là que l’on voit le parcours du combattant des immigrants qui souhaitent venir dans les pays occidentaux, et encore nous avons la chance d’être financièrement à l’abris!

Bon courage à tous!

Salut Chris,

A priori, les régions flamande et wallonne doivent négocier à deux ce type d’accords. Espérons qu’un jour les PVTistes belges auront accès au PVT plus tard et plus longtemps… Bonne chance de ton côté 😉

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