Michelle : une Canadienne, en PVT en France

Date de publication : 06-02-2020

Auteur

Julie

Michelle

Localisation

Paris, France

Profession

GOUVERNEMENT DU CANADA

Dernier diplôme obtenu

BTS

pvtistes : Bonjour, peux-tu te présenter ?
Michelle : Bonjour, je me nomme Michelle, je suis âgée de 37 ans. Je suis de nationalité canadienne et d’origine haïtienne. Pour résumer mon parcours, je suis née dans l’île de Montréal, ma famille y habite encore et j’ai des cousins à New York. Ayant vécu toute ma vie au Québec, j’ai voulu me donner un nouveau défi et vivre une nouvelle aventure. Je voulais surtout accomplir quelque chose qui me rendrait fière. Passionnée de voyage et ayant l'envie de découvrir l’Europe, j’ai pris la décision à 35 ans d’entamer mon projet de partir à l’étranger pour une période de 12 mois. Je vis actuellement à Paris tout en travaillant pour le gouvernement du Canada.
Michelle 3
pvtistes : Pourquoi as-tu décidé de partir en PVT et pourquoi en France ?
Michelle : Je me suis liée d’amitié avec un Français qui était de passage à Montréal. Après une année de correspondance, ce dernier m’a offert de m’héberger chez lui le temps que je puisse trouver une stabilité. J’étais donc installée à Strasbourg pendant quelques mois en juin 2017 pour ensuite déménager à Paris. Dans cette aventure j’ai dû quitter ma vie confortable et ma stabilité au Québec, mon appartement, mon boulot et ma famille. Michelle 2 J'ai voulu relever un nouveau défi, connaître de nouveaux horizons et accomplir quelque chose qui sort de ma zone de confort. Certes, je vivais bien au Canada, mais je trouvais que je pouvais découvrir plus et ma vie personnelle était au ralenti. Avant d’entamer cette aventure, j’avais déjà visité plusieurs pays d’Europe. Dans chacun de mes voyages, j’ai eu l’opportunité de rencontrer des hommes sympathiques et je tombais souvent sous leur charme. D’un Croate à un Italien, je me suis toujours sentie comme une femme qui plaisait, et ce, malgré mes origines ou ma couleur de peau. La plupart faisaient le premier pas ou dans le cas contraire, ils n’étaient pas intimidés par le fait que j'aille vers eux… Disons qu’au Québec, la plupart des Québécois préfèrent se mettre en ménage avec leurs semblables. Il est dur pour eux de concevoir qu’une union en ménage/couple pourrait exister à long terme avec une femme aux origines africaine ou antillaise… L’autre raison de mon départ est que je voulais faire quelque chose pour moi seulement. Toute ma vie, je me suis consacrée aux autres personnes, sans penser à mon bien-être ni aux conséquences. La générosité est mon vice disons, et plusieurs personnes en ont abusé. J’ai donc voulu m’évader et voir où cela pouvait me mener.
pvtistes : Comment s'est déroulée ta demande de PVT France ?
Michelle : Je n’ai pas vraiment rencontré de difficulté par rapport à ma demande de PVT France. Les directives sur le site étaient suffisamment claires. Le délai de réponse est très rapide. Il est toutefois important de lire les instructions attentivement car il est facile de faire des erreurs et cela peut ralentir le processus.
pvtistes : Parle-nous des démarches que tu as faites avant de partir !
Michelle : Avant tout, je me suis posée plusieurs questions : Combien de temps je souhaite partir ? Est-ce que je compte revenir ? Mes économies : ai-je assez pour subvenir à mes besoins ? Que dois-je faire de mes biens ? Ensuite : Élaborer une liste à faire avant de partir, et prévoir des achats. J’ai été sur le site des autorités françaises afin d’imprimer le formulaire d’inscription pour la demande de PVT, puis j’ai pris 3 mois à rassembler tous les documents requis (preuve financière, couverture médicale, etc.). Je me suis finalement décidée à m’inscrire en ligne pour un rendez-vous (qu'on peut prendre un mois à obtenir). Même avec les efforts que j’ai fournis pour tout organiser avant mon départ, je réalise aujourd’hui qu’il y a peu de ressources ou de renseignements pour aider un Canadien à s’intégrer en France. Comme par exemple : Avoir une liste de banques françaises (en ligne ou sur place) pour l’ouverture d'un compte de banque. La démarche à suivre pour reconnaître l’équivalence des études (marché du travail). Les formulaires requis pour l’assurance maladie.
pvtistes : Comment s'est passée ton arrivée en France ? Qu'as-tu ressenti les premiers jours ?
Michelle : Dès mon arrivée sur le territoire français, j’ai eu un sentiment de liberté tout en étant une vraie étrangère. J’étais prête à découvrir le monde, partir et m’évader.
Mon ami m’a fait voir la belle région d’Alsace.
pvtistes : Et en terme de démarches administratives, ça s'est bien passé ?
Michelle : Téléphone : il n’y a aucune difficulté à se procurer une carte SIM et les forfaits ne sont vraiment pas chers tout en incluant les appels à l’étranger, par rapport au Canada. Pour le Logement : il n’y a rien de compliqué si tu habites "chez l’habitant". En revanche, si c’est un appartement ou une chambre à louer, avec un bail : il faut avoir un contrat d’embauche CDI et/ou deux à trois fois le salaire mensuel comme caution, et bien plus encore. Banque : par expérience, les banques ont un regard très méfiant quand un étranger souhaite ouvrir un compte. Cela m’a pris 4 mois avant de trouver une banque qui accepte de m’avoir comme cliente. Les banques ne reconnaissent pas notre PVT France, car elles ont plus l’habitude de titres de séjour sur papier. Or, le nôtre est collé sur notre passeport. La plupart demande un contrat d’embauche, alors qu’il n’est pas obligatoire selon la politique de la banque de France. Numéro de sécurité sociale : cette démarche a été très pénible car encore une fois, le personnel n’est pas habitué aux documents canadiens, il nous traite comme si notre identité n'avait que peu de valeur ou n'était pas à la hauteur du système. C’est comme si l'accord de PVT Canada-France était presque inexistant. Je recommande à tout Canadien de se renseigner dans la région où il résidera, sur les banques accessibles. Voici mon vécu et mes difficultés : La discrimination en tant que femme noire et québécoise. L’emploi, savoir la définition de CDD et CDI. L’épuisement de mes économies après le 4e mois de mon arrivée en France (un grand stress). Se faire comprendre, avoir les termes exacts. Ouvrir un compte de banque sans avoir un compte européen. Trouver un logement : si on n’a pas de garant, ou de dépôt de garantie (nul besoin au Canada, il se fie à ton bureau de crédit), c'est compliqué. La solitude, n’avoir aucune famille ni ami proche sur qui l’on puisse compter à long terme. Le défi de se créer un nouveau cercle d’amis.
pvtistes : Comment as-tu vécu ton PVT ? Plutôt sédentaire ou nomade ? Pourquoi ? 
Michelle : Sédentaire au début, car ma situation financière devenait instable, alors que mon ami de Strasbourg m’avait mise à la porte. Je vivais donc d'un Airbnb à l’autre et presque toutes mes économies sont parties. Je n’avais nul autre choix que de demander à un ami proche de m’avancer de l’argent. Je ne voyageais pas, je restais seulement enfermée pour trouver une solution à mon problème. Nomade par la suite, car j’ai dû quitter Strasbourg et m’installer à Paris, pour trouver un emploi afin d’ouvrir un compte de banque et subvenir à mes besoins. Ensuite, j’ai quitté Paris pour Lille, pour un emploi, j’y suis restée 7 mois. Enfin je suis retournée à Paris et j'ai travaillé pour le gouvernement du Canada.
pvtistes : Parlons travail justement : quelle(s) opportunité(s) as-tu eues pendant ton séjour en France ?
Michelle : J’ai traversé plusieurs obstacles durant ma recherche d’emploi. Lors de mon premier contact téléphonique avec le RH des entreprises, mon identité était constamment remise en doute pour quatre raisons : 1 - N’ayant pas l’accent québécois mais un français plus rapproché de la France, ils se demandaient si je résidais en France depuis longtemps.
2 - Lorsque je les informais de ma récente venue en France, certains me demandaient si j’avais une double nationalité (cette question revenait à plusieurs reprises durant le même entretien).
3 - En leur confirmant que je n’avais qu’une seule et unique nationalité, donc canadienne.
4 - La dernière question revenait "pourquoi avez-vous choisi la France"? Pour les raisons mentionnées ci-dessus, mes entretiens d’embauche n’aboutissaient à rien, car 85 % de la conversation reposaient sur "qui je suis", et non sur mes expériences ou bien sûr la mission en question. Je dois avouer que c’était très décourageant et réellement inquiétant. J'ai un gros bagage, au vu de mes expériences professionnelles telles que la gestion d’équipe, dans la finance et l'administration mais rien de tout ceci n’était pris en compte, seulement mes origines et ma prestance. J’ai pu tout de même trouver mon premier boulot en France dans une boîte qui avait la marque de luxe Chanel comme client. Par la suite, voulant retrouver un peu plus ma passion de voyager, j’ai été en mission durant 7 mois pour l’entreprise Booking.com. Et pour finir, j’ai atterri dans un bureau du gouvernement du Canada à Paris, comme assistante administrative.
pvtistes : Le PVT France pour les Canadiens a une durée d'un an, renouvelable un an. Comment s'est passée la démarche de renouvellement ?
Michelle : Alors ça c’est toute une aventure (rire). En juin 2018, étant toujours à Lille, je me suis rendue à la préfecture très tôt le matin, avec tous les documents requis pour procéder au renouvellement de mon PVT. Je suis sans doute "presqu’une exception" car l’agent qui m’a reçue m’a dit : "nous sommes désolés du délai, c’est que nous recevons très peu de demandes provenant des Canadiens pour ne pas dire jamais. Vous comprendrez donc que nous voulons nous assurer de suivre la bonne procédure". Ce qui n’était pas rassurant mais honnête, je priais juste qu’il n’y ait aucune erreur. En revanche, mon deuxième renouvellement (car c’est un an mais c’est 2 x 6 mois), s’est moins bien déroulé. Je me suis rendue à la préfecture, à Bobigny. J’ai attendu 4 heures, pour ensuite me présenter devant un agent qui m'informe ne pas pouvoir compléter ma demande. D’un ton arrogant, elle me dit : "Madame, je ne peux rien faire pour vous, (Lille n’avait pas transféré mon dossier et elle n’avait aucun moyen de vérifier les informations) vous devez demander au bureau de Lille de procéder à l'envoi de votre fiche". Sachant que j’avais pris un congé au travail, j’ai dû téléphoner à ma supérieure pour l'informer que je ne pourrais pas rentrer ce jour-là, à cause de mon titre de séjour. Sachant que je ne pourrai pas retourner au boulot sans mon PVT renouvelé, je décide donc de prendre un billet de train pour Lille afin de régler cette situation au plus vite. Je me rends à la préfecture, mais arrivée à l’accueil, l’agent m’informe que le bureau est fermé et qu’il n’ouvre que du lundi au jeudi, de 8 h 30 à 11 h 30. Or, j’y étais un jeudi, ce qui signifie que je devais utiliser deux autres journées de congé (vendredi et lundi), pour y retourner et en finir avec cette histoire. Vous vous doutez bien que ma patience avec la bureaucratie française est arrivée à une limite que je ne peux décrire. Le vendredi arrive, je n’avais pas prévenu mes collègues de bureau, tout le monde m’envoyait des messages. Déprimée de ma situation, je ne me sentais incapable de répondre à ces textos et à ces messages. Je me suis enfouie sous mes draps tout en restant immobile. Que ferais-je si arrivée lundi, tout se passe mal ?
J’ai décidé à ce moment-là de me confier à une proche amie à Lille et de prendre un billet de train pour dimanche, afin de bien me préparer psychologiquement, rendue sur place. Lundi le 10 décembre arriva, très tôt matin (7 h), j’étais là immobile dans une file d’attente à la préfecture de Lille. Les bureaux ouvrent à 8 h 30, et la sécurité n’ouvre ses portes que 15 minutes avant. Stressée et nerveuse de ce qui pourrait se produire, je tremblais des mains et des jambes. Chacun de nous (les étrangers) attendait patiemment que son numéro soit affiché à l’écran. Soudain, c’était mon tour… Je me suis levée et j'ai repris de l’assurance. L’agent m’a accueillie avec un sourire (j’étais soulagée) et je lui ai remis mes documents. Une fois mon adresse confirmée, j’ai pu enfin avoir le renouvellement de mon titre de séjour pour un autre 6 mois. Laissez-moi vous dire qu’un gros poids s’est immédiatement retiré sur mes épaules. Je ne pensais qu’à profiter tranquillement du reste de ma journée en ville.
pvtistes : Quelles différences as-tu notées entre le Canada et la France ? Lesquelles t'ont plu, lesquelles t'ont déplu ?
Michelle : Il y a plusieurs aspects différents. Ce qui m’a plu : Le gouvernement français a mis plusieurs ressources en place pour le bien-être de ses citoyens. Les employeurs remboursent 50 % du coût mensuel des transports publics sur notre fiche de paie. Au sujet des transports publics, la métropole est très accessible et flexible afin de pouvoir se rendre aisément d’une région à l’autre. De plus, que ce soit le TGV, le bus ou même le train, j’ai été émerveillée et surprise d'avoir un tarif très abordable afin de profiter de mes escapades, et ce, même en visitant d’autres pays voisins. Pour en revenir aux entreprises, j’ai été encore plus choquée en sachant que mon déjeuner (lunch au Canada) ou + petit-déjeuner (déjeuner au canada), me serait également en partie remboursé ou offert par ce qu’on appelle "ticket de restaurant". Comme si tout ceci n’était pas déjà amplement suffisant et tout dépendant de la boîte dans laquelle on travaille, on peut même recevoir un livret de tickets TGV (trajets aller-retour). Au Canada, en tant qu’employé, rien de ce que j’ai énuméré ci-dessus ne nous est offert, à moins de bosser pour une entreprise qui te demande de te déplacer régulièrement pour des missions ou bien que l’on soit à un poste très important. En tant que canadienne, je dois admettre que mon pays a une lacune quand il s’agit de promouvoir son patrimoine, même auprès de ses propres citoyens. Vous serez surpris de constater le petit nombre de Canadiens qui ont eu l’opportunité de découvrir les provinces maritimes ou autres. Et ceci, seulement à cause de nos moyens de transport limités ou très couteux. Nous avons plus de facilité à nous rendre au États-Unis ou dans les Caraïbes que de nous rendre dans une autre région canadienne, "notre chez nous" comme on dit. Bien que le Canada soit un magnifique et un grand pays, nous comptons toujours sur les étrangers pour remplir cet espace et pour nous faire connaître notre propre chez nous. Il y a beaucoup de boulot à faire sur ce sujet. Le système de santé canadien n’est pas au top. On débourse beaucoup d’argent, et on reçoit peu en retour. Alors qu’en France, dès qu’on a la carte vitale (assurance maladie) et une mutuelle (assurance médicale de l’employeur ou privée), vous pouvez être sûr de recevoir un service adéquat et même d'être remboursé à plus de 75 %. Les médicaments ne sont vraiment pas chers. J'ai beaucoup appris par l’écrit et l’oral de la langue française. Cela m'a ouvert les yeux, et encouragée à mieux utiliser les bons termes et à structurer mes phrases. Nourriture : j'ai pu enfin savourer les plats, apprendre à bien manger. Le vrai pain tradition, les croissants, les brioches, les pains au chocolat. Le goût du café sans ajout de litres d’eau, et bien entendu les desserts qui font rêver. Mes papilles gustatives en ont bien profité ! Michelle 5 Ce qui m’a déplu : La bureaucratie française : je ne saurais par où commencer. Le problème est qu'elle ne fait aucune différence entre un réfugié sans papier qui entre de façon illégale et un expatrié souhaitant simplement s’intégrer, tout en apportant un esprit neuf qui pourrait bien servir à évoluer dans une nouvelle génération qui avance beaucoup plus rapidement que dans le passé. Tout le système est très vieux et a besoin de sang nouveau. Tout d’abord on n’évalue pas ta situation basée sur tes documents ou tes preuves, mais bien sur ton identité et des préjugés. Je suis une femme noire, canadienne et québécoise, d’origine haïtienne venue en France, partie à la découverte de l’Europe. Déjà on doute de mon identité et de mes origines, car la France a beaucoup d’Africains qui s’installent en France, et ce, pour différentes raisons. La bureaucratie oublie qu’il y a d’autres nations qui ont la même couleur de peau et qui peuvent venir d’ailleurs, là ou les différentes cultures se mélangent. Je suis très étonnée qu’un pays que j’aurais cru avancé dans son temps, la France, soit au contraire, semblerait-il, un ou deux siècles en arrière.
Au Canada, lors de l’ouverture d’un compte de banque, tu repars immédiatement avec ta carte. Il y a des comptes de banque qui existent précisément pour les étrangers. On ne se fie pas vraiment à la personne qui se présente mais plutôt aux documents et aux faits qui nous sont donnés. Malheureusement, les banques françaises ont un long chemin à faire. Surtout que, d’une région à l’autre, les politiques ne s’appliquent pas de la même manière et ne sont pas toutes respectées. Tout ceci est une injustice qui crée de la discrimination envers les étrangers/expatriés. Il y a une comme une relation spéciale entre le Canada et la France, mais elle n’existe pas réellement. Autant, les Français n'ont pas de grosse difficulté à s'installer au Canada, autant pour les Canadiens qui souhaitent venir et découvrir ce beau pays qu'est la France, c'est plus compliqué. La mentalité : je suis une personne qui essaie d’avoir une ouverture d’esprit assez large pour accepter les opinions qui sont contraires aux miennes. Je suis convaincue que cela me permet d’apprendre plus et d’évoluer dans la société. J’ai eu plusieurs conversations avec des gens de mon entourage et à chaque fois, j’avais l’impression que parce que je suis en France, je devais suivre leurs convictions et que mon opinion était simplement inutile ou fausse. Il y a une expression en anglais qui dit : "We agree to disagree", ce qui signifie que quand on n'a pas la même opinion, on se respecte mutuellement et la vie continue. Mais en France, j’ai l’impression de devoir m’adapter à la culture, mais que l’inverse ne s’applique pas. Au Canada par exemple, on accueille les autres cultures. Nous échangeons nos idées et sommes très attentifs à la différence car on croit au changement et à l’évolution vers d’autres perspectives. Un exemple très simple : en France, dans les bureaux, il est très important de dire "Bonjour". C’est une forme de politesse et ça démontre que tu es sociable et non renfermé ou autre. Au Canada, les gens ne se salue pas particulièrement et se focalise plus sur le côté professionnel de l’environnement. Je ne porte pas de jugement envers une personne qui ne me saluerait pas, je suis plutôt tentée de faire le premier pas vers elle pour voir si sa réaction est positive ou non. En France, les préjugés courent rapidement quand on agit différemment d’un citoyen local. Les gens se font déjà une idée sans même avoir essayé de connaître la personne. Encore une fois, il semble difficile de penser que parce qu’une autre culture agit différemment, ce n’est pas négatif mais que c'est plutôt une occasion d’échanger et de simplement conscientiser l’autre. Grâce à la France j’ai réalisé que se battre pour ses convictions était une force en soi, qui nous fait mûrir à tous niveaux.
pvtistes : Est-ce que des choses du Québec t'ont manqué quand tu étais en France ?
Michelle : Bien sûr ! La bureaucratie. La rapidité administrative. La faible discrimination. L’acceptation d’autres cultures. La facilité de trouver un emploi (on se base sur ton CV, tes compétences et non sur ton physique ou ton identité). La possibilité de trouver un logement pas cher.
pvtistes : As-tu profité du "V" (pour Vacances) de ton PVT ? Où es-tu allée et quels ont été tes coups de cœur ?
Michelle : Je me suis permis de voyager, et j’ai eu la chance "de voir du pays" (Lille, Normandie, Bordeaux, Reims) et bien d’autres sont à venir. Également les Pays-Bas (Rotterdam), la Belgique, la République-Tchèque et l’Italie. J'ai "kiffé" la ville de Prague car c’est peu coûteux de s’y rendre, les gens sont très sympathiques et ont de bonnes valeurs. Les Tchèques sont courtois et simples à la fois, les hommes sont de vrais gentlemen 😊 La Normandie a une belle histoire, surtout durant la guerre, c’est intéressant de se rapprocher du passé. L’Italie est un de mes coups de cœur, c’est un magnifique pays et j’ai l’impression que c’est une première à chaque fois que j’y mets les pieds. Et que dire de la bouffe, on mange pour sa faim !
pvtistes : Quel est ton meilleur souvenir en France jusqu'ici ?
Michelle : La France est un pays avec beaucoup de potentiel. Mon meilleur souvenir c’est d'avoir pu découvrir ses régions si différentes l'une de l’autre mais très charmantes, la nourriture et la fine cuisine, le bon vin PAS cher, et finalement se sucrer le bec !
pvtistes : Et tes plus grosses difficultés ?
Michelle : M’intégrer (administrativement) a été pour moi un réel combat. Je suis certaine de ne pas être la première à le dire. Et puis : l’ouverture d’un compte de banque, trouver un emploi et obtenir un numéro de sécurité sociale.
pvtistes : Qu'est-ce que ce PVT en France t'a apporté ? Quel bilan fais-tu de cette expérience après 18 mois ?
Michelle : Cette expérience m’a fait mûrir. Je ne prends plus rien pour acquis, je me remets en question. Je réfléchis sur l’époque dans laquelle on vit, et pense au bien-être des individus qui m’entourent, je me conscientise sur une base régulière. Je constate que la discrimination et le préjugé sont très présents en France, et c’est sûrement l’une des raisons majoritaires pour laquelle le système n’avance pas autant qu’il le devrait. En revanche, aucun pays n’est parfait, chacun à des progrès à faire, mais il suffit d’admettre qu’il y a en effet un besoin urgent de progresser. Je ne regrette en rien mon choix, car grâce à cela, j’ai décidé de consacrer une partie de mes habilités à conscientiser les gens de ce qui se passe. Je tiens ENORMEMENT à mon projet qui consiste à créer un outil afin d’aider les Canadiens durant leur intégration en France. Cela les inciterait par la même occasion à vouloir découvrir d’autres horizons à l’étranger. Lorsque les Français parlent du Canada, ils disent que c’est SUPER, que les gens sont joviaux, que tu te sens libre, mais qu’il fait froid la moitié du temps de l’année. Ce qui est exact ! Alors qu’un Canadien dira de la France : on y mange très bien, on peut se promener partout (changer de pays ou/et de régions aisément), mais que les gens te regardent bizarrement si tu dis quelque chose qui n’est pas correct du point de vue grammaire ou de vocabulaire. Les gens peuvent être aussi arrogants sans raison valable, et pour finir, si on souhaite s’intégrer en France, la bureaucratie vous donnera des maux de tête. Et ces 2 raisons seront la différence entre un Français qui décidera de faire sa vie au Canada, alors qu’un Canadien pensera plus à repartir d’où il vient afin d’avoir une liberté qui lui appartient.
Bien entendu ça c’est s'il n'a pas trouvé l’amour...
pvtistes : Il arrive que des Canadiens aient peur de se rendre en France au vu de l'actualité. Qu'aurais-tu envie de dire à ceux qui hésitent à partir en PVT en France pour ces raisons ?
Michelle : Tout citoyen d’un pays finit par se réveiller et se révolter à un moment où à un autre. Eh oui, concernant la France, c’est arrivé en 2018, jusqu’à ce jour. À mon avis, ce n’est qu’un passage dans l’histoire. Cela ne m’empêche pas de vivre mon quotidien, de sortir avec mon copain et de partager plusieurs activités quand on a envie. Il est vrai que certains endroits sont plus critiques que d’autres et ils sont à éviter, mais le pays n’est pas en guerre, seulement en crise, les citoyens sont mécontents et avec raison. Selon les statistiques, le taux de chômage a tout de même diminué depuis que le nouveau gouvernement s’est mis en place. Cependant, il reste un long chemin à traverser pour diminuer aussi les injustices du point de vue économique. Je ne m’aventurerais pas plus sur ce sujet car ce n’est pas du tout mon domaine (rire). Entre temps, je suis convaincue que la France continuera à séduire les touristes, avec tout ce qu’elle a à offrir, c’est de toute beauté ! Il suffit seulement d’être préparé et d’avoir des ressources sur place, afin que les Canadiens veuillent bien faire un bout de chemin ici. Néanmoins, je reste émerveillée par les découvertes et les magnifiques paysages.
pvtistes : Quels conseils donnerais-tu aux PVTistes qui seraient tentés par un PVT en France ?
Michelle : Renseignez-vous sur la culture et les régions que vous visiterez, soyez prêt financièrement en cas de coup dur. Restez vous-même, n’ayez pas peur de vous affirmer et exprimez vos convictions.
pvtistes : Quels sont tes projets aujourd'hui ? Rester en France ? Rentrer au Canada ? Repartir ailleurs ?
Michelle : Pour ma part, j’espère pouvoir réaliser mon projet afin de mieux aider les PVTistes, donc vous ne vous sentirez pas seul durant le processus. Très honnêtement, dès que vous avez les outils et informations nécessaires à l’intégration, tout se passe bien. "Stay tuned" comme on dit ! À présent que j’ai un but et un projet, je crois qu’il est primordial de le construire en France, d'être sur place. Étant donné que mon PVT tire à sa fin, je me dois de retourner à Montréal, afin d'obtenir un nouveau visa (payant), qui me donnera l’opportunité de revenir en France et, je croise les doigts, d'accomplir ma mission personnelle/professionnelle. Arrivée en France, je souhaite effectuer ma démarche pour avoir un Visa de travail de 4 ans, mais bien évidemment il me faudra un CDI. Alors, je devrai courir après les entreprises encore une fois (rire).

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