1. #1
    Avatar de Zifnab Hydre
    Arthur 37 ans

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    Heya amis pvtistes !

    Un petit guide-tutoriel d'été pour tous les photographes amateurs qui aimeraient (re)découvrir la photo de faune sauvage. N'hésitez pas à me laisser vos questions ici si quelque chose n'est pas suffisamment claire. Il me fera plaisir de tenter d'y répondre.


    1. Mais où se rendre sur Montréal (sans voiture) ?

    Heureusement pour nous, Montréal est une ville verte remplie de grands parcs et de réserves fauniques. La grande majorité y sont accessibles en transport commun. Ce sont des lieux où je me rends régulièrement depuis 2010. Voici les principaux sites avec la liste des animaux que vous y trouverez "facilement" :

    • Jardin Botanique (parc extérieur) : oiseaux locaux et migratoires, parfois des renards (le soir)
    • Parc Jean Drapeau : oiseaux locaux, marmottes, écureuils, Petit Suisse (Tamia), castors
    • Parc national des Îles de Boucherville : oiseaux locaux et migratoires, cerfs, écureuils, Petit Suisse (Tamia)
    • Parc des Rapides : oiseaux locaux et migratoires
    • Parc Angrignon : oiseaux, écureuils
    • Parc nature de l'île de-la-Visitation : oiseaux locaux et migratoires
    • Mont-Royal : Écureuils, raton-laveurs (le soir)

    montreal.png

    2. Côté matériel photo, que devrais-je prendre ?

    Comme je me suis surtout spécialisé en réflex (DSLR), je ne parlerai que pour ces types d’appareil. Cependant, sachez qu’il est parfaitement possible de faire de la photo animalière avec un compact expert, un bridge, ou encore hybride, pour peu que vous puissiez « zoomer ». La technique reste similaire.

    2.1 L’appareil en question

    Côté réflex numérique, en vérité, n’importe lequel fera l’affaire en journée (du matin jusqu’au début de soirée). Donc si quelqu’un est prêt à vous donner un « vieux réflex », ne vous inquiétez pas, vous vous amuserez tout autant qu’avec un réflex dernière génération. Cependant, si vous recherchez des photos de soirée (voir de nuit), un réflex récent sera à privilégier. Ceux-ci disposent de capteurs modernes qui permettent de mieux gérer ce qu'on appelle le « bruit numérique » et de monter en sensibilité ISO.

    Bon. Je viens probablement de vous perdre alors tentons de clarifier cela :

    Tous les appareils photos numériques ont un capteur leur permettant de "capturer" la photo. Cette capture est en réalité un ensemble de lumière perçue (et donc de couleurs). Lorsqu'il y a moins de lumière, forcément, le capteur manque d'information. La photo prise est donc sombre. Heureusement pour nous, les appareils numériques proposent une fonctionnalité appelée ISO représentant des valeurs. Cette fonctionnalité électronique permet de compenser ce manque de lumière reçue en augmentant la sensibilité du capteur. Plus la valeur est élevée (ex : ISO 1600), plus le capteur sera sensible.

    Cependant, cela reste un artifice numérique pour augmenter la "lumière" d'image capturée. À haute valeur, cela créé ce que l'on appelle du "bruit numérique" qui se traduit par une forme de "grains" assez moches sur la photo. Grosso-modo, vous aurez l'impression de regarder une photo pixellisée (faible détail) avec des points de lumières un peu partout et un peu étrange (un bouillon de "pixels" immondes).

    Si les appareils modernes sont capables de monter jusqu'à de très hautes valeurs avec une perte contenue (ex : ISO 6400), les anciens appareils (2012 ou antérieurs) étaient déjà limite à ISO 800, et même le meilleur des objectifs ne pourra compenser cette perte de luminosité.

    2.2 Et les objectifs ?

    Dans notre cas, nous aurons besoin de "zoomer", c'est-à-dire, de nous tenir à une distance respectable du sujet visé. C'est principalement le cas pour la majorité des oiseaux, mais aussi des écureuils sauvages, des cerfs ou des marmottes par exemple.

    En réflex, on parle d'optiques ou lentilles dites "téléobjectif" (pour télescopique car elles s'allongent). Elles sont représentées par un nombre en "mm". Plus la valeur est élevée, plus vous pourrez "voir de loin". Les plus communs en entrée de gamme sont des 55-200mm, 55-300mm, 70-300mm, ou encore des 18-250mm. À partir de 200mm, il est possible d'avoir des photos "de plan rapproché" d'animaux sauvages bien que cela sera parfois un peu limité. Seule l'expérience de terrain vous permettra de vous ajuster et trouver les bonnes distances selon les sujets.

    Ces objectifs d'entrée de gamme sont parfois stabilisés mais rarement silencieux. C'est correct pour les animaux "semi-sauvages". Pour les autres animaux très craintifs, il faudra basculer idéalement en manuel pour désactiver l'autofocus. Leur qualité est très correct en journée. Au zoom maximum, la qualité baissera et vous aurez peut-être l'impression d'avoir des photos "molles", c'est-à-dire avec moins détails, des couleurs un peu fades (moins de constraste) et dans certains cas des aberrations chromatiques (visibles en général sur les contours : branches, animal, etc.). Rien de dommageable, et souvent récupérable en grande partie en post-traitement.

    Si vous avez le choix, prenez toujours un objectif dit "stabilisé". Cela permet de compenser les petits mouvements naturels de votre corps (comme votre souffle). Si vous avez des jumelles, vous comprenez le problème : il est difficile de maintenir un sujet cadré à cause de ces "micro-saccades" naturelles.

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    Un 70-300, un 170-500, et un 55-300mm


    2.3 Est-ce que je prends d'autres accessoires ?

    En dehors du sac à dos ou sac de rangement, ce n'est pas forcément nécessaire. Un trépied ou un monopode peuvent aider à la prise photo (stabilisation), mais généralement, vous serez en déplacement constant, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour tout préparer. Pour les photographes nomades, on veut partir relativement léger et peu encombré.

    En général, ces accessoires sont plutôt réservés au photographe en "refuge" (dans un abri ou une cache). C'est une autre pratique de la photo animalière où le photographe prépare son lieu, se renseigne et/ou prépare des petites friandises pour attirer les animaux (renards, oiseaux, cerfs, etc.). Mais c'est déjà d'un tout autre niveau pour être sincère.

    Et une seule règle : jamais de flash. Cela va effrayer les animaux aux alentours, mais surtout... cela va aveugler votre sujet temporairement et le faire paniquer.

    Petits conseils : vérifier ou recharger votre batterie avant de partir en sortie. Ou ayez une 2nde batterie sous la main. Idem pour la carte mémoire (généralement des SD). Mais en général, une carte de 32 Go suffit amplement (pour plusieurs centaines de photos). La seconde carte mémoire est avant tout au cas où il y aurait un problème avec la 1ère carte.


    3. L'art du camouflage selon Sun Zifnab

    La photo animalière, c'est un peu comme être un pisteur / éclaireur (ou un chasseur). On passe son temps à regarder dans les arbres, à écouter les bruits ambiants, chercher des traces sur le sol. Donc dans le même concept, l'idée est d'être "camouflé". Pas besoin de sortir l'habit de Rambo (qui d'ailleurs n'est pas vraiment bien camouflé), vous avez juste à porter des vêtements de couleurs neutres ou "fades" se fondant bien dans la végétation (vert, blanc, brun, etc.) et surtout éviter les couleurs vives ou rares dans la nature (ex : du rose fluo). Vous pouvez aussi faire comme moi : se rendre dans un magasin de surplus militaire et acheter une tenue de "militaire" (un truc vert). Bon, faites-le en région, sur Montréal, ce n'est pas bien utile.

    Sur Montréal, vous n'avez pas besoin d'être trop camouflé. La plupart des animaux restent habitués jusqu'à un certain point aux humains. Mais dans un grand parc naturel ou une grande forêt, tout ce qui n'est pas ordinaire pour un animal est potentiellement un prédateur pour lui. De même, votre odeur a son importance donc éviter tout parfum ou déodorant (en forêt). Si vous avez beaucoup transpiré, frottez des feuilles vertes sur vos mains et joues. C'est mieux que de tenter que de vous mettre dans le sens contraire du vent (chose quasi-impossible dans la réalité...). Astuce pour vous refaire "propre" rapidement : des lingettes pour bébé... (oui oui).

    Bref. Au final, vous repérez quelque chose de potentiellement intéressant. Faites-vous le plus silencieux possible et commencez à vous "courber / agenouiller". L'idée est de réussir bien percevoir l'animal et de prendre le temps de préparer votre appareil photo. Vous devez être patient car dès que l'animal commence à regarder autour de lui, il faut cesser tout mouvement et se fondre dans le décor jusqu'à ce qu'il reprenne son train-train.

    Évidemment, je parle ici de cerfs sauvages, coyotes, castors ou encore d'oiseaux migratoires. Si vous rencontrez un ours, partez.

    Sans déc...ner, partez. Il est bien possible de voir ou de prendre en photo un ours (en région) mais si vous êtes débutants, vous n'avez pas l'expérience pour bien le faire. Les ours ont généralement peur de nous, donc les chances d'être attaquées restent minces. Cependant... si c'est une oursonne avec ses petits (que vous ne voyez pas) ou encore un territoire d'ours (que vous n'auriez pas repéré), c'est un vrai danger.

    NdA : La photo animalière est une pratique difficile et parfois très frustante. Mais lorsque vous avez au moins une photo qui vous plaît sur l'ensemble de ce que vous avez fait, c'est le "Saint-Graal". Un grand sentiment à vivre.


    4. Certes, mais la "technique" dans tout cela ?

    4.1 Le maintien du corps

    Un téléobjectif n'est pas toujours facile à maintenir fermement. La méthode la plus simple est une main sur l'objectif et son bras replié en dessous (en V), et l'autre main sur la poignée de votre réflex avec le bras replié et collé sur votre poitrine/corps. Le fait de vous reposer sur votre corps permet de mieux stabiliser l'ensemble de votre corps. Ainsi, vous aurez un bien meilleur maintien de votre respiration. Votre appareil suivra les "mouvements" naturels de votre respiration. (Oui, vous êtes littéralement un "sniper")

    Idéalement, essayer de ralentir votre respiration pour stabiliser au maximum votre corps. Vous pouvez aussi faire de l'apnée (même principe).


    4.2 Les configurations de votre réflex

    Primo, pas de mode "Automatique". C'est votre ennemi ici. Utilisez soit les modes "Av" (priorité ouverture), "Tv" (priorité vitesse), et plus tard, le mode "M" (manuel). Les 2 premiers modes sont pratiques pour débuter. Ce sont des modes "semi-automatiques".

    • Dans le mode "Av", l'appareil s'occupera pour vous de la vitesse de capture vous laissant tous les autres paramètres libres (ouverture de l'objectif, sensibilité ISO, etc.).
    • Dans le mode "Tv", l'appareil s'occupera pour vous de l'ouverture (et vous laissera le reste de libre).

    L'appareil n'ayant pas notre regard ou ne sachant pas ce que vous voulez, même s'il vous propose des paramètres pré-définies, vous devez rester le "maître" des décisions importantes.

    Quoiqu'il en soit, en journée ensoleillée:

    • Restez en dessous de ISO 400 (100 ou 200 en idéal). Tous les réflex sont très bons dans ces valeurs.
    • Veillez à toujours être au moins à 1/60 en vitesse de prise photo (un soixantième de seconde). Idéalement, 1/250 (ou bien plus). Cela permet de vous assurer une photo nette dans la plupart des circonstances à moins que vous ne recherchiez volontairement un effet de flou de bougé.
    • Quelque soit votre objectif, ne dépasser pas en ouverture f/11. Idéalement rester entre f/4 et f/8. Ce sont les ouvertures optimales pour la très grande majorité des objectifs. Cela vous permet de conserver un bon niveau de détail sans distorsion, tout en ayant un effet de "flou" d'arrière-plan conservé (ce que les photographes appellent le "bokeh").
    • Idéalement, pour débuter, mettez-vous en mode "rafale". Outre le fait d'augmenter vos chances d'avoir une photo nette et intéressante, cela peut vous donner des effets très intéressants (par exemple : un oiseau en train de s'envoler).

    Généralement, en journée ensoleillée, je recommande personnellement d'utiliser le mode "Av" pour s'entraîner. En jouant sur la valeur de l'ouverture, vous vous entraînerez aux effets de flou d'arrière-plan et de netteté de votre sujet.

    Prenez vos photos en format "RAW" plutôt qu'en JPEG. Ce format permet de prendre des photos sans "perte de compression et détails". Il y a de nombreuses informations non-visibles sur une photo mais qui seront exploitables avec un logiciel de traitement photo. Cela permet parfois de récupérer des détails, lumières ou contrastes de manière très impressionnantes.

    4.3 Le cadrage

    Le premier réflexe que vous aurez sera probablement de centrer l'animal dans votre viseur, et de "zoomer" à fond sur lui. Alors oui, cela fonctionnera, mais vous serez probablement déçu du résultat final. L'idée générale est de chercher un "sens de lecture / direction" à votre photo et en fonction de l'arrière-plan (est-il intéressant ou non ?). De même, zoomer et cadrer uniquement sur la tête n'est pas le plus intéressant. Il est souvent préférable de chercher à avoir un corps entier quitte à recadrer plus tard en post-traitement (avec votre logiciel préféré). Un photographe cherche idéalement à faire passer un message, une émotion.

    Idéalement, essayer de rester à la même "hauteur" que votre sujet, sauf si vous recherchez un effet de plongée ou contre-plongée. Cela signifie que pour un oiseau au sol, il vaut mieux s'accroupir voir s'allonger au sol pour être à son niveau.


    5. Quoi trouver et à quelle période de la journée ?

    Un photographe animalier est un peu zoologue ou ornithologue amateur. Chaque animal a son mode de vie (diurne ou nocturne) et son type préféré d'habitat. Donc si vous partez dans un grand parc ou une grande réserve naturelle en région, renseignez-vous (auprès des employées du parc par exemple)

    Mais pour les animaux montréalais un peu moins communs :

    • Castors et marmottes : actifs le jour, vers n'importe quelle heure
    • Faucons / Rapaces : actifs principalement en matinée jusqu'à 12h
    • Renards : actifs en début de soirée / fin de journée
    • Raton-laveurs : actifs en fin de journée et la nuit


    6. Les sujets faciles (à Montréal)

    La grande majorité des oiseaux sont relativement peu craintifs. Évidemment les canards, huards, oies ou cygnes font partie des plus faciles à photographier. Les oiseaux migratoires sont un peu plus craintifs (ex : hérons, et tous les oiseaux très colorés). Les faucons de Montréal se laissent approcher (enfin à quelques mètres) car très habitués à l'homme.

    Évidemment, les rongeurs (écureuils, tamia, raton-laveurs) sont tous très simples à prendre en photo sur Montréal. Pour les marmottes, il faut rester un peu à distance, et pour les castors, là, c'est le parcours du combattant.

    Les canidés (renards, coyottes) sont très craintifs. Il y en a très peu sur Montréal ceci dit, ce n'est pas du tout leur habitat naturel. S'ils viennent sur l'île c'est soit parce qu'ils se sont perdus, soit en quête de nourriture plus facile à récupérer (vos poubelles).


    7. Exemples de photos prises uniquement sur Montréal

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    NdA : J'ai commencé la photo avec réflex en 2007 (un premier prix) et avec le moins cher des téléobjectifs (un 70-300). Et parmi ces photos, l'une d'entre elles date de 2007 et avec cet objectif. N'ayez donc jamais de crainte ou de pression sociale de ne pas avoir "le meilleur appareil ou objectif possible".