Romain, PVTiste puis expatrié en Russie (Saint-Pétersbourg)

Article publié le 24-05-2017.

Romain alias RomainStP

Romain alias RomainStP

  • Localisation Saint-Pétersbourg, Russie
  • Profession Cofondateur de Ambassadors Studies & Work Abroad
  • Dernier diplôme obtenu Master

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Nous avons interviewé Romain, qui est aujourd'hui installé à Saint-Petersbourg. Retrouvez son témoignage en vidéo, retranscrit ci-dessous.

Bonjour peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

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Je m’appelle Romain Evangelista, j’ai 31 ans, je suis français, originaire d’Avignon.
Je suis arrivé en Russie en 2012, j’avais une filière en mon école de commerce sur Sup de Co Montpellier. À ce moment là j’avais une amie russe qui m’a dit « on n’a pas de département marketing et comme je sais que ta spécialité est marketing et commerce, c’est exactement ce dont on a besoin ». Ca m’intéressait beaucoup car je ne connaissais pas la Russie ni la langue russe et je me suis dit « c’est une belle expérience », je suis parti sur un contrat d’un an avec eux, ça s’est bien passé et à la fin de cette année, comme j’ai entendu dire que l’entreprise voulait se focaliser davantage sur les ventes de biens en ligne et voulait délaisser la filiale et que nous avions alors l’opportunité de racheter l’entreprise, c’est ce qu’on a fait. On a fait un rebranding et maintenant elle s’appelle Ambassadors Work and Study Abroad. Ca fait 4 ans que nous sommes sur le marché, ça marche bien, on a vu qu’il y avait un potentiel, on l’a développé, on s’est associé avec un partenaire russe. Depuis on tourne avec une équipe de cinq membres permanents et une armée de stagiaires russes ou étrangers.

Vos services sont pour quel public ?

Pour les russes qui partent à l’étranger et pour les étudiants étrangers qui viennent à Saint Petersbourg à qui on offre un package stage, cours de russe et logement.

Quels visas russes as-tu obtenus ?

Quand je suis arrivé j’ai eu un business visa de 6 mois, c’est-à-dire 3 plus 3. 3 mois on reste sur le territoire russe, on sort une semaine, on rentre de nouveau pour finir ses 3 mois et on enchaîne comme ça les visas business. Au bout d’un moment ça prend la tête en particulier quand on travaille à temps plein. Donc comme j’avais entendu parler du Visa Vacances Travail, c’est ce que j’ai fait pour Simbad la première année mais après c’est plus compliqué parce que si on veut rester pour du long terme, il y a un autre visa qui s’appelle le visa « RVP ». C’est un visa de travail qui permet de rester sur le territoire russe pendant 3 ans mais c’est la croix et la bannière justement pour obtenir tous les papiers. J’ai mis, sans plaisanter, 12 mois pour rassembler tous les documents en enchaînant les visas business, 6 mois, 6 mois et finalement j’ai déposé mon dossier qui a été accepté. J’ai dû passer des tests de russe à l’oral et à l’écrit, des tests d’histoire, des tests de lois, j’ai dû apprendre des choses que les Russes probablement ne savent pas eux-mêmes, c’est un petit peu l’ironie du sort. En plus il a fallu avoir des apostilles, divers documents, c’était vraiment rocambolesque et finalement j’ai eu ce visa RVP. Tous les ans je dois passer devant l’immigration russe pour dire « les gars je suis là », enfin, c’est pas seulement ça, je dois aussi remplir et signer des documents. Après le visa de 3 ans de travail RVP il y a un visa de 5 ans, c’est plus simple à obtenir que le RVP, il y a moins de documents à fournir dans le dossier et après les 5 ans de ce visa spécial de résidence russe on a le droit de demander la nationalité russe, mais on doit alors laisser de côté sa nationalité française, ce que je ne veux pas faire.

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Quels ont été tes ressentis en arrivant en Russie ?

Ca c’est une très bonne question parce que la première fois c’était pas en 2012, c’était en vacances en 2011, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Je suis arrivé à l’aéroport Pulkovo, pas celui qu’on connaît maintenant mais l’ancien, la prison soviétique. En arrivant, c’était vraiment le cliché de tout ce qu’on peut attendre, il y avait des files d’attente à n’en plus finir, dès qu’on arrivait à la douane, on nous recevait à la « soviet ». Une fois arrivé à Saint Petersbourg, en centre ville, j’ai vu que c’était grand, beau, moderne, il y avait des bâtiments historiques, c’était assez intéressant. Quand j’ai vu qu’il y avait des choses à reprendre, à développer, qu’il y avait un potentiel énorme à Saint Petersbourg, ça m’a incité à venir en Russie et à y trouver du travail, pour développer un business. Si je n’avais pas eu cette première approche en 2011, peut-être que j’aurais dit non après mes études. Le fait de voir par soi-même, ça efface plein de clichés, plein de stéréotypes qu’on a sur la Russie et franchement on est loin de ce qu’on nous a appris à l’école ou tout ce qu’on peut voir sur Internet ou dans la presse en générale.

Quel était ton niveau de russe en arrivant ?

Zéro ! J’avais commencé en 2012 en arrivant, j’apprenais le russe le matin et l’après-midi je travaillais. J’ai fait 3 mois en cours normaux, 20 heures par semaine. Au départ j’étais dans la perspective "bon en 6 mois je parle Russe", mais c’est une langue qui nous apprend l’humilité, franchement je me suis dis "non ce ne sera 3 mois, ce ne sera pas en 6 mois". On m’a mis en relation avec une babouchka, une grand-mère russe, qui avait 30 ans d’expérience en qualité de prof de russe. Avec elle j’ai fait des progrès magnifiques, on faisait de la conversation, de la grammaire, de l’écrit. Elle m’a suivi pendant 2 ans et demi, après ça allait mieux.

Comment peut-on trouver un logement ?

Il faut lire le russe, parler le russe. Trouver des chambres, c’est facile. Il y a beaucoup de chambres dans les appartements soviet, ce ne sont pas les normes européennes ou américaines, ce sont les normes russes. Les gens vivent en général dans des общежитие, ce dont des appartements communaux. On peut trouver de tout comme colocataire. Il y a aussi des foyers étudiants dans lesquels on peut vivre. Actuellement j’ai 5 stagiaires français qui sont en l’occurrence à l’université de FINEC et qui sont dans des foyers, ils me disent que c’est tout neuf, qu’ils paient 150 euros par mois tout inclus. En plus il y a une femme de ménage et la cuisine est commune. Ca dépend vraiment de ce qu’on veut, on peut s’en sortir avec des chambres à partir de 1 500 roubles. Ca ne va pas être du 5 étoiles mais c’est assez pour vivre.

Quels sites Internet tu recommandes ?

Avito, c'est le boncoin version russe.

Est-ce qu’il faut prévoir de la paperasse, une caution ?

Pas du tout, il y a beaucoup d’accords oraux, il est même rare que l’on demande une caution. En Russie si quelqu’un ne règle pas ou ne plaît pas tout simplement on le met dehors. On ne va pas être embêté par la police ou les tribunaux, ils ne sont pas procéduriers du tout, tu prends tes affaires et tu dégages.

Parle-nous de ta perception des Russes.

En fait les Russes sont un grand paradoxe parce que quand on se balade dans la rue on voit des visages fermés, ils ne parlent pas beaucoup, que ce soit dans le métro, dans les bus etc. Mais en fait quand on s’approche d’eux, qu’on devient plus amis, ils s’ouvrent directement. Dès qu’ils vous reçoivent c’est comme si vous faisiez partie de la famille. C’est très russe de recevoir les gens et ils ont un grand cœur et une grande âme. Franchement c’est quelque chose qu’il faut savoir. Ce n’est pas du tout le cliché du russe bougon, très ours et très hirsute.

Comment tu as rencontré des russes ?

Je joue dans l’équipe Saint-Petersburg WhiteNight qui est l’équipe de Lacrosse de Saint Petersbourg. On est une équipe amateur. Dans l’équipe j’ai fait ami/ami avec des Russes et franchement ce sont des gens tout à fait charmants, on va boire des bières avec les coéquipiers comme des rugbymen, on passe beaucoup de temps ensemble, on s’invite à la maison pour des bouffes, c’est très sympa, j’apprécie ! On peut se faire des potes assez rapidement en fait.

Quelles différences vois-tu entre la France et la Russie ?

J'ai plus en fait la différence entre l’Amérique et la Russie parce que je travaille beaucoup avec les Américains, j’envoie beaucoup de Russes aux Etats-Unis. En fait la première chose qu’on voit c’est « Oh Hello, how are you? », c’est pas une critique mais c’est tellement exagéré... Venant de l’Europe de l’ouest c’est choquant mais ça l’est encore plus venant de la Russie. On masque ses expressions de visage, on masque ses pensées, etc. Même sourire dans le métro ça ne se fait pas. Je travaille avec des étudiants américains qui sont là pour des échanges ici à Saint Petersbourg, ils disent "je souris aux gens dans le métro mais c’est naturel on m’a appris ça aux Etats Unis et là dans le métro russe on ne sourit pas", pour eux ça ne paraît pas naturel. J’insiste sur ça quand j’ai des participants russes qui partent aux Etats-Unis, je leur dis « ne soyez pas choqués par les différences culturelles, s’il y a des gens qui vous posent trois milliards de questions sur l’endroit d’où vous venez, ils ne travaillent pas pour la CIA, c’est juste que c’est l’Amérique, c’est comme ça".

Parle-nous des relations hommes/femmes en Russie.

Quand on est un homme et qu’on a un rendez-vous, même si c’est pas un rendez-vous galant avec une femme, il faut avoir des attentions : j’ouvre la porte, elle rentre, je lui enlève son manteau que j’accroche au porte-manteaux et si on est au restaurant c’est l’homme qui paie tout. Si l’homme ne paie pas pour une femme c’est considéré comme une insulte, c’est comme ça que ça se fait même si c’est juste un simple rendez-vous. Quand c’est fini je lui remets son manteau sur les épaules, je lui ouvre la porte de la voiture, c’est comme ça, au millimètre près, voilà.

Qu'est-ce qui définit le plus, la culture russe, selon toi ?

Ils ont une culture familiale, en fait le noyau c’est la famille ici en Russie. En France on a des aides sociales, on a plein de choses pour protéger l’individu, pour protéger la famille. Ici en Russie il n’y a quasiment aucune aide sociale. On a tendance à croire que le Russe c’est le caucasien, blanc, slave, orthodoxe mais en fait il y a des Russes dits blancs, des asiatiques, des eurasiens, chacun a sa culture, chacun a sa religion et pourtant ça forme une nation entière et ils sont basés sur le noyau familial parce que c’est une protection sociale. Ce n’est pas rare de voir les grands-parents, les parents, les enfants et les petits-enfants regroupés sous le même toit. Les parents aident les enfants et quand les parents sont plus vieux et qu’ils n’ont pas une grosse retraite, les enfants les aident. On est tous ensemble contre l’adversité. C’est bien d’avoir conservé ça.

C'est difficile de trouver du travail en Russie ?

Oui, si vous ne parlez pas le russe, si vous n’avez pas de connexion ou de savoir particulier, ça va être compliqué.

Et un stage ?

Les entreprises ici en Russie n’engagent pas de stagiaires parce que c’est la croix et la bannière encore une fois pour les papiers, il faut déclarer les stagiaires, payer des choses. En fait c’est du bénévolat.

Quand tu es arrivé, le PVT était connu en Russie ?

Pas tellement. Pour vous dire la vérité, quand je suis allé à l’immigration, j’ai dit que je voulais utiliser le visa Programme Vacances Travail, la préposée m’a dit « ça existe ? », elle a vérifié et a vu que oui, elle m’a dit « vous êtes le premier sur Saint Petersbourg à en faire la demande ».

Avoir un PVT, tu penses que ça peut être un plus pour trouver un emploi?

Non je ne pense pas, parce qu’en fait dans les bars et les restaurants c’est au black en général, c’est pas un mystère, même en France c’est beaucoup au black l’hôtellerie, la restauration…

Comment mettre des chances de sont côté ? Les réseaux sociaux sont utiles ?

Il faut faire passer les relations, c’est le réseau. Facebook, Vkontakte (qui est le Facebook russe, qui fonctionne mieux que Facebook qui n’est même pas utilisé en Russie), ça ne marche pas trop. Généralement c'est bien pour des stages non payés, des partenaires linguistiques pour des conversations clubs, pour ce genre de petits trucs, mais pour avoir un boulot à part entière bien rémunéré, non.

En terme de salaire, à quoi peut on s’attendre ?

Si vous commencez dans la vie active ou si vous êtes étudiant, c’est très dur, les salaires moyens tournent autour de 25/30 000 roubles par mois, ce qui correspond à 400/500 euros. Bon la vie est un peu moins chère mais ça n’est pas une fortune. Si vous avez un savoir-faire particulier, il y a des gros salaires, pas seulement à Moscou mais aussi à Saint-Petersbourg.

Comment tu décrirais le monde du travail en Russie ?

Le système de management à la russe c’est encore le système vertical, c’est-à-dire : le patron en haut et les employés en bas. C’est un système qui date des années 1980/90 alors que maintenant en Europe et aux Etats-Unis on est plus sur un système horizontal, le patron et les employés au même niveau et on compte sur le retour de chacun pour améliorer le service en entreprise.

Est-ce que certaines choses te manquent de France ?

Oui il y a certaines choses qui me manquent, le petit brie par exemple, c’est ma faiblesse. Ils ont des boulangeries françaises ici, on trouve beaucoup de choses à la française... De toute façon il y a une relation spéciale entre Saint-Petersbourg et la France par la culture, l'histoire, c’était la ville des Tsars ici, le français était couramment parlé jusqu’à la révolution de 1917. Il y a beaucoup de Russes qui parlent encore le français à Saint-Petersbourg, on sent qu’il y a une tendance culturelle qui se prolonge.

Tu as pu voyager en Russie ?

J'ai fait Saint-Petersbourg, Moscou, Petrozavodsk (qui se trouve en Carélie), Ovkof, Mourmansk et j’ai fait le Kazakhstan, à Almaty.

Expatrie en Russie 2

Expatrie en Russie

Parle-nous de Mourmansk et Moscou!

Mourmansk, on aurait dit une ville de ghetto avec des tours, du béton... une ancienne ville soviet! Moscou est une ville assez particulière, c’est bien pour le business, mais c'est beaucoup plus agressif, tout y est beaucoup plus cher comparé à Saint-Petersbourg. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle il y a beaucoup plus d’étudiants à Saint-Petersbourg qu’à Moscou.

Pour un futur expatrié en Russie, tu recommanderais Saint-Petersbourg ?

Oui, historiquement c’est une ville beaucoup plus parlante, qui a beaucoup plus de sens. Moscou c’est bien pour les affaires, mais on devient fou au bout d’un moment. Les gens sont pressés, ils se bousculent, c’est plus compétitif, on n’a pas de temps à soi, on n’a pas un havre de paix.
Saint Petersbourg c’est charmant, les bâtiments rivalisent de beauté avec des monuments centenaires, c’est une ville musée.

Tu peux nous enseigner quelques mots de russe ?

  • Здравствуйте ("sdrastvouité") : ça veut dire bonjour, vous pouvez dire Привет ("privet") qui veut dire "salut".
  • Как дела? ("kakdila") : comment vas-tu ?
  • спаси́бо ("spaciba") : merci
  • пожалуйста ("pajalsta") : je vous en prie
  • До свидания ("do svidania") : au revoir
  • Сколько это стоит? ("skol’kp etp stoit") : combien ça coûte ?
  • Я Француз ("ia Frantsouss") : je suis français
  • Я не говорю по-русски. ("ia né gavariou pproski) : je ne parle pas russe

Aller en Russie, c’est un bon moyen pour apprendre le russe ?

C'est un moyen d’apprendre, oui. Prenons l'exemple de mon stagiaire, il est venu comme étudiant et c’est à force de participer à des événements, à se renseigner, à se faire des copains, des copines et à avoir des fiancées russes qu’il a créé son réseau et après c’est le réseau qui lui a apporté. Il faut y aller, il faut prendre le risque d’y aller, on peut se casser la gueule c’est vrai mais on peut réussir aussi.
Ceux qui cherchent un stage en Russie ou qui cherchent à apprendre le russe, c’est très valorisant de venir en Russie, d’avoir une expérience russe par soi-même, d’apprendre le russe grâce à des cours que je peux fournir d’ailleurs grâce à un réseau de profs russes certifiés ; compléter cet apport théorique par la réalisation d'un stage notamment dans lequel vous pouvez pratiquer un russe professionnel et apprendre avec des collègues russes, savoir comment on travaille en Russie parce que travailler en France et travailler en Russie, c’est complètement différent et c’est bien d’avoir une approche globale. Vous pouvez apporter votre savoir-faire français en Russie et vous pouvez revenir en France avec un savoir-faire russe. C’est très très valorisant.

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