La culture taïwanaise (1re partie) : histoire, langue et spiritualité

Chapitre 3 : Immersion temporelle et linguistique

Date de publication : 24-01-2018

Auteur

Annaïk

Immersion temporelle et linguistique

Culture taiwanaise 3

Calligraphie chinoise

Les langues parlées sur l’île

C’est ainsi que cette « courte  » introduction de l’histoire de Taïwan permet de planter un peu le décor, et d’esquisser le patchwork culturel constituant l’identité taiwanaise. On comprend mieux le grand nombre de langues reconnues sur l’île pour un si petit territoire. Et si le mandarin s’impose toujours comme langue officielle (ainsi que les caractères chinois traditionnels comme écriture officielle), le taïwanais hokkien (à peu près équivalent au holo ou hokklo), lui, est parlé par plus de 70 % de la population. Vient ensuite le hakka usité par environ 14 % de la population. Puis, le gouvernement actuel cherchant désormais à promouvoir la diversité mentionnée ci-dessus plutôt qu’à la discréditer, les langues austronésiennes parlées par les 16 groupes de population autochtones (qui représentent environ 2 % de la population) ont également été officiellement reconnues par l’Etat, langues officielles de la République de Chine. Taïwan représente donc un inestimable « conservatoire » linguistique. Malheureusement, parmi ces langues, le saisiyat est listé par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco) comme sérieusement « en danger », tandis que le kanakanavu, le kavalan, le hla’alua et le thao sont considérés en situation « critique ». Le bunun est identifié comme « en danger », alors que huit autres – l’amis, l’atayal, le paiwan, le puyuma, le rukai, le truku, le tao et le tsou, sont qualifiés de « vulnérables ». Anecdote intéressante : c’est notamment grâce à la présence de ces langues que l’on suppose que Taïwan serait bien le berceau d’où auraient migré les ancêtres des populations dites « du Pacifique », de Madagascar à l’île de Pâques.

Rassurez-vous : l’anglais, de plus en plus parlé par les jeunes, et quelques notions de base en mandarin devraient vous suffire pour communiquer avec la majorité de la population sur l’île. Nous ne manquerons pas de partager avec vous un petit « guide de survie » à cet effet. Par ailleurs, si vous avez quelques notions de japonais, vous aurez sans doute l’opportunité de trouver des locuteurs de la langue nippone parmi les générations les plus âgées, avec qui vous pourrez converser à loisir.

Comme évoqué précédemment, certaines différences entres les actuels Taïwanais, descendants de Continentaux et ceux dits « de souche »,  se sont considérablement amoindries au cours des décennies passées, mais ne manquent pas d’être ravivées par la volonté d’une partie du peuple de distinguer son histoire de celle de la République populaire de Chine. De nombreux « fondements » (justifiés ou non) sont remis en cause, tout comme l’utilisation du mandarin comme langue officielle. L’utilisation du calendrier Minguo est par exemple contestée.

Le calendrier Minguo

Le calendrier Minguo est le calendrier officiel en vigueur de Taïwan, et vous ne tarderez pas à remarquer une étonnante numérotation des années sur vos documents officiels ou tickets de caisse. Pour une raison simple : le KMT a choisi de remettre les pendules à l’heure après l’abrogation du régime impérial en Chine continentale, et sa substitution par une forme républicaine de gouvernement (sous l’impulsion de Sun Yat Sen) le 1er janvier 1912, qui est ainsi devenu officiel le 1er janvier 1. Lorsque le KMT a repris possession de l’île en 1945, c’est tout naturellement qu’ils ont décidé de poursuivre ce système – et ce, même si son utilisation pourrait être largement contestée dans le cadre taïwanais, puisque le territoire était effectivement japonais à cette date fondatrice. Ainsi, le 1er septembre 2017 sera inscrit à Taïwan, encore de nos jours, comme le 106-09-01.

De la même façon, la fête nationale du 10 octobre (le fameux « double dix ») fait référence au soulèvement de Wuchang. Aube de la révolution chinoise de 1911, événement également célébré en Chine continentale puisque (presque) tout le monde s’accorde à considérer Sun Yat Sen comme père fondateur de la Chine moderne. Une fois de plus, à cette époque, l’île de Taïwan appartenait aux Japonais, et l’on peut dès lors s’interroger sur la légitimité d’une telle date pour représenter le succès d’une population qui n’avait pas forcément été concernée par cet événement à l’époque où il a eu lieu. Avant de poursuivre sur les autres dates clés de l’année qui « font » la culture  taïwanaise, voici deux liens vers des très bonnes analyses de la situation politique actuelle : celui-ci dont j’ai tiré quelques explications ; et si vous avez un peu de temps devant vous, celui-là.
Cette discussion de notre forum peut aussi être un lieu d’échange approprié pour échanger sur vos perceptions respectives.

Chapitre 3 sur 4

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