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    Mathieu 40 ans

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    L'article ci-dessous a été rédigé par Sindy et publié dans le guide du routard
    Remerciements particuliers pour son autorisation à le publier sur pvtistes.net






    Au-delà des images d'Épinal, le Canada offre une grande diversité de paysages et d'atmosphères. Loin des clichés caribou-igloo, la Nouvelle-Écosse, province maritime située sur la côte Atlantique, évoque à bien des égards les îles britanniques. C’est ici que Sindy, une jeune Française expatriée au Canada, a vécu sa première expérience de « wwoofer ».

    Ce nom vous est encore étranger ? Acronyme pour World Wide Opportunities on Organic Farms, le wwoofing est un concept né en Angleterre dans les années 70. Il permet à des citadins en mal de verdure de séjourner gratuitement dans une ferme en échange de menus services. Solution de voyage économique, il offre surtout la chance de faire de belles rencontres et de connaître de plus près un pays.



    Welcome to the Dutch Cheese Farm. Willem et sa femme Maya nous ouvrent les portes de leur maison. Originaires de Hollande, nos hôtes sont venus s'installer dans les années 70 dans le village d'Upper-Economy sur la baie de Fundy. Tombés sous le charme de la région, ils y ont bâti leur ferme dont la beauté attire chaque jour les badauds. Comme ils nous le confieront par la suite, leur intégration ne fut pas facile. Quarante ans plus tard, on les appelle toujours « les étrangers ». Forts de cette expérience, ils ont fait le choix d'accueillir depuis une dizaine d'années des volontaires venus des quatre coins du monde.

    Pour des citadins fuyant le béton, on ne pouvait rêver plus beau décor. Imaginez une immense propriété entourée de champs de pissenlits où cohabitent les vaches, les moutons, les canards et les émeus. En contrebas, une mer d'argile dont la couleur se confond avec celle des falaises. Mais de nos douces rêveries, nous allions bien vite être réveillés.

    « L'ordre et l'organisation sont les maîtres mots du wwoofing », comme nous le répétera Maya tout au long du séjour. Les présentations terminées, elle nous invite à prendre connaissance du règlement intérieur. Réveil à 8 h. Petit déjeuner à 8 h 30. Journée de travail : 9 h-16 h avec une heure de pause déjeuner. Repas rationnés : un sandwich, un laitage et un fruit pour le midi. Une boisson chaude pour le goûter. Douche tiède de dix minutes maximum. Extinction des feux à 23 h. Ce n'est pas l'armée, mais presque !



    Côté travail, l'enthousiasme ne sera pas vraiment au rendez-vous. Me voilà à nettoyer des goudas à l'eau de javel, décaper le sol de la salle des bleus souillée par la cire pendant de longues (pour ne pas dire interminables) heures... quand je rêvais de percer le mystère du fromage ! Pour être sincère, j'ai bien failli faire mes valises au bout d'une semaine, mais mon ami, incorrigible optimiste, m'a convaincue de rester.

    Un mal pour un bien. Car si le travail était souvent fastidieux et répétitif (si vous êtes plutôt cérébral, il vous faudra accepter de mettre vos neurones au repos !,) il m'a donné l'occasion de tisser des liens avec la famille. J'ai découvert les dimanches-pancakes, les parties de pêche, les longues nuits passées au coin du feu à refaire le monde. Un meilleur niveau d'anglais m'aurait permis d'apprécier davantage les conversations (et l'humour du maître de maison). Mais la patience de mes hôtes aura eu raison de mes bafouillages et de mes hésitations.

    L'autre objet de ce voyage était de rompre avec mon mode de vie actuel. J'avais pris la décision de partir un soir à Montréal autour d'un verre entre amis. Lasse de la vie urbaine, j'avais choisi d'apprendre à vivre simplement et à reconsidérer mes vrais besoins. J'ai découvert ce que signifiait l'autosuffisance : non pas se satisfaire de peu, mais se réjouir ce que l'on a. Si parfois ce séjour à la ferme a pris le tour d'un voyage introspectif, il m'a également permis de découvrir la beauté insoupçonnée de la Nouvelle-Écosse. Car l’un des avantages du Wwoofing est de faire découvrir du pays.



    Les fins d'après-midi et les week-ends étant libres, nous en avons profité pour sillonner la baie de Fundy. Réserve écologique située au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, la province est un paradis pour les amateurs de loisirs de plein air. Cascades, forêts de pins, sentiers côtiers, plages, bocages, il y en a pour tous les goûts.

    Premier congé et première virée à Parrsboro (à 45 minutes d'Economy). Ce petit bourg au charme d'antan est le point de départ de nombreux sentiers de randonnée. Sur la liste des incontournables, vous pouvez d'ores et déjà ajouter Ottawa House qui offre un panorama magnifique sur les îlots de la Baie; Ward's Fall et ses chutes vertigineuses encadrées par d'immenses parois de roc (un terrain de jeu à ciel ouvert pour tous les férus d'escalade), ou encore Economy Point, l'escapade dominicale préférée des habitants de la baie.

    Mais la plus grande attraction locale restera pour moi... la plage ! La baie de Fundy détient le record des plus grandes marées au monde (jusqu'à 21 mètres). Quand la mer se retire, elle offre des kilomètres et des kilomètres de plages idéales pour la promenade et la pêche. À Lower Economy, les pêcheurs ont mis au point une technique astucieuse qui consiste à piéger - sans effort - des bancs de poissons entre deux marées. Le dispositif, qui ressemble aux parcs à huîtres, permet d'attraper de plus gros volumes que sur un bateau de pêche traditionnel et offre aux touristes un spectacle des plus surprenants !



    Rats de champs, nous n'allions par tarder à retrouver le chemin de la ville. Samedi, 4 h du matin. Réveillés en fanfare par Willem, il nous faut vite nous préparer pour le grand marché fermier. Un café et un muffin avalés sur le pouce, nous embarquons dans le van à destination d'Halifax, la capitale de la Nouvelle-Ecosse. Deux heures et demi plus tard, nous voilà au milieu des cageots à déballer la montagne de cartons de goudas fumés, de fromages bleus et d'œufs d'émeus.

    Il est à peine 7 h 30 et déjà l'ambiance est à la fête. La foule se presse dans les allées du marché aux côtés des musiciens en goguette. Bientôt 9 h, l'heure d'une halte gourmande. Nous achetons quelques pâtisseries locales (mention spéciale pour le gâteau au potiron), des cafés tout en piochant à droite à gauche des petites douceurs en dégustation. L'effervescence qui règne ici nous a fait oublier notre nuit trop courte. Nous arpenterons jusqu'à 16 h — qui marque la fin des festivités — les couloirs labyrinthiques du marché bâti sur trois étages.

    Au-delà de son marché, Halifax a bien d'autres attraits. Même si la ville ne compte que 360 000 habitants, elle est l'un des plus grands ports d’Amérique du Nord et la plus grande base navale canadienne. Une promenade sur les docks vous fera sentir l'atmosphère si particulière qui règne ici. Enfin (comment ne pas l'évoquer ?) la ville est réputée pour sa vitalité musicale. Aussi loin que l'on remonte dans son histoire, Halifax a été une grande scène artistique et a accueilli de nombreux musiciens de différentes influences. Découvrir Halifax, c'est aussi sillonner les nombreux bars de la ville qui proposent chacun leur programmation.



    Après trois semaines de travail à la ferme, nous allions nous accorder une petite pause touristique. Direction le Cap-Breton, une péninsule située au nord-est de la Nouvelle-Écosse. Imaginez une route creusée à flanc de collines qui longe des eaux cristallines, serpente entre les forêts montagneuses du Parc National des Hautes-Terres, avant de rejoindre la mer : vous êtes sur le Cabot Trail (photo). Paradis des photographes, cet itinéraire de 300 kilomètres offre parmi les plus beaux panoramas au monde avec ses reliefs contrastés et sa palette incomparable de couleurs.

    Malgré sa grande fréquentation (jusqu'à 500 000 visiteurs chaque année), la Piste Cabot conserve son caractère sauvage et mystérieux. Pour apprécier au mieux sa beauté, nous vous conseillons d'y séjourner au moins trois jours. La route est ponctuée d'une vingtaine de sentiers de randonnée, accessibles à toute la famille. Parmi les incontournables : The Skyline « la route du ciel » sur laquelle vous croiserez sûrement des orignaux, paissant, imperturbables, le long du chemin ; The Middle Head Trail qui, outre des panoramas à couper le souffle, vous replongera dans une partie de l'histoire du Cap-Breton, et enfin les superbes plages de sable blanc d'Ingonish, qui n'ont rien à envier aux Caraïbes (mis à part la température de l’eau).

    Cap-Breton est aussi un formidable observatoire de la vie sauvage. Rorquals à bosse, baleines de Bryde, baleines franches, de juin à septembre, les monstres marins viennent se prélasser et faire des réserves dans le golfe du Saint-Laurent avant la grande migration hivernale. Pour vivre une expérience inoubliable, embarquez à bord d'un zodiac dans le port de Pleasant Bay au nord-ouest du Parc National de Hautes-Terres. Ouvrez grand les yeux et les ... oreilles !



    Situé à l'entrée ouest du Parc National, Chéticamp vous invite à un voyage dans le temps. Village de pêcheurs, il aurait été fondé à la fin du XVIIe siècle, par quatorze pionniers venus de France, « les quatorze vieux » quelques années après la déportation des Acadiens par les Anglais. Trois siècles plus tard, Chéticamp, fière de son acadienneté, continue de perpétuer les traditions de ses ancêtres. L'occasion pour vous de retourner aux racines du français, même si l'acadien emprunte de plus en plus de termes et d'images à l'anglais. Une influence anglophone qui s'ajoute à celle des communautés voisines, gaélique et écossaise, que l'on retrouve avec bonheur dans la musique.

    Pour une immersion dans la culture acadienne, rien de tel qu'un détour par le musée des Trois Pignons. Vous y découvrirez à travers une galerie d'antiquités le mode de vie d'autrefois ainsi que l'artisanat local et ses célèbres tapis hookés, vendus à travers le monde (jusqu'à la Cour d'Angleterre). Quant aux adeptes de généalogie, ils seront ravis d'apprendre que le musée possède un grand centre de recherches animé par des bénévoles passionnés. L'occasion peut-être de se découvrir des ancêtres acadiens.

    Et si d'aventure ce plongeon dans le passé vous avait ouvert l'appétit, je ne peux que vous recommander une escale gourmande dans l'un des nombreux restaurants de fruits de mer. Pour les chanceux qui se rendraient en Nouvelle-Écosse au printemps, sachez qu'en cette saison le homard est célébré dans tous les villages et hameaux de la province. Vous pourrez en déguster à volonté pour quelques dizaines de dollars seulement. Une proposition des plus alléchantes...





    Pour préparer votre voyage en Nouvelle-Écosse, rendez-vous sur le site de l' office de tourisme de Nouvelle-Ecosse, de la ville d'Halifax et consultez notre fiche Canada.

    Wwoofing

    Pour vivre votre première expérience de wwoofer, visitez le site www.wwoof.org
    Autres sites ressources :
    www.transitionsabroad.com
    www.eco-volontaire.com
    Consulter notre dossier sur le wwoofing

    Aller en Nouvelle-Écosse
    Vols Paris-CDG – Halifax avec Air Canada via Montréal ou Continental via Newark. L’aller-retour est à partir de 627 € TTC.

    Parc National des Hautes-Terres-du-Cap-Breton
    Service de réservation des emplacements de camping ou au 1-877-RÉSERVE (1-877-737-378)

    Observation des baleines à Pleasant Bay
    Whale and Seal Cruise, Capt. Mark Timmons. Tel. : 902-224-1316. Fax : 902-224-1638

    Cheticamp
    Musée des Trois Pignons : 15584 Cabot Trail, CP 430, Chéticamp, Comté d'Inverness, Nouvelle-Écosse. Tél. 902) 224-2642 Fax : (902) 224-1579

    La ferme de Willem et Maya The Dutchman’s Farm : 112 Brown Road, Upper Economy, Nova Scotia, Canada, BOM 1J0. Tel: 902-647-2751
    Dernière modification par Mat ; 07/03/10 à 15:14.


  2. #2
    Avatar de cheuft
    Thomas 38 ans

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    Excellent article! et bravo à elle pour avoir réussi à le vendre au Routard.
    A noter que son expérience de wwoofing semble avoir été un peu rude : "Ce n'est pas l'armée, mais presque !"
    Il faut savoir que toutes les fermes sont différentes et que ce qui s'applique dans l'une ne s'applique pas forcément dans les autres. (Je dis ca pour ceux qui pourraient être découragés en lisant cette partie de l'article.)

    Sinon, j'aime beaucoup cette phrase:
    "J'ai découvert ce que signifiait l'autosuffisance : non pas se satisfaire de peu, mais se réjouir ce que l'on a."
    Je crois qu'elle résume plutot bien le wwoofing!