Fruit picking : quand les Australiens doivent remplacer les pvtistes…

Date de publication : 29-01-2021

Auteur

Julie

Depuis bientôt un an, l’Australie est privée des milliers de nouveaux pvtistes qui arrivent habituellement tous les mois pour vivre une année de découverte et de voyage mais aussi pour gagner de l’argent, bien souvent en travaillant dans l’agriculture. Avant la pandémie, l’Australie accueillait plus de 200 000 jeunes en PVT chaque année, venus du monde entier !

Au cours des 10 derniers mois, beaucoup de pvtistes sont rentrés dans leur pays d’origine du fait de la pandémie ou parce que leur Visa Vacances-Travail arrivait à expiration. Certains ont pu rester avec un 2e ou un 3e Visa Vacances-Travail ou avec un visa 408 (en savoir plus), mais ça n’a pas été suffisant pour permettre aux fermiers de récolter tous leurs fruits et légumes.

Des Australiens qui avaient perdu leur emploi à cause de la pandémie ont décidé de se lancer dans l’aventure « fruit picking » et leurs retours, avec quelques mois de recul, sont assez intéressants.

Alors même que les fermes font face à une pénurie de main-d’œuvre, beaucoup d’Australiens (souvent jeunes) ont indiqué s’être vu refuser des postes. Ils étaient perçus comme des travailleurs « paresseux » ou ayant peur de travailler dur, par opposition, certainement, aux pvtistes.

Si certains de ces employeurs donnent un refus clair à ces candidats inhabituels, d’autres employeurs placent les chercheurs d’emploi australiens dans des situations qui les poussent à refuser le travail : on les dissuade de travailler dans le secteur, on évite la question des salaires ou encore, on leur fait remplir des candidatures bien trop compliqués pour des postes peu qualifiés. Une Australienne témoigne ainsi avoir dû remplir un formulaire de 100 questions pour postuler à un job pour ramasser des cerises, ce qui lui a paru aberrant pour ce type de poste.

Par ailleurs, des Australiens en recherche d’emploi dans les fermes ont aussi déclaré se retrouver face à des barrières inutiles, comme le fait d’être forcé à se loger dans des logements chers. Cela fait des années que les pvtistes ont parfois l’obligation de dormir dans une auberge de jeunesse bien précise pour pouvoir travailler dans la région, car c’est le gérant de cette auberge qui les met en relation avec des employeurs. On appelle ces auberges des « working hostels ».

Un Australien de 34 ans raconte ainsi avoir postulé à 20 jobs : soit ils lui étaient refusés parce qu’il était australien (c’était dit explicitement), soit il n’avait soudainement plus aucune nouvelle des employeurs lorsqu’il précisait dormir dans son van. Il conclut en disant : « I’m not as exploitable as a foreigner » (« je ne suis pas aussi exploitable qu’un étranger »).

Néanmoins, des Australiens ont quand même réussi à décrocher un job. Mais le résultat n’était pas beaucoup plus encourageant. Luka, un Australien de 19 ans, a ainsi tenté de travailler dans le domaine du fruit picking en Tasmanie et a touché, après 6 jours de travail, 280 $ (paie au rendement). Une fois son auberge de jeunesse payée, il ne lui restait plus rien !

Fair Work Ombudsman, l’autorité qui régit le droit du travail australien, publiait en 2018 un rapport qui recensait plus de 2 500 plaintes de travailleurs sous payés cette année-là (avec un manque à gagner qui atteignait le million de dollars australiens). Et ça, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg puisque beaucoup de pvtistes ne dénoncent pas leur employeur auprès de Fair Work Ombudsman.

La directrice du syndicat United Workers Union, Jannette Armstrong a déclaré ceci : “Le gouvernement et les grands supermarchés qui contrôlent notre chaîne de production de nourriture continuent à fermer les yeux sur les problèmes liés à l’horticulture. Le gouvernement en profite politiquement, et les supermarchés font des profits indécents. On ne dirait pas qu’ils souhaitent que ces problèmes soient résolus”.

Au travers de différents articles, on peut voir que beaucoup d’Australiens ont découvert l’envers du décor du fruit picking dans leur pays et le quotidien de ces jeunes backpackers, qui travaillent dur, parfois pour des salaires de misère. Espérons que cela permettra, à terme, de faire évoluer les choses.

Sources : The New Daily, ABC et Canberra Times.

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