Romain, son PVT au Japon : recherche d’emploi, japonais et retour d’expérience

Romain, son PVT au Japon : recherche d’emploi, japonais et retour d’expérience

Bonjour, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Romain, j’ai bientôt 30 ans et je viens du Sud-Ouest de la France. Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur, j’ai rejoint le monde de la finance et j’ai eu l’occasion de travailler à Paris, mais aussi en Suisse et au Luxembourg. Au début de l’été, je suis rentré de mon PVT au Japon, qui a été une très belle expérience pour moi.

Pourquoi as-tu choisi de partir au Japon en PVT et qu’est-ce qui t’a donné envie de tenter cette aventure ?

Je pense que, comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai souvent baigné dans la « culture pop » japonaise au travers des jeux vidéo (Pokémon, Mario…) et des animés (Naruto, Captain Tsubasa…).

Cependant, ce n’est pas la raison qui m’a poussé à partir au Japon. Il y a six ans, pendant le premier confinement lié au Covid, j’avais postulé à un VIE au Japon et, même si je n’avais pas obtenu le poste, je m’étais beaucoup renseigné en parallèle, notamment sur YouTube. J’étais alors tombé sur une série de vlogs filmés sept ou huit ans auparavant par un créateur de contenu que j’apprécie beaucoup, Efkan Kurnaz.

Bien qu’il ne soit pas spécialisé dans les voyages, il montrait beaucoup d’éléments et de curiosités de la ville de Tokyo et du Japon en général, que ce soit à propos des Japonais, des infrastructures ou encore des événements.
J’étais tout simplement émerveillé qu’il existe sur Terre un pays aussi diamétralement opposé à la France à tous les niveaux. À partir de ce moment-là, j’ai continué à m’alimenter en contenus de youtubeurs plus « spécialisés » sur le pays et je me suis convaincu qu’il fallait que je vive une expérience de quelques mois ou quelques années au Japon au cours de ma vie.

PVT Japon

Depuis 2020, il n’y avait pas un seul jour où je ne pensais pas à ce que serait ma vie là-bas. J’avais une vie confortable grâce à mon travail, mais celle-ci ne correspondait plus à l’environnement dans lequel je souhaitais vivre.

À l’époque de ton départ, tu avais pour objectif de retrouver un emploi dans le domaine de la finance. Comment avais-tu préparé ton projet professionnel avant de partir ?

Pendant des années, j’ai passé des dizaines d’heures à développer mon réseau professionnel sur LinkedIn. Je contactais principalement des francophones travaillant dans l’industrie financière au Japon, en leur présentant mon profil et en leur demandant s’ils pouvaient m’aider dans ma recherche.

J’avais également commencé à suivre des cours de japonais en présentiel dans ma ville, mais le format n’était pas adapté à ma façon d’apprendre ni à ce que je souhaitais développer. J’avais donc seulement appris quelques bases, car mon objectif n’était pas d’arriver au Japon en étant bilingue.

J’avais également eu l’occasion de passer des entretiens à distance pour de grandes banques américaines, mais le niveau de japonais ou l’expérience demandés ne correspondaient pas vraiment à mon profil.

Je suis également parti en voyage l’année précédente afin de pouvoir confronter mon idéalisation du Japon à la réalité des choses. En solo, j’ai suivi un circuit assez classique entre Hiroshima, Osaka, Kyoto et Tokyo. J’ai beaucoup apprécié ces deux semaines en terres nippones, qui n’ont fait que confirmer mon désir de tenter de m’y implanter plus durablement dans un avenir proche.

PVT Japon

Un mois avant le départ, j’ai pris mes billets d’avion et réservé la location d’un petit appartement au nord de Tokyo avec votre partenaire, Oakhouse.

Tu es parti avec l’idée de pouvoir travailler dans ton industrie sans parler japonais. Comment s’est passée ta recherche d’emploi sur place et quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Malgré le fait de savoir dès le départ que les Japonais ne sont, dans leur majorité, pas encore très à l’aise en anglais, j’étais convaincu de pouvoir trouver un travail de qualité sur place, car j’avais entendu dire que la finance était l’un des domaines les plus internationaux parmi les secteurs très qualifiés au Japon, avec l’informatique.

Selon moi, les deux raisons qui avaient rendu ma recherche d’emploi au Japon infructueuse depuis la France étaient la distance et la non-maîtrise de la langue, avec un poids égal.

Dès mon arrivée, j’ai pris contact avec un maximum de recruteurs des plus grands cabinets internationaux afin d’échanger avec eux, de leur laisser mon CV et de pouvoir rester dans leur radar.

On m’a rapidement indiqué que le nombre d’offres d’emploi en finance ne nécessitant pas la maîtrise du japonais était de l’ordre de 5 à 10 %, sachant que cela englobe toutes les spécialités et tous les niveaux d’expérience de cette industrie. Il s’agit par ailleurs de postes très recherchés, car ils sont plus accessibles aux étrangers présents sur place.

De mon côté, je continuais à postuler et j’avais repris l’apprentissage de la langue au moyen de cours collectifs à distance avec Coto Academy, qui est une bonne plateforme selon moi. Je passais principalement mon temps à postuler et à réviser mon japonais à la bibliothèque du quartier.

PVT Japon

Deux à trois fois par semaine, j’allais jouer au foot lors de sessions organisées par l’association Tokyo Futsal. Ces « matchs » amicaux étaient une vraie bouffée d’oxygène pour moi, car je suis introverti et il m’est difficile d’aller naturellement vers les autres. Ces événements réguliers m’ont permis de me faire des amis japonais et internationaux avec qui j’ai gardé contact, et représentent l’une des choses qui me manquent le plus depuis mon retour en Europe.

J’ai bien évidemment profité de mon temps libre pour visiter Tokyo et me promener dans des quartiers peu fréquentés de la ville, afin d’avoir des moments de respiration et de détente qui me permettaient de « ressentir » l’énergie de cette ville. J’ai également ponctuellement voyagé en dehors de la capitale, notamment lorsque je suis allé à Kusatsu, un magnifique village réputé pour ses onsens, en automne, et sur l’île d’Hokkaido en hiver, pour la neige et le merveilleux Yuki Matsuri.

Après quasiment neuf mois au Japon, qu’est-ce que cette expérience t’a appris, aussi bien sur le plan personnel que professionnel ?

Sur le plan personnel, l’expérience a confirmé le proverbe que j’avais eu l’occasion d’entendre il y a quelques années : « Dans vingt ans, tu seras plus déçu par les choses que tu n’auras pas faites que par celles que tu auras faites. » Après avoir passé quasiment toute ma vie en Europe, j’avais envie de voir autre chose et j’avais besoin de tenter l’expérience japonaise, quel qu’en soit le résultat final.

Du côté professionnel, la frustration de ne pas réussir à obtenir un emploi dans la finance au Japon m’a appris à quel point il est crucial, dans le monde actuel, de développer sa maîtrise des langues étrangères, car elles peuvent être un formidable outil pour accéder aux meilleures opportunités professionnelles. Je ne parle pas seulement du japonais, mais aussi de l’espagnol, de l’allemand ou du chinois.

À l’heure actuelle, l’anglais n’est plus un avantage déterminant : c’est un minimum requis, dont l’absence peut fermer beaucoup de portes. En somme, sa maîtrise permet davantage d’éviter d’être éliminé du processus de recrutement que de garantir l’obtention du poste auquel on a candidaté.

Avec le recul, y a-t-il des choses que tu aurais faites différemment avant ou pendant ton PVT, notamment concernant ton projet professionnel ?

Avec le recul, j’aurais changé deux choses.
La première, et la plus importante, concerne la langue japonaise. D’une part, si c’était à refaire, j’aurais commencé à suivre des cours de japonais à distance dès 2020, en y investissant du temps et de l’argent. En cinq ans d’apprentissage régulier, et pas forcément intensif, il est tout à fait envisageable d’acquérir un niveau équivalent au JLPT N2, voire au N1 pour les plus déterminés. Cela permettrait de trouver beaucoup plus facilement un emploi, même dans une grande ville comme Tokyo.

Malgré le fait que je sois arrivé sans parler la langue locale, je pense également qu’il aurait été bien plus pertinent de m’inscrire dans une école proposant un apprentissage intensif du japonais lors de mon premier semestre. Cela m’aurait permis de progresser plus rapidement et de rencontrer encore plus de personnes.

PVT Japon

Surtout, contrairement à ce que je pensais, en arrivant au Japon et en postulant, vous ne croulerez probablement pas sous les invitations à des entretiens. Si vous en obtenez un, vous aurez donc largement la flexibilité nécessaire pour le placer en dehors de vos heures de cours.

Deuxièmement, j’aurais fait beaucoup moins confiance aux recruteurs. Il faut absolument garder en tête que ce sont avant tout des commerciaux. Même si vous ne parlez pas japonais, ils ne vont jamais vous dire que votre profil ne les intéresse pas et que vous avez très peu de chances de trouver ce que vous cherchez. Ils vont simplement mentionner que la non-maîtrise du japonais est un handicap, mais ils essaieront de vous rassurer en vous disant qu’ils vous gardent dans leur base de données et qu’ils vous contacteront dès qu’ils auront quelque chose pour vous.

Spoiler : cela n’arrivera probablement jamais. Leur objectif est de placer le plus de candidats possible avec des salaires élevés afin d’augmenter la fréquence et le montant des commissions qu’ils perçoivent. Un profil ne parlant pas japonais sera plus difficile à placer et, surtout, les salaires des postes ouverts aux anglophones sont généralement moins élevés, car le rapport entre l’offre et la demande est bien plus favorable aux employeurs. J’ai déjà vu un cas où le salaire variait du simple au double entre une banque française et une banque japonaise, selon que la maîtrise du japonais était nécessaire ou non pour le poste.

Enfin, d’après mon expérience, il est inutile de souscrire à une complémentaire santé Globe PVT en partant au Japon. En effet, comme indiqué sur le site, l’assurance maladie nationale japonaise est de toute manière obligatoire et financièrement très accessible, puisque vous ne déclarerez pas de revenus des derniers mois. Lorsque je compare ce que la complémentaire santé m’a coûté (environ 500 €) à ce qu’elle m’a remboursé pour mes soins (dix fois moins), je pense avoir été perdant au change. Il vaut donc mieux, selon moi, conserver cet argent pour profiter des activités et des voyages sur place.

Quel conseil donnerais-tu aux futurs pvtistes qui souhaitent partir au Japon avec un projet professionnel, notamment à ceux qui ne parlent pas encore japonais ?

Comme vous avez sûrement pu le comprendre dans mes précédentes réponses, je vous recommande vivement de commencer l’apprentissage du japonais aussi tôt que possible avant votre départ en PVT, car cela ne pourra être que bénéfique, que ce soit pour trouver un travail ou pour pouvoir communiquer dans la vie de tous les jours.

Si, malgré tout, vous souhaitez faire comme moi, suivez des cours intensifs de japonais durant les six premiers mois. Si jamais vous trouvez un travail au cours de ce semestre d’études, vous pourrez vous rappeler que le visa PVT ne dépend pas de votre école. Vous pouvez donc tout à fait arrêter les cours et commencer le nouveau travail que vous aurez trouvé. Il faut bien garder en tête que le PVT offre davantage de liberté en termes de temps de travail qu’un visa étudiant, donc il faut en profiter.

Enfin, si vous avez la détermination de rester à long terme au Japon sans parvenir à obtenir un emploi qualifié au cours des deux premières années, deux options s’offrent à vous.

PVT Japon

La première est d’accepter un travail un peu plus « alimentaire » dans un konbini ou un restaurant français ou occidental. Personnellement, c’est une option que j’ai toujours exclue, car cela ne correspondait pas du tout à ce que je voulais faire au Japon ni à la manière dont je voulais que ma vie s’y déroule.

La deuxième n’est envisageable que si vous avez un niveau d’anglais natif ou extrêmement proche du niveau natif : il s’agit de devenir professeur d’anglais, de préférence dans une préfecture peu peuplée du Japon. Le niveau d’anglais demandé est très élevé, car c’est évidemment une compétence que beaucoup d’étrangers au Japon possèdent, et ces emplois sont également très mal payés. Cependant, si vous travaillez en dehors des grands centres urbains japonais, cela devrait largement vous suffire pour vous loger, vous nourrir et faire de magnifiques rencontres, tout en améliorant votre niveau de japonais à vitesse grand V.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je suis revenu en Europe et j’ai commencé à travailler dans une entreprise financière à Varsovie, en Pologne, car je voulais à nouveau découvrir un pays différent et, surtout, reprendre le fil de ma carrière. Je me plais beaucoup dans cette nouvelle vie, mais mon rêve de vivre plusieurs années au Japon n’a pas disparu.

Je continue à apprendre sérieusement le japonais chaque semaine et j’espère pouvoir y revenir d’ici cinq ans avec une belle opportunité professionnelle, qui sera rendue possible grâce à une plus grande expérience professionnelle et à une bonne maîtrise du japonais.

PVT Japon

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