Sarah, une montréalaise à Montpellier, amoureuse de la France

Date de publication : 08-01-2014

Auteur

isa

Sarah

Localisation

Puteaux, France

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Ville de provenance

Sarah : Je suis née à Montréal mais j’ai très vite déménagé à Laval, l’île qui jouxte la grande métropole, où j’ai grandi. Une fois adolescente, j’y suis retournée et j’ai d’abord habité Ahuntsic, puis nous avons déménagé dans la Petite Italie, pas très loin du marché Jean-Talon. C’est encore aujourd’hui un de mes endroits préférés dans le monde !

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Ville de destination

Sarah : Montpellier et même si le choix était un peu évident vu que mon copain y habite, je crois que si j’étais venue en France, on va dire sans attache, mon choix se serait porté sur une ville du sud ! Moi qui suis sujette à la dépression saisonnière, tout ce vert en plein mois de décembre me donne envie de me rouler par terre et le simple fait d’envisager de sortir pelleter par -30 degrés me donne de l’urticaire. Eh oui, moins de deux mois sur le territoire français et je suis déjà vendue !

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Baroudeuse ou pas ?

Sarah : Peut-être pas dans le sens propre du terme. J’adore partir le matin en ne sachant pas ce que va me réserver ma journée, visiter des musées, des sites historiques, apprendre, découvrir, user mes semelles mais pour être heureuses, les dites semelles doivent avoir un point de chute confortable qui les attendent le soir même. Je me qualifierais plus d’exploratrice urbaine que de baroudeuse. Toutefois, la Nouvelle-Zélande et l’Australie m’attirent beaucoup alors je n’exclus pas un jour de partir sac et tente au dos en laissant mes habitudes casanières derrière moi.
En attendant, je vis ma petite vie tranquille et je me satisfais pleinement des petites escapades que mon copain et moi nous faisons de temps en temps. J’aurais même tendance à dire que, pour moi en tout cas, vivre un quotidien tranquille dans un autre pays devient automatiquement une aventure. Faire les courses à Carrefour en plein temps des fêtes ça doit pas mal ressembler à un safari en Afrique et dans les deux cas, y a des drôles d’animaux : seuls les plus forts survivent…

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Que faisais-tu au Québec ?

Sarah : Pas grand-chose de concret... À 17 ans j’ai obtenu mon diplôme d’études secondaires et si j’étais intéressée par plusieurs choses, je n’avais pas de plans concrets à propos d’une éventuelle carrière. J’ai toujours trouvé de toute façon qu’à cet âge j’étais trop jeune pour prendre une décision qui aurait un impact aussi important sur ma vie et j’ai décidé d’attendre un peu pour reprendre les études. J’ai vogué de travail en travail, arbitre au soccer (foot pour mes cousins préférés !), secrétaire, caissière pour me rendre compte qu’à défaut de retourner à l’école je devais au moins essayer de trouver quelque chose qui me stimulait. Une offre d’emploi à l’interne s’est ouverte dans l’entreprise pour laquelle je travaillais et j’ai décidé de tenter ma chance. Contre toute attente, j’ai décroché le poste et c’est comme ça que j’en suis venue à faire de la réinsertion sociale. Je me levais enfin le matin pour faire quelque chose de concret et l’aspect humain de mon travail me plaisait énormément.
À l’heure actuelle, je ne suis toujours pas retournée à l’école et je n’ai toujours pas décidé ce que je voulais faire de ma vie mais ces deux années de flottement, de fêtes et de petits boulots pas toujours constructifs m’en ont appris plus sur moi que je n’aurais pu le faire les fesses sur les bancs d’école. Même si je sais que je retournerai un jour aux études avec un décalage question année de naissance, je ne regrette rien.

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Pourquoi cette envie de t’envoler pour la France ?

Sarah : J’ai rencontré Jonathan, mon amoureux français, en janvier 2013 et je commençais au même moment à planifier un voyage en Europe en janvier 2014…! J’aime bien voir ça comme un clin d’œil du destin mais si effectivement ma rencontre avec Jonathan a fait précipiter mon voyage et l’a transformé en expatriation plutôt qu’en séjour de quelques semaines, ce n’est pas grâce à ma relation que je m’intéresse à l’Europe et à la France plus particulièrement.
J’ai grandi aux côtés d’une mère passionnée d’histoire et de voyage et c’est grâce à ses histoires de tours d’Europe en sac à dos que je m’endormais le soir. Je dois être une des seuls enfants à qui, pour le dodo, on racontait la décapitation de Marie-Antoinette et les ravages de la peste au quinzième siècle plutôt que le petit chaperon rouge !
J’avais 10 ans lorsque j’ai pris pour la première fois l’avion et c’était justement, ô surprise !, en direction de la France ; ç’a été mon premier voyage et avec toutes les certitudes et l’assurance qu’on peut avoir à 10 ans, je savais que ce ne serait pas le dernier. J’avoue toutefois que sans ma rencontre avec Jonathan et tous les sentiments que je lui porte, la confiance aussi, je n’aurais jamais envisagé de m’installer définitivement aussi loin de mon Montréal natal, aussi fort mon amour de la France et du voyage soit-il.

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Pourquoi Montpellier ?

Sarah : Comme c’est la ville de mon cher et tendre le choix s’imposait de lui-même, mais comme dit plus tôt, si j’avais vraiment été libre d’attache j’aurais certainement opté pour une ville du sud. Pour moi, petite québécoise, le sud de la France c’était les champs de lavande, les palmiers, la mer, les montagnes à portée de main, le charmant petit accent chantant et si Montpellier manque cruellement de champs de lavande dans lesquels batifoler allègrement, je suis comblée pour toutes les autres attentes citées plus haut.
J’ai vraiment eu un coup de foudre pour le centre-ville de Montpellier, plus pour ses petites ruelles sinueuses que pour le centre de la place de la comédie et ses trois grâces. J’ai aussi retrouvé cette ambiance jeune et festive qui me plaisait tant à Montréal. Bref, c’est un véritable plaisir d’habiter cette ville.

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Est-ce que c’est la première fois que tu vivais à l’étranger ou que tu partais aussi longtemps ?

Sarah : Je suis partie 3 mois en « éclaireur » à Montpellier cet été donc non, étant de retour en France depuis seulement 2 mois, ce n’est pas la plus longue période de temps passée loin de chez moi.

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Quel a été ton sentiment dominant au cours des deux premières semaines en France ?

Sarah : J’étais émerveillée par tout ce qui passait sous mon nez ! Chaque action du quotidien, aussi bête soit-elle, m’enchantait. Ouvrir la télé ? Disneyland. Faire les courses ? Port Aventura. Et si j’exagère un peu, sincèrement tout m’emballait ! Je ne sais vraiment pas comment mon copain a fait pour m’endurer tout le temps que la période découverte a duré et avec le recul je me dis qu’il a bien fait de prendre des vacances pour l’occasion.
Tout était susceptible de devenir le sujet d’une photo, en passant d’un arbre à un panneau de signalisation et je ne compte plus les mails et les mails de photos que j’ai pu envoyer à ma mère. J’ai eu la chance d’arriver en France avec un toit et un lit qui m’attendait et je pouvais donc me concentrer sur le positif. Heureusement je me suis habituée à toutes ces nouveautés et j’arrive maintenant à sortir de chez moi sans prendre le stop au coin de la rue en photo haha ! Je repense à cette période avec beaucoup de nostalgie, la découverte de toutes ces choses nouvelles fait partie pour moi des plus beaux moments de chaque voyage.

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Quelles sont tes plus grosses difficultés en France ?

Sarah : Passée la période de découverte et la joie des retrouvailles avec mon amoureux, ma famille et mes amis ont bien sûr commencé à me manquer. Je voyais beaucoup de choses et j’avais vraiment envie de partager ça avec eux en direct. Skype me laissait un goût amer et égoïstement, chaque fois que mes proches me donnaient des nouvelles de ce qu’ils faisaient, je leur en voulais un peu de continuer à vivre sans moi. Je ne voulais certes pas qu’ils arrêtent de vivre et se privent de sortir mais je crois que je voulais les deux vies à la fois : mon exotique aventure en France et ma petite routine de montréalaise tranquille. Avec le temps j’ai réussi à trouver un équilibre dans ma relation avec mes proches et étrangement, nous sommes plus proches depuis que je suis repartie du Canada que lorsque j’y étais !
Vivre dans un autre pays c’est aussi pour moi une adaptation quotidienne. Même si le Québec et la France partage une langue commune, je me retrouve chaque jour à constater nos différences culturelles. La portée de certains mots est différentes, certaines attitudes « normales » au Québec me valent des regards étranges en France ; je pense notamment à la fois où j’ai demandé à une vendeuse dans un magasin si elle allait bien. Il ne faut pas généraliser bien sûr, probablement que ma question aurait été très bien accueillie ailleurs mais sur le coup le regard offusqué de la dame m’a mis très très mal à l’aise ! Je garde courage : un jour je comprendrai tous les codes sociaux français !

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Quel est ton meilleur souvenir ?

Sarah : Chaque moment du quotidien devient mon meilleur souvenir, j’en ai de nouveaux après chaque jour qui passe. C’est partager un bon repas dans un petit resto, c’est aller au cinéma et me moquer de la voix française de Jim Carrey moi qui suis habituée à sa traduction québécoise, c’est acheter une bouteille de vin à 5 euros, c’est réserver un hôtel à Barcelone pour les premières vacances en amoureux, c’est tellement de choses à la fois… Bien sûr il y en a qui se détachent du lot comme la fois où j’ai compris que j’étais vraiment loin de chez moi à Platja de Aro, en Espagne, en entendant pour la première fois de ma vie des gens autour de moi parler une langue que je ne comprenais pas et où ni mon anglais ni mon français ne viendrait à mon secours si j’avais besoin de quelque chose.
C’est aussi quand après 4 mois de séparation j’ai pu serrer mon amoureux dans mes bras et lui parler sans l’intermédiaire d’un micro.
Et oui si certains souvenirs sont plus notables quand je repense au début de mon périple français et que certains me rendront aussi plus nostalgiques, j’essaie de faire tout ce que je peux pour profiter à fond de chaque instant pour ne rien regretter. (Violons svp !)

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Est-ce que certaines choses québécoises te manquent ?

Sarah : Je ne ferai pas dans l’originalité je crois en répondant la famille et les amis mais bon au final peu de choses sont plus importantes que ça alors…
Hors relations humaines, je dirais en tête de liste de pouvoir prendre un long et bouillant bain chaud sans culpabiliser pour la facture d’eau !
Le lendemain de la première tempête de neige, quand tout le monde est content de voir la neige et que c’est encore pas trop trop grave si la souffleuse vient de passer alors que tu venais de finir de pelleter.
Se lever le matin et aller chercher une douzaine de bagels chez Beaubien pour les tremper dans un café Tim Horton, café qu’on prendra bien calé sous la couette sans aucune intention de ressortir et de ne même pas culpabiliser pour ça.
Le marché Jean Talon, la piste de vélo pas très loin du marché Atwater, le « salut ça va ? » des vendeuses dans les magasins, les claviers qwerty parce que azerty j’haïs ça bon, les bars de quartier où j’avais l’habitude d’aller, le centre Bell où d’excellents groupes passaient chaque mois.

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Qu’est-ce qui te manquera si tu rentres au Québec ?

Sarah : Comme je n’ai pas vraiment l’intention de rentrer au Québec je préfère ne pas trop y penser mais je dirais les gens que j’ai rencontrés ici, la belle-famille surtout. L’excellente nourriture (on ne le répètera pas assez !) le vin et le fromage à la fois de qualité et abordable.
La facilité de voyager sans se ruiner avec les compagnies low-cost et la proximité de plein de pays.

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Qu’est-ce que cette expérience t’apporte du point de vue personnel ?

Sarah : J’ai découvert un côté de moi que je connaissais pas, une Sarah capable de foncer sans se poser de questions. Jusqu’à pas très longtemps j’étais assez passive dans ma vie, j’avançais sans trop me poser de questions et je me satisfaisais de ce qui me tombait dessus.
Quand j’ai commencé à faire des projets de voyage, premièrement seule puis pour aller rejoindre Jonathan, j’ai compris que les meilleures choses ne tombaient jamais toutes cuites dans le bec et que ce n’est pas en se fiant à l’avis des autres que j’allais faire quelque chose de bien de ma vie. J’ai grandi et acquis beaucoup de maturité, des choses que je dois à ces risques que j’ai pris et ces voyages que j’ai faits.
En cette fin de 2013, qui aura été une année de voyages et de changements, je peux enfin dire que suis fière de ce que j’ai accompli. Le PVT est arrivé à un excellent moment dans ma vie et je lui dois beaucoup de la personne que je suis maintenant !

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Quels conseils donnerais-tu aux futurs PVTistes ?

Sarah : La vie est trop courte pour avoir des regrets !
Peut-être que les débuts seront difficiles, peut-être que les choses ne se passeront pas comme vous les aviez prévues mais c’est tellement une belle expérience qu’il ne peut en ressortir que du positif ! Bonne chance à tous les futurs PVTistes !

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3 Commentaires

Lysiane
0 1
Ma situation ressemble beaucoup à la tienne! Je suis venue m’installer en France pour vivre avec mon copain. Vis-tu toujours en France, et si oui, combien de temps cela t’as-t-il pris pour décrocher un premier emploi?
larousse
2.2K 4.6K
Super témoignage! Lucide, dynamique, c’est vraiment l’fun de lire les récits de Québécois à l’étranger!
isa
6.1K 9.1K
Effectivement, l’interview de Sarah est une de mes préférées, quelle plume ! :)

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