Mélissa, un PVT à Séoul puis un emploi de Game Master à Busan

Date de publication : 15-02-2018

Auteur

Nunaya

Mélissa

Localisation

Busan, Corée du Sud

pvtistes : Peux-tu te présenter brièvement ?
Mélissa : Je m’appelle Melissa, j’ai aujourd’hui 32 ans et je viens du Sud de la France. J’ai débarqué en Corée du Sud un peu par hasard, il y a 7 ans déjà, après une Licence en Lettres Moderne, option FLE. J’ai finalement laissé tomber mon Master à la Sorbonne au grand désarroi de ma famille… Melissa PVTiste Coree du Sud
pvtistes : Qu’est-ce qui t’a poussée à partir vivre en Corée ?
Mélissa : Le besoin de voir et surtout de vivre autre chose. Comme dit plus haut, je venais de lâcher un Master qui ne me plaisait pas vraiment et pour lequel j’avais pourtant déménagé à Paris.
De plus, je venais juste de me séparer de mon copain de l’époque après plusieurs années de relation, et le long hiver parisien commençait à me peser, moi la fille du sud. Avec ma colocataire et quelques amies, nous nous sommes donc organisées un petit voyage d’un mois en Corée du Sud sur un coup de tête, histoire de changer d’air. Contre toute attente, ça a été une véritable révélation ! La quasi totalité de notre groupe d’amies est reparti à Séoul avec un PVT dans l’année qui a suivie.
pvtistes : Tu as d’abord vécu à Séoul, puis tu as finalement choisi Busan pour t’installer. Par quoi ce choix a-t-il été motivé ?
Mélissa : Après mon PVT et 5 ans à Séoul, j’ai senti que j’en avais fait le tour. D’autant plus que l’agitation de la vie Séoulite, passé trente ans,  se ressent un peu plus. Je ne comptais plus mes heures au travail (autour de 60 h/semaine) et le stress que cela engendrait. En réaction à cela, je faisais la fête tous les week-ends pour decompresser, je dormais peu et je buvais beaucoup. Ma santé a fini par en pâtir… En fait, j’ai réalisé que j’étais doucement en train de faire un burn out. Avant qu’il ne soit trop tard, j’ai dit stop. A ce moment-là, j’avais même envisagé de rentrer en France un moment pour me reposer et faire un point sur ma vie. Puis, je me suis dit pourquoi ne pas tenter Busan avant de rentrer, histoire de n’avoir aucun regret ? J’avais déjà eu un petit coup de foudre pour cette ville où j’étais allée plusieurs fois en vacances. Pour autant, je n’avais jamais eu le courage de franchir le cap d’y vivre car mes amis, mon job, mon toit…bref, ma vie, se trouvait à Séoul . J’avais un peu peur de me lancer sans filet dans l’inconnu, sans contact. Puis, peut-être un signe du destin, je suis tombée par hasard sur cette annonce d’un hôtel en bord de mer qui cherchait du staff pour la saison estivale. J’ai postulé sans y croire. Quelques jours après, on m’annonçait que ma candidature avait été retenue ! Un mois plus tard, je débarquais seule avec mes valises et mon dernier mois de salaire en poche à Busan, prête à attaquer ma nouvelle vie.
pvtistes : Qu’est-ce qui t’a spécialement marquée en arrivant à Busan ?
Mélissa : La mer ! J’ai réalisé à quel point ça m’avait manqué tout ce temps… Me réveiller tous les matins avec une vue magnifique sur la plage de Haeundae, ça valait déjà le trajet jusqu’à Busan. Je suis arrivée au mois de mai, donc c’était vraiment la meilleure période. Il faisait un temps magnifique, les gens étaient accueillants, l’ambiance au travail était excellente. Tout me semblait plus « chill », moins stressant qu’à Séoul. Je me suis intégrée localement assez rapidement. Je bossais la matinée et après le travail, je traversais la rue pour passer la journée à la plage. Bref, le rêve ! Melissa PVTiste Coree du Sud 2
pvtistes : Quels sont, d’après toi, les atouts de Busan ?
Mélissa : Par quoi commencer ? Disons pêle-mêle : le climat, la plage, la vie moins chère, les fruits de mer frais… Je trouve aussi que les Busanais sont beaucoup moins axés sur l’apparence, et loin des standards de Séoul où tu te sens toujours « obligé » de suivre toutes les modes, notamment cette obsession à rester blanc et mince à tout prix. Les gens sont plus « cools », même si le culte du corps musclé et bronzé existe malgré tout (il faut en jeter sur la plage !). De façon générale, ils se prennent beaucoup moins au sérieux que dans la capitale.
Et puis, peut-on parler de Busan, sans parler de…l’accent ! J’ai toujours eu un gros faible pour le satori …
pvtistes : Y a-t-il des choses qui te déplaisent à Busan ou qui te manquent ?
Mélissa : J’ai pour habitude de dire que les deux seules choses de Séoul qui me manquent sont : mes amis et la « club scene » (les boîtes de nuit). C’est d’ailleurs pour cette raison que, tous les 2 mois, j’essaye de remonter sur Séoul pour un petit week-end prolongé sur Hongdae ou Gangnam. Les discothèques et les bars ici sont assez fermés aux étrangers, surtout l’été. On est donc assez limité lorsque l’on veut aller danser. Et puis, honnêtement, j’en ai assez de cette mode des « clubs hip hop ». Donnez-nous plus de clubs électro « foreigner friendly » à Busan s’il-vous-plaît !
pvtistes : A-t-il été facile de trouver un emploi sur place ? Comment tu t’y es pris ?
Mélissa : Je pense que j’ai vraiment eu de la chance. D’abord avec l’hôtel qui m’a proposé un poste de réceptionniste assez rapidement, vu que je parlais anglais/francais/coréen. J’étais logée gratuitement en plus de recevoir un (tout) petit salaire. Mon patron était adorable, le staff changeait beaucoup, et j’étais en charge de former tout ce petit monde. Je faisais souvent des heures supplémentaires et mes responsabilités augmentaient de plus en plus (contrairement a mon salaire). Même si tout se passait pour le mieux, je sentais le cercle vicieux du travail à la coréenne qui n’en finissait pas. J’ai donc prudemment commencé à jeter un coup d’œil aux offres d’emploi sur internet… Entre temps, j’avais rencontré quelques expatriés anglophones qui étaient professeurs d’anglais à l’année, dans des instituts de langues et j’avais fait passer le mot, que je cherchais du travail. Ça n’a pas abouti… Finalement, c’est le site Craiglist Seoul qui m’a sauvé. Un nouvel Escape Game allait ouvrir ses portes à Busan et recherchait des candidats internationaux. Quand je les ai contactés, ils m’ont littéralement accueillie comme le Messie ! Ils cherchaient déjà depuis un bon mois et commençaient à désespérer. Sachant que l’Escape Game devait ouvrir la semaine d’après, j’ai pu profiter de ma position de force pour imposer mes horaires et mon salaire. Ne voulant toutefois pas mettre l’hôtel dans l’embarras, j’ai donné 2 mois de préavis durant lesquels j’ai travaillé pour mes deux patrons en parallèle. J’ai finalement quitté Haeundae pour Seomyon afin de me rapprocher de mon nouveau travail et d’économiser temps et argent.
pvtistes : Etre Game Master en Corée, ce n’est vraiment pas courant ! Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Mélissa : Je ne peux pas tout révéler car je suis sous « secret professionnel », mais je vais vous parler de mon travail dans les grandes lignes. Je travaille dans un Escape Game en tant que Game Master. Il s’agit d’un concept venu des Etats-Unis : un jeu d’enquêtes grandeur nature. Les joueurs sont enfermés dans une pièce à thème et doivent résoudre des énigmes pour en sortir, tout cela dans un temps limité (le plus souvent 60 minutes). Mon travail consiste en plusieurs choses :
Tout d’abord, je suis comédienne. Je joue un rôle attitré dans l’une des salles. La scène se passe à l’étranger et les clients sont obligés de parler en anglais pour résoudre certaines énigmes, d’où l’obligation d’avoir un acteur anglophone (même si un joueur tente quand même en coréen, je dois faire semblant de ne rien comprendre, ce qui peut parfois donner lieu à des situations amusantes !).
Ensuite, je m’occupe de l’accueil. Quand nous avons des clients non-coréens, c’est moi qui les prend en charge car mes collègues ne sont pas très à l’aise en anglais. Je présente les salles, j’informe et je donne des indices en anglais au besoin.
Pour finir, je surveille et je range les salles. Quand je ne suis pas trop occupée (on fonctionne beaucoup par réservations en ligne), j’aide mes collègues en regardant les caméras de surveillance des autres salles et j’aide au rangement et à la mise en place. Concernant mes horaires, j’ai pu choisir mon emploi du temps. N’étant pas vraiment du matin, je préfère travailler en soirée, du lundi au vendredi, de 16 h 30 – 22 h 30 (voire 23 h 30). Je tenais vraiment à avoir tous mes week-ends de libres, car après avoir travaillé dans le service (bar) pendant des années, j’avais fini par oublier ce que c’était ! Et puis cela me permet de faire mes petites virées « clubbing » à Séoul pour voir mes amis. Pour le salaire, j’ai commencé à 7 000 wons de l’ heure (alors que mes collègues coréens gagnaient 6 200 wons/h). Depuis la réévaluation du smic coréen, nous sommes tous passés à 7 530 wons/h. ce qui me permet de vivre convenablement.
pvtistes : Quel est ton niveau de coréen aujourd’hui et comment se passe la communication dans la vie de tous les jours ?
Mélissa : Cela peut étonner après 7 ans, mais mon coréen n’a jamais dépassé le niveau intermédiaire. Pire, je pense que j’ai pas mal perdu depuis…Pourtant, je m’en sors très bien dans mon quotidien ! (ce qui pourra en rassurer certains). Avant, à Séoul, j’étudiais seule en apprenant des centaines de phrases types par coeur indispensables à mon travail. Mais depuis un an, je ne parle quasiment plus coréen…
Bien sûr, je suis capable de passer une commande au restaurant ou de faire les magasins. Dans mon travail actuel de Game Master, je parle 90 % du temps en anglais. Ma meilleure amie ici est américaine, et mon copain (qui est coréen) parle aussi très bien la langue de Shakespeare. Alors bien sûr, ça n’aide pas à s’y remettre. J’ai tout de même rouvert mes cahiers il y a quelques mois, pour faciliter la communication avec ma belle famille, même si mon copain m’assure que ça ne le dérange pas de jouer les traducteurs. Etant donné que notre objectif est de quitter le pays à la fin de ses études, soyons honnêtes, ma motivation à maîtriser le coréen n’est pas à son paroxysme. Surtout que mon petit niveau me suffit à me débrouiller dans ma vie de tous les jours et que j’ai déjà mon cercle d’amis.
pvtistes : Le regard des Busanais et ton rapport avec les locaux est-il très différent de ton expérience à Séoul ?
Mélissa : Je dois dire qu’après tant d’années passées en Corée, j’ai appris à ne plus faire attention aux regards des autres. Je mesure 1,80 m et j’ai été blonde platine pendant des années, donc même en France, les regards, j’y ai eu droit. Ça ne me dérange pas plus que ça. Par contre, ça m’amuse de recaler certains Coréens qui se permettent de parler dans mon dos en pensant que je ne comprends pas un mot. Néanmoins, je dois avouer que lorsque je sors avec mon copain, c’est le festival des regards. Certaines personnes nous dévisagent avec une extrême insistance que je ne peux ignorer totalement. Le fait que nous soyons tous les deux très grands et avec un physique plutôt « charismatique » fait qu’il est difficile de passer inaperçus, d’autant qu’à Busan les couples mixtes sont rares . Ça serait sans doute un peu moins le cas à Séoul. Ma belle famille a également été très surprise lors de notre première rencontre.
pvtistes : Aujourd’hui, es-tu satisfaite d’avoir fait ce choix de quitter Séoul ?
Mélissa : Je n’ai aucun regret. Il faut dire que mon super job et mon adorable copain m’ont bien aidée à définitivement adopter la ville de Busan ! J’ai vraiment été chanceuse et j’entame à présent ma deuxième année ici. Je pense que d’ici trois ou quatre ans, il sera temps de partir vers de nouveaux horizons, sans doute loin de la Corée, mais à deux cette fois-ci.
pvtistes : Quels conseils donnerais-tu à un futur PVTiste qui aurait choisi Busan comme destination ?
Mélissa : Mon premier conseil, serait d’avoir un niveau de coréen minimum, et d’essayer de développer son réseau à fond sur place pour ne pas être isolé. Niveau emploi, il y a toujours moyen de trouver du travail comme volontaire dans une auberge de jeunesse, et de continuer ses recherches afin d’améliorer sa situation en y allant étape par étape. Pensez à démarcher les auberges de jeunesse, et à commencer par du volontariat sur le principe du Work Exchange (voir le site WorkAway). Et puis, surtout, si vous êtes à Busan en PVT, n’oubliez pas que dans le terme « Visa VacancesTravail », il y a le mot « vacances » ! Mieux vaut venir ici avec un peu plus d’économies et profiter de l’environnement exceptionnel à fond (la plage !). D’autant plus que la vie est moins chère ici de toute façon. Vous avez tout à y gagner

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Évaluation de l'article

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6 Commentaires

Chiyomi
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Annyeong ! On viens de me montrer ton article, que je viens de lire. C’est marrant qu’on est pas la même expérience de Séoul, j’y suis depuis un peu plus d’un mois, et malgré que j’enchaîne les  »à ne pas faire » je n’ai pas eu de soucis autre qu’une ajhumma enragée. Soit je ne comprends rien de ce qu’on me dit, soit on s’en tape de mon physique. Je pense que les regards que tu as son surtout par apport à tes yeux bleus, j’ai moi-même les yeux bleus et c’est surtout ce qui me vaut des regards indiscret pourtant je ne suis pas mince (taille 42), je suis plutôt grande pour la norme d’ici et je suis en guerre avec ma brosse à cheveux.. J’espère que Busan me plaira autant que ça te plais, j’ai toujours vécu en ville, alors je n’ai peut-être pas le même ressenti que toi par apport à la vie de Séoul, en plus je suis Belge de Liège, donc pour moi c’est exactement la même chose, on a toujours un train à prendre avec 15 minutes d’avance. J’arrive même à rester coincé derrière des gens en pestant intérieurement qu’ils sont lent. La seule différence que j’ai pu trouver avec chez moi, c’est en dehors du physique qui fait rêver des coréennes et la peau de bébé des garçons (penchant bizarre sur leurs têtes d’anges, j’en ai dévisagé plus d’un en me demandant comment ils faisaient) c’est la pollution qui est nettement plus prenante qu’en Belgique. Je suis asthmatique donc je fais déjà des crises d’asthme avec les escaliers interminables des stations de métro (je commence à pouvoir monter les marches de la sortie 2 de Sinchon sans trop mourir), mais si la pollution est au dessus de 120 c’est une catastrophe. M’enfin, seul les asthmatiques comprendront. Bonne continuation à Busan en tout cas ! Et prends soin de la peau de bébé de ton copain, parce qu’il à forcément une peau de bébé, et n’oublie pas qu’on garde un homme par l’estomac donc évite le camembert ça doit pas passer énorme.
SAID
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Es ce que Corée de pioyung?
SAID
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Salut melissa
Alex
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Waouh ! c’est vraiment une super expérience que tu as vécu là… j’aime moi-même voyager en Corée trois semaines et demi en octobre 2016 et je n’ai passé que quelques jours à Busan mais effectivement ça avait l’air plutôt sympa. ^^ J’ai juste une petite question pour toi : Quel type de visa as-tu obtenu pour pouvoir rester vivre aussi longtemps en Corée ? Surtout en changeant d’employeur à plusieurs reprises… je t’avoue que ça m’intéresse vraiment. Dans 2 mois je vais partir étudier 6-7 mois à Séoul à l’université, puis je rentrerai et ferais une demande de PVT depuis la France pour repartir un an. Mais j’avoue qu’à l’issue des 1 an de PVT j’ai un peu peur de la suite car ça peut être assez compliqué d’obtenir un visa de travail sachant que je n’ai qu’un niveau bac +2.
Nunaya
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Beaucoup se débrouille comme ils peuvent… C’est-à-dire que soit ils prennent des cours de coréen pour avoir un visa étudiant, soit il font de la figuration/modeling pour avoir un visa dans le divertissement, soit…. ils n’ont pas de visa et se font discrets (sortie du territoire obligatoire tous les 90 jours). C’est le cas de beaucoup de personnes qui restent sur place malheureusement (le mien également à l’époque). Biensûr nous n’encouragent pas à vivre et travailler dans l’illégalité, mais à chacun de prendre une décision et d’en assumer les conséquences… elles peuvent être lourdes (amende, expulsion du pays…).
Alex
16 79
Merci Nunaya pour ta réponse (au fait j’adore le tatoo du fenec dans ton dos ^^) ! Oui c’est bien pour ça que je me posais la question car Melissa a l’air d’être resté de nombreuses années et d’avoir travailler durant cette période… donc j’aimerais bien savoir comment elle a fait ^^

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