Haby, de PVTiste à conseillère en immigration au Canada

Article publié le 17-05-2019.

haby alias HabyBC

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  • Profession Conseillère en immigration
  • Dernier diplôme obtenu Autre

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Bonjour, peux-tu te présenter et nous expliquer ce qui t’a menée au Canada ?
Haby, 36 ans maintenant, Franco-Sénégalo-Canadienne (ça existe ?).
Je suis partie de France à 22 ans, j’étais en licence Langues Etrangères appliquées (LEA) à Paris 4 et vendeuse chez GAP à temps partiel. Ça faisait un bout de temps que j’avais envie de changer d’air, et avec une copine on se disait que ce serait cool de faire un séjour dans un pays anglophone histoire d’être vraiment bilingues. On a pensé à la Zambie où mon père était en poste, puis elle a découvert le PVT. Et tout est parti de là. J’en ai parlé à mon meilleur ami qui n’a pas hésité une seconde, et on a fini par venir à 5 potes, l’un d’eux étant maintenant mon mari ☺
Tu peux nous présenter ton parcours au Canada, année après année ?
2005-2006 : PVT (eh oui, le PVT Canada durait un an avant).

2006-2007 : Emploi de perfectionnement, AKA jeunes professionnels.

2007-2009 : Permis de travail en tant que conjoint de fait pour moi et permis de travail avec AMT (EIMT maintenant) pour mon conjoint (c’était beaucoup plus facile à obtenir à l’époque).

2009-2016 : Résidence Permanente via la Catégorie de l’Expérience Canadienne.

Depuis avril 2016 : Citoyenne canadienne.

Pourquoi tu as choisi de partir à Toronto ? Es-tu contente de ton choix ? Et comment ca s’est passé en anglais pour toi ?
J’ai choisi Toronto, parce que je voulais devenir bilingue. Mon niveau d’anglais était correct, mais ça restait très scolaire. Je pouvais écrire une dissertation en anglais, mais avoir une vraie conversation était plus compliqué. Je me souviens par exemple d’une conversation avec une collègue durant laquelle j’ai eu un mal fou à lui donner une recette – je ne savais pas comment dire “viande hachée” en anglais.

C’est clair que ça m’a fait un choc d’arriver dans une ville dont je ne parlais pas la langue dominante couramment, mais ce n’était pas si compliqué que ça. Énormément de services sont disponible en anglais et en français ici, et il y a tellement de Torontois dont l’anglais n’est pas la langue maternelle que ça décomplexe.

J’ai commencé avec des petits boulots. J’ai eu du mal à trouver au début car on me demandait toujours une référence canadienne. J’ai fini par trouver un poste de vendeuse chez GAP, où j’ai pu utiliser une lettre de recommandation d’un de mes anciens managers, à Paris. J’ai également donné des cours de français dans une petite école privée. Avec ces deux références, je me suis inscrite dans une agence de placement qui m’a trouvé mon troisième boulot, dans un call centre, en tant qu’agent de voyage. Et je pense que c’est ce qui m’a le plus aidé au niveau de l’anglais. J’ai été jetée dans la fosse aux lions.

Je ne regrette absolument pas mon choix de m’être installée à Toronto. J’adore cette ville ! Il y en a pour tous les goûts. Quand nous étions seuls sans enfants, nous habitions dans un condo en plein centre-ville, au cœur de l’action, où ça bouge beaucoup mais sans être étouffant (comme New York, par exemple). Maintenant que nous avons des enfants, nous habitons plus à l’ouest de la ville dans une petite maison entourée d’espaces verts, de parcs, etc. Bref, si c’était à refaire, je le referais sans hésiter !

Parlons logement ! Vous avez acheté une maison, comment ça s’est passé ?
Nous avons eu la chance d’acheter notre maison pendant la crise, en 2011. Du coup son prix était relativement abordable. Le processus d’achat n’était pas super compliqué. En gros, nous avons dû aller à la banque pour se faire pré-approuver pour un prêt, trouver un agent (nous avons rencontré le nôtre en visitant une maison, il nous a plu et voilà, ça a été aussi simple que ça !), trouver une maison, faire une offre (le seul moment relativement stressant car nous étions 3 à vouloir la maison) et signer les papiers avec un avocat.

Ensuite, les prêts hypothécaires (mortgage) se font sur taux fixe ou variable, renégociable au bout d’une durée définie. De manière générale, les taux sont en moyenne de 3 % renégociables tous les 5 ans. Et pour se faire approuver, il faut idéalement avoir une travail fixe, avoir un bon historique de crédit (ne pas avoir contracté trop de dettes au canada en gros) et avoir un apport de 5 à 25 % du prix de la maison. Mais bon ce n’est que mon expérience personnelle, une banque vous renseignera mieux que moi. D’ailleurs, les plus grosses banques ont des outils en ligne permettant de se faire pré-approuver pour un prêt en quelques minutes.

Quel a été ton parcours professionnel au Canada ? Et qu’est ce que tu penses du monde du travail au Canada ?
J’ai commencé en bas de l’échelle avec un poste de vendeuse. Je ne savais pas encore trop ce que je voulais faire. Puis j’ai trouvé un boulot dans un call centre comme je l’expliquais plus haut. C’était sympa, mais ultra stressant, ce qui est assez normal pour ce type de boulot. Entre temps, j’ai dû essayer de trouver un moyen de rester au Canada, et c’est comme ça qu’a débuté ma passion pour l’immigration. Après le call centre, j’ai eu un poste administratif dans un établissement scolaire français, et ce fut mon premier emploi avec un aspect touchant à l’immigration. 3 ans plus tard, j’ai obtenu un poste d’assistante juridique dans un des cabinets d’avocats en immigration les plus reconnus du pays (une des Big 4, le bâtiment de la série Suits, vous suivez ?) puis 4 ans plus tard un poste similaire chez leurs concurrents. Pendant ce temps j’ai passé le concours de consultant en immigration, et après l’avoir obtenu, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure en solo et de créer mon propre cabinet de conseils en immigration.
Qu’est-ce que tu penses des Canadiens, de la culture canadienne, de la vie au Canada ?
Je suis en amour de la culture canadienne ! La gentillesse, le respect d’autrui, cette impression que tout le monde peut y arriver, quelles que soient sa couleur et ses origines. Sans vouloir faire de généralité, il est vrai que certains Canadiens sont parfois gentils à l’extrême, et il peut être difficile de les cerner ou de savoir s’ils t’apprécient vraiment ou pas. Mais voilà, c’est pas bien méchant, je me suis fait plein d’amis !

Après, c’est vrai que les hivers sont longs, très longs. La pire période selon moi ? L’ascenseur émotionnel entre mars et juin, où on passe de 15 à -10 degrés en quelques jours, voire quelques heures. Cette période où on peut allumer le chauffage et la clim la même semaine, où on ne sait pas si on peut enfin ranger les manteaux d’hiver…

Et le TTC, notre fameux système de transports en commun souvent rebaptisé “Take The Car” qui peut choquer par son manque d’efficacité, et particulièrement quand on vient de Paris. Et son prix qui augmente par bonds. En 2005, il coûtait 89 $, il coûte maintenant 151,15 $.

Tu as eu des enfants au Canada, est-ce que tu peux nous en parler (notamment du congé maternité/paternité) ?
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Je n’ai pas eu d’enfants en France donc je ne pourrais pas vraiment comparer, mais j’ai eu une expérience assez positive ! Certes, nous n’avions pas de famille pour nous aider, mais je pense que cela nous a rapprochés mon mari et moi, nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes.

Pour mon ainée, en 2012, j’avais une obstétricienne, mes rendez-vous à l'hôpital, etc. C’était pas terrible. Les rendez-vous étaient expédiés, je pensais que mon obstétricienne serait présente à l’accouchement (comme dans les films, je l’imaginais se faire biper au milieu de la nuit pour venir à mon chevet, etc.) mais pas du tout, c’est l'obstétricien de garde le jour J qui s’en charge.

Pour mon deuxième enfant, j’ai eu une équipe de sage-femmes, et c’était absolument génial. On a pu discuter d’un plan de naissance, les rendez-vous duraient en moyenne 45 minutes et tous les sujets pouvaient être abordés, même les moins glamours. Et bien que j’aie eu un accouchement difficile et une deuxième césarienne pour lesquels j’ai été prise en charge par l'hôpital, elles sont restées avec moi jusqu’au bout. Elles prennent également en charge la maman et le bébé pendant les 6 semaines qui suivent la naissance. Donc pas besoin de se rendre chez le pédiatre ou le gynéco, elle venait chez nous pour les pesées de bébé, le retrait des agrafes pour ma césarienne, etc.

En Ontario, tous les frais autour de la grossesse et l’accouchement sont pris en charge par l’OHIP. J’ai payé une centaine de dollars pour avoir une chambre privée à l'hôpital, mais c’était une préférence personnelle.

J’entends aussi souvent dire qu’on se fait “chasser” de l'hôpital une fois qu’on a accouché… ce n’est pas totalement vrai. Je suis restée 3 - 4 jours à l'hôpital avec mes bébés à cause de mes césariennes, mais pour un accouchement “normal”, les mamans peuvent rester plus longtemps à l'hôpital si elles ont un problème d’allaitement, etc. et honnêtement, si j’avais eu le choix, j’aurais préféré rentrer à la maison dans les heures suivant l’accouchement pour commencer à prendre mes nouveaux repères le plus rapidement possible (et beaucoup de mamans pensent la même chose).

Le congé maternité d’un an, best thing ever!!!!!! Pour chacun de mes bébés, à leurs 3 mois, je me disais combien j’avais de la chance d’avoir encore 9 mois devant moi avec eux.

J’ai pu les allaiter jusqu’à ce qu’ils n’en veuillent plus, j’ai assisté à beaucoup de leurs premières fois, y compris leurs premiers mots et leurs premiers pas. J’ai pris la totalité du congé sans la partager avec mon mari (au Canada, le congé peut durer jusqu’à 18 mois et peut être réparti entre la maman et le papa, comme ils le souhaitent) mais nous étions heureux d’avoir cette possibilité au cas où.

Par contre, le montant payé par l’État pour le congé maternité est de 55 % du salaire jusqu’à 45 000 $, qui peuvent être répartis sur 12 ou 18 mois. Mais certaines entreprises proposent un Top-Up dans leurs avantages, soit une paye supplémentaire pendant le congé maternité. Donc si vous cherchez un boulot et que vous pensez avoir des enfants bientôt, gardez un œil là-dessus.

Les garderies, les écoles, comment ça fonctionne au Canada ? C’est cher ?
Ma fille est dans une école publique francophone, et mon fils est en garderie à mi-temps. Les frais de garderie sont élevés, c’est un fait. Mes 2 enfants ont commencé en home-daycare (assistante maternelle en France, je pense), et nous nous en sommes bien tiré car nous ne payons « que » 800 et 1 000 $ pour eux, respectivement. Mais il faut compter en moyenne entre 1 300 et 2 000 $ par enfant.

Il y a un système d’aide du gouvernement provincial permettant de ne payer qu’un certain montant en fonction de ses revenus, mais pour y avoir droit, les enfants doivent être inscrits en crèche municipale, où les listes d’attente sont extrêmement longues (beaucoup s’y inscrivent à 3 mois de grossesse).

Il y a également des crédits d’impôts et une aide du gouvernement fédéral qui permettent d’alléger les frais, mais oui ça reste cher. D’autant que bien que l’école soit gratuite, les cours finissent tôt (autour de 15 h en général) et il faut donc prévoir un système de garde après-école.

Avoir un enfant dans une ville anglophone quand on est francophone, ça amène sans doute à faire des choix, notamment en terme de scolarité. Tu peux nous parler de ton expérience ?
Nous avons inscrit nos enfants dans le système scolaire public francophone. Nous nous sommes dit qu’il était beaucoup plus difficile d’apprendre le français que l’anglais, et que si je pouvais parler anglais sans avoir fait ma scolarité dans un environnement anglophone, ils ne devraient pas avoir de problème. Leur langue dominante est le français, mais ils comprennent l’anglais également. Mon fils est encore petit, mais ma fille passe du français à l’anglais assez facilement. Même dans les écoles francophones, beaucoup d’enfants viennent de familles anglophones et ça parle beaucoup anglais dans la cour de récré.
Est-ce que la France (ou des aspects de la France) te manque ?
Sans vouloir cracher dans la soupe, non ! Ma famille me manque, certains aspects me manquent (la nourriture notamment, on va pas se mentir) mais j’ai réussi à me créer une qualité de vie que je n’aurais pas forcément en France. Et c’est peut-être la faute aux médias, mais l’image de la France vue de l’étranger ne fait pas trop envie en ce moment.

Après, on revient en France au moins une fois par an. Nous restons dans la région parisienne en général. Et à chaque fois, on se gave de fromage, de croissants, de raclettes (une copine à une fois gracieusement accepté de faire une soirée tartiflette en pleine canicule, je lui en suis toujours reconnaissante), etc. Et nous faisons les touristes ! Je ne m'étais jamais autant rendu compte à quel point Paris était belle que depuis que je l’ai quittée. Nos enfants pourront dire qu’ils ont vu Notre-Dame avant son incendie. D’ailleurs, ils adorent la France. Ma fille parle régulièrement d’aller y vivre quand elle sera plus grande. Et même eux se rendent compte de la différence de qualité niveau bouffe. Après notre dernier retour de France, mon fils a recraché un croissant qu’on lui avait acheté dans une petite boulangerie de notre quartier torontois.

Revenons sur ce que tu nous disais plus tôt. En 2018, tu as lancé ton entreprise et tu es devenue conseillère en immigration. Tu peux nous en dire plus ?
Oui, j’ai créé mon cabinet de conseils en immigration canadienne, IFCan, le rêve canadien simplifié. Pour reprendre une de mes clientes, j’ai réussi à faire de ma passion un métier ! Ça peut paraître dur à croire, surtout pour ceux qui galèrent pour leurs demande de résidence permanente et qui se perdent sur le site d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), mais j’adore ça ! Après, je me suis lancée dans l’aventure en solo pour différentes raisons :

  • Après plusieurs années dans le domaine, je me suis rendu compte qu’il n’y avait que très peu de services en immigration à Toronto destinés aux francophones.
  • Le monde des avocats peut être très cruel et ultra stressant, et je voulais me détacher de cet aspect.
  • Étant maman de deux jeunes enfants, je ressentais le besoin d’avoir plus de flexibilité afin de pouvoir être plus disponible pour ma famille.
  • J’ai toujours voulu offrir des services plus flexibles, pour ceux qui ont du mal ou qui ont juste besoin d’une réponse à 2, 3 questions, mais qui ne peuvent pas se permettre de dépenser des milliers de dollars en frais de représentation. J’offre des consultations d’une heure qui sont en gros des séances de coaching en immigration. Après, ils peuvent continuer seuls, retenir mes services à l’heure ou alors pour une représentation complète « classique », selon leurs besoins, leur budget ou leur degré de phobie administrative. Pour être le plus transparente possible, j’ai publié tous mes prix sur mon site. Comme ça, pas de surprises. Et je refuse de faire des demandes de PVT, il y a bien assez de tutos sur pvtistes à ce sujet 😉

Je me spécialise dans l’immigration hors-Québec, pour ne pas dire pro-Ontario. Il y a énormément d’avantages au fait de parler français d’un point de vue immigration hors-Québec ; des points en plus sous Entrée Express à la nomination de la province, sans oublier la mobilité francophone. J’essaye en gros de démystifier tout ça pour mes clients.

Pour terminer, quels conseils ou petits trucs tu souhaiterais donner aux PVTistes ?
  • Après votre arrivée, laissez-vous 6 mois pour décider si vous souhaitez rester ou pas au Canada. Si vous pensez rester plus que deux ans, commencez à planifier votre demande de résidence permanente en cherchant un emploi qualifié - catégorie 0, A ou B de la Classification Nationale des Professions - (je pense surtout au Canada hors Québec), en passant les tests de langues, équivalences de diplôme, etc., pour ne pas vous retrouver coincés à la fin de votre PVT sans solution viable pour rester.
  • Bannissez le terme « visa » de votre vocabulaire. En tant que français ou belge, vous n’avez pas besoin de visa. Un visa de travailleur n’a rien à voir avec un permis de travail. Cela vous évitera bien des confusions sur le site d’IRCC !
  • N’ayez pas peur de viser des emplois anglophones à cause de votre niveau d’anglais ou de votre accent. Et n’ayez pas peur de venir à Toronto parce que vous ne parlez pas anglais. Il existe des Franco-ontariens qui ne parlent quasiment pas anglais.

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