Johanna, étudiante à Mendoza

Article publié le 06-07-2012.

Johanna alias Jop

Johanna alias Jop

  • Localisation Montréal, QC, Canada
  • Profession Journaliste
  • Dernier diplôme obtenu Master

À lire : un recueil d’entretiens de pvtistes partageant avec vous leurs expériences et leurs états d’âme. Plus d'infos...

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Ville de provenance :

Je suis de la région de Reims mais vivais à Paris depuis quelques mois au moment de mon départ.

Ville de destination :

Mendoza, Argentine ! En passant par Madrid et Buenos Aires.

Sur place pendant combien de temps :

3 mois.

Baroudeuse ou pas ?

Difficile de barouder quand on part seulement trois mois dans une région inconnue pour réaliser un projet bien précis... J'ai essayé de bouger un maximum mais je ne pouvais pas m'éloigner trop longtemps de Mendoza. Et le pays est immense ! J'ai visité la province de fond en comble, profitais des finde (fin de semana = week-end, souvent prolongé grâce aux nombreux jours fériés argentins) pour partir au Chili ou à l'autre bout de la province.
Je me déplaçais essentiellement en bus pour les grandes distances et en métro / bus / à pied dans les villes et je dormais en auberge de jeunesse (hostal). Ce n'est donc pas vraiment une attitude de baroudeur.

Mais ce n'est pas non plus le pays du camping. Par contre, c'est facile de faire du stop (je le déconseille aux filles seules comme partout). Les prix sont abordables en hostal si ça reste un logement ponctuel ($50 la nuit avec draps, petit déjeuner et internet, soit 9/10€). Sinon, j'avais une superbe chambre avec sdb dans une colocation à Mendoza pour $1000 (180€) par mois pour donner un ordre d'idée. Et pour manger, on a l'embarras du choix à des prix assez bas : empanadas, pizzas, fruits, milanesa, choripan, glaces, alfajores, etc. La viande (asado et parilla) est plus chère mais il faut absolument la goûter ! Les supermarchés sont semblables aux notres (Carrefour en force). À noter qu'en Patagonie, tout est beaucoup plus cher car importé.

Que faisais-tu en France ?

J'étais et suis toujours étudiante en géographie, spécialisée dans l'environnement et aussi l'audiovisuel. S'y ajoutent divers petits boulots d'étudiant, parfois intéressants.

Pourquoi cette envie de t'envoler pour l'Argentine ?

Ce n'était pas une envie mais une opportunité que j'ai saisi ! Je suis étudiante dans une filière recherche. Un directeur de recherche m'a proposé pour les thèmes qui m'intéressaient (gestion de l'eau, viticulture) deux terrains d'étude possibles : l'un en France et l'autre en Argentine. Le choix a été rapide. C'était aussi choisir l'option de travailler seule, sans financements, sans équipe de recherche, en espagnol et quasiment sans contacts à mon arrivée. L'aventure et la débrouillardise au bout du monde avec des objectifs à réaliser : travaux de recherche scientifique et un film documentaire ! Tout à fait le genre de défi que j'apprécie !

Pourquoi Mendoza ?

Mendoza est une province assez étudiée et plutôt appréciée des Français, sans doute à cause du vin !
C'était surtout mon terrain d'étude : les rivières des Andes. La province de Mendoza est un désert au pied de la Cordillère (de plusieurs cordillères en réalité) alimenté par ses cours d'eau qui descendent des glaciers. C'est grâce à eux que l'on n'a pas du tout l'impression d'être dans un désert en arrivant à Mendoza : un dicton dit qu'il y a au moins un arbre par habitant, les villes sont des oasis où chaque rue est alimentée par des acequias (petits canaux).
Et le toit des Amériques, l'Aconcagua, est dans la province de Mendoza ! (6962m)
Enfin, j'avais quelques contacts pour mes recherches là-bas.

Est-ce que c'est la première fois que tu vis à l'étranger ou que tu pars aussi longtemps ?

Oui. J'avais 21 ans à l'époque du voyage et n'avais jamais interrompu mes études. Même si l'envie de partir autour du monde a toujours été là, je n'en avais donc jamais eu l'occasion. Mais j'avais un peu vadrouillé en Europe et dans le bassin méditerranéen.

Quel a été ton sentiment dominant au cours des 2 premières semaines ?

La première semaine, j'étais à Buenos Aires avec des Français, logée chez des Français. Bref, la touriste qui débarque de l'hiver européen (bien blanche, ce qui ne passe pas inaperçu en plein été austral). Se balader en tee-shirt quand on vient de quitter les pulls et bottes fourrées par -5°C, ce n'est pas désagréable. Buenos Aires est une ville vraiment sympa, immense et européenne. Je l'ai énormément appréciée à mon arrivée en comparaison à Paris que je quittais, beaucoup moins à mon retour après avoir découvert Mendoza. Ce n'est pas une mauvaise solution de rencontrer des Français qui connaissent bien le pays pour recevoir quelques conseils. Ce n'était pas très dépaysant mais j'étais heureuse d'être là.

La deuxième semaine, j'ai plongé dans le bain. J'étais à Mendoza, j'ai découvert "ma maison" sans Français dedans, mon terrain d'études, rencontré les premiers contacts que j'avais pour mon travail. Chose incroyable : l'accueil ! Partout, les Mendocinos ont été très sympa, pourtant j'avais plutôt quelques difficultés avec la langue, je devais donner l'impression de ne rien comprendre. Au bout d'une semaine, mes 6 ans d'espagnol m'ont sauté au visage et ça allait nettement mieux, et cela, grâce aux efforts de mes interlocuteurs.

Je me souviens d'un autre détail. Quand je suis arrivée à Mendoza en bus et que j'ai aperçu pour la première fois les sommets enneigés de ce que je croyais être la Cordillère des Andes (c'était la Cordon del Plata, une chaîne de montagne parallèle), une sorte d'envie vous prend, quelque chose comme crier "Terre !" comme lorsque les marins aperçoivent une île... Enfin, tout ça pour dire, les paysages sont magnifiques, l'immensité à couper le souffle !

Est-ce que ta situation professionnelle t'a parue satisfaisante, en Argentine ?

Je n'étais pas là-bas pour travailler contre salaire donc je peux difficilement répondre à cette question. Mais je travaillais quand même d'une certaine façon. J'ai rencontré beaucoup de gens pour le tournage de mon film et mes recherches, me suis installée dans les bureaux de certaines institutions comme si j'étais leur stagiaire. À ce niveau, je peux dire que les personnes que j'ai rencontré étaient très accueillantes, prêtes à m'aider, à prendre part à mon travail. Ce qui était vraiment génial !

Mais si on va en Argentine pour travailler (contre salaire donc), je pense qu'il y a deux choses à savoir :
1) Si vous comptez financer un voyage en faisant des petits boulots (cueillette, serveur, etc.), choisissez un autre pays. Les petits boulots ne sont pas pour les Européens. Nous sommes les "riches" là-bas et on vous regardera avec des yeux ronds si vous venez dans une bodega pour la cosecha (vendanges). Si vous voulez voyager, économisez avant et partez ensuite.
2) L'Argentine a subi une très grave crise économique en 2001. Le pays s'en est relevé et affiche une croissance à faire se pavaner Christina Kirchner devant nos dirigeants européens. Mais la crise est toujours présente dans les esprits et se voit particulièrement dans le peu de confiance que les Argentins accordent à leurs banques.
Cependant, si vous avez des compétences particulières, parlez espagnol (et anglais), voulez vous poser dans une ville, avez des contacts dans l'idéal, alors là, OK. Prenez-le dans le sens "vous pouvez apporter quelque chose au pays". Dans ce cas, il peut y avoir des postes dans des entreprises, des institutions, des ONG ou encore dans des bodegas si on prend le cas de Mendoza et si vous avez des compétences en viti-œno.
Autre possibilité : les stages (non-rémunérés), le bénévolat. C'est une bonne expérience et plus facile à trouver dans le cadre d'un PVT je pense.

Quelles ont été tes plus grosses difficultés en Argentine ?

Je n'en vois pas trop. On dit qu'à Mendoza, il y a toujours une solution, quelqu'un pour vous aider et c'est vrai !
J'ai eu peur le premier jour quand j'ai failli me faire arracher mon sac avec tout mon matériel vidéo à Buenos Aires... Mais ça aurait pu m'arriver à Roissy aussi ! S'il y a des risques de vol en Argentine (les Argentins vous mettront assez en garde), il y a peu de violence et on s'y sent en sécurité.
Aussi, j'ai parfois regretté de ne pas avoir une voiture. Mais la location était chère et les loueurs vous demandent toujours où vous voulez aller avec leur voiture... Comme pas mal de routes ne sont pas goudronnées, on passe rapidement dans la catégorie 4x4 hors de prix ! Mais c'est parce que je voulais aller dans des endroits précis, de manière générale, le réseau de bus étant excellent, il n'y a pas de problèmes de transport en Argentine.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Cette réponse pourrait être très longue ! Je n'ai pas vu le temps passer à Mendoza...
En général : les gens et les paysages ! L'accueil des Argentins est incroyable, ils adorent les Français qui plus est. J'ai énormément progressé en espagnol car les occasions de discuter (charlar) sont multiples et avec toutes les générations, n'importe où, sur plein de sujets !
En particulier, l'immensité est ma plus grande découverte à Mendoza : l'espace, la montagne, les paysages incroyables à perte de vue, les parcs naturels... Le Parque Provincial Aconcagua est le plus célèbre, le plus magnifique mais se mérite ! Si l'altitude, le camping à plus de 3000 mètres et les longues heures de marche ne vous font pas peur, se retrouver face aux 6962 mètres de roche, de neige et de glace de l'Aconcagua est la chose la plus incroyable... avec la pureté de ces montagnes et du ciel que l'on peut y contempler la nuit...
Autre point : la ville de Mendoza est très agréable à vivre, à taille humaine malgré son million d'habitants, vivante et tranquille à la fois.

Qu'est ce qui t'a terriblement manqué quand tu es rentrée en France ?

La montagne ! Je voulais m'enfuir dans les Alpes ou quelque part où j'aurai pu marcher, contempler... mais pas retourner à Paris ! La liberté associée à cette nature me manquait de manière générale. Je prenais le bus, même pour un trajet de 5h - ce qui n'est rien quand nous sommes là-bas - pour aller marcher sur les volcans de la Payunia, je partais sur un coup de tête à Valparaiso (Chili), me baladais en vélo dans les vignobles... ou j'allais courir dans le Parque San Martín de Mendoza qui prenait ses couleurs d'automne avec les montagnes en arrière-plan.
Je quittais un cadre de vie exceptionnel et une liberté que je ne demande qu'à retrouver !
En plus, le film que je tournais intéressait les gens, ils étaient heureux que l'on s'intéresse à leur travail... Et c'était tellement agréable d'être avec des personnes prêtes à tout partager, à donner de leur temps... Je pense que les Mendocinos me manquent aussi. Sans compter que je faisais quelque chose qui me plaisait (film doc).

Qu'est ce que cette expérience t'a apporté, du point de vue personnel ou professionnel ?

Quelque chose de très utile sur le plan personnel et professionnel : se débrouiller. Tourner un film sur un terrain inconnu et sans vraiment de contacts initialement passe pour un projet de taré auprès de la majorité des gens et c'est ça qui est génial ! Je suis venue, j'ai vu, j'ai vaincu. Enfin, j'ai fait mon film !
Puis, tous les géographes vous le diront : on apprend sur le terrain. C'est tout à fait ça, j'ai énormément appris en 3 mois avec des ingénieurs, agriculteurs, étudiants argentins sur mes thèmes de recherche et sur le tournage d'un film par rapport à toutes ces heures passées sur les bancs de la fac. J'ai aussi appris sur moi-même, sur la vie...
Dans les apports plus habituels : la langue, les rencontres, etc.
Au final, quand on commence à se lancer dans des projets un peu fous au bout du monde, on veut juste continuer et recommencer. C'est sans doute pour ça que je suis ici (sur le site des PVTistes ndlr) !

Quels conseils donnerais-tu aux futurs PVTistes ?

Si vous me lisez, c'est qu'une idée vous a effleuré l'esprit : partir ! Foncez, vous ne pouvez pas le regretter et vous apprendrez forcément quelque chose de votre voyage.
Sinon, c'est difficile de donner son avis sur un PVT tout neuf... Disons que l'Argentine se prête bien à l'aventure, le coût de la vie est plus bas qu'en France mais votre compte en banque doit quand même suivre, sinon un minium d'organisation s'impose.

Aussi, vous allez rencontrer des taaaas de Français : touristes, étudiants, stagiaires, expatriés. Mais si vous restez avec les Français ou, de manière générale, avec les touristes, vous n'allez parler que Français et Anglais. Perso, je disais systématiquement que je ne parlais pas anglais... ça forçait les Anglophones à faire des efforts pour parler Espagnol (très dur, certains ne prennent même pas la peine de dire "bonjour" en Espagnol) ! Tout dépend de ce que vous recherchez : juste découvrir les paysages ou connaître les Argentins et progresser dans la langue. En allant dans de petites villes, hors des sentiers touristiques internationaux, vous avez plus de chances d'être avec des Argentins qui visitent de plus en plus leur propre pays.
L'Argentine est immense, il n'y a pas assez d'un an pour tout voir ! Alors, bougez, profitez des bus qui ne sont pas très chers, mais prenez aussi le temps de vous arrêter et de contempler les paysages incroyables qui s'offrent à vous !

Je peux aussi conseiller un livre : Final de Novela en Patagonia de Mempo Giardinelli, un road-trip en Patagonie par des Argentins, ou ses autres œuvres, c'est un auteur argentin assez connu (je ne sais pas s'il est traduit en français) ; et un film de cette année qui reproduit certains clichés typiquement argentins je pense : Un Cuento Chino avec l'un des acteurs les plus célèbres du pays : Ricardo Darín que vous pouvez aussi voir dans Les Neuf Reines et Dans Ses Yeux.

Et pour les filles : la galanterie (ou le machisme, au choix) argentine n'est pas un mythe. Les hommes vous tiendront forcément les portes, laisseront monter en premier dans le bus, céderont leur place assise... Il faut en profiter ! Surtout qu'il y a le revers de la médaille : c'est tout aussi normal de se faire siffler, interpeler sans cesse dans la rue. Comportements à ignorer (ce n'est de toute façon pas méchant, ce sont même de véritables "compliments" paraît-il...), c'est une habitude à prendre.

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Lorsque le PVT Argentine a ouvert ses portes, j’ai tout de suite été attirée par l’idée En te lisant, il me semble que c’est une idée à absolument faire germer !!!!
Merci merci merci !! 😀

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Muy bien ! Gracias pour ton interview ! En effet les chamullars existent pour de vrai … Un peu lourds certaines fois, mais me manqueront sans doute quand je rentrerai en France 😉
Les paysages de Bariloche sont merceilleux aussi et me manqueront encore plus! …. Alors, j’en profite !

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