Baptiste, installé à Tokyo

Article publié le 15-11-2012.

B alias Gaijineuh

B alias Gaijineuh

  • Profession Consultant/Architecte IT + Etudiant

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Ville de provenance

Saint-Maurice, en lisère de Paris.

Ville de destination

Tokyo, Japon.

Sur place depuis combien de temps ?

Depuis le 1er Avril 2010, oui j'ai choisi la date pour la blague !

Baroudeur ou pas ?

Plutôt baroudeur avec une grande propension aux zones sauvages et tropicales.
Vietnam, Ouest de la Chine, Cambodge, Madagascar sont par exemple des destinations que j'affectionne au prix d'un carnet de santé haut en couleur.

Que faisais-tu en France ?
J'avais une petite société durant 7 ans, chargée de sous-traiter des solutions informatiques pour des grandes marques de téléphonie et de sécurité.
Le fun absolu quoi, je me demande encore pourquoi je n'ai pas voulu continuer cette vie palpitante.

Pourquoi cette envie de t’envoler pour le Japon ?
Pour la même raison que beaucoup, une jolie motarde francophone aura eu raison de mon ennui quotidien qui ne m'apportait que le confort d'un certain salaire.
Après avoir vécu quelques temps ici et avoir traversé les galères inhérentes à cette expérience, je peux facilement dire que c'est la motivation principale des expatriés via WHV au Japon.
Qu'ils soient Australiens, Espagnols, Français ou Anglais, la même histoire lancinante revient.
Ceci m'a conforté dans l'idée que finalement ce n'était pas aussi idiot que ça et tout à fait faisable.

Pourquoi Tokyo ?
 Ma petite amie de l'époque, devenue ma femme, est Tokyoïte.
La principale raison réside dans le fait que mon Japonais à l'époque était très basique (seulement 6 mois de cours à raison de 2h par semaine avec une solide base de Mandarin qui a vraiment aidé).
Ce niveau ne me permettait pas de trouver un quelconque travail en langue japonaise. Je n'avais donc pour choix que Tokyo, Sapporo, Naha afin de multiplier mes chances de trouver une entreprise étrangère.
Les Français prof d'Anglais pour débuter, cela relève du mythe urbain, les Japonais veulent du vrai, pas du simili, oubliez. Ensuite quand vous allez bosser avec des Anglais, Américains ou Australiens, vous allez remarquer que votre 19 de moyenne en Anglais au Lycée c'était une bonne farce.
Depuis, la situation est devenue légèrement plus ouverte car nombre de sociétés japonaises se sont converties très récemment (pour le bien comme pour le mal) au modèle américain et utilisent cette langue comme expédient interne officiel.

Est-ce que c’est la première fois que tu vivais à l’étranger ou que tu partais aussi longtemps ?
Aussi longtemps au même endroit, oui.
La première fois que je vivais à l'étranger, non.
J'ai vécu quelques années à Madagascar, un an en Chine entre Beijing et Shenzhen et travaillé un peu au Vietnam.

Quel a été ton sentiment dominant au cours des 2 premières semaines à Tokyo ?
Mon but était bien précis quoi que courant. Nombre de PVTistes vont vouloir simplement visiter, aller à l'école ou trouver un petit job puis rentrer au pays.
Moi je devais trouver un boulot solide afin de décrocher le Saint-Graal : transformer mon WHV en visa de travail afin de pouvoir demander ma femme en mariage. Pour rire, tentez de demander une japonaise en mariage sans avoir de travail, effet assuré.
Pour ceux qui seraient tentés par l'aventure, essayez de chopper un rencard avec Natalie Portman, croyez-moi c'est plus simple. Le WHV est un vrai repoussoir pour les sociétés car il implique pour eux de devoir vite vous sponsoriser sachant que vous n'avez qu'un an.
Plus vous tardez à trouver un job, plus la période d'essai possible se réduit à une peau de chagrin (sachez qu'ici elle est reconductible quasi indéfiniment).
Donc j'ai attaqué tout de suite, CV et entretien bille en tête, les recruteurs ont vu leur excitation fondre quand ils ont remarqué la marque de la pestilence sur ma fiche : WH Visa *musique dramatique s'il vous plaît*.
Bref, directement le sentiment d'utilité d'une brosse à dent dans une cage à poule.
A cela s'ajoute les troubles intestinaux que tout Européen se doit d'avoir en restant au Japon.
On va dire que c'était plutôt bof pour un début, certainement déprimant si je n'avais pas eu de petite amie.
Avec le recul je me dis que j'aurai dû en profiter et aller à la plage, chose que je n'ai pu faire qu'une fois en 3 ans, ma société nous ayant dit de fuir à Okinawa après le 11 Mars.

Est-ce que ta situation professionnelle t'a paru satisfaisante, au Japon ?
 J'ai pu trouver, malgré la barrière de la langue et aucune éducation universitaire, une belle place de consultant dans une grande société. Seule l'expérience m'a sauvé, 11 ans d'expérience à 27 ans quand la majorité des Japonais n'en ont que 4 ou 5, m'ont donné une chance très très mince.
Le salaire était conséquent, indécent vis à vis de la France à vrai dire (6 000 euros), mais travailler en moyenne 13h par jour avec des pointes obligatoires de 25/30/45 heures d'affilées (oubliez toute velléité syndicale ici si vous voulez un vrai boulot à la place d'un Japonais de souche) m'auront finalement usé moralement et physiquement.
J'ai donné ma démission 3 jours après avoir reçu une nouvelle promotion, pris des cours à plein temps de Japonais et je monte ma petite société désormais. Je fais un petit peu d'argent via les agences de publicité qui recherche des étrangers. Attention ce genre de jobs est lucratif mais en dent de scie et interdit aux PVTistes mais quelque soit votre physique ils prennent tout.
Parlez Japonais avant et vous n'en souffrirez pas le dixième, croyez-moi. Un JLPT2 va faire la différence entre le mode normal et le mode hardcore.
Vous serez toujours un second choix, mais un choix potentiel !

Quelles ont été tes plus grosses difficultés au Japon ?
En accord avec la réponse ci-dessus, le travail.
Après, peut-être la rigidité des traditions et des relations sociales.
S'intégrer dans la société est complexe, long et peu gratifiant sur le moyen terme. Attention, je ne veux pas être négatif, je dis juste que le Japon se mérite et qu'on ne va certainement pas vous aimer car vous êtes étranger, loin de là. Comme partout ailleurs, un étranger est considéré comme tel. Ayez-en conscience et faites vous apprécier.
En sus, vous ne serez qu'un des innombrables PVTistes de plus à Tokyo.

Quel est ton meilleur souvenir ?
Mon mariage ! Bien que devoir lire un parchemin en anciens kanji sans furigana hante encore mes terreurs nocturnes.

Est-ce que certaines choses te manquent ?
La charcuterie clairement, tout le reste on le trouve, mais à un prix astronomique.
Les brochettes bœuf-fromage, ingénieuse invention commerciale qui n'existe évidemment pas ici, mais qu'est ce que c'était bon.
Peut-être le métro qui sent l'urine... Ha non ça va, ça ne manque pas.

Qu’est ce que cette expérience t'apporte, du point de vue personnel ou professionnel ?
 Travailler ici 2 ans m'a paru m'apporter l'expérience de 10 ans en France. Tout est rapide, rigide sérieux professionnel, on ne bricole pas.
On vous laisse la possibilité d'évoluer très vite (j'ai eu 4 promotions en 2 ans) à condition de bosser plus que n'importe qui de mentalement sain et de faire vos preuves. Si tout le monde laisse tomber, restez, faites le boulot de 3 personnes en une nuit et faites le marcher.
Le lendemain matin, vous avez dormi 2h entre le frigo et la table basse mais vous êtes au boulot.
Une fois deux fois trois fois quinze fois personne ne vous remerciera mais vous allez monter vitesse lumière. Bref, ici c'est possible.
Bosser comme un malade en France ne m'aura pas beaucoup avancé.
Au niveau personnel ? La motivation de changer car ici plus qu'ailleurs les années passent très vite et une impression de gâchis s'amplifie de manière exponentielle. Les ras-le-bol succède au sentiment d'accomplissement.
Et enfin, le plus important, une nouvelle famille et des amis très variés.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs PVTistes ?
Si vous voulez vous amuser une année sans autre velléité, allez y, franchement, c'est une expérience géniale mais ça coûte plutôt cher, un tour de manège super luxe. Prenez quelques cours sinon vous n'enfoncerez pas même un coin dans la culture japonaise.
Les gens font très vite la différence ici entre un touriste et un immigré, choisissez votre camp.
Le tourisme c'est le Japon facile, kawaii, manga amusant, potes volatiles à foison.
Si vous voulez améliorer votre connaissance du Japon, allez à l'école tous les jours ! Il faut passer par là pour discuter avec les Japonais, le ghetto des étrangers vous ouvrira beaucoup de portes, il ne faut pas le rejeter. Il y a une différence fondamentale entre les Japonais qui ont vécu à l'étranger et qui parlent parfaitement Anglais et la majorité des Japonais, vous êtes prévenus, sans faire dans le péremptoire vous en ferez l'expérience.
Mon intégration a été grandement simplifiée depuis que je me suis vraiment mêlé aux communautés Taïwanaises et Coréennes qui ont souvent des racines au Japon. Par capillarité (le phénomène physique pas votre coupe de cheveux, quoique...) vous allez intégrer des groupes de Japonais.

Si vous venez en WHV pour devenir un assimilé Japonais, vous êtes un grand malade, il faut vous faire soigner, sérieux, mais on peut y arriver. Pour rien au monde je ne retournerai en France !

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Commentaires

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Cedric
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Très intéressant !

Et j’ai de surcroit appris un nouveau mot: « tokyoïte ».

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Mylène
3.8K 2.2K

Haaa enfin on a ton interview Gajineuh!! Je l’attendais avec impatience et bien sur je ne suis pas déçue!
Et merci encore pour nous faire partager tes expériences sur le forum :)

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B
88 114

Oulah je l’avais oublié celui là 😉
Amusant, je me suis dit « tiens je la connais cette photo » en arrivant sur le site…

Elle date un peu d’ailleurs, il y a 3 bâtiments en moins maintenant à cet endroit de Akiba.

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isa
9.2K 5.9K

Pas moi, ça reste une de mes interviews préférées en tant qu’intervieweuse ! 😀 Merci encore !

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Super inteview, très intéressante !
Merci pour ce partage.

PS: Je suis tout à fait d’accord, ça manque de brochettes boeuf fromage^^

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Je ne sais pas si ce que tu raconte me faire mourir de rire ou bien trembler de peur !

Moi qui veux passer 2 ou 3 mois au Japon pour première expérience j’ai l’impression que l’utilité est quasi nulle vu les difficultés d’intégration que tu as pu rencontrer !

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t’es un warrior! c cool!

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Tu dis « Si vous venez en WHV pour devenir un assimilé Japonais, vous êtes un grand malade, il faut vous faire soigner, sérieux, mais on peut y arriver. » .. Contente d’apprendre que je suis malade héhé ! Même si je suis persuadée de ne pas être la seule. J’étais bien contente de lire ton petit récit hier soir, merci !

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C’est un réel plaisir de lire des témoignages de ce genre !
Merci pour ta contribution :)

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