Épisode 10
40:23min 25/09/2023

PVT 9 - Clément, de multiples opportunités professionnelles en PVT Canada

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Dans cet épisode, nous allons à la rencontre de Clément, habitué à sortir de sa zone de confort pour vivre de nouvelles expériences (échange Erasmus en Lituanie, un stage en Espagne, un voyage en sac à dos d'un an en Amérique du Sud), il revient pour nous sur ses 2 ans de PVT au Canada.

Il nous partage son aventure et son choix de partir en Programme Vacances-Travail (PVT) pour explorer différents métiers pour financer son voyage. Réceptionniste dans un glamping au Québec, chef de projets dans une agence de voyages à Montréal, vendeur et conseiller dans un magasin de location de ski et de snowboard dans une station de ski en Colombie-Britannique, Clément s’est essayé à de multiples professions.

Pour clore son PVT,  il a finalement planifié, avec un ami rencontré pendant le PVT, un voyage à vélo (oui, oui !) le long de la côte ouest des États-Unis, de Sun Peaks à Los Angeles. Il nous raconte ce périple incroyable !

Clément a démontré sa capacité à s'adapter à de nouvelles situations et à embrasser des opportunités uniques tout au long de son parcours professionnel et de voyage.

Bonne écoute !

Les différents liens cités dans l’épisode :

Tout savoir sur le PVT Canada : pvtistes.net/le-pvt/canada

Canada : que signifie « rondes d’invitations » (rounds of invitations) ? : pvtistes.net/canada-rondes-dinvitations

Trouver du travail au Canada : pvtistes.net/dossiers/trouver-du-travail-au-canada

Rubrique jobs du site pvtistes.net : pvtistes.net/jobs

Sun Peaks (Canada) – Los Angeles à vélo pour la bonne cause : pvtistes.net/interviews/sun-peaks-los-angeles-velo

Compte Instagram Free wheel project : instagram.com/freewheel_project/?hl=fr-ca

Tous les articles pvtistes.net : pvtistes.net/articles

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Introduction

Kelly : Bienvenue aventuriers et aventurières.

Nous sommes ravis de vous accueillir dans ce nouvel épisode du podcast Changer d’horizon, podcast rempli de voyages, de découvertes et d’aventures.

Ici, nous sommes tous réunis par cette soif d’explorer le monde et de vivre des expériences inoubliables.

Si le site pvtistes.net vous partage déjà de nombreux témoignages et conseils pour une expérience unique grâce au Programme Vacances-Travail, on a eu envie de vous offrir des expériences de vie audio à travers ce podcast.

Donc si vous cherchez une petite dose d’évasion, installez-vous confortablement et préparez vos oreilles à être transportées dans des contrées lointaines à travers le récit d’une personne qui a osé vivre pleinement l’expérience du PVT.

Que vous soyez déjà familiarisé avec le concept ou curieux d’en apprendre plus, vous êtes au bon endroit. Alors let’s go, l’aventure commence maintenant !

PVT 9 - Clément, de multiples opportunités professionnelles en PVT Canada

Kelly : Bienvenue dans ce nouvel épisode dans lequel on vous propose un voyage qui vous transportera vers des horizons professionnels inexplorés.

Notre invité du jour, Clément, a osé franchir le cap de partir en PVT afin de tester des métiers qui ne semblaient pas facilement accessibles dans son pays d'origine. À plusieurs reprises, il a osé sortir de sa zone de confort pour se plonger dans de nouvelles expériences qu'il n'avait même pas imaginées avant son départ.

Bien que le PVT soit souvent perçu comme une aventure temporaire, le témoignage de Clément rappelle que les voyages ne se limitent pas aux paysages, mais s'étendent aussi à la découverte de soi et de nouvelles vocations.

Salut à toi Clément !

Clément : Salut Kelly !

Kelly : Clément, peux-tu me dire le mot que tu as choisi pour définir ton expérience en PVT ?

Clément : Ce n'était pas facile, mais le mot que j'ai choisi, ça va être « rebondissement ».

Kelly : Rebondissement, oula tu nous mets un petit suspense !

Nickel le petit teasing en début d'épisode !

Clément, peux-tu revenir brièvement sur qui tu étais avant ton départ en PVT ? Donc par exemple tu peux nous dire d'où tu viens, quelles ont été les études que tu as effectuées et qu'est-ce que tu as envisagé peut-être comme métier, si tu en as envisagé un en particulier ?

Clément : Je suis d'Ille-et-Vilaine, de Bretagne. J'ai grandi à côté d'une petite ville qui s'appelle Fougères. J'ai fait des études de tourisme. Alors, je suis resté en France pendant mes études, d'abord à Saint-Malo, j'ai fait des études de gestion. Après ça, je me suis orienté vers le tourisme. Je ne savais pas du tout dans quoi m'orienter. Je voulais faire un truc fun donc je suis parti dans le tourisme événementiel. Je suis parti à La Rochelle. Et puis quand j'étais en master à La Rochelle, dans ma première année de master, c'est là que j'ai un peu été piqué, on va dire, au voyage. J'ai fait mon premier échange Erasmus. Je suis parti vivre six mois en Lituanie, à Vilnius, avec un copain. Et puis là, ça n'était que de la rencontre des étudiants du monde entier. Donc là vraiment, l'esprit s'ouvre à fond.

Et puis après ça, je suis revenu faire ma dernière année de master à La Rochelle, qu'on pouvait faire en alternance ou pas, moi j'avais décidé de la faire en normal parce que je voulais absolument faire un stage à l'étranger. Et puis après ça, je suis parti faire mon stage à Barcelone pendant 6 mois, et puis ville que j'ai adoré, donc j'y suis resté 2 ans. Donc de début 2017 jusqu'à fin 2018 à peu près.

Et puis j'avais dans l'objectif d'essayer de travailler, de garder un peu d'argent pour pouvoir faire un road trip après ça. Donc début 2019, le moment est arrivé, je suis parti en Amérique du Sud en sac à dos pendant un an. Là je commençais vraiment à avoir la bougeotte, je ne restais pas tranquille, il fallait que je bouge un peu partout. Et puis j'ai traversé en gros toutes les Andes, de la Patagonie jusqu'en Colombie. Et après ça, j'ai mon ancien patron, j'étais encore en Argentine, mon ancien patron de Barcelone m'appelle « Salut Clément, est-ce que tu veux revenir bosser ? ». J’avais aucun plan en rentrant à la maison en Bretagne, et j'ai foncé. Et puis, donc on a fait trois mois, malheureusement, là c'était le début 2020, donc la Covid-19 est arrivée. J'ai commencé à faire mon isolement à Barcelone et je suis rentré à la maison.

Gros pas en arrière quoi, je suis retourné chez papa maman, j'ai 27 ans. Et puis là, c'est « Mais qu'est ce que je vais foutre quoi ? ». Donc là, j'ai créé ma micro entreprise de traduction, j'ai fait plein de choses en fait, moi j'ai adoré le Covid finalement parce que je n'avais rien d'autre à faire que de faire des choses personnelles.

J'ai fait plein de choses, dont créer la micro entreprise et commencer à faire tous les papiers pour le Canada.

Kelly : On remercie tous les parents qui nous hébergent parce que c'est pratique aussi quand on n’a pas de factures à payer de pouvoir tester plein de choses comme ça.

Clément : Exactement. Merci papa et maman.

Kelly : Et là donc tu étais en train de tester plein de choses et l'idée t’est venue de partir en PVT au Canada. Est-ce que tu te souviens comment cette idée est venue parmi toutes ces idées que tu semblais avoir à ce moment-là ?

Clément : Dans un coin de ma tête, j'avais toujours l'idée de partir faire un PVT. Alors je ne savais pas encore, en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Canada, en Amérique du Sud, il y avait beaucoup de choix.

Et puis j'avais un couple d'amis, qui sont de Fougères aussi, qui partaient au Canada. Mon petit frère était parti au mois de janvier 2021 faire des études au Québec aussi. Donc là je me suis dit « Bon, allez, go Canada ! ». Et puis j'ai toujours été attiré par les sports d'extérieur, les grands espaces, la nature. Je me suis dit « Le Canada c'est un peu la destination parfaite pour ça ».

Donc j'ai commencé à faire les papiers et finalement ça a été plus simple que prévu grâce au Covid, puisqu'il y a normalement des tirages au sort. Et puis là l'immigration canadienne nous obligeait juste à avoir une promesse d'embauche. Donc ça s'est fait comme ça. Alors ça a pris un petit peu de temps quand même. Et puis le jour de mon anniversaire, le 9 juillet 2021, je mets les pieds au Canada.

Kelly : Wow, quel beau cadeau ! Tu t'y es pris comment pour chercher un travail à distance et avoir une promesse d'embauche ?

Clément : J'avais aucune idée de comment faire et en fait tout simplement je suis allé sur le site de pvtistes.net donc déjà là j'ai lu tous les articles de pvtistes.net sur le Canada je crois et puis ils ont un onglet sur le site qui répertorie des offres d'emploi donc là j'ai commencé à envoyer des offres.

Pour me mettre un peu dans le bain, je voulais arriver au Québec quand même. J'ai envoyé quelques CV à Montréal et alentours et puis ça s'est fait très vite. J'ai fait un premier entretien, un deuxième entretien et puis au bout de deux semaines, trois semaines, c'était bon. J'avais la promesse d'embauche. Et donc c'était l’entreprise Utopia.

Kelly : Quel était le poste que tu allais occuper pour eux ?

Clément : Le poste était un poste de réceptionniste. Utopia, c'est une entreprise de glamping, c'est un peu du camping de luxe, du prêt à camper. C'est une entreprise française, qui est énormément en France et en Europe, et ils ont commencé à s'implanter en Amérique. Moi en l'occurrence, c'était à Sutton, c'est à 1 h 30 dans les Cantons de l'Est, à 1 h 30 de Montréal. C'était le premier Utopia du Canada. Ils en avaient 3 ou 4, il me semble, aux États-Unis.

Je suis parti là-bas et l'entretien s'est super bien passé. Déjà on voit que le monde du travail via l'entretien au Canada et en France n'est pas du tout pareil. Et ça s'est fait très rapidement. Et puis poste de réceptionniste, en gros c'était en pleine forêt, dans les Cantons de l'Est, ils avaient un hôtel et un énorme camping. Et puis moi je faisais un peu de la réception à l'hôtel et au camping.

À lire : Trouver du travail au Canada.

Kelly : Donc là c'est drôle parce que tu étais dans l'envers du décor. D'habitude c'était toi le touriste qui arrivait dans les campings et là c'était toi qui réceptionnais les touristes.

Clément : Exactement. Et puis franchement je suis arrivé, donc je ne connaissais personne, j'arrive comme à chaque fois dans un nouveau monde, je découvre tous les jours. J'arrive là-bas, il y a une dizaine de pvtistes qui sont là-bas. On est logés tous ensemble, les patrons c'est un couple de Français qui ont une trentaine d'années aussi. Et puis super ambiance, l'endroit était magnifique, je ne sais pas si t'es déjà allé dans les Cantons de l'Est mais c'est super beau.

Kelly : Oui, c'est magnifique. En plus quand t'arrives en juillet et qu'il fait bien beau et qu'il fait bien chaud, c'est quand même sympa.

Clément : J'ai eu ma quatorzaine en arrivant au Canada mais j'ai commencé à travailler fin juillet jusque fin octobre, donc c'était vraiment trois mois en pleine nature, de la rando, du kayak. Et là je plongeais dans le bain, c'est ça le Canada et puis c'était génial.

Kelly : Tu savais que c'était une embauche qui était temporaire?

Clément : C'était un CDD saisonnier. Je sais que j'aurais pu rester l'hiver là-bas aussi, mais j'ai envie de bouger en fait. Même si je me plais dans un endroit, j'ai trop soif de découvertes, j'ai besoin de bouger, voir d'autres endroits, rencontrer d'autres gens. Et puis voilà, le Canada, je suis là deux ans, deux ans ça passe très vite. Donc c'était super, mais je leur ai dit non. Et puis là j'ai commencé à postuler à d'autres jobs à Montréal.

Kelly : Comment tu t'y es pris pour savoir à quel genre de poste t'allais postuler ? Et l'endroit même d'ailleurs.

Clément : Tout simplement par rapport à ce que j'aime. J'avais fait des études de tourisme et ce qui m'intéressait c'était ça, c'était l'événementiel, le tourisme, le sport, le loisir. Je cherchais beaucoup de travail dans ce domaine et je savais qu'avec mes études ça aidait aussi. Après, pourquoi Montréal ? Parce que pendant les trois mois que j'avais passé en forêt, je n'avais pas de voiture. J'ai dû passer deux week-ends en tout à Montréal et puis j'adorais y aller. Et forcément c'est un peu toujours quand t'es si longtemps en nature, t'as envie de ville, quand t'es si longtemps en ville, t'as envie de nature. Et puis là j'avais envie de retourner en ville. Donc j'ai commencé à chercher des jobs sur Montréal et puis là même chose ça s'est fait très très vite. J'ai envoyé deux CV, un entretien, deux entretiens et en deux semaines c'était fait.

Kelly : Et là quel était ce poste et puis quelle était l'entreprise ?

Clément : L'entreprise, c'était une agence de voyages, ça s'appelait Toundringo, c'était un poste de chef de projet. Mon travail c'était d'organiser des voyages sur mesure pour des entreprises de France qui venaient faire des congrès, des séminaires au Canada et aux États-Unis. Voilà mon job, moi c'était d'organiser de A à Z tout ce qui est transport, restauration, hôtel, activité. C'est en général des voyages à gros budget. Et puis, donc ça c'était quand même un job qui demandait beaucoup de travail, beaucoup de responsabilités, mais à côté de ça, j'avais l'opportunité d'accompagner les groupes. Donc, ce qui m'a valu la peine de beaucoup voyager au Québec, d'accompagner les groupes, de faire des activités comme de l'hydravion par exemple, que je n'aurais jamais fait sans ce job, probablement. C'était une super expérience et je suis resté là-bas un an.

Kelly : Excellent, parce que j'ai l'impression que tu expérimentes la vie de backpacker, ça c'est ce que tu connaissais. Et là maintenant tu plonges un peu dans ce monde qu'on ne connaît pas trop, qui est le monde où les gens ont un petit peu plus d'argent que nous quand on est backpacker.

Clément : Ouais c'est ça mais en fait j'avais aussi l'objectif d'économiser un petit peu d'argent pour après. Donc forcément, et puis j'avais envie d'avoir une petite expérience à Montréal parce que quand t'es dans une ville qui est assez grande finalement y rester quelques semaines, voire un mois ou deux, c'est peu. Et puis voilà je voulais quand même faire l'hiver donc je suis arrivé, j'ai fait mon premier hiver à Montréal. Et puis je ne voulais pas partir sur un hiver donc j'ai fait l'été aussi. Et puis j'avais commencé à bosser là-bas mi-novembre, jusque fin octobre de l'année d'après.

Kelly : Et donc là, est-ce que tu avais un peu ce besoin de repartir un peu en mode voyage ? Est-ce que tu avais économisé assez d'argent ? Qu'est-ce qui se passait à ce moment-là dans ta tête du coup pour avoir l'envie de quitter Montréal ?

Clément : J'avais économisé assez d'argent et puis on arrivait fin d'été. Je savais que je voulais partir de Montréal. Je ne savais pas où exactement. Mais encore une fois, le PVT c'est deux ans, je ne voulais pas faire que Québec. Donc là, je me suis dit « Je vais partir à l'ouest. J'ai envie de voir autre chose, j'ai envie de montagne », je n'avais pas envie de passer mon deuxième hiver en ville. Donc j'ai commencé à postuler dans des jobs dans des stations de ski en Colombie-Britannique et en Alberta.

Kelly : Tu commençais à postuler depuis Montréal et tu n'avais jamais mis un pied encore dans l'Ouest canadien ?

Clément : Non, jamais. Jamais, jamais. Donc c'était une nouvelle fois repartir dans l'inconnu. Mais c'est ça, c'est ce qui me pousse aussi à bouger autant. C'est que j'aime ça, j'aime être un inconnu dans l'inconnu, tout le temps découvrir des nouvelles choses, des nouvelles personnes. Et puis essayer des nouvelles choses.

En France, j'avais toujours voulu faire une saison en station, je n'avais jamais eu l'occasion. Et puis là je me suis dit, je suis au Canada, je vais saisir l'opportunité de partir là-bas. Et puis il faut savoir aussi qu'à ce moment-là, je rencontre un ami qui s'appelle Baptiste, que je rencontre dans l'agence de voyages où je travaille à Montréal. Et lui vient d'arriver aussi en PVT. Et puis on commence à faire connaissance autour d'un café et puis très vite, on devient copains. On commence à faire des week-end rando, des week-end vélo. Et puis finalement, on est partis tous les deux bosser là-bas en station en Colombie-Britannique.

Kelly : Donc vous avez réussi tous les deux à trouver un taf dans la même station.

Clément : Oui, on a eu de la chance, on n'avait vraiment aucune idée des stations de ski, laquelle était la meilleure, donc on a envoyé je dirais une cinquantaine de CV quand même, dans une dizaine de stations en Alberta et en Colombie-Britannique, sauf à Whistler parce qu'on savait qu'on avait eu des échos de Whistler, comme quoi l'hiver c'était un peu Disneyland, il y avait énormément de gens à y aller. Donc on s'est dit « Bon, on postule partout sauf à Whistler ». Et puis je me souviens encore qu'on était à passer des après-midi à postuler sur les sites internet, à envoyer des CV, il faut prendre le temps de le faire.

Et puis un jour, on est au travail tous les deux, donc on communique sur Teams tu vois. Et puis là on commence à recevoir des réponses et puis tous les deux on reçoit une réponse de Sun Peaks. Sun Peaks c'est une station qui est en Colombie-Britannique, à côté de la ville de Kamloops. On fait tous les deux les entretiens et puis quelques semaines après on apprend qu'on est tous les deux pris pour deux postes différents mais dans la même station. Après ça, il y a tout le problème du logement qui est très compliqué en station, qui coûte très cher. Et nous on a eu l'énorme chance d'être logés dans un logement saisonnier tous les deux. Alors c'était très petit, dans un petit 20 mètres carrés quoi. On se disait « on reprend la vie d'étudiant un peu », mais on est arrivés là-bas, c'était rigolo quoi.

Kelly : Est-ce que vous postuliez ensemble, est-ce que quand vous contactiez les entreprises, vous disiez « on est deux Français et on aimerait être embauchés dans la même entreprise » ou vous faisiez ça de façon séparée ?

Clément : On faisait ça de façon séparée mais on était organisés quand même. On avait un petit drive qu'on s'était fait tous les deux. Et puis voilà, on se tenait au courant des stations repérées, des postes auxquels on postulait. Et puis non, vraiment sans dire qu'on était deux. Et puis on a été acceptés par la station, par Sun Peaks. Alors après pendant les entretiens, forcément, là on a commencé à dire « vous avez probablement reçu un autre CV de Baptiste, on travaille tous les deux, on est copains, voilà, et puis on part tous les deux » et en fait ça, ça a aidé aussi un petit peu.

Kelly : C'est chouette et puis je trouve en plus que ça divise aussi par deux les recherches parce que si toi t'as trouvé une entreprise, ça lui donne déjà un contact et vice versa.

Clément : Exactement. Quand Baptiste avait un entretien, il parlait de moi. Quand j'avais un entretien, je parlais de lui. On voyageait vraiment à deux. Mais quand on envoyait les CV, on n'envoyait pas la lettre en disant qu'on est deux. Et puis finalement, ça plaisait aux stations de ski de recevoir deux petits Français qui arrivent de Montréal et puis c'était aussi plus facile pour eux pour le logement parce qu'on se connaissait donc c'est aussi un petit plus facile et moins de problèmes pour eux.

Kelly : Oui puisque quitte à être coincé dans un 20 mètres carré, autant être avec quelqu'un que tu apprécies.

Clément : Exactement. Et puis une fois sur place, on a eu vraiment des gens qui vivaient avec des gens qu'ils ne connaissaient pas et puis ça ne se passait pas forcément bien quoi. Donc nous on a eu vraiment de la chance.

Kelly : Je trouve que c'est un bon conseil pour celles et ceux qui écoutent le podcast et qui peut-être envisagent justement d'aller se tester. Donc ça, je crois que ça c’est des staff accommodations qui sont proposés justement en Colombie-Britannique et en Alberta.

Clément : Exactement.

Kelly : Et j'en ai entendu parler aussi. Et c'est vrai que peut être qu'arriver à deux, ça peut être un bon conseil. Et est-ce qu'elle vous a plu cette saison dans une station de ski ?

Clément : C'était génial, c'était incroyable. On a eu énormément de chance du début à la fin. C'est qu’on travaillait tous les deux dans des magasins séparés. Et puis moi, je travaillais dans un magasin de location de ski et de snowboard.

Sun Peaks a la particularité de louer du matériel de démo. C'est des skis et des snowboards de compétition, du matériel de super qualité. Et nous, en tant qu'employé, on pouvait les prendre gratuitement. Donc on avait le matos gratuit, on avait le pass gratuit. Donc on a quand même beaucoup travaillé, mais on était sur les pistes tous les trois jours, tous les deux, trois jours à peu près. Et puis moi, je n'avais jamais skié de ma vie presque. Donc on a commencé en skiant. Bah oui, je suis breton, donc forcément, je suis loin des Alpes. Donc, j'avais skié un petit peu autour de Montréal. Mais il fait tellement froid, il n'y a pas beaucoup de plaisir en fait. Le plus froid qu'on a eu, c'était - 40, c'est quand même très froid. Alors forcément ce jour là tu ne vas pas skier ou faire du snowboard, t'attends un peu. Mais voilà j'ai vraiment appris à skier. Baptiste avait un bon niveau de ski, donc c'est lui qui m'a appris un petit peu au début. Et puis après ça, on a fait un mois et demi de ski et puis on est passés au snowboard et là on s'est découvert une nouvelle passion.

Kelly : Et donc là, est-ce que tu as eu envie de rester ou est-ce que tu as eu encore la bougeotte ?

Clément : Alors là, en fait, c'est que quand on arrivait à Sun Peaks, on avait le projet qu'on avait pensé à Montréal déjà, et puis on voulait partir faire un voyage aux États-Unis. On voulait faire toute la côte ouest des États-Unis. Et puis, donc on se posait beaucoup de questions, comment on le fait, par quel moyen, combien de temps, combien il faut d'argent ? On a tous les deux une petite conscience écologique et puis ça ne nous plaisait pas plus que ça de traverser, de faire le voyage en van, en voiture. Il y en a énormément qui le font et puis il faut savoir que Baptiste et moi, on est quand même deux grands garçons. Baptiste, il fait presque deux mètres. Donc on se dit voilà, à deux dans un van ou à deux dans une voiture, ce n'est pas possible.

Et c'est là qu'on a eu l'idée de le faire à vélo. L'idée nous est venue vraiment autour d'une bière quoi, l'été 2022 à Montréal. Et puis donc on partait à l'ouest à Sun Peaks en ayant l'idée de faire toute la côte ouest des États-Unis à vélo, à la fin de la saison.

À lire : Sun Peaks (Canada) – Los Angeles à vélo pour la bonne cause.

Kelly : Là vous étiez dans une station de ski, donc vous n’étiez pas en train de pratiquer le vélo quoi ?

Clément : Non, on ne pratiquait pas, mais par contre on passait énormément de temps sur les ordis à comparer des vélos, à comparer du matériel. Donc on a commencé à travailler à Sun Peaks de mi-novembre, jusqu'à mi-avril. Donc ça fait 5 mois à peu près. Et puis là ça a été 5 mois de préparation, donc d'abord d'itinéraire, achat du matériel, achat des vélos, où est-ce qu'on dort, comment on mange ? Et puis voilà, on vivait ski et vélo, sans faire de vélo.

Kelly : Parce que là on arrive au mois d'avril, donc toi tu savais que ton PVT allait s'arrêter au mois de juillet c'est ça ?

Clément : Exactement.

Kelly : Le temps passe vite, on ne s'en rend pas compte, mais là quand tu nous prends étape par étape, on se dit « c'est vrai que ça passe vite ».

Clément : Ça passe très vite. Et c'est pour ça qu'il faut absolument bouger au Canada. Il y a tellement de choses à voir. Là deux ans c'est passé à une vitesse folle et même moi j'ai l'impression d'avoir rien vu du Canada finalement.

Kelly : Et donc là, avril, votre contrat se termine, vous avez vos vélos, vous avez votre équipement. Est-ce que tu te souviens encore de ce que tu as ressenti au moment où vous alliez pédaler les premiers tours ?

Clément : Ah ouais, je m'en souviens, on était plein d'euphorie, on avait travaillé tellement de semaines et de mois comme des acharnés sur tout ce projet, parce que ça demande énormément de temps, de logistique, d'achat de matériel. C'est des heures et des heures passées à comparer déjà quel vélo on va prendre, où est-ce qu'il faut l'acheter aussi, parce que nous, à Sun Peaks, on n'avait pas de voiture, donc on ne pouvait pas bouger. On s'est tout fait livrer à la station.

Kelly : Mais avant de partir, vous aviez quand même fait quelques journées en vélo histoire d’échauffer vos jambes, de voir s'il y avait peut-être des choses à changer sur la selle. Moi je sais que quand je pense vélo, je pense que ça me fait mal aux fesses au bout de quelques jours !

Clément : Non, c'est ça qui est rigolo. Et quand on en parle, ça fait sourire les gens parce qu'on n'avait, on ne s'était pas du tout préparés. On est tous les deux sportifs de base. Moi, je courais un petit peu avant, je faisais un peu de vélo, notamment pendant le Covid. Baptiste aussi, Baptiste va beaucoup faire des séances de musculation. Et puis, voilà, on a tous les deux des conditions qui sont plutôt correctes. Mais après ça, on ne s'est même pas trop posés la question. On s'est dit « Forcément on va un peu avoir mal aux fesses quand on va commencer, mais on s'habitue quoi ».

Kelly : Donc ça a été quoi votre point de départ et votre point d'arrivée ?

Clément : L'idée de base c'était de partir de Vancouver jusqu'à Los Angeles. Beaucoup de gens nous ont posé la question pourquoi vous n'allez pas jusqu'au Mexique. On trouvait ça un peu dommage de finir devant une frontière, en l'occurrence devant un mur. On trouvait ça un peu triste et un peu dommage de finir là-bas. Donc on s'est dit, on s'arrête à Los Angeles.

Et le départ de Vancouver était aussi très compliqué parce que nous on était à Sun Peaks, donc Sun Peaks c'est à peu près 5 h de route, 5-6 h de route de Vancouver et puis on se faisait livrer tout notre matériel à la station et on avait finalement aucune idée de comment aller à Vancouver. Assez tôt finalement on s'est dit « Bon bah on va partir de la station en fait, ça va être beaucoup plus simple », donc on est partis de Sun Peaks mi-avril, nous on venait de finir notre contrat le 10 et on partait le 14 avril dans la neige.

Kelly : En plus là tu dis que Vancouver c'est à 5 h mais j'imagine en voiture ?

Clément : En voiture oui. Nous on a mis un tout petit peu moins de deux semaines pour rejoindre Vancouver à vélo.

Kelly : Ok, dans la neige en plus.

Clément : Au début dans la neige, on a juste passé les deux premiers jours dans la neige et après ça c'était bon. Mais on a eu quand même après beaucoup de pluie, des journées entières à pédaler sous l'eau, dans le froid. C'est ce que je dis d'ailleurs aux gens qui me posent la question, « Le vélo ce n'est pas dur ? ». C'est vraiment facile le vélo mais par contre dans ces conditions là, il ne faut pas baisser les bras, il faut avoir un mental quand même qui tient la route.

Kelly : Est-ce que tu dirais qu'être à deux, justement, ça aide pour s'aider mentalement quand il y en a un qui va mal et il y en a un qui aide justement à aller mieux ?

Clément : Complètement. On s'est retrouvés dans des situations où moi j'étais fatigué et puis c'est Baptiste qui me remontait le moral, et inversement et puis même quand on est dans la merde en gros, on n'a pas le choix que d'avancer, de toute façon on ne va pas s'arrêter là, on ne va pas s'arrêter au milieu de nulle part donc on n'a pas le choix, c'est pédaler quoi.

Kelly : Et vous dormiez toujours en camping, vous aviez une tente ?

Clément : C'était l'idée aussi d'essayer de faire ça le plus possible en autonomie. Déjà pour économiser l'argent parce que le vélo ça ne coûte pas cher, forcément on n'a pas de gasoil à acheter. Mais on était partis aussi avec tout le matériel de cuisine. Donc on avait nos réchauds, nos petites casseroles, les bonbonnes de gaz, les petits couteaux, fourchettes, on est partis comme ça. Et puis on a acheté de la nourriture petit à petit. Au début on est partis avec beaucoup parce que forcément entre Sun Peaks et Vancouver c'était que de la montagne et il n'y avait pas grand chose à part de la forêt. Et puis après ça on avait des tentes aussi, donc on a acheté des tentes une place, donc vraiment ça fait la taille d'un corps, pour que ce soit aussi le plus léger possible sur le vélo. Et puis ça c'est pareil, c'est des heures et des heures de recherche d'essayer de trouver le matériel le plus solide mais le plus léger possible et on est quand même partis avec des vélos qui faisaient 40 kilos.

Kelly : Ok, en plus, la question que je m'étais posée aussi pendant que tu parlais, c'est que quand tu voyageais à travers le Canada, j'imagine que tu prenais l'avion, tu avais des affaires avec toi, est-ce qu'il y a des affaires que tu as dû laisser justement à Sun Peaks ?

Clément : Alors ça au niveau de la logistique c'était compliqué. Quand on est partis de Montréal, on a tous les deux laissé énormément d'affaires chez les amis. On est partis vraiment avec le minimum donc en gros on est partis avec un gros sac à dos là bas. Sur place on a dû acheter forcément des affaires de ski, beaucoup de matériel pour avoir chaud quoi. Et puis juste avant le départ on a renvoyé via Postes Canada. Donc on a renvoyé tout un gros carton de fringues à Montréal, chez ces mêmes amis là d'ailleurs, qui se sont retrouvés avec des cartons énormes. Mais on n'avait pas le choix, on ne pouvait pas tout jeter et puis on avait beaucoup trop d'affaires pour les emmener sur les vélos.

Kelly : Bon, après merci maman, papa, on dit merci les amis aussi alors !

Clément : Exactement. Merci les amis, merci Lucile.

Kelly : Ça coûte cher en plus les envois, je crois, en Postes Canada, non ?

Clément : Pas tant, nous on avait envoyé, alors on avait tous les deux un carton qui faisait à peu près 60 cm de côté, qui faisait à peu près 20 kilos et puis on l'a envoyé de Kamloops jusqu'à Montréal pour 90 $ CAD. Ce qui était plutôt plus que correct.

Kelly : C'est raisonnable. Et donc là, le vélo sous la pluie, ça t'a motivé, découragé ?

Clément : Ce n'est pas décourageant parce que ça fait partie de l'aventure et puis on s'attendait à ça aussi donc on s'est dit avant de partir on savait qu'il allait y avoir des journées très très dures notamment au début avec le froid. Et puis finalement non, il n'y a pas de découragement donc déjà voilà comme tu disais tout à l'heure on est deux donc forcément on est là pour se remonter le moral quand ça ne va pas et puis on avait tout un projet derrière aussi. On avait contacté une association pour faire du fundraising. On avait aussi un compte Instagram où les gens nous suivaient, donc dans tous les cas on ne pouvait pas s'arrêter. Et puis nous-mêmes, on voulait aller jusqu'au bout.

Kelly : Ça pousse. Et tu sais, on parle souvent de la pluie et du froid, mais à l'inverse, parce que là t'allais aussi arriver dans des températures chaudes et peut-être humides en arrivant sur la côte ouest. Est-ce qu'à l'inverse, t'as eu des moments où il faisait peut-être un peu trop chaud ?

Clément : On n'a pas eu de grosses journées de chaleur. Dans l'État de Washington et d'Oregon, il ne faisait pas très chaud parce qu'il faut savoir que nous on longeait la côte. J'avais lu ça sur des blogs et je n'y croyais pas vraiment. C'est vrai. C'est-à-dire que tu as tout l'air chaud qui vient des terres et l'air froid qui vient du Pacifique. Donc sur la côte, tu as un énorme brouillard tous les matins du moment où tu te lèves, donc 7-8 h jusqu'à à peu près midi dans le brouillard. Donc c'est très humide, c'est lourd mais c'est pas des 30 degrés, c'est l'humidité tout le temps qui est présente mais des journées vraiment très chaudes en plein soleil, très sèches, ça a été plus en Californie et un peu plus au sud mais voilà ça se compte sur les doigts d’une main.

Kelly : Et là vous arrivez au niveau de Los Angeles, est-ce que tu veux essayer de nous raconter l'émotion ressentie par rapport à ça ?

Clément : Le contexte était différent dans le sens où quand on était en Californie, au nord de la Californie, on a rencontré un Mexicain qui voyageait aussi à vélo, qui s'appelle Diego, et qui lui partait d'Alaska, et qui est toujours en ce moment où on parle là, il va jusqu'en Argentine. On s'est rencontrés dans un camping sur la côte, en Californie. Dans notre timing, on était un petit peu en avance. Donc, on arrivait à Los Angeles le 25 juillet, je crois. Nous, on avait notre vol retour, qui était le 5 août pour Montréal. On avait une dizaine de jours. Et finalement, Diego nous a invité à passer quelques jours chez lui, à Tijuana, au Mexique, chez sa maman.

Donc nous, ce n'était pas du tout prévu au programme. On pensait s'arrêter à Los Angeles sans aller jusqu'à la frontière. Mais finalement, on est carrément passés l'autre côté. Et puis on a vécu comme des locaux chez sa maman, à Tijuana, pendant une petite semaine.

Kelly : Excellent, excellent. Toi qui aime bien l'inconnu, là tu y as eu le droit.

Clément : Exactement. C'était vraiment la touche finale du voyage. On ne pouvait pas rêver mieux.

Kelly : Et là, tu as envie de faire un PVT Mexique ou pas ?

Clément : J'ai des idées de PVT. Alors, au Mexique, je ne sais pas si ça serait ma destination, ma prochaine destination, mais comme je te disais tout à l'heure que j'avais voyagé en Amérique du Sud en 2019, et si je devais refaire un PVT en Amérique du Sud, ce serait plutôt l'Argentine.

Kelly : De toute façon, puisque tu viens d'avoir 30 ans, je sais qu'il vient de fêter ses 30 ans la semaine dernière, là maintenant le choix commence à vite être limité !

Clément : C’est vrai. J'ai toujours jusqu'à la veille de mes 31 ans pour postuler.

Kelly : C'est ça, donc décide-toi vite si tu veux en faire quelques-uns !

Clément : Il y a plusieurs idées qui me viennent en tête, peut-être la Nouvelle-Zélande ou l'Argentine.

Kelly : Est-ce que ça va continuer dans le monde du vélo ?

Clément : C'était l'idée à la base, quand on pensait avec Baptiste à faire ce voyage à vélo, on avait aussi l'idée en rentrant en France de créer notre boîte. Tous les deux on a un peu cet état d'esprit. On a tous les deux 30 ans déjà et puis on n'a plus envie de travailler pour quelqu'un d'autre tout simplement.

On a envie de travailler pour nous et puis on a envie de travailler pour un projet qui nous tient à cœur. On a eu l'idée de créer notre boîte, notre entreprise en rentrant en France. Donc là, ce n'est pas fait encore parce que ça demande énormément de travail.

Là on vient de rentrer il y a une dizaine de jours tous les deux. Donc moi je suis en Bretagne, Baptiste de la région parisienne. Donc on s'est tous les deux dit « Écoute là on vient de passer 9 mois H24 ensemble jour et nuit, donc on se laisse un peu de temps avec la famille, avec les potes ». Là je repars un peu en vacances dans le sud de la France et en Espagne. On s'est donnés un petit créneau jusque fin septembre, octobre à peu près, où on ne se parle pas trop. Et puis chacun fait sa vie, et puis on va se recontacter très vite pour relancer tout ça. Effectivement, on a une idée de création de boîte qui va allier le tourisme, le vélo et l'aventure.

Kelly : Excellent. Oui, je pense que c'est bien aussi de savoir faire des pauses parce que déjà je pense que même sur le vélo, il y a eu beaucoup de moments, enfin t’es dans ta tête en fait toute la journée. Donc il doit y avoir beaucoup de choses qui se passent.

Clément : J'ai jamais pensé et réfléchi autant de ma vie. C'est des journées entières où on part à 8 h le matin, 8-9 h le matin, jusqu'à parfois 19-20 h. Et puis, tu es tout seul sur ton vélo. Alors Baptiste, il avait l'habitude de mettre ses écouteurs et d'écouter des podcasts par exemple. Et moi, soit j'écoutais de la musique ou soit juste je roulais sans rien. Et puis je réfléchissais à ma vie, au passé, au futur, aux gens que j'avais rencontrés, tout ça, et puis tu refais le monde tout seul en fait.

Kelly : Je sais que là tu es dans une période de transition où tu vas te poser un peu, profiter de ton entourage. Mais si là aujourd'hui, parce que je pense que ça pourrait être drôle si dans un an on revient vers toi pour voir où tu en es dans ton aventure de vie, qu'est-ce que tu dirais aujourd'hui, quel serait ton prochain projet et ta prochaine destination ? La première réponse qui te vient en tête.

Clément : Ce n'est pas facile hein. J'ai tellement d'idées et puis je suis quelqu'un d’indécis parce que j'ai peur de... Quand je prends une décision, j'ai peur de passer à côté de quelque chose.

Franchement, il y a aussi l'idée de revenir faire un autre visa au Canada, visa Argentine, visa Nouvelle-Zélande, peut-être même retourner travailler en Espagne. Parce que j'avais beaucoup aimé vivre et travailler à Barcelone.

Il y a aussi l'idée de rester un petit peu de temps en Bretagne avec les proches et avec mes amis d'enfance, à rattraper un peu le temps perdu. Parce que ce qui est bien aussi c'est qu'on approche plus ou moins avec mes amis de la trentaine. Et après les études on est tous partis un peu faire sa vie à droite à gauche en France, même dans le monde. Et puis petit à petit il y en a un qui revient en Bretagne, et puis un deuxième, et puis un troisième. Et puis là moi je viens de revenir il y a dix jours et puis il y a énormément de monde qui sont revenus déjà. Donc ça fait plaisir. Si je dois te donner une réponse de ce que je fais dans un an, je n'en ai aucune idée.

Kelly : Ah bah c'est dommage alors ! Bon c'est pas grave. Est-ce que tu dirais que pour toi le PVT c'est un tremplin professionnel ?

Clément : Ça, ça dépend vraiment de chacun. Ça peut être un tremplin professionnel dans le sens où on peut se découvrir une nouvelle passion. Et puis pour moi, c'est aussi, comme tu disais tout à l'heure, c'est que le PVT c'est aussi fait pour essayer plein de nouvelles choses, que ça nous plaise ou pas. Et puis pour moi, le PVT, ça reste quand même plus voyager que travailler. Ça peut être un tremplin professionnel. Oui et non. Ça dépend de la vie qu'on mène en général déjà et puis de la vie qu'on mène en PVT.

Kelly : Parce que de toute façon pour voyager malheureusement il va falloir travailler un peu parce que sinon l'argent ne tombe pas du ciel.

Clément : Il y en a quand même qui arrivent en PVT et qui ne travaillent pas, ou travaillent un tout petit peu, mais ils viennent en PVT pour faire un road trip au Canada pendant un an, un an et demi, sans vraiment travailler, qui ont déjà des économies derrière.

Kelly : Ce que je trouve intéressant dans le PVT, c'est si par exemple t'as envie d'évoluer professionnellement mais qu'en anglais tu n'es pas encore à l'aise à avoir des conversations ou à faire des réunions, bah justement le PVT te permet d'aller dans des territoires anglophones pour justement t'améliorer en anglais, mais ça peut aussi être... Enfin toi même si t'étais un peu dans le tourisme, mais tu vois tu faisais pas de ski, maintenant tu peux travailler dans une station de ski, ça t'a quand même ouvert des portes, même si toi t'étais plus centrée sur le voyage, ça t'a ouvert des portes que peut-être tu n'aurais pas testées.

Clément : Ah oui, c'est ça, on acquiert des nouvelles compétences dans tous les jobs qu'on fait je pense, que ce soit en France ou dans n'importe quel pays du monde.

Et forcément, le Canada pour ceux qui veulent améliorer leur anglais c'est super. Mais je pense que dire que le PVT est un tremplin professionnel, je pense que des nouvelles expériences, on peut aussi en faire en France ou n'importe où. Le PVT pour moi c'est vraiment essayer des choses qu'on ne peut pas faire en France.

Kelly : C'est ça la nuance je pense parce que je ne suis pas certaine que ça aurait été aussi facile pour toi. Tu vois, tu disais dans ta première expérience, tu as envoyé deux CV, très rapidement tu as trouvé un job. Je ne suis pas certaine qu'en Europe, ce soit aussi facile. Pareil pour une station de ski, si tu n'as jamais eu d'expérience dans une station de ski. Je ne sais pas si ça aurait été aussi simple.

Clément : T'as complètement raison dans le sens où c’est ce que j’aime au Canada. C'est qu'ils ne regardent pas du tout ton background de tes études en fait, ils s'en fichent quoi. C'est vraiment la personne, sa personnalité qui compte.

Quand Baptiste est arrivé dans l'agence de voyages où je bossais à Montréal, Baptiste il est ingénieur informatique à la base, il n'avait jamais travaillé dans le tourisme et pourtant il a été recruté pour la personne qu'il est parce que l'entretien s'est bien passé, d'abord en ligne, puis entretien physique.

Et voilà, c'est le Canada, c'est comme ça. Les employeurs sont beaucoup plus ouverts à prendre des risques disons, ou embaucher des personnes qui n'ont pas forcément les diplômes ou l'expérience pour le poste.

Kelly : On arrive à la fin de cet épisode. Pour conclure on pose la question à tous nos invités. Est-ce que tu peux nous raconter quelque chose que tu as expérimenté pendant cette expérience au Canada de deux ans et qui ne te serait pas arrivé en France ?

Clément : Je vais te raconter la première journée, les deux premiers jours qu'on a passés quand on est partis à vélo de Saint-Peaks.

On part le 14 avril, fin de saison, les remontées sont fermées. Avec Baptiste, on fait l'état des lieux, on quitte le staff accom. On prend nos dernières affaires et puis on monte récupérer nos vélos qui sont à la station, donc à 20 minutes à pied. Et puis là, déjà, on arrive, on voit que toute l'équipe dans laquelle on bossait pour la station, ils se sont tous réunis pour nous dire au revoir. Alors on ne pensait pas du tout à revoir tout le monde. Ils sont tous venus nous dire au revoir, les boss sont là, et puis ils sont tous super excités par notre départ, plus que nous presque. On se fait les derniers câlins et puis hop, on s'en va. Et donc on part sur la neige.

Je me souviens de voir Baptiste qui part devant, c'est les premières secondes d'après tant d'organisation, c'est l'euphorie qui monte en nous et puis de crier tellement fort de joie. Et puis je vois Baptiste qui descend à fond, et puis moi je le suis derrière, c'est la première fois presque qu'on monte sur nos vélos autant chargés.

On voulait absolument éviter les gros axes au maximum, donc on prend la décision de prendre une petite route, donc on est quand même à 2000 m d'altitude. Il fait chaud, je me souviens, on avait le soleil, il faisait peut-être 15-20 degrés. Et donc on pédale, on commence à arriver dans un chemin de terre. Et puis très vite on est rattrapés par la neige. Là on s'est rendu compte qu'on n'était pas du tout préparés parce que la route qu'on avait pensé prendre, c'était une petite route de montagne qui n'était pas du tout entretenue. Donc les premières minutes, on commence à pédaler sur la neige jusqu'au moment où il y a de plus en plus de centimètres qui s'ajoutent. Et puis là, il faut descendre du vélo. On commence à pousser les vélos sur la neige parce qu'on ne peut pas avancer. Je ne sais pas, il y a à peu près 20 à 30 centimètres de neige et les vélos s'enfoncent. Donc on marche sur la neige en portant les vélos qui s'enfoncent dans la neige tous les 10 mètres.

On est partis à 13 h ce jour-là. Et puis arrivés 17h30, donc c'est vraiment fin d'hiver, la nuit tombe très vite. Je me revois, on est sur une route, on est au milieu de nulle part. Baptiste me fait « Là Clément, il faut arrêter, il faut planter la tente », je fais « Non mais on ne va pas dormir là dans la neige, ce n'est pas possible, on continue ». Donc on continue tant qu’il fait jour. Et puis, donc là, c'est bien d'être à deux aussi, de raisonner l'autre, entre guillemets.

Là, il commence à faire trop noir, donc on se dit « Bon ben, ok, on s'arrête ». On s'arrête vraiment sur le bord de route. On est en pleine forêt au milieu de nulle part, on entend des bruits d'animaux un peu au loin dans la forêt. Et puis, juste avant, on a vu des pas d'ours en fait dans la neige. Donc on sait qu'on est entourés de prédateurs en gros, et qu'on n'a rien à faire là.

On était partis avec une petite pelle, pourquoi je ne sais plus, mais on commence à creuser, à creuser pour enlever la neige, pour pouvoir mettre la tente et puis moi je sors un couteau, à commencer à couper des branches de sapin pour me faire un petit matelas au sol. On essaie de trouver l'endroit le moins pentu pour dormir quoi. Et puis il fait zéro degré, - 5, on est habillés, on n'arrive même pas à cuisiner tellement on a froid aux mains. Donc là on a passé une nuit horrible, on a dû dormir une heure, on avait fait un petit feu quand même. Et puis le lendemain on se dit « Bon allez on repart de la même façon qu'on est arrivés », donc en poussant les vélos. Et puis ça a duré deux jours au final.

On a poussé les vélos pendant presque 48 h jusqu'au moment où sortir de l'autre côté de la vallée si tu veux. Et puis là la neige s'est arrêtée mais on a poussé les vélos pendant 48 h.

Kelly : Et à aucun moment vous vous êtes dit on va faire demi-tour là, ce n'est pas possible ?

Clément : Non parce qu'on était trop avancés et puis on s'est dit « On ne va pas faire demi-tour, on va perdre trop de temps donc on s'est dit « On continue, peut-être qu'il faut juste faire, c'est toujours comme ça, ça se trouve dans 100 mètres il n'y a plus de neige » et puis non pendant deux jours tu dis ça se trouve dans 100 mètres il n'y a plus de neige et là on pousse on pousse on pousse. C'est là où on s'était dit en fait on n’était pas du tout préparés quoi.

Kelly : Ah ouais, parce qu'en plus ça peut être super dangereux, justement, c'est plus dangereux d'être dans le froid que dans le chaud parce que tu peux mourir de froid en fait.

Clément : Exactement, et puis en plus on n'avait pas les bons duvets parce qu'on avait des duvets assez petits pour pas que ça prenne trop de place sur le vélo donc Baptiste avait un duvet 10 degrés, moi j'avais un duvet à 15 degrés, donc clairement heureusement on était partis avec nos chaussettes de ski, gants, bonnets, tour de cou, voilà c'est comme ça qu'on a passé la première nuit.

Et puis je me souviens même que le lendemain quand on repart de notre campement de fortune, on voit une carcasse d'animal. Je ne sais pas si c'était un chevreuil ou une biche, une carcasse d'animal avec du sang et une tête. Il y a des pattes qui sont là, il y a la tête, avec des gros pas dans la neige. Puis on s'est dit « Voilà, il s'est passé ça il y a quelques jours avant, juste ici ». Et là on se dit « Oh putain, on est cons ».

Kelly : Y'a un cougar qui a dû passer par là, attention, il a fait son repas.

Clément : Alors ça c'est le genre de choses, clairement il ne peut pas t'arriver ça en France.

Kelly : Franchement, je suis contente que ça se soit arrivé à toi et pas à moi parce que je ne suis pas sûre que j'aurais survécu à cette expérience.

Clément : Sur le coup, on ne fait pas les malins, mais finalement, c'est des bonnes histoires à raconter derrière.

Kelly : Exactement. Merci beaucoup à toi Clément d'avoir pris la place derrière le micro de pvtistes.net aujourd'hui. On te souhaite plein de bonnes choses pour la suite et hâte de découvrir quelles seront tes nouvelles expériences.

Clément : Je vous raconterai tout ça. Merci Kelly !

Conclusion

Kelly : Vous êtes arrivé à la fin de cet épisode et on vous en remercie. Mais attendez, ne partez pas encore !

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