Après avoir quitté le Québec avec son PVT en main, Paul se lance dans un voyage à vélo hors du commun. De la traversée du Canada aux routes de la côte pacifique américaine, jusqu’au Mexique et à l’Amérique centrale, il parcourt 13 000 km. Entre défis physiques, rencontres marquantes et hospitalité inattendue, ce périple devient un véritable récit initiatique, où liberté, dépassement de soi et beauté des paysages se mêlent aux réalités parfois brutales des territoires traversés.
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Bonjour, peux-tu te présenter ?
Bonjour, je m’appelle Paul et je suis parti en PVT au Canada en 2022.
Dès l’obtention de mon PVT, je me suis lancé dans une traversée du Canada à vélo pour célébrer cette étape. Depuis, j’ai obtenu la résidence permanente.
Dès l’obtention de mon PVT, je me suis lancé dans une traversée du Canada à vélo pour célébrer cette étape. Depuis, j’ai obtenu la résidence permanente.
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Dans quel état d’esprit es-tu au moment du départ ?
Je venais de rendre les clés de mon logement. Ma voiture était en hivernage. Les premiers coups de pédale auraient dû être exaltants. Ils étaient terrifiants. C’était un saut dans le vide. Je prenais la mesure de la folie. Il n’y avait plus rien à quoi se rattacher, sinon des milliers de kilomètres éparpillés entre le fleuve Saint-Laurent et l’océan Pacifique.
Mon objectif initial était de traverser le Canada, mais j’avais, dans un creux de la tête, l’idée de continuer si j’en avais envie, jusqu’à atteindre satiété. La liberté totale m’attendait.
J’avais économisé assez d’argent en travaillant quatre ans aux États‑Unis, et je n’avais plus de loyer à payer. Il n’y avait plus qu’à pédaler, mon vélo de 35 kg, ma tente et moi.
Mon objectif initial était de traverser le Canada, mais j’avais, dans un creux de la tête, l’idée de continuer si j’en avais envie, jusqu’à atteindre satiété. La liberté totale m’attendait.
J’avais économisé assez d’argent en travaillant quatre ans aux États‑Unis, et je n’avais plus de loyer à payer. Il n’y avait plus qu’à pédaler, mon vélo de 35 kg, ma tente et moi.
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Comment se passent les premiers kilomètres ?
Il m’a fallu deux mois pour traverser les 5 000 kilomètres jusqu’à Vancouver, par le Québec, l’Ontario, quelques États américains, les vastes prairies du Midwest et les montagnes des Rocheuses canadiennes. Les premières semaines m’ont servi de rodage pour mes jambes, mais surtout pour l’esprit. Il s’agissait ni plus ni moins de « rentrer dans son voyage ».
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Qu’est-ce qui t’a le plus marqué durant cette traversée ?
Dès les premiers jours, mon parcours a été une véritable leçon d’hospitalité. Le cyclo‑voyageur suscite une bienveillance instinctive : il incarne le goût de l’ailleurs, la fatigue du chemin, le besoin d’échange, sans jamais être une menace. Peut‑être offre‑t‑il, le temps d’un instant, ce que notre monde moderne a tant de mal à préserver : un peu d’authenticité.
À travers le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota, j’ai été marqué par les tensions qui déchaînaient déjà la société américaine à l’été 2022.

Puis, les 2 000 km de prairies canadiennes m’ont donné l’occasion de philosopher pour lutter contre l’ennui. Atteint de crampes violentes, je suis resté bloqué dix jours dans un petit village perdu dans les prairies, au bord de la route transcanadienne : Caronport. J’y ai découvert une hospitalité à vous donner une larme à l’œil. Le pasteur du village m’a accueilli chez lui et le médecin du district a été aux petits soins jusqu’à ce que je puisse repartir. La beauté des Rocheuses canadiennes fut une récompense bien méritée.
À travers le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota, j’ai été marqué par les tensions qui déchaînaient déjà la société américaine à l’été 2022.

Puis, les 2 000 km de prairies canadiennes m’ont donné l’occasion de philosopher pour lutter contre l’ennui. Atteint de crampes violentes, je suis resté bloqué dix jours dans un petit village perdu dans les prairies, au bord de la route transcanadienne : Caronport. J’y ai découvert une hospitalité à vous donner une larme à l’œil. Le pasteur du village m’a accueilli chez lui et le médecin du district a été aux petits soins jusqu’à ce que je puisse repartir. La beauté des Rocheuses canadiennes fut une récompense bien méritée.
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Pourquoi décider de continuer après avoir traversé le Canada ?
Après quelques jours de réflexion sur l’île de Vancouver, j’ai compris que je n’en avais pas eu assez. Il fallait que je continue mon aventure à vélo. J’étais encore sur ma faim. Et puisqu’il n’y avait plus de terre à l’ouest, j’ai mis le cap au sud, en longeant la côte pacifique des États-Unis.
Dans l’Oregon et en Californie, j’ai été époustouflé par les paysages sur la route qui longe l’océan, entre falaises abruptes et grand bleu, parfois à plusieurs centaines de mètres en contrebas.
Cette beauté offrait un contraste saisissant avec la violence de la société américaine et sa misère omniprésente. J’en ai fait le constat à plusieurs reprises, en traversant San Francisco et Los Angeles notamment.
Pourtant, l’hospitalité que j’ai rencontrée a été incroyable : l’ouverture d’esprit et la chaleur humaine de beaucoup d’Américains surprendraient sans doute ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans le pays.
À San Diego, il a fallu trancher : continuer vers le Mexique ou sonner l’arrêt de l’aventure. Entrer au Mexique pour traverser ce pays long de 3 000 km n’est pas une décision qui se prend à la légère. Après quelques jours de réflexion, je me suis décidé, sur le vieux lit à ressorts d’un hôtel décrépit : j’allais retourner en Amérique centrale où j’avais vécu pendant six mois durant mes études. Et par la grande porte : Tijuana. Oui, rien que ça !
Dans l’Oregon et en Californie, j’ai été époustouflé par les paysages sur la route qui longe l’océan, entre falaises abruptes et grand bleu, parfois à plusieurs centaines de mètres en contrebas.
Cette beauté offrait un contraste saisissant avec la violence de la société américaine et sa misère omniprésente. J’en ai fait le constat à plusieurs reprises, en traversant San Francisco et Los Angeles notamment.
Pourtant, l’hospitalité que j’ai rencontrée a été incroyable : l’ouverture d’esprit et la chaleur humaine de beaucoup d’Américains surprendraient sans doute ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans le pays.
À San Diego, il a fallu trancher : continuer vers le Mexique ou sonner l’arrêt de l’aventure. Entrer au Mexique pour traverser ce pays long de 3 000 km n’est pas une décision qui se prend à la légère. Après quelques jours de réflexion, je me suis décidé, sur le vieux lit à ressorts d’un hôtel décrépit : j’allais retourner en Amérique centrale où j’avais vécu pendant six mois durant mes études. Et par la grande porte : Tijuana. Oui, rien que ça !
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Le passage au Mexique a-t-il été un tournant dans ton voyage ?
Une fois passé le mur de la frontière, j’ai traversé la ville comme on traverse un fleuve en crue, les yeux rivés sur la ligne d’horizon. Il s’agissait de ne pas s’éterniser dans une des villes les plus dangereuses du monde. Puis, ce fut 1 500 km à travers le désert de la Baja : cactus, sables infinis, checkpoints militaires, journées brûlantes et nuits glaciales. « Vous reprendrez bien un peu de désert ? », semblait me dire le vent chaque matin.

Les variations de température, la solitude et les difficultés à trouver de l’eau et de la nourriture ont pesé sur ma vigueur à plusieurs reprises. Un jour, j’ai dormi 17 h dans un minuscule monastère perdu dans une oasis pour me requinquer. Un autre, j’ai dû éviter une meute de chiens sauvages qui me poursuivait, moi et mon vélo dont la jante commençait à se fendre.
Puis, j’ai rejoint le Sinaloa en ferry, jusqu’à Mazatlán. Là, le désert a laissé place aux forêts tropicales, aux jaguars, aux boas et aux mygales que je devais éviter sur la route. C’est qu’elles ont la priorité ! J’ai traversé cet état à toute vitesse, à coups de 160 km par jour dans la chaleur moite des tropiques.
À Mascota, je suis entré dans les montagnes du centre du Mexique, beaucoup plus paisibles, fraîches et accueillantes que le pays que j’avais parcouru jusque-là. Guadalajara, Guanajuato, puis Ciudad de México, jusqu’à Puebla, où j’ai eu l’occasion de monter à 3 700 mètres sur les pentes d’un volcan actif qui crachait régulièrement ses panaches de fumée, le Popocatépetl.
Ma progression a continué alors à travers les montagnes d’Oaxaca (où j’ai été invité à un mariage pendant trois jours), la côte de Salina Cruz et les collines tropicales de Tuxtla Gutiérrez, dans le Chiapas. Les crocodiles et les singes hurleurs ont jalonné mon parcours le long des fleuves, se demandant d’où pouvait bien venir cette bête à deux roues qui avançait au sirop d’érable.
Après six mois de voyage, je me rapprochais de la frontière guatémaltèque. Être si proche d’un pays aussi magnifique, ça vous pousse à décider rapidement. J’allais y entrer, par la route panaméricaine, en plein cœur des montagnes, direction Quetzaltenango.

Les variations de température, la solitude et les difficultés à trouver de l’eau et de la nourriture ont pesé sur ma vigueur à plusieurs reprises. Un jour, j’ai dormi 17 h dans un minuscule monastère perdu dans une oasis pour me requinquer. Un autre, j’ai dû éviter une meute de chiens sauvages qui me poursuivait, moi et mon vélo dont la jante commençait à se fendre.
Puis, j’ai rejoint le Sinaloa en ferry, jusqu’à Mazatlán. Là, le désert a laissé place aux forêts tropicales, aux jaguars, aux boas et aux mygales que je devais éviter sur la route. C’est qu’elles ont la priorité ! J’ai traversé cet état à toute vitesse, à coups de 160 km par jour dans la chaleur moite des tropiques.
À Mascota, je suis entré dans les montagnes du centre du Mexique, beaucoup plus paisibles, fraîches et accueillantes que le pays que j’avais parcouru jusque-là. Guadalajara, Guanajuato, puis Ciudad de México, jusqu’à Puebla, où j’ai eu l’occasion de monter à 3 700 mètres sur les pentes d’un volcan actif qui crachait régulièrement ses panaches de fumée, le Popocatépetl.
Ma progression a continué alors à travers les montagnes d’Oaxaca (où j’ai été invité à un mariage pendant trois jours), la côte de Salina Cruz et les collines tropicales de Tuxtla Gutiérrez, dans le Chiapas. Les crocodiles et les singes hurleurs ont jalonné mon parcours le long des fleuves, se demandant d’où pouvait bien venir cette bête à deux roues qui avançait au sirop d’érable.
Après six mois de voyage, je me rapprochais de la frontière guatémaltèque. Être si proche d’un pays aussi magnifique, ça vous pousse à décider rapidement. J’allais y entrer, par la route panaméricaine, en plein cœur des montagnes, direction Quetzaltenango.
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À quel moment as-tu senti tes limites physiques et mentales ?
Un soir, dans un village à 3 000 m où l’on parlait à peine espagnol, alors que je passais une nuit à grelotter dans le froid de la jungle d’altitude, une partie de moi a décidé que j’avais probablement atteint mes limites.

S’ensuivirent des journées de repos parsemées de progression à vélo. J’ai gravi le volcan de Fuego où j’ai vu à quelques centaines de mètres ses éruptions de lave rouge en pleine nuit.

S’ensuivirent des journées de repos parsemées de progression à vélo. J’ai gravi le volcan de Fuego où j’ai vu à quelques centaines de mètres ses éruptions de lave rouge en pleine nuit.
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Que retiens-tu de cette aventure hors norme ?
Ces 13 000 km de voyage en sept mois m’ont marqué au point d’en écrire un livre. Un carnet de route de 250 pages aux allures de récit initiatique, pour lequel je recherche un éditeur, à bon entendeur.
(2) Commentaires
Un grand merci pour cet article Lucie !
Merci à toi ! 🙌
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