La culture hongkongaise

Date de publication : 30-04-2021

Auteur

Marie

Dans ce dossier, nous vous proposons de parler en détail de la culture hongkongaise : histoire, croyances, enjeux, nourriture (parce que c’est important)…

Dans ce premier chapitre, nous vous parlerons donc de l’histoire de Hong Kong et de son développement. Ensuite, nous verrons quelques grands enjeux actuels qui touchent Hong Kong et les Hongkongais. Ces enjeux peuvent éclairer votre façon de voir et d’envisager votre PVT à Hong Kong. Puis nous parlerons de religion, de croyances et de fêtes.

Nous parlerons de tout, y compris des choses qui fâchent, des aspects peu reluisants de Hong Kong. Mais parce qu’il vaut mieux finir sur une bonne note (sucrée ou salée), nous terminerons notre voyage dans la culture hongkongaise avec de la nourriture (celle qui donne l’eau à la bouche, mais aussi celle qui déroute).

Un peu (beaucoup) d’Histoire

Des recherches archéologiques suggèrent que les premiers hommes pourraient s’être installés à Hong Kong il y a environ 30 000 ans. Les archéologues savent à coup sûr qu’il y avait de l’activité humaine dans la région il y a 6 000 ans.

On commence à trouver des sources de l’histoire de Hong Kong à partir de la dynastie Qin (2e siècle avant notre ère), la première grande dynastie impériale de l’histoire chinoise. Hong Kong fait dès lors partie de l’Empire chinois et il le reste jusqu’à l’arrivée des Britanniques, qui prennent le contrôle d’une partie du territoire en 1842.

Au 13e siècle, alors que l’Empire chinois fait face aux invasions mongoles, cinq grands clans (des familles) viennent s’installer dans les Nouveaux territoires : les Hau, les Tang, les Pang, les Liu et les Man. Ces cinq clans contribuent au développement démographique et économique de la région. On y vit alors du commerce du sel, de la pêche et des perles.

À l’arrivée des Britanniques à Hong Kong, la région ne compte que quelques milliers d’habitants. Les Britanniques voient en Hong Kong une vraie place stratégique : située à l’entrée du delta de la rivière des Perles, c’est le point d’accès vers Canton, la seule ville chinoise qui permet le commerce avec les étrangers depuis 1757.

À cette époque, la puissante Compagnie britannique des Indes orientales vient trouver en Chine toute sorte de produits (porcelaine, soie…), et plus particulièrement du thé. Mais pour équilibrer leur balance commerciale, les Britanniques souhaitent aussi importer des produits en Chine. Ils veulent par exemple importer de l’opium venu d’Inde. Le rapport commercial s’inverse rapidement : auparavant, la Chine s’enrichissait du commerce du thé. Désormais, ce sont les Britanniques qui s’enrichissent grâce à l’opium. Pour contrer cette situation, l’empereur chinois va essayer d’interdire l’usage de l’opium à plusieurs reprises, mais sans grand succès.

À partir de 1839, une technique plus radicale est employée par l’Empire chinois : toutes les fumeries d’opium de Canton sont fermées et les stocks sont confisqués.

Pour défendre les intérêts britanniques, le Premier ministre britannique fait envoyer un corps expéditionnaire à Canton. Les premiers affrontements débutent au mois de septembre 1839. Commence alors la première guerre de l’opium qui dure jusqu’en 1842 avec la capitulation chinoise qui permet notamment l’ouverture de cinq ports de commerce en Chine et la concession à perpétuité de l’île de Hong Kong avec le traité de Nankin. L’île de Hong Kong devient ainsi un territoire britannique pour servir de plateforme de libre échange et attirer des marchands, des négociants et leurs familles. Par ailleurs, la révolte des Taiping (un soulèvement dans le sud de la Chine), à partir de 1851, provoque l’arrivée de réfugiés dans la région. La population de Hong Kong commence à croître rapidement.

Le traité de Nankin ne résout pas tout et les puissances occidentales (britannique, française et américaine) souhaitent revoir ce traité pour obtenir un accès plus important au marché chinois. Elles souhaitent notamment un accès au nord de la Chine et la légalisation de l’opium et de son commerce (qui continuait de manière officieuse). Des demandes toutes refusées par l’Empire chinois.

Le 8 octobre 1856, des militaires chinois abordent un cargo, l’Arrow, qu’ils soupçonnent de mener des actions de piraterie (alors courantes dans la région). Le navire avait servi par le passé à des pirates, mais il avait été depuis revendu et battait désormais pavillon britannique. Une grande partie de l’équipage est arrêté et emprisonné.

Les puissances occidentales se servent de cet incident pour déclencher la seconde guerre de l’opium, qui débute dès le mois d’octobre 1856, avec l’assaut de Canton par les Britanniques. Après 4 années de conflits et plus de 200 000 morts du côté chinois, la Convention de Pékin, signée en octobre 1860 vient mettre fin au conflit. Le commerce de l’opium est légalisé, l’accès au nord de la Chine, et notamment à Pékin est garanti par l’ouverture d’un port de commerce à Tianjin. Du côté de Hong Kong, l’Empire chinois cède l’ensemble du district de Kowloon aux Britanniques à perpétuité.

Près de 30 ans plus tard, l’Empire chinois, affaibli par des conflits avec les Japonais, est contraint par les puissances européennes de signer plusieurs conventions qui accordent aux Européens (Allemands, Russes, Français, Anglais…) des baux de 25 à 99 ans pour détenir temporairement des enclaves sur le territoire chinois. En 1898, les Britanniques signent avec la Chine la seconde Convention de Pékin, qui leur permet d’obtenir un bail de 99 ans pour occuper légalement ce qui deviendra les “Nouveaux territoires”, situés autour de Hong Kong et Kowloon.

La région de Hong Kong, considérablement étendue (les Nouveaux territoires représentent 80 % de la superficie de la région), est donc définie dès cette période. En retour, les Britanniques s’engagent à rendre les Nouveaux Territoires 99 ans plus tard.

Alors que du côté chinois, la dynastie impériale des Qing connaît ses dernières années après plus de 250 ans de domination, la région de Hong Kong, sous domination britannique, se développe aussi bien économiquement que d’un point de vue démographique. En 1925, l’île compte 725 000 habitants.

En décembre 1941, l’Empire du Japon mène des attaques coordonnées contre les Américains (à Pearl Harbor et dans les Philippines) et les Britanniques (à Hong Kong et en Malaisie). Après 18 jours de combats intenses, le gouverneur britannique Sir Mark Young cède Hong Kong qui passe alors sous contrôle japonais, et qui le restera jusqu’à la capitulation du Japon, en 1945. L’occupation japonaise est difficile, faite de privations, de rationnement et de violences. Les autorités japonaises mettent en place des mesures d’expulsion à grande échelle de ressortissants chinois, faisant chuter la population de près d’un million de personnes pendant l’occupation. Par ailleurs, il est estimé que pendant la période d’occupation, près de 10 000 résidents de Hong Kong furent exécutés, quand des milliers d’autres furent battus, violés ou mutilés.

Au sortir de la guerre, Hong Kong se rétablit rapidement des années d’occupation. En 1949, alors que les communistes et Mao prennent le pouvoir en Chine, Hong Kong fait face à l’afflux de milliers de réfugiés. Ces derniers, peu qualifiés, vont contribuer au développement économique de la région, avec notamment l’installation d’usines de fabrication de textiles ou de produits électroniques à bas coût qui feront le bonheur des pays occidentaux.

En 1966 puis en 1967, des émeutes secouent Hong Kong. La domination britannique et les conditions de vie difficiles constituent un bon terreau pour le mouvement, mené notamment par des sympathisants communistes. Les violences trouvent leur apogée en 1967 avec la multiplication d’attaques terroristes sur le territoire. Dans les années qui suivent, et sous l’impulsion du chef exécutif de l’époque, Sir Murray Maclehose, des réformes sociales sont engagées à Hong Kong. On voit par exemple la mise en place de lois en matière de travail (congés payés, salaire minimum, arrêt maladie rémunéré pour les travailleurs pauvres…), de programmes en faveur de l’éducation (construction de nouvelles écoles, instruction obligatoire pendant 9 ans…) et des hôpitaux et des parcs sont construits pour la population. À partir de 1974, le cantonais devient, avec l’anglais, une des deux langues officielles de Hong Kong. Par ailleurs, avec l’ouverture de la Chine au monde dans les années 1970, Hong Kong devient de nouveau un centre économique important pour les échanges entre la Chine et l’Occident.

Au début des années 1980, Britanniques et Chinois commencent à discuter de l’avenir de Hong Kong, dont les Nouveaux Territoires doivent être rétrocédés en 1997, 99 ans après leur session à la couronne britannique. Le territoire hongkongais étant extrêmement dépendant de la Chine pour ses approvisionnements, les Nouveaux Territoires sont beaucoup trop intégrés au reste de la région de Hong Kong et il était difficilement envisageable, pour les Britanniques, de pouvoir garder uniquement Hong Kong et Kowloon. Rapidement, Chinois et Britanniques s’accordent pour restituer à la Chine l’ensemble du territoire de Hong Kong, plutôt que se limiter simplement aux Nouveaux territoires.

En contrepartie, Britanniques et Chinois s’accordent pour établir un système basé sur la logique “Un pays, Deux systèmes” pour une durée de 50 ans à partir de la rétrocession : Hong Kong fait partie intégrante de la Chine, mais les règles économiques ou politiques qui s’appliquent à cette dernière ne s’appliqueront pas à Hong Kong.

L’accord prévoit ainsi que les autorités de Hong Kong gèrent leurs propres lois, leurs propres règles en matière d’éducation, en matière de finances publiques, ou encore sur les règles liées à la vie de tous les jours, et ce, jusqu’en 2047.

Le 1er juillet 1997, le Royaume-Uni rétrocède l’intégralité de Hong Kong à la Chine. Hong Kong se munit d’un nouveau drapeau, d’une nouvelle “constitution” (la Basic law) et certains changements font disparaître peu à peu les traces de la présence britanniques (le terme “royal” est supprimé de différentes organisations, les boîtes aux lettres faisant apparaître les symboles de la royauté britannique sont remplacées ou repeintes, Elisabeth II disparaît des billets de banque…). Par ailleurs, le chef de Hong Kong est désormais élu par un comité constitué de 1 200 personnes (Hong Kong ne dispose pas d’un système d’élection au suffrage universel).

Dans le même temps, le modèle économique de Hong Kong a évolué : auparavant basé sur un secteur industriel fort, Hong Kong se tourne peu à peu vers les secteurs bancaire et financier. Les ouvriers laissent la place à une société de services.

Dans les années 2000, Hong Kong continue son développement mais est frappé par une épidémie de SRAS, une forme de pneumonie. Un quartier est particulièrement touché, celui d’Amoy Gardens, à l’est de Kowloon. 321 habitants sont infectés, 299 mourront de la maladie. La région entière sera traumatisée par cette épidémie.

Si nombre de Hongkongais se sont accommodés de la rétrocession, d’autres ne souhaitent pas que Pékin impose sa vision du monde et sa politique sur Hong Kong. Plusieurs mouvements apparaissent dans les années 2010 pour réclamer plus de démocratie et plus d’autonomie vis-à-vis de la Chine, certains militants craignant que la Chine ne respecte pas ses engagements sur le principe d’ »un pays, deux systèmes ».
En 2014, le mouvement des parapluies réclame ainsi l’instauration d’élections au suffrage universel direct, prévue initialement par la Basic law, mais jamais mise en place. Le mouvement, à l’initiative des étudiants, provoque le blocage de grandes artères de Hong Kong à Mong Kok, Admiralty, et Causeway Bay pendant plusieurs mois.
En 2019, un nouveau mouvement voit le jour suite à un projet de loi d’extradition avec la Chine. Des manifestations réunissent des centaines de milliers de personnes. À plusieurs reprises, ils sont plus d’un million dans la rue (pour une population de 7,5 millions d’habitants).
Mais le pouvoir exécutif hongkongais, soutenu par Pékin, ne recule pas. Le conflit s’enlise et des manifestations violentes ont lieu. Les violences trouvent leur apogée dans l’envahissement du conseil législatif (le Legco) le 1er juillet 2019 et l’évacuation de l’Université polytechnique de Hong Kong occupée en novembre 2019.

En réaction à ces mouvements de protestation, l’État chinois met en place deux réformes qui vont avoir une incidence très importante sur le futur de Hong Kong : en 2020, les autorités chinoises promulguent une loi sur la sécurité nationale qui vise à empêcher les actes considérés par les autorités chinoises comme des actes de subversion, de séparatisme, de terrorisme et de collusion. Les militants pro-démocratie craignent que cette loi ne soit utilisée pour faire taire toute opposition à l’État chinois qui, de son côté, souhaite que cette loi assure la stabilité de Hong Kong et la lutte contre le vandalisme. Les leaders du mouvements de 2019 sont arrêtés et certains sont condamnés à de la prison ferme.

En 2021, une nouvelle loi électorale restreint les capacités d’action des opposants au pouvoir exécutif et à Pékin. Désormais, les candidats qui souhaitent se présenter aux élections locales doivent désormais être approuvés au préalable par l’administration chargée de faire appliquer la loi sur la sécurité nationale de 2016. Si l’administration estime que les candidats ne soutiennent pas suffisamment la Basic Law et ne sont pas suffisamment loyaux envers Hong Kong, leur candidature peut être refusée.

Le principe d’un pays – deux systèmes a du plomb dans l’aile.

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1 Commentaire

Julie
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J’ai adoré lire ce dossier, merci Marie ! C’était vraiment intéressant, instructif et… pour la dernière partie, ça donne faim !!

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