Article publié le 02-02-2017.

Récit publié initialement en 2007.

Je fuis le job auquel je me rends tous les jours, je fuis cet ascenseur pris et repris, cette rue maintes et maintes fois empruntée, ce voisin que je n'apprécie même pas, ce métro que je connais par cœur. Je fuis mes incertitudes quant à mon avenir, professionnel et personnel. Je fuis une routine, pas déprimante, loin de là, mais pas bien trépidante pour une jeune fille de mon âge.

Je recherche une vie plus inconsciente, plus libérée. Je recherche des challenges, des difficultés, des expériences, bonnes ou mauvaises, ayant pour point commun de m'apprendre ce que je crois connaître du fond de ma petite vie tranquille, de me forger, peut-être même de me changer. Je recherche un moyen de ne pas m'entendre dire dans quelques années, « j'aurais tant aimé… » ou « si j'avais su… », un moyen de regarder derrière et devant moi en me disant que ma vie vaut la peine d'être vécue, qu'elle me correspond, qu'elle correspond à mes attentes, qu'elle comble mes incertitudes et mes angoisses.

Bref, on peut dire que je recherche à atteindre le bonheur tel qu'il est défini dans mon dictionnaire, à le toucher du doigt, ne serait-ce que temporairement, ce qui serait, je le sais, déjà une chance en soi.

C'est pourquoi je suis aujourd'hui, sac à dos sur le dos, dans une ville de l'île du sud de la Nouvelle Zélande.

Plus de six mois se sont écoulés depuis que mon aventure de PVTiste en Australie a commencé, six mois pendant lesquels j'ai été professeur de français à Sydney, j'ai voyagé en Tasmanie avec ma maman venue me rendre visite, j'ai vécu une jolie histoire d'amour à Melbourne, j'ai travaillé près de Cairns pendant trois mois en tant que ramasseuse et emballeuse de fruits, j'ai voyagé sur une côte est aux paysages déconcertants, aux eaux turquoises, au soleil de feu, j'ai rencontré des gens géniaux, des copains d'un soir, des coups de cœur de quelques semaines, des gens que j'aimerais appeler « amis » à plus long terme.

Ces six mois sont de loin les plus marquants, les plus beaux de ma vie et je sens que ces six mois se transformeront bientôt en ces neuf mois puisque je prévois de traverser l'Australie du sud au nord, en passant par le désert et que c'est en Asie que je m'envolerai ensuite, direction Singapour, la Thailande, le Laos, le Cambodge, le Vietnam, la Malaisie et l'Indonésie...

-

Ai-je trouvé ce que je recherchais ?

Suis-je libérée ? Oh que oui ! Inconsciente ? Hummm… Je dirais plutôt aventurière. Ma vie de voyageuse solitaire, mon saut en parachute, oui on peut dire que je me suis fixée de bons challenges ! Des difficultés, j'en ai connues et des expériences, c'est bien de ça que sont faits ces six mois australiens !

Changer ? Je crois bien que je n'ai pas pu y échapper...

J'aime ces changements qui se sont effectués sur ma façon de voir la vie, de la prendre plus sereinement, de mieux cibler les choses qui valent la peine que je m'y intéresse et celles qui ne méritent pas plus que mon indifférence. Mon initiation à la méditation pendant dix jours dans un temple thaïlandais début août, je l'attends, j'en espère. J'en suis sûre, elle m'apportera elle aussi !

Ici, pas de « si », pas de « j'aurais aimé ». Je veux… si je peux… je fais !

Quant à mes attentes, elles restent souvent dans le flou et mes angoisses ne me lâchent pas par moment. Ces deux-là sont sans doute des camarades plus ingrates que les autres…

Alors ? Suis-je heureuse ? Ma vie me convient-elle ? Suis-je prête à vivre ainsi pour de bon ? Que fuis-je encore ? Quelles sont ces choses que je recherche ?

-

Je fuis un sac à dos trop lourd, ce geste tant de fois effectué d'une main à la recherche d'un vêtement, d'un médicament, d'un objet dans un sac à dos énorme, que l'on peine à fermer, geste souvent vain qui conduit à un abandon désespéré mais devenu commun avec le temps…

Je fuis un manque de confort évident, je fuis l'instabilité, ces rêves les yeux ouverts que je fais en pensant à ma famille, à ma chambre, à la rue que je prenais pour aller chercher le pain, à ces rares magasins ouverts le dimanche auxquels je me rendais après être allée au marché, à ces journées télé, ordinateur, pyjama.

Je fuis ce sentiment étrange, lorsqu'on vit dans un van, de n'avoir nulle part où aller avant l'heure de se coucher, cette impression de errer en attendant que le temps passe, de ne pas avoir de toit, car la nuit tombe à 5h30 et qu'allumer la lumière de notre home sweet home engendrerait, à coup sûr, la mort de sa batterie.

Je fuis ces recherches intensives menant à des intrusions inconfortables dans des auberges dans l'unique but de prendre une douche – dans le meilleur des cas – je fuis ces journées sans douche, qui, à la longue, deviennent pesantes…

Je recherche un peu plus de stabilité, un peu moins de tracas relatifs à l'argent. Je repense à ma vie passée, à ma vie posée, à ma vie que j'aimais beaucoup, tout en voulant la fuir pour les choses que je vis aujourd'hui et qui me ramènent à elle, envieuse de l'ancienne moi, qui rêvait tellement d'être mon moi actuel...

La vie « routine », pour dire les choses de façon assez simpliste et la vie de backpacker ont pour point commun de trouver dans l'autre le moyen de combler leurs failles respectives. L'action vient animer une vie trop stable et la stabilité vient apaiser une vie sans doute un peu trop active.

Comment trouver un juste milieu ? Un milieu qui m'apporte un peu de chaque mode de vie ? Vais-je toujours ressentir un manque, une frustration, un désir d'autre chose ? Vais-je toujours chercher à fuir quelque chose que j'ai et rechercher ce que je n'ai pas ? Est-ce le résumé de tout ? Est-ce ce qui explique que parfois j'envie des gens qui m'envient tant, moi qui voyage, ici et là ? Est-ce pour cela que sûrement, lorsque j'aurai retrouvé le genre de vie que je menais avant, avec un job, un ascenseur, un voisin, un métro, une routine, je sourirai en pensant à ces années où je voyageais ?

Ce qui est sûr, c'est qu'on ne m'entendra pas dire « j'aurais tant aimé » ou « si j'avais su »...

Suite de ce récit : Souffler mes 31 bougies sans regret.

---

Autres récits de Julie :

Plus d'astuces, de témoignages et d'expériences

En tant que futur pvtiste, vous voulez être certain de ne rien oublier pour que votre PVT se déroule en toute quiétude. Pour vous aider, voici notre sélection d'accessoires et de gadgets pour les pvtistes !

Évaluations des membres

5/5 (3)

Articles recommandés

[Dossier]

Tout savoir sur le PVT à Vancouver

[Interview]

Ombeline et Abel : à la découverte des montagnes canadiennes

[Récit de voyageur]

Le strawberry picking et la vie de backpackers en OZ !

[News]

Les âges limites de participation au PVT (29, 30 ou 35 ans ?)

Commentaires Facebook

Partagez cet article avec vos amis ou bien posez vos questions.

Commentaires

Partagez vos avis, vos interrogations ou vos remerciements.
Manu
23 9
#1048600

Waouh!!! Je suis juste scotché et énormément touché par ce texte qui au delà de l'émotion dont il regorge, il répond totalement au ressenti que beaucoup ont avant un éventuel départ et cette envie de ne pas vivre avec des "si" est justement quelque chose qui me tient vivement à cœur. Et ce qui est étonnant dans tout ça, c'est le faite de se retrouver dans ces lignes et se dire mais finalement, je suis dans le bon, ce qui me reste à faire, c'est de prendre une dernière fois sur moi, prendre un bol d'air et sauter sur cette occasion assez inédite et surtout de la vivre pleinement.

Par ailleurs, sortir de cette zone de confort et vivre enfin ce rêve qui nous tient jusque dans nos tripes.

Encore une fois très heureux d'avoir la chance d'être de ceux qui ont la chance de quitter ce cocon et de partir vers nouveaux horizons..

{{likesData.comment_1048600.likesCount}}
Julie
14.3K 4.7K
#1072432

Message de Manukashale
Waouh!!! Je suis juste scotché et énormément touché par ce texte qui au delà de l'émotion dont il regorge, il répond totalement au ressenti que beaucoup ont avant un éventuel départ et cette envie de ne pas vivre avec des "si" est justement quelque chose qui me tient vivement à cœur. Et ce qui est étonnant dans tout ça, c'est le faite de se retrouver dans ces lignes et se dire mais finalement, je suis dans le bon, ce qui me reste à faire, c'est de prendre une dernière fois sur moi, prendre un bol d'air et sauter sur cette occasion assez inédite et surtout de la vivre pleinement.

Par ailleurs, sortir de cette zone de confort et vivre enfin ce rêve qui nous tient jusque dans nos tripes.

Encore une fois très heureux d'avoir la chance d'être de ceux qui ont la chance de quitter ce cocon et de partir vers nouveaux horizons..

Ca y est tu es parti ou c'est pour bientôt ?

{{likesData.comment_1072432.likesCount}}
Manu
23 9
#1072772

Message de Lilou
Ca y est tu es parti ou c'est pour bientôt ?
C'est pour très bientôt, pour être précis le 25 mai (le billet acheté, il ne reste plus qu'à faire la valise)

{{likesData.comment_1072772.likesCount}}
#1110061

C'est vraiment un très beau texte ! Je m'y retrouve un peu (pour ne pas dire beaucoup).
Et cela est très rassurant de se rendre compte qu'il y a des gens qui ressentent les mêmes choses, et que ce que je souhaite vivre de tout mon être et tout mon coeur en partant dans quelques mois au Canada m'apportera énormément et que je ne le regretterai pas (cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit d'ailleurs).
Merci d'avoir publié de nouveau ce texte !!!!

{{likesData.comment_1110061.likesCount}}
Julie
14.3K 4.7K
#1110081

Message de LucieP6
C'est vraiment un très beau texte ! Je m'y retrouve un peu (pour ne pas dire beaucoup).
Et cela est très rassurant de se rendre compte qu'il y a des gens qui ressentent les mêmes choses, et que ce que je souhaite vivre de tout mon être et tout mon coeur en partant dans quelques mois au Canada m'apportera énormément et que je ne le regretterai pas (cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit d'ailleurs).
Merci d'avoir publié de nouveau ce texte !!!!


Merci Lucie pour tes messages ici et sous la suite du récit

{{likesData.comment_1110081.likesCount}}

Identifiez-vous pour répondre