The Waffle Guy : vendre des gaufres de Liège à Queenstown (Nouvelle-Zélande)

Date de publication : 08-06-2022

Qu’est-ce qui vous manque lorsque vous partez en voyage ? Mes amis français répondraient probablement le pain, le fromage, parfois les crêpes. Mes amis belges, eux, répondraient sans doute les frites, le chocolat, ou encore la sauce andalouse.

Mais aujourd’hui, c’est de gaufres que nous allons parler à travers le récit d’Arthur, The Waffle Guy.

pvtistes : Salut, peux-tu te présenter ?
Arthur : Alors je m’appelle Arthur, je suis un Belge de 26 ans vivant dans la petite ville de Queenstown en Nouvelle-Zélande depuis mars 2020. J’y ai ouvert un food-bike afin de faire découvrir aux Kiwis les véritables gaufres de Liège de notre plat pays !
pvtistes : Dans quel contexte es-tu parti en Nouvelle Zélande ?
Arthur : Le contexte de mon départ était pour le moins tumultueux. Comme personne ne l’ignore, un petit virus dont on se moquait quelques semaines plus tôt a commencé à vraiment chambouler les voyages internationaux à partir de mars 2020. Heureusement pour moi, mon vol décolle de Bruxelles sans encombre et je pose le pied sur le territoire néo-zélandais le 12 mars à Christchurch, mon permis Vacances-Travail en poche. Je retrouve ma demi-soeur et ses amis déjà sur place avec qui je voyage une petite semaine dans l’Otago.

Arrive alors le 19 mars (jour de mon anniversaire qu’en bon belge, je souhaite fêter comme il se doit). La Nouvelle-Zélande décrète la fermeture immédiate de ses frontières et l’instauration d’un lockdown généralisé strict pour tout le pays à partir du 26 mars. Toute personne entrée sur le territoire il y a moins de deux semaines est priée de s’isoler dans les moindres délais. On repassera donc plus tard pour la tournée des bars d’anniversaire… Je quitte ma demi-soeur et ses amis et me rend plus au sud, à Dunedin dans le seul Airbnb qui daigne m’accueillir. Après une semaine ennuyante sur fond d’incertitude, de Netflix et d’Uber eats, il me reste 24 heures pour trouver un endroit où passer ce lockdown, d’une durée encore indéterminée, dans ce pays où j’ai mis les pieds depuis moins de deux semaines, le tout en étant considéré comme un paria potentiellement porteur d’un virus méconnu. Welcome to New Zealand, mate ! En écumant les annonces des groupes de colocation sur facebook, je trouve une chambre disponible dans une petite maison avec vue sur un lac entouré de magnifiques montagnes. Quitte à être enfermé, autant avoir un beau paysage à contempler. Donc, je saute dans le premier bus pour Queenstown qui sans le savoir, sera l’épicentre de plusieurs bonnes (voire délicieuses) aventures à venir…
pvtistes : Pourquoi avoir choisi la Nouvelle Zélande ?
Arthur : Un peu par défaut en fait. Ayant déjà vécu pendant 6 mois en Irlande l’année précédent mon départ, je voulais continuer dans cette optique de découvrir de nouveaux endroits. La Nouvelle-Zélande n’était pas spécialement un rêve d’enfant, je ne suis pas un mordu du Mordor comme certains que j’ai rencontrés ici. Cependant ma demi-sœur était déjà sur place et ne me disait que du bien de l’endroit, le Permis Vacances-Travail était facile à obtenir et l’idée de s’en aller littéralement à l’autre bout du monde restait quand même assez excitante !
pvtistes : Peux-tu partager un de tes meilleurs souvenirs ?
Arthur : Je n’ai pas vraiment de moment spécifique en tête. Plusieurs fois j’ai pris le temps de contempler des couchers de soleil le long du lac à la fin d’une journée bien remplie à faire des gaufres et à rencontrer des gens géniaux du monde entier. Dans ces moments-là, tu te sens quand même plutôt chanceux compte tenu de l’actualité qui régnait dans le reste du monde.
pvtistes : Et le moins bon ?
Arthur : Probablement le décès d’une personne proche en Belgique. Avec la stricte fermeture des frontières ici, il n’était pas envisageable de pouvoir rentrer au pays pour assister aux funérailles. Ce sentiment d’impuissance mêlé à la tristesse n’était pas facile à vivre.
pvtistes : Peux-tu nous parler de ton Waffle Bike ? Tu l’appellerais ainsi ?
Arthur : C’est exactement comme ça que je l’appelle ! Depuis que l’idée de faire des gaufres de Liège le long du lac avait germé dans ma tête, je devais trouver un genre de support pour bricoler tout ça. Après plusieurs recherches infructueuses sur internet j’ai finalement trouvé une annonce pour Cargo Bike électrique sur trademe (site de seconde main super connu en Nouvelle-Zélande). Il était en vente à Wanaka, à une heure de chez moi. Donc, je m’y suis rendu pour y jeter un coup d’œil.

Le Cargo Bike était en assez bon état bien qu’un peu délaissé par son ancien propriétaire qui avait installé un barbecue dessus. Je l’ai donc acheté et ramené chez moi afin de commencer sa transformation en waffle bike de compétition ! Je l’ai démonté, repeint, racheté de nouvelles pièces, tout le tralala. Et après de nombreuses semaines de travail (et surtout d’attente pour l’arrivée de mon gaufrier à gaz importé de Belgique, merci DHL) le waffle bike était fin prêt pour son baptême du feu le long du lac Wakatipu !

pvtistes : Comment cette idée t’est-elle venue en tête ? Et pourquoi les gaufres ?
Arthur : Tout d’abord après le premier lockdown de 2020 à Queenstown, je suis vraiment tombé amoureux de cette ville et j’ai décidé de tout faire pour y rester. Ayant un peu d’expérience en cuisine, j’ai déposé quelques CV dans plusieurs restaurants et cafés sans jamais avoir de réponse. Queenstown étant majoritairement tributaire du tourisme, la fermeture des frontières a eu un énorme impact sur le secteur et les emplois disponibles n’étaient pas nombreux. Le fait d’être un nouvel arrivant ne jouait pas non plus en ma faveur. Je suis venu à la conclusion que si personne ne voulait m’engager j’allais tenter de créer mon propre job !

En me baladant en ville j’avais déjà vu quelques petits stands le long du lac, dont un Français qui faisait des crêpes (qui m’a d’ailleurs beaucoup aidé lors de mes débuts, comme quoi l’amitié franco-belge n’est pas morte malgré la coupe du monde !). Cela m’a mis en tête qu’il était sûrement possible de faire de même avec un produit belge. Je voulais dans un premier temps faire des croquettes de crevettes et fromage mais je me suis vite rendu compte qu’installer une friteuse sur un vélo comportait des risques assez conséquents… Je me suis donc rabattu sur les gaufres de Liège et après quelques essais à la maison avec mes colocataires et amis, j’étais convaincu que c’était la direction à prendre ! Par soucis d’authenticité j’ai importé le gaufrier et le sucre perlé de Belgique et une fois que tout est arrivé à bon port je me suis lancé dans ma petite aventure.

pvtistes : Comment les personnes réagissent-elles en te découvrant au bord du lac de Queenstown ?
Arthur : Les Kiwis sont plutôt enthousiastes à l’idée de goûter des produits européens. Il y a un certain travail de persuasion à faire car ils ne font pas vraiment la différence entre une gaufre classique et une gaufre de Liège mais une fois qu’ils ont goûté à la magie du sucre perlé caramélisé, ils en redemandent ! Plusieurs Européens étaient aussi contents de retrouver un produit familier et authentique si loin de leur pays d’origine. Après quelques ajustements de mon menu lors des premiers mois, j’ai réussi à en faire ma seule activité professionnelle avec des revenus satisfaisants. Cependant ces revenus étaient difficiles à prévoir car plusieurs facteurs extérieurs à ma volonté entraient en compte lors de mes journées de travail. Entre une météo incertaine et changeante, un flux de passage tantôt continu, tantôt extrêmement calme. Sans parler du Covid et de ses fulgurances qui entraînent des périodes de confinement, et donc de calme plat au niveau touristique. Il faut savoir accepter ces incertitudes et se donner les moyens de capitaliser sur les bonnes périodes comme les vacances scolaires ou les longs weekends.

pvtistes : Était-ce difficile de se lancer dans l’entrepreneuriat en Nouvelle Zélande ?
Arthur : Ouvrir une petite entreprise est relativement simple en Nouvelle-Zélande comparé à la Belgique. La plupart des démarches s’effectuent en ligne et le taux d’imposition n’est pas trop élevé. La vraie difficulté c’est de pouvoir perdurer car les possibilités de visas permettant de continuer une activité d’entrepreneur après un PVT sont quasiment inexistantes, à moins d’être le nouveau Bill Gates ou d’avoir beaucoup d’argent à investir et de réelles perspectives de création d’emplois pour le citoyens néo-zélandais et résidents à court terme.

pvtistes : As-tu des conseils pour les personnes qui hésitent à se lancer dans l’entreprenariat ?
Arthur : Mon conseil serait de ne pas hésiter trop longtemps si vous êtes en Working Holiday Visa car il y a une deadline claire. Lorsque votre visa touche à sa fin, vous ne pourrez plus continuer votre entreprise. Cependant si vous êtes conscients de cette contrainte et prêt à vous lancer pour une durée limitée dans le temps, alors foncez ! Les démarches pour ouvrir une entreprise ne sont vraiment pas contraignantes et les Kiwis sont en général toujours prêts à vous aider et aiment découvrir de nouveaux produits. L’essentiel des démarches consiste à s’enregistrer auprès du Company Office, obtenir un New Zealand Business Number (NZBN), déterminer son statut (généralement soit sole trader, soit entreprise). Si vous optez pour l’option entreprise il vous faudra ouvrir un compte en banque pour celle-ci tandis que si vous choisissez l’option sole trader vous pouvez utiliser votre compte en banque personnel. La plupart de ces démarches s’effectuent en ligne et pas de panique, il existe plusieurs sites internet expliquant vos différentes options disponibles. Une simple recherche google éclairera votre lanterne !
pvtistes : Quels projets as-tu pour la suite ?
Arthur : Je souhaite continuer à vivre dans ce magnifique pays qu’est la Nouvelle-Zélande. J’y ai rencontré de merveilleuses personnes ainsi que ma petite amie actuelle, avec qui j’espère pouvoir explorer tous les recoins extraordinaires d’Aotearoa que je n’ai pas encore eu l’occasion de visiter. Et si en bonus je peux continuer de faire découvrir des produits de ma petite Belgique à l’autre bout du monde, ça serait la cerise sur le gâteau !

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2 Commentaires

Annelise
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Ça me donne faim ET envie de retourner en Nouvelle-Zélande ! 😀 Merci pour ce récit !

Pamela
13 22

Mon seul regret est qu’il était fermé quand j’y suis allée haha !

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