Je suis partie toute seule, sans parler un mot d’espagnol. Je savais dire “una cerveza por favor” et deux trois phrases basiques. Puis je suis arrivée à Buenos Aires et les choses ont fait que ce projet a changé.
J’ai donc décidé de prendre la route. On m’avait conseillé de commencer par Ushuaïa, en Patagonie, parce que j’arrivais en été et qu’il y ferait moins froid.
Avant de partir de Buenos Aires, comme je ne trouvais pas de boulot, je me suis mise à fond sur les recherches de volontariat. J’en ai fait un d’une semaine dans une famille en banlieue de Buenos Aires.
Puis, de Buenos Aires, je suis partie dans le sud. Je me suis d’abord arrêtée à Puerto Madryn, puis j’ai pris un avion jusqu’à Ushuaïa parce que c’était Noël et que les vols étaient moins chers que les bus.
J’ai voulu ensuite continuer de faire des volontariats pendant mon voyage, mais le début a été un peu laborieux. Depuis Ushuaïa, je me suis directement rendue à El Calafate pour faire un volontariat dans une auberge où je suis restée 3 semaines. Ensuite, je suis remontée à El Chalten, Esquel, El Bolson et Bariloche. À Mendoza, je me suis arrêtée 2 mois, parce que ça faisait 3 mois que je voyageais et que mon espagnol était toujours bancal. J’étais très frustrée de ne pas parler espagnol, de ne pas comprendre ce que l’on me disait dans la rue. J’ai donc décidé de m’arrêter à Mendoza et de prendre des cours. J’avais un prof particulier et je faisais 8 heures de cours par semaine. Ça m’a débloquée. En plus, je travaillais en auberge, donc j’étais avec des Argentins et des hispanophones. Ça m’a beaucoup aidée.
Ensuite, je suis allée à Córdoba, j’ai fait un autre volontariat pendant plusieurs semaines. Puis je suis allée à San Juan et j’ai visité les parcs de La Rioja, Talampaya et Ischigualasto. Ensuite, je suis allée à San Miguel de Tucúman, Tafí del Valle en passant par les ruines de Quilmes. Je suis remontée à Cafayate, puis à Salta. J’ai fait la boucle nord de Salta. Je suis ensuite revenue à Salta et j’y ai fait un volontariat de un mois. Je me suis rendue à Resistencia, Corrientes, Posadas et aux ruines jésuites de San Iagnacio. Et enfin, je suis allée à Iguazu et j’ai quitté l’Argentine pour aller passer une semaine au Brésil avant de prendre mon vol retour à Sao Paulo.
J’ai vraiment fait le tour de l’Argentine.
Le premier volontariat :
C’était dans une famille, dans à Tigre, dans la province de Buenos Aires. Il fallait que je fasse la peinture des barrières et des pontons. La famille parlait anglais, c’est pour cela qu’ils prenaient des volontaires pour entretenir leur maison. Normalement, ils prenaient plusieurs personnes en même temps, mais moi j’y étais sur une semaine où il n’y avait que moi. J’ai passé une semaine à la piscine, à peindre des barrières, donc c’était cool et c’était facile.
Après ce premier volontariat, j’ai envoyé pas mal de réponses aux annonces. Mais le souci c’est que je ne m’y prenais pas vraiment à l’avance vu que je n’avais pas d’organisation. Je ne savais pas quand j’allais arriver dans telle ou telle ville. Certains hostels étaient déjà complets de volontaires pendant plusieurs semaines parce que c’était la haute saison.

Le deuxième volontariat
C’était à El Calafate dans un hostel pendant 3 semaines, en janvier. Il fonctionnait avec plusieurs shifts : un le matin et un le soir, sur 6 jours, avec un jour de repos par semaine. On ne travaillait que 4 heures dans la journée. Ça laissait beaucoup de temps libre. J’ai eu de la chance dans celui-ci parce que j’ai pu aider en faisant de la couture, il fallait faire les rideaux des lits. Ce volontariat-là était le meilleur. La propriétaire était très impliquée, les employés très sympathiques et ils parlaient anglais. La propriétaire voulait qu’on parle tous anglais parce qu’elle voulait garder l’endroit accessible pour les européens. Un des volontaires était français, donc mon espagnol n’a pas trop progressé à ce moment-là.

Le troisième volontariat
Ensuite, je voulais rester à Mendoza quelque temps, donc une fois arrivée j’ai envoyé des messages. J’ai trouvé un premier hostel qui m’avait l’air bien. Il y avait un shift de nuit, un du matin et un du soir. Il fallait faire le ménage principalement et un peu de réception et d’animation. Il fallait aussi ouvrir la porte car en Argentine il y a souvent un système de sécurité qui permet de contrôler les personnes qui entrent. Le deuxième lieu où j’étais, c’était différent, parce qu’il y avait deux hostels donc on travaillait un peu dans les deux. Il y avait 3 shifts de 4 heures dans la journée. Les tâches étaient d’installer le petit-déjeuner, de faire le ménage et les lits ou de s’occuper de la réception, des checks-in et out et du ménage.
Le quatrième volontariat
Puis j’ai postulé pour un volontariat à Córdoba. C’était un peu différent parce que là, je bossais 30 heures par semaine (contre 25/24 heures par semaine dans les autres). C’était un gros hostel avec beaucoup de volontaires et beaucoup d’employés. Je trouvais que ce n’était pas bien équilibré et qu’on avait beaucoup de temps d’attente. Les horaires n’étaient pas terribles, ça coupait beaucoup la journée. Mais l’ambiance était bonne, on était environ 8 volontaires, on se faisait nos petites bouffes ensemble. Il fallait faire les lits, laver la cuisine, laver la terrasse et surtout être présent s’il se passait quelque chose. Les shifts de nuit étaient principalement faits par les garçons et il fallait ouvrir la porte.

Le cinquième volontariat
Le dernier que j’ai fait, à Salta, je l’ai trouvé vraiment à la dernière minute. J’avais envoyé pas mal de candidatures sur Workaway et je n’avais pas eu de réponses. Je suis allée sur Worldpackers, j’ai trouvé des hostels qui m’intéressaient et j’ai récupéré leur contact sur Google. Deux m’ont répondu. Il y en a un qui pouvait m’accueillir dès le lendemain. J’y suis restée 1 mois. On travaillait 24 heures par semaine, il y avait un shift de nuit et 2 de jour (ménage et réception). Je suis passée à la réception parce qu’au mois de juin je parlais mieux espagnol.
Le volontariat m’a aidée à rester longtemps en Argentine. J’ai économisé 4 mois et demi de logement. En Argentine, beaucoup d’Argentins voyagent et vivent comme ça. Ils vendent des objets artisanaux dans les rues et ils vivent en hostel en faisant du volontariat. Comme ça ils vivent gratos et ils essayent d’avoir un peu d‘argent à côté. Ils restent un mois et ils changent de ville. J’en ai même croisé qui avait un travail à mi-temps mais qui ne trouvaient pas où se loger. Ils travaillaient donc dans l’hostel en arrangeant les horaires pour pouvoir y loger. Ce système permet aussi de rencontrer des Argentins qui voyagent et qui ne sont pas en vacances. Le volontariat permet aussi de rencontrer des voyageurs, d’autres volontaires ou même des clients.
En Argentine, le point négatif c’est que le volontariat ressemble quand même à un travail déguisé : 25 h de travail en ayant juste la nuit gratuite en contrepartie, c’est peu. Il faut savoir pourquoi on y reste. Moi, je savais que ça me permettait d’économiser.
Le point positif, c’est de pouvoir se reposer, d’avoir un lieu à soi pendant le voyage et de pouvoir rencontrer des gens. Dans mon dernier volontariat, j’ai rencontré un autre volontaire franco-canadien qui restait plusieurs mois et qui avait pris un abonnement à un club de rugby dans la ville, donc il faisait ses activités à côté. C’est pas mal, c’est un mode de vie différent.
J’ai aussi trouvé que les Argentins sont très attachés à leur famille, bien plus qu’en France, on l’est moins. Ils sont aussi très accueillants, mais souvent en retard, ce qui m’a beaucoup surprise.
Une autre fois je suis allée dans un hostel qui avait des commentaires négatifs et je m’étais dit que ça ne pouvait pas être si mal… mais en fait, si. Il était vraiment comme il était décrit dans les commentaires. Par exemple, il y avait des pigeons qui nichaient entre le plafond et les tuiles, et dès 5 heures du matin, ils grattaient et faisaient du bruit. Ce n’était vraiment pas la meilleure auberge et malheureusement j’y avais réservé 3 nuits. C’était assez chaotique.
Sinon, pendant mon voyage, je trouvais des compagnons de route sur des groupes Facebook de voyageurs. Ça m’a bien aidée, et je suis allée dans le parc de La Rioja, Talampaya et Ischigualasto avec deux personnes, dont une rencontrée sur Facebook. On s’est retrouvées à San Juan pour louer une voiture. On avait échangé avec le loueur sur Whatsapp et on devait récupérer la voiture à 13 h 30 car on avait ensuite 5 heures de route pour rejoindre notre Airbnb. Mais quand on est arrivées, il nous a dit que la voiture ne serait disponible qu’à 17 heures. Finalement, on a réussi à trouver une autre voiture ailleurs et à partir à 15 heures. Cela fait partie des incompréhensions qu’on peut avoir avec les Argentins. J’ai aussi remarqué qu’ils ne s’excusent pas trop même quand ils sont en tort.
Ensuite, la maison qu’on avait loué n’avait pas de chauffage, alors que c’était le mois de mai et qu’il faisait très froid cette semaine-là. C’était indiqué sur l’annonce mais on n’avait pas lu ce détail. Donc on avait froid, mais on ne pouvait pas se plaindre parce que c’était de notre faute. Un soir, on a voulu faire cuire à manger dans le four et il a pris feu. On a pris des bonbonnes d’eau qui étaient dans la maison pour l’éteindre puis on a coupé le gaz. Heureusement, le propriétaire du Airbnb vivait juste à côté donc on est allées le chercher. On était très choquées, et heureusement il ne nous est rien arrivé de plus. Mais on a quand même mis le feu à une gazinière. Conseil pour ceux qui ont peur du gaz, ne venez pas en Argentine, parce qu’il n’y a que ça. J’en rigole maintenant, mais sur le coup on ne riait pas.
Sinon, je crois que ça a été. Je n’ai pas eu de problème avec mon sac ou avec les voitures que j’ai louées. Je n’ai pas loupé le bus. J’ai eu quand même de la chance.
Sinon, le nord de Salta que j’ai exploré avec un Argentin, une Brésilienne et un Belge était une expérience incroyable. On s’est vraiment éclaté pendant 1 semaine. C’est un beau souvenir, un beau voyage. En fait, je pense que j’ai des bons souvenirs tout le temps, surtout grâce aux gens que j’ai rencontrés. C’était primordial pour moi. J’ai eu des bons moments dans chaque ville, à chaque stop.
Il faut aussi faire confiance à son instinct. Si une rue nous paraît louche, il suffit de prendre une autre rue. Les villes sont organisées en damier donc c’est facile de trouver un autre passage. Au début, j’avais deux pochettes pour répartir mes affaires, et à la fin, je ne prenais plus que ma banane. J’ai eu de la chance je n’ai jamais eu de souci, et personne ne m’a volé quoi que ce soit.
Dans les bus, mon gros sac en soute était toujours fermé par un cadenas. Et en Argentine, il y a des hommes qui s’occupent de mettre les sacs en soute, de te donner une étiquette correspondante, et de vérifier à la récupération que tu as bien l’étiquette avant de te rendre ton sac. C’est leur travail, mais ils ne sont pas payés pour ça, donc il faut leur donner un pourboire pour les remercier, parce qu’ils gèrent la sécurité de nos affaires.
Il n’y a pas eu de moment où je me suis sentie en insécurité.
En voyageant, je me suis aussi laissée du temps. Prendre son temps, c’est important, surtout quand on voyage en solo. Pendant le voyage, c’est bien de se prévoir une journée de plus et de ne pas tout réserver à l’avance. Ça peut être stressant, mais ça permet aussi de ne pas courir, de vérifier deux fois si on n’a rien oublié, de se sentir en sécurité. Et de dire “aujourd’hui je suis fatiguée donc je vais rester une nuit de plus” ou “je vais prendre le bus un peu plus tard”.
Il est aussi important de garder de l’argent de côté comme ça, si ça ne va pas, on peut rentrer. Parfois, on peut aussi prendre une semaine dans un Airbnb pour se poser.
Sur 8 mois, j’ai aussi pris des appartements ou des chambres en solo. J’ai pris du temps pour moi, parfois pour ne rien faire, parfois pour faire plein de choses. Il ne faut pas hésiter à recharger les batteries sociales. Il ne faut pas non plus hésiter à dire non, et franchement, après tout se passe bien.
Les premiers jours en Argentine ne sont pas faciles, il faut comprendre comment fonctionnent les bus, comment réserver des logements. Mais une fois que c’est compris c’est assez facile.
L’Argentine est devenue ma zone de confort au bout de 8 mois. Quand je suis allée au Brésil, j’ai eu peur parce que ma zone de confort était en Argentine, principalement en ville parce que je travaillais à Paris avant de partir. Donc arriver à Buenos Aires m’a un peu aidée, parce que c’est une très grande ville. Connaître un peu les codes de la grande ville, ça aide.
Pour ceux qui viennent d’une grande ville, je conseille d’arriver à Buenos Aires. Par contre, pour ceux qui ont peur des grandes villes, je leur conseille d’atterrir à Buenos Aires, d’y rester 2 jours et de partir ailleurs ensuite. Ils pourront y revenir plus tard.
En Argentine, on ne gagne pas d’argent. Il faut y aller avec des économies. Mais le volontariat ça aide vraiment.
Mais le retour est aussi compliqué parce que j’ai l’impression d’avoir vécu dans une bulle. Je suis revenue à l’endroit d’où je suis partie et j’ai vraiment l’impression d’avoir rêvé, que je suis partie seulement 1 ou 2 mois. C’est très bizarre. Et puis je suis revenue chez mes parents et ils ont un rythme différent auquel je dois me réadapter.
Le retour en France était bien pour revenir dans une autre zone que je connaissais pour ensuite repartir sur un autre projet.
Une semaine après mon retour, je suis directement partie en vadrouille en France. Je n’ai pas pris le temps de me poser, j’ai fait mes lessives et je suis repartie.
Dans les derniers moments en Argentine, je sentais que j’étais en apnée. Comme je n’avais pas encore eu de grosses mésaventures, j’avais peur que ça m’arrive avant le départ. Le fait de rentrer m’a permis de souffler et de baisser ma vigilance.
Ça a été un peu compliqué de se réadapter au début. Je me demandais si j’étais rentrée de la bonne façon, si je n’aurais pas dû m’installer ailleurs que chez mes parents.
Mais ce PVT était une super expérience. Pendant ces 8 mois, il y a des choses qui se sont débloquées, sur mes projets professionnels et personnels. Il y a aussi des choses qui se sont confirmées et d’autres qui ont été mises en doute.
Si je retourne en Argentine, ça sera pour revoir des amis ou pour visiter les quelques bouts de régions que je n’ai pas vues.
Par contre, je retournerai en Amérique latine, maintenant que je parle espagnol, je vais tout faire pour le garder.
Depuis que je suis rentrée, je me suis rendu compte que je me suis argentinisée. Par exemple, je bois du maté et j’ai ramené l’applause pour l’asador lors des barbecues.
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