On a testé la Moravie-Silésie, à deux heures de Paris

Article publié le 04-07-2014.

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Sur les pas de Quertu l'année passée, qui avait testé pour nous la République Tchèque, je suis, en cette fin de mai 2014, partie pour quatre jours en Moravie. Soyons honnêtes, je ne connaissais pas la région. Je ne suis même jamais allée en République Tchèque et je n'aurais sans doute pas eu l'idée d'y aller pour autre chose que Prague. C'eut été bien dommage car j'ai été conquise par ce que j'ai découvert là-bas.

Commençons donc par le début : la Moravie-Silésie, c'est quoi, c'est où ?

La Moravie-Silésie est la région de République Tchèque la plus orientale, aux frontières avec la Pologne et la Slovaquie. La capitale de cette région est Ostrava, jadis Mährisch-Ostrau, une ville de 311 000 habitants, ce qui en fait tout de même la troisième ville de République Tchèque.

La raison de ce petit voyage improvisé est l'ouverture, depuis le mois d'avril, d'une liaison aérienne directe Paris-Ostrava. Alors que j'avais la vision d'une République Tchèque aux confins de l'Europe de l'Est, Ostrava n'est en fait qu'à deux heures de Paris ! Il s'agit donc d'une destination facilement dépaysante pour un long weekend.

Voici donc un peu les principaux intérêts régionaux dans un témoignage forcément partiel mais qui, je l'espère, vous donnera envie de découvrir ce petit coin d'Europe.

Ostrava : Vitalité ! Energie ! Confiance !

Au delà de ce slogan marketing récent de la ville, Ostrava est une ville ancienne dont l'histoire remonte avant le haut Moyen-Âge. Elle a connu son apogée économique aux 19e et 20e siècles en tant que pôle sidérurgique majeur, riche en mines de charbon et hauts-fourneaux. La ville, assez étendue, s'organise autour de pas moins de 3 "centres-ville". La majeure partie de l'architecture relève du réalisme socialiste mais il subsiste des quartiers au charme plus ancien certain. Ces caractéristiques en font un très bon décor pour des films dont l'intrigue se déroule dans les années 50 et 60.

Par ailleurs, il faut noter qu'Ostrava possède une vie culturelle et une nightlife plutôt abondantes et quelques centres commerciaux modernes qui, s'ils ne font pas l'unanimité architecturalement, feront en tout cas le bonheur des shopping addicts. Le slogan "Vitalité ! Energie ! Confiance !" et le "logo" de trois points d'exclamation qui accompagnent toute la communication de la ville sont surtout les symboles du redémarrage économique et social d'une cité qui a connu, avec la chute du communisme, une sinistrose aigûe.

En effet, ce qui fait surtout l'intérêt d'Ostrava ce sont les vestiges de son patrimoine industriel. Ceux-ci sont représentés par trois sites majeurs visitables et particulièrement bien mis en valeur. Il s'agit de la mine Michal, du site de Landek et des hauts-fourneaux de Vitkovice. Chacun d'entre eux possède ses caractéristiques propres et leurs visites ne seront pas redondantes.

Důl Michal

La Mine Michal a commencé à être exploitée en 1850, à l'époque en tant que propriété de l'état austro-Hongrois. La construction d'une ligne de chemin de fer entre Vienne et la Pologne pour le transport du sel l'a fait changer de mains. La société ferroviaire la rachète en effet afin d'utiliser son charbon pour les locomotives à vapeur. Entre 1915 et 1920 elle sera reconstruite dans son état actuel et électrifiée pour en faire l'une des mines alors les plus modernes d'Europe, ce qui ne nécessitera plus de grands travaux ultérieurs. Après la Deuxième Guerre, elle est nationalisée et, à partir des années 60 sera exploitée à perte. En 1990, avec la chute du communisme, elle est privatisée et rapidement fermée car non rentable. Le 30 mai 1993 en sort le dernier chariot de charbon. En 1995, elle est inscrite dans le patrimoine national culturel tchèque et ouvre aux visiteurs en 2000.

Toute la mise en valeur des lieux s'est faite dans l'esprit d'une conservation en l'état : aucun travaux de réparation, d'embellissement ou de reconstruction. Lors de votre visite, vous trouverez donc encore les affaires laissés par les mineurs, les tags et la poussière de charbon. Cette visite "dans son jus" est un excellent moyen de comprendre les conditions de vie des mineurs et donne un certain charme nostalgique aux lieux. Si une petite faim vous prend pour l'heure du déjeuner, vous pourrez même manger sur place dans un petit bar restaurant à l'entrée qui semble d'ailleurs faire office de cantine locale : nous semblions être les seuls touristes.

Landek Park

Deuxième étape de ce tour d'Ostrava l'industrielle : Landek Park. Il s'agit du plus grand musée minier de République Tchèque. Alors que la visite de la mine Michal se passe plutôt en aérien, cette fois-ci les choses se passent sous terre. Les galeries descendaient jusque 622 mètres de profondeur, sur 6 étages espacés de 180 mètres chacun. Pour la visite cependant vous ne descendrez pas si bas, la galerie de démonstration se trouvant à environ 5 mètres de profondeur. La plupart (sinon tous ?) des guides qui accompagnent sont des anciens mineurs. Dans notre cas : 26 ans de mine au compteur ! Autant dire qu'ils connaissent leur sujet. Toutes les questions techniques que vous vous posez trouveront réponse même si, par ailleurs, l'humour n'est parfois pas des plus subtils. La mine a fermé en 1990 et le musée ouvert en 1993.

Dolní oblast Vítkovice

Les hauts-fourneaux de Vitkovice sont sans conteste le point d'orgue d'une visite à Ostrava. Ce site immense est digne d'un film de science fiction. Il s'agit du seul site d'Europe conservé où se déroulait l'ensemble du processus sidérurgique.

Sa construction a débuté en 1828, sous l'impulsion de l'évêque local et le financement de l'empereur. En 1845, c'est la famille Rotschield qui rachète ce site industriel et en gardera la propriété jusque 1945. En 1890, il s'agit de la plus grande usine sidérurgique d'Europe, l'extraction du charbon jusqu'à 1 200 mètres de profondeur s'y fera jusqu'en 1992.

Malheureusement, avec les fermetures des mines de la région dans les années 1990, c'est plus de 80 000 ouvriers et mineurs qui se retrouvent sur le carreau dans le bassin d'emploi. D'où un besoin crucial de réussir une reconversion de l'économie locale et de dynamiser la ville ainsi économiquement sinistrée. Dolní Vítkovice est ainsi au coeur d'un projet en 6 étapes à l'horizon 2050. Autant dire qu'il y a là de l'ambition et une volonté politique forte. Alors que le projet n'a achevé que sa première phase, il y a déjà beaucoup à voir et à faire sur le site.

L'accueil se tient dans une ancienne citerne de gaz reconvertie en café, lieu d'expositions et salle de spectacle de 1 500 places. La visite permet, accompagné d'un guide (40 ans de hauts-fourneaux pour le notre) ou pas, de comprendre tout le fonctionnement d'une industrie sidérurgique tout en profitant de vues incroyables sur les équipements, les usines et les environs. Pour ceux qui ont le vertige, certains passages ne sont pas vraiment conseillés. Pour les autres, ça vaut définitivement le coup d'oeil. Le site industriel accueille, en plus des éléments déjà cités un "musée du petit monde de la technique" (avant que n'ouvre bientôt un autre musée interactif consacré à la technologie de la région). Celui-ci est un mélange de musée des sciences modernes et de collections anciennes. Il est possible d'y tripoter plein de choses et de faire plein d'expériences rigolotes. Un paradis pour les enfants et les adultes qui ont su garder une âme ludique.

Enfin, se tient chaque année à Ostrava un énorme festival : Colours of Ostrava. Chaque année en juillet, sur 4 jours, des artistes de tous styles et nationalités viennent se produire dans ce décor incroyable. Cette année, le festival se tiendra du 17 au 20 juillet et accueillera entre autres : Shaka Ponk, les tambours du Bronx, Zaz et des artistes et DJ que je ne connais pas mais dont je ne serais pas surprise qu'ils aient pourtant une audience internationale. C'était très tentant, si je n'avais pas déjà quelque chose de prévu, de prendre directement mes places...

Châteaux, musées et patrimoine varié

Le patrimoine industriel c'est une chose, certes, mais n'oublions pas que la République Tchèque n'a pas que du métal rouillé (aussi passionnant soit-il) à offrir. Ainsi, la Moravie-Silésie compte nombre de villages charmants, de châteaux de contes de fée, de musées variés. Petit florilège des visites que nous avons faites.

Nový Jičín et le musée du chapeau Tonak

Nový Jičín est une chouette petite ville, avec beaucoup de bâtiments Renaissance, époque où la ville bénéficiait de la prospérité de l'industrie textile. La place centrale est particulièrement jolie.

Mais, à Nový Jičín, on trouve surtout un musée des chapeaux. Pour le côté pédagogique, vous apprendrez tout sur la transformation depuis la peau de lapin jusqu'à la formation de la base de chapeau en feutre, avec possibilité de toucher et d'assister à des démonstrations. Pour le côté ludique, nous avons adoré la séance de libre essayage de chapeaux. Une grande pièce avec des centaines de chapeaux, de tous les styles et qu'on peut essayer. De quoi faire des réserves de selfies pour des années (mais, surtout, on passe un très bon moment et on se fait vite avoir à vouloir tout essayer).

Technické muzeum Tatra

Les passionnés de sports mécaniques seront comblés au musée Tatra. Des voitures de légendes, des camions qui ont couru le Paris-Dakar, des moteurs, des motos, et même quelques avions. En gros, toute l'histoire de la marque Tatra et de ses véhicules, autrefois mythiques.

Štramberk

La village de Štramberk en offre pour tous les goûts : micro-brasseries, fabrique des fameuses (sic) "oreilles de Stramberk", montée au château médiéval et notamment la tour qui offre de belles vues sur les alentours, place de style baroque, etc.

Un petit mot sur les "oreilles" : il s'agit d'une spécialité culinaire locale, une sorte de pâte avec un léger goût de pain d'épice, cuite et roulée vaguement en forme d'oreille. L'origine de cette douceur est la suivante : au début du 13e siècle, les Tatares attaquent. En 1241, ils ont atteint Štramberk. Les villageois partent se réfugier sur la colline et prient pour un miracle. Ils sont exaucés puisqu'il se met à pleuvoir et le camp des tatares en contrebas est inondé, les faisant fuir. Outre un lac ainsi formé, les villageois ne retrouvent de l'envahisseur que des sacs contenant des oreilles humaines salées : les trophées des précédentes batailles menées par les Tatares. En mémoire de cet évènement, la tradition est née de cuisiner ces petits gâteaux.

Nous avons eu la chance d'en voir la fabrication. Comme chaque spécialité locale, elle est accompagnée d'un certain folklore et de fierté. Ainsi, Štramberk détient le record de la plus grande oreille du monde ! (mais y a-t-il un autre endroit au monde où on en fabrique ?). L'artisan qui nous a montré son travail était également très fier de gagner presque chaque année le concours annuel d'oreilles (mais il n'a pas dit combien il y avait de concouristes exactement...). En tout cas, moi qui n'apprécie pas vraiment le pain d'épice tel que nous le connaissons, j'ai plutôt apprécié les oreilles fraîches. Je vous les recommande.

zámek Hradec nad Moravicí

Joli château avec une enceinte extérieure digne d'un dessin animé Disney et un immense parc.

Hrad hukvaldy

Encore un beau château, plutôt dans l'esprit place forte cette fois-ci (pour ceux qui connaissent, un petit air de Fort Lalatte, je dirais).
A noter qu'à deux pas de là se trouve la maison (que l'on peut visiter) du grand compositeur tchèque Leoš Janáček.

Et la bouffe dans tout ça ?!

Jouons franc-jeu : pour nous Français (et Belges, me semble-t-il), tout ce qui relève de la boisson et de la nourriture est un sujet fondamental (les étrangers sont toujours frappés par nos sujets de prédilection dans les conversations banales : la météo et les repas). Alors, comment mange-t-on en Moravie-Silésie ? Je répondrais tout de go : on mange bien ! Bon, on ne peut pas dire qu'on mange léger, c'est plutôt des choses qui tiennent au corps. Mais qu'est-ce que c'est bon. Soupes, viandes en sauces, poisson, etc. J'ai eu l'impression de manger tout le temps mais je me suis régalée.
Pour la boisson, les amateurs de bière (dont je ne suis malheureusement pas) seront servis : les microbrasseries sont légions, il y en a dans à peu près tous les villages. Vous pourrez les visiter et surtout en déguster les bières. Il semblerait qu'elles soit bonnes.

Pour ceux qui préfèrent quand la fête est plus folle, il est à noter la petite curiosité sans alcool locale : le Kofola. Un ersatz de Coca Cola créé en 1961 à l'est du rideau de fer. Il a la couleur de l'original, les bulles de l'original et, clairement, un goût différent. C'est rigolo d'y goûter, il est peu probable que vous aimiez. D'après un sondage hautement non scientifique, 70 % des non-tchèques qui y goûtent trouvent ça dégueu, 20 % le préfèrent à l'original et 10 % sont sans opinion.

Enfin, si on vous propose un gâteau qui s'appelle le "frugal", ne vous fiez pas au nom. C'est bon mais c'est très consistant, à base de pâte de sésame et de beurre.

Un podium d'hébergements très subjectif

Voyage de presse oblige, nous avons visité des hôtels à la pelle, pour les besoins des agents de voyage qui nous accompagnaient. Je n'en ai retenu que trois (dont deux où j'ai dormi) parce qu'il m'ont paru vraiment chouettes.

Art & Design Miura Hôtel

Ce n'est pas le genre d'hôtel dans lesquels je vais habituellement. Mais là, honnêtement, y'a pas de mal à se faire du bien. Hôtel membre d'un réseau design, je trouve l'architecture et la déco plutôt réussies et efficaces. Les chambres sont belles, toutes avec vue sur le golfe et les petites montagnes environnantes. L'accès au spa est inclus, avec bain à bulles, salle de sport, hammam, sauna et, surtout, surtout, surtout : une "snow room" ! Je ne connaissais pas le principe (une pièce enneigée à -10 °C) mais je trouve ça super classe. Alors, forcément, un hôtel de ce standing, on s'attend à vendre un rein. Ben finalement (et c'est ce que je trouve chouette), les tarifs ne sont pas si élevés que ça. Maximum 3 900 Czk la chambre en haute saison (soit environ 150 euros). C'est cher dans l'absolu, mais finalement pas tant que ça, vu le niveau de service offert. Disons que je classerais ça dans les destinations pour se faire plaisir en limitant la casse financière.

Château Kunin

Nous n'y avons pas dormi mais juste visité le château et l'hébergement attenant. La château est très sympa (le grenier et son réseau de cheminées vaut particulièrement le détour) avec des collections un peu disparates mais qui reflètent la vie de ce château et de ses occupants jusqu'à l'arrivée du communisme. L'hébergement n'est constitué que de quatre chambres dans une aile mais c'est vraiment mignon. Chaque chambre a sa couleur dominante et est douillette. Le tarif ? Environ 22 euros la nuit par personne, ce qui est plus que raisonnable (certaines auberges de jeunesse en Europe sont au moins aussi chères). Le petit plus ? Le restaurant est vraiment bon et le service super agréable.

Zámek Zábřeh

Seul hôtel d'Ostrava de mes sélections personnelles, voici un hôtel historique. Le bâtiment est un petit château urbain (organisé autour d'une cour intérieure). On imagine bien la maisonnée fonctionner façon auberge il y a déjà 300 ans. Les chambres jouent la carte historique à fond, chacune avec sa thématique, avec boiserie et draperies à foison, sans sacrifier le confort pour autant. La cour intérieur fait office de taverne restaurant particulièrement sympa par beau temps. Les tarifs en occupation double commencent à 80 € (jusqu'à 250€ pour l'immense suite africaine). Pas donné donc mais vraiment sympa.

Pour aller plus loin...

Vous pouvez déjà lire le "On a testé la République Tchèque" rédigé par Cédric l'an dernier.
Du même Cédric, vous pouvez retrouver sur son blog les articles qu'il avait rédigé à l'époque sur son séjour Tchèque et ceux de cette année puisqu'il était également du voyage avec moi.
Par ailleurs, j'ai glissé dans ce billet tous les liens sur les sites dont je parle, vous les trouverez en passant la souris sur les parties de texte en bleu.
Sinon, un seul site principal pour le tourisme en Moravie-Silésie : Experiences-inhabituelles.msregion.cz.

Bon séjour !

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Commentaires

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Hélène
13.9K 7.6K

Et bien, quel bel article Muriel!! Super complet et très vendeur!!
ça donne bien envie d’aller y faire un tour en Moravie, et de tester l’art and design hôtel, qui m’a bien tapé dans l’oeil!!
:)
Merci!!

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Merci pour cet article dépaysant. On trouve toujours des petites merveilles hors des sentiers battus. Ca me donne envie d’aller au-delà de Prague le jour ou j’irai faire un tour en République Tchèque.

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