Faire son PVT à Kaikoura et y rester !

Article publié le 25-03-2017.

Maud voulait changer de vie : elle s'est envolée pour la Nouvelle-Zélande pour effectuer son PVT. Elle a choisi la petite ville de Kaikoura, dont elle est tombée amoureuse... Et y est encore aujourd'hui, après deux ans et demi !

Bonjour, Maud, peux-tu nous parler un peu de toi ?

A 28 ans, j’étais Chef de projet Digital, 8 heures par jour devant un ordinateur, mes journées étaient principalement composées de métro, boulot, dodo ! Après un ras le bol général autour de mon boulot et de ma vie parisienne, j'ai décidé de faire quelque chose que je voulais depuis longtemps : vivre quelques temps à l'étranger. Je n'avais pas d'objectif de temps précis sachant au fond de moi que je ne pourrais plus vivre à Paris à cause du monde et des tensions quotidiennes. J’ai éliminé le Canada (incertain et compliqué à cause des quotas) et l'Australie (trop grand pour un début).
J’ai choisi la Nouvelle-Zélande après avoir été convaincue par une amie, Eva, qui se préparait à y partir en PVT aussi. Elle est partie quelques mois avant moi, je suis donc partie et arrivée seule.

Comment ça s’est passé à ton arrivée en Nouvelle-Zélande ?

Je suis arrivée à Auckland en Juin 2014, j’y ai passé une semaine pour faire les principales démarches administratives. J’y ai aussi rencontré quelques Français avec qui je parlais avant le départ via le forum de PVTistes.net. J’avoue que je suis contente d’avoir eu ce petit groupe autour de moi. L’arrivée a été difficile, entre décalage horaire et perte de repères (ce qui est en fait la liberté de faire ce que l’on veut quand on veut). Une fois le compte en banque ouvert et l’IRD reçu, j’ai pris l’avion pour Blenheim où un job m’attendait.

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Comment as-tu trouvé ce travail et en quoi consistait-il ?

J’ai trouvé une offre sur le site de backpackerboard.co.nz une semaine avant de décoller ! L’échange avec l’employeur a été facile et rapide. J’ai eu de la chance de trouver quelque chose avant d’être sur place, en même temps je n’étais pas trop pointilleuse sur le type de job ou l’endroit.
C’était à la base un boulot de « nounou » mais en arrivant et en rencontrant la fille que je remplaçais, j’ai vite compris que ce serait 20 % de nounou et 80 % de ménage.
Mes débuts ont été très difficiles moralement : arrivée en Nouvelle-Zélande en plein hiver, à Blenheim (qui n’est pas l’endroit le plus excitant de Nouvelle-Zélande), excentrée et sans voiture, à me lever à 7 h pour passer la journée à laver des toilettes et autres fenêtres ou sols. Je me suis clairement demandée ce que je faisais là et je regardais déjà les prix pour un vol retour dans le mois qui suivait.
Mon gros blocage venait de l’anglais, j’avais les bases de l’école, mais je n’osais pas me lancer à parler, j’ai du coup eu du mal à m’intégrer avec la famille. Je logeais avec une douzaine d’autres backpackers qui m’ont encouragée et m’ont convaincue que je ne devais pas avoir honte et juste parler comme je pouvais. Cela m’a pris quelques semaines et j’ai commencé à prendre confiance.
Au bout de 6 semaines, j’ai décidé de partir en roadtrip avec Régi, une Hollandaise rencontrée dans mon Hostel. Elle a acheté une voiture à Christchurch, nous avons récupéré Emilie (une Française rencontré via le forum) et nous avons fait le tour de l’île du Sud en 6 semaines, en nous arrêtant de temps en temps pour faire du WWOOFing.

Entre temps avec Régi, nous sommes passées par Kaikoura, et j'ai eu un coup de cœur pour ce village coincé entre les montagnes et la mer. A la fin de notre roadtrip, nous y sommes retournées, et j'ai trouvé un boulot dans un lodge/restaurant. J'ai commencé en tant que cleaner, notamment à cause de mon niveau d'anglais trop faible.
Puis rapidement, j'ai évolué, aidant en cuisine puis au service et enfin à la réception.
Je suis maintenant Hotel Manager qui regroupe un peu de tout, en ajoutant du marketing, de la gestion de réservations, des e-mails… Je devais y rester 3 mois, cela fait 2 ans et demi que j'y suis.

Parles-nous un peu de tes différents postes :

En tant que cleaner :
Le boulot de cleaner est plutôt facile surtout qu’il n’y a pas vraiment besoin d’un bon niveau d’anglais ! Mon boss m’a formée en faisant une chambre avec moi, j’ai ensuite fait une chambre par moi-même, il a vérifié et m’a juste donné quelques astuces. L’essentiel est de savoir faire un lit « au carré », le reste est de la logique et peu différent du ménage que l’on fait chez soi.
Il faut tout de même être méticuleux et avoir une bonne forme physique !
Je travaillais de 10 h à 14 h, heure à laquelle les clients suivants arrivent. J’ai commencé au salaire minimum puis augmenté à 16 $ brut de l’heure.
En tant que réceptionniste
La réception englobe les « check-out » : les clients qui partent le matin (de 8 h à 10 h chez nous), il faut prendre leur règlement, et s’assurer que la clé est rendue.
Concernant les check-in de 14 h à 20 h, il faut accueillir les clients avec un grand sourire, engager la discussion, leur expliquer le fonctionnement de l’hôtel et leur montrer leur chambre. A côté de cela, je fais plein de choses notamment un peu de marketing et gestion de réservation et e-mails.
Il m’arrive aussi d’aider en cuisine en faisant du pain ou des desserts pour le restaurant. Je suis payée 18 $ de l’heure, mais je sais que normalement ce type de poste serait plutôt payé autour de 20 $ de l’heure.

As-tu quelques infos pour les PVTistes qui seraient tentés de travailler à Kaikoura ?

A Kaikoura, il y a des postes à pourvoir principalement en cleaning dans les hôtels et beaucoup dans la restauration au service ou en cuisine !
Pour ce qui est de se loger, c’est plutôt facile quand on connait les filons comme les groupes sur Facebook. Niveau loyers, il y a un peu de tout et ça dépend si c’est en colocation ou non, meublé ou non… Ça peut commencer à 90 $ par semaine. Il y a aussi possibilité de loger long terme dans un hostel en faisant du WWOOFing. Quant au coût de la vie en général, je pense que ce sont les prix moyens de partout sur l’Ile du Sud.

Trouves-tu que le monde du travail est différent en Nouvelle-Zélande ?

Oui carrément ! Dans ce domaine en tout cas : les employeurs ne regardent pas ton CV et encore moins ton diplôme.
Tout ce qui compte est la motivation. La période d’essai est importante car c’est finalement à ce moment-là qu’on est jugé, et si ça ne va pas on est aussi licencié très facilement.
Pour ce qui est du rapport boss/salarié, c’est difficile à dire car je n’ai eu que 2 boss dans des domaines différents. Et que dans les 2 cas, je vivais avec eux !
Dans le domaine du tourisme/restauration, on dit que le client est roi… surtout avec Internet et la possibilité d’écrire un commentaire. Alors même quand on commence à perdre patience ou que l’on passe une mauvaise journée, il faut garder le sourire ! Globalement, les clients sont très sympas et curieux de connaître mon parcours et comment j’ai atterri là ! Quand je leur dis que je viens de Paris, c’est toujours une grande exclamation ! Il y a en effet une petite différence entre Paris et Kaikoura…
Niveau collègues, j’ai travaillé avec beaucoup de Français et tous sont devenus de très bons amis rapidement.

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Une fois ton PVT terminé, comment as-tu fait pour pouvoir rester en Nouvelle Zélande ?

J'ai obtenu un Work Visa en Sponsorship de 3 ans.
Les démarches et papiers ont pris un peu de temps et d'échanges avec l'immigration, mais avec un dossier bien monté, il est plutôt facile de l'avoir, en tout cas dans les lieux isolés.
Pour un Sponsorship Work Visa, j’ai dû passer un examen médical (en gros le médecin généraliste a un formulaire à compléter avec des questions classiques type : antécédents, taille, poids, forme physique générale… ), une radio des poumons et un bilan sanguin.
La partie médicale est la plus chère et m’a coûté autour de 400 $. Il a aussi fallu que je fasse traduire mes diplômes et mon extrait de casier judiciaire, cela coûte environ 50 $ par page.
Ensuite, le visa en lui-même m’a coûté 250 $. Donc il faut compter environ 1 000 $ au total.
L’employeur a aussi sa part de travail à faire : il doit envoyer des documents sur la santé financière du business, et surtout expliquer et prouver qu’un Néo-zélandais ne peut pas faire le job (et pas que pour des questions de compétences mais aussi par exemple de souci de disponibilité).
Dans mon cas, le fait d’être dans un petit village comme Kaikoura nous a beaucoup aidé ! Comme j’ai envoyé ma demande 3 semaines avant la fin de mon PVT, l’immigration m’a envoyé un « temporary Visa » le temps que mon dossier soit traité. Dans certains cas, il n’est pas possible de travailler en attendant.
Ensuite, l’Immigration a voulu plus de documents du côté employeur et des modifications dans mon contrat.
Ils voulaient plus de preuves qu’aucun Kiwi ne pouvait faire ce job, il a fallu publier une annonce sur Internet, et ils ont ensuite pris contact avec Work & Income, l’équivalent de Pôle Emploi, pour vérifier avec eux que personne à Kaikoura ne correspondait au profil recherché et avait les disponibilités (en terme d’horaires) très larges demandées.
Finalement, j’ai reçu mon visa presque 4 mois après.
Le problème étant que le dossier passe de main en main et qu’il faut tout le temps relancer et demander pourquoi ça traîne… Ne pas hésiter donc à appeler pour savoir où en est votre dossier et ce qui retarde le traitement. Et surtout dès le départ, envoyez un dossier le plus complet possible, mieux vaut trop que pas assez !

Peux-tu nous parler de la vie à Kaikoura ?

La vie à Kaikoura est simple et tranquille. Ce n'est pas très grand mais on a ce qu'il nous faut et surtout des paysages magnifiques. Il faut aimer la nature et être dehors. Sinon, Christchurch est à 2 h 30 en voiture, j'y passe donc souvent la journée voire la nuit pour faire mon shopping ou passer une bonne soirée dans un bar à cocktails ou un restaurant.

Il y a beaucoup de Français de passage et pour quelques mois l’été. Je sais que beaucoup travaillent dans les restaurants ! Sur du long terme, j’ai fait la connaissance d’une autre Française habitant à Kaikoura depuis plusieurs années !
S’agissant des Kiwis, je pense que comme partout, surtout à un certain âge, il n’est pas facile de s’intégrer et d’avoir des amis locaux. Tout le monde a déjà sa vie, sa famille, ses habitudes, et ses amis. Alors il faut faire des efforts, allez dans un club de gym, parlez aux locaux dans les bars… J’y travaille !

A Kaikoura, les principales activités se font en mer, la raison pour laquelle Kaikoura vit principalement l’été : observation des baleines, nage avec les dauphins et otaries, pêche de langoustes et poissons, kayak… Il y a aussi une très belle randonnée sur la péninsule ou le Mont Fyffe pour les plus courageux. Il faut faire un petit tour en ville, déguster une glace de chez « Poppys » ou acheter un petit souvenir avec du Paua ou du Jade chez « Southern Paua ».
Quand on y vit, il y a la salle de sport, je trouve ça génial d’avoir une salle de sport dans un village de 2 000 habitants ! Elle n’est pas très grande mais largement suffisante car il n’y a pas tant de monde… quand on vient de Paris, ça fait un choc ! Je fais aussi pas mal de plongée / snorkelling comme beaucoup de locaux, et il y a de quoi faire ici ! On peut attraper le dîner = langoustes et paua (ormeau) ! Il y a aussi des bons spots de surf.
Sinon, j’aime beaucoup aller à Hanmer Spring à 1 h 45 de route quand j’ai la journée libre, pour passer un peu de temps dans les sources chaudes (hot pools) ! Pour la partie culture et shopping, mieux vaut aller à Christchurch.

Sur place, nous avions un petit cinéma, et une piscine d’été, malheureusement en travaux depuis le tremblement de terre.

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Justement, peux-tu nous parler du tremblement de terre qui a particulièrement touché Kaikoura mi-novembre 2016 ?

J’ai vécu le tremblement de terre de 7.8 sur l’échelle de Richter à Kaikoura, j’étais chez moi, au lodge, il était 00 h 10, dimanche 13 novembre 2016.
Je m’en souviendrai toute ma vie. Il a duré presque 2 minutes, autant dire très long pour ce genre d’évènement.
Je me souviens avoir voulu sortir mais mon coloc/boss m’a retenue, sachant que le bâtiment a seulement 4 ans et a été pensé pour être para-sismique (principalement en bois) et que donc on ne risquait rien. Nous avions 12 clients au lodge, nous sommes allés les rassurer : pas facile car je tremblais encore, et la terre aussi !! Certains pleuraient, d’autres étaient inquiets de ne plus avoir d’internet… Nous entendions aussi les éboulements depuis les montagnes juste derrière nous. Je me souviens ensuite avoir essayé de capter une radio dans ma voiture (car plus d’électricité ou de quelconque réseau).
C’est là que j’ai entendu que presque toute la Nouvelle-Zélande avait ressenti la secousse et surtout que personne n’arrivait à joindre Kaikoura, que les routes étaient coupées en raison des éboulements et qu’ils ne savaient pas si il y avait des morts. Ils parlaient aussi d’une alerte tsunami. J’ai pris conscience de la gravité de la situation.
Autant dire que je n’ai pas dormi de la nuit.
Le lendemain à 7 h, il fallait nourrir les clients sans électricité et sans eau. Certains ont voulu partir pour leur prochaine destination : ils sont revenus 10 minutes plus tard ne pouvant même pas atteindre le centre-ville.
Je n’ai pu contacter mes proches que 48 h plus tard, tous avaient entendu la nouvelle et étaient inquiets. Les touristes ont été évacués par hélicoptère et bateau 3 jours après. L’électricité est revenue 6 jours après, le réseau 7 jours après et l’eau 3 semaines après.
Les routes étaient totalement inaccessibles pendant presque 1 mois, personne ne pouvait sortir ou rentrer.
La vie s’est un peu arrêtée, les touristes ont été remplacés par l’Armée et la Croix Rouge, la nourriture était réduite (pas de produits frais tels que légumes ou viande), certains produits comme le lait, le pain (ou la bière !!) étaient rationnés.
Ensuite, la route secondaire Inland Road, surnommée « Life line » a été ouverte sur enregistrement par « convoi » avec l’armée, encore jugée dangereuse en cas de pluie ou vents forts.
Puis un semblant de retour à la normale est arrivé juste avant Noël quand la route principale au sud de Kaikoura a été rouverte partiellement.
La route au nord de Kaikoura est toujours fermée, ce au moins jusqu’à Décembre 2017. On parle de montagnes tombées sur la route, de rails de train éjectés sur la plage.
Les conséquences ont été désastreuses pour beaucoup de business, nous vivons grâce au tourisme. Nous avons tous eu énormément d’annulation de réservation, certains hôtels et restaurants sont toujours fermés car en attente d’inspection d’ingénieurs et de travaux.
Certains touristes sont venus depuis janvier, motivés par l’observation des baleines ou la nage avec les dauphins. Mais le nombre n’a rien à voir avec les années précédentes ou ce qui était prévu avant le séisme.
Nous essayons maintenant d’aller de l’avant et préparer l’été prochain. Tout sera prêt pour accueillir les touristes et backpackers, nous pensons vraiment que nous serons plus forts de cette expérience et que nous allons rendre Kaikoura encore plus belle, intéressante et accueillante.

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Quels sont tes projets pour la suite ?

Je vais bientôt envoyer une demande de Visa Partnership avec mon petit ami Néo-zélandais !
Je ne sais pas encore combien de temps nous allons rester à Kaikoura mais nous avons des idées pour la suite, sûrement déménager plus proche de Christchurch car nous aimerions avoir une vie sociale plus animée. Niveau boulot, je pourrais sûrement trouver un travail dans la restauration ou l’hôtellerie mais je réfléchis aussi à chercher dans mon ancien domaine qui était le digital.
En gros pour l’instant, pas de retour prévu en France !

AUTEUR : Maud alias maud95

30 ans
Kaikoura, Canterbury, Nouvelle-Zélande

Commentaires

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Merci Maud, de m’avoir ramenée à Kaikoura en faisant cette interview !
Et merci de nous avoir partagé ton expérience là-bas.
Plein de bonnes choses pour la suite ! 😀

Une super expérience et beaucoup de courage! C’est génial ^^

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