Culture : les fêtes de fin d’année au Japon

Date de publication : 03-04-2017

Auteur

Mylène

Le Japon étant un pays où beaucoup de choses diffèrent de la France, il n’est pas étonnant qu’il en aille de même pour les fêtes de fin d’année. Voici comment se déroule Noël et le Nouvel An ici et ce que les PVTistes peuvent faire pour passer les fêtes à la mode locale.

Noël

Le Japon étant un pays très peu religieux en général et encore moins de tradition chrétienne, on peut être étonné la première fois d’apprendre que Noël est fêté en grande pompe ici. Tout comme pour Halloween, le Japon a embrassé cette fête occidentale en l’adaptant à sa culture et ses besoins et en gardant surtout le côté ultra-commercial.

Des illuminations par milliers

Pour les Japonais, qui dit Noël dit illuminations. Et dans ce domaine, en l’espace de seulement quelques années, le pays est devenu sacrément fort.

L’origine des illuminations n’a pourtant rien à voir avec Noël et n’est pas non plus très joyeuse. Tout à commencé dans la ville de Kobe (près d’Osaka) qui a subit un terrible tremblement de terre en 1995 qui a fait plus de 6 000 morts. Les illuminations ont commencé dans cette ville au mois de décembre, sous le nom de “Luminari”, en hommage aux victimes. Ces illuminations avaient également pour but de relancer le tourisme dans la région sinistrée pour faire repartir l’économie locale.
De ce point de vue, l’opération a très bien marché car depuis, les Japonais se pressent par milliers chaque année pour voir ces illuminations réputées être parmi les plus belles du pays.

Suivant l’exemple de Kobe, associées à la période de Noël qui faisait de plus en plus d’adeptes chez les commerçants, les illuminations sont devenues un vrai phénomène au Japon et les villes rivalisent d’inventivité pour attirer les touristes en cette période hivernale. Parmi les plus belles illuminations il y a :

  • Tokyo bien sûr, avec en tête le Garden place d’Ebisu, le Caretta Shiodome, Tokyo dome et Marunouchi, sans oublier les deux Disney à Chiba.
  • Sendai et son “Pageant of starlights”
  • Kobe et le “Luminari”
  • Nagoya et le “Nabana no sato winter illumination”

Et d’autres encore…

Les illuminations commencent dans la plupart des villes vers le 10 décembre et se terminent soit le 25 décembre, soit en janvier ou février. Vérifiez les dates avant d’y aller et évitez les weekends ou jours fériés car ces lieux attirent énormément de touristes sur une période limitée.

noel-tokyo-japon

Une fête de couple (ou entre amis)

Autant les illuminations ne vont pas vous dépayser, autant la façon de fêter Noël, elle si. Noël est une fête de couple au Japon, considérée comme encore plus importante que la Saint Valentin et le White day. Les restaurants sont pris d’assaut pour des dîners romantiques et les hôtels – y compris les “love hotels” – aussi.

Si vous voyagez le 24 décembre, il risque d’être très compliqué de trouver un hôtel car ils sont réservés des mois à l’avance, mieux vaut vous rabattre sur des options pour célibataires (capsule hotel, auberge de jeunesse, Airbnb…).

Si vous êtes célibataire, pas de panique, c’est le cas de beaucoup de gens au Japon même si tout le monde a l’air d’être en couple à l’approche de Noël… Nombreuses sont les Japonaises qui se font un dîner entre copines ou qui vont voir les illuminations ensemble. Les groupes de garçons sont eux un peu plus rares en cette soirée, il est vrai…

Comment est-on passé d’une fête de famille à une fête de couple me direz-vous ? Tout simplement parce que le pays a déjà une fête de famille bien établie, qui est le Nouvel An, Noël tel qu’il est en Occident serait donc en trop. Mais comme le pays aime bien consommer et qu’il est toujours friand de fêtes occidentales, il a tout simplement pris Noël en le transformant un peu pour l’intégrer dans sa culture. Et hop, le voici devenu la fête la plus romantique de l’année !

Du poulet frit et un “kurisumasu keki”

Si vous êtes déboussolé par le fait que Noël soit une fête de couple, attendez-vous à un choc lorsque vous apprendrez le repas star de la soirée : du poulet KFC et des “Christmas cake” qui ne sont autre que des fraisiers couverts de crème blanche.

KFC a eu en effet la géniale idée vers la fin des années 70 de faire croire aux Japonais que le poulet frit était le repas traditionnel aux États-Unis pour le 24 décembre. Dinde aux marrons, poulet frit… après tout c’est presque pareil… À force de publicités et offres promotionnelles, KFC a imposé les barquettes à partager en couple ou entre amis le soir de Noël.

Le gâteau lui, a répondu aux demandes des GI américains en poste dans le pays et en manque de sucre. Les Japonais ont déduit que les étrangers, ayant la dent sucrée, finissaient probablement toujours Noël avec un gâteau.
Cependant, le design de ce gâteau est 100 % japonais puisque la couleur blanche de la crème, le rouge des fraises et la forme ronde rappellent le drapeau national. Voici comment on en est arrivé là au lieu d’avoir une bûche au chocolat (bien que la bûche devienne de plus en plus à la mode, et sous son nom français, s’il vous plaît !).

Un défilé de pères Noël motards à Shibuya

Voici une coutume récente est dont l’origine est très floue. Il semble que les premiers pères Noël motards ont fait leur apparition à Hong Kong et que le Japon a repris cette mode.
Quoi qu’il en soit, le 24 décembre au soir, à heure et lieux relativement changeants (mais dans le quartier de Shibuya en tout cas), vous pouvez assister à un défilé de motos avec des pères Noël bikers.

Et les cadeaux, alors ?

Ça ne vous aura probablement pas échappé mais malgré ces adaptations, le côté cadeaux – et commercial, donc – a été gardé. On échange des cadeaux entre amoureux (généralement assez chers, d’ailleurs) et les parents achètent des cadeaux aux enfants. Mais cela ne va pas plus loin, pas de cadeaux à la famille ou aux amis en général. Il n’y a donc pas de frénésie dans les magasins comme nous avons en France, bien que cette période reste un bon moment de l’année pour les commerçants.

Attention, sachez que bien qu’il soit largement fêté, Noël n’est pas un jour férié au Japon. N’oubliez pas d’aller pointer au travail le 25 ! Par contre, le 23 est un jour férié, rien à voir avec Noël, c’est simplement l’anniversaire de l’empereur Heisei.

Le Nouvel An

Si Noël est un peu différent mais pas totalement étranger, il n’en va pas de même pour le Nouvel An qui est une fête très traditionnelle et très différente de notre Nouvel An en France. Oubliez les petits fours et l’alcool à profusion, c’est ici une fête de famille très calme et pleine de traditions à respecter.

Précisons tout d’abord que le Nouvel An au Japon suit le calendrier grégorien et n’a donc rien à voir avec le Nouvel An chinois qui n’est pas vraiment célébré ici. Bien que les Japonais aiment décorer leurs maisons avec le signe du zodiaque correspondant à la nouvelle année chinoise, ils suivent un calendrier différent, le même que chez nous. Ainsi, les Japonais anticipent d’environ un mois au niveau des décorations utilisant le nouveau zodiaque et considèrent plus ou moins qu’ils changent d’animal le 1er janvier (le calendrier lunaire qui est suivi en Corée et en Chine voit généralement tomber la nouvelle année entre la mi-janvier et la mi-février).
Ainsi, bien que cela soit un peu confus puisque vous allez voir le zodiaque chinois un peu partout au moment du nouvel an, pas d’amalgame, le Nouvel An japonais est le 1er janvier.

Une fête de famille

Insistons d’abord sur le fait que le Nouvel An est une fête de famille, c’est le Noël japonais, en quelque sorte. Probablement aucun de vos amis japonais ne sera disponible pour le fêter avec vous et les étrangers se retrouvent souvent à fêter le Nouvel An entre eux s’ils ne sont pas invités à le célébrer dans une famille japonaise. Au Japon, il y a deux fêtes très importantes au niveau familial et il est mal vu de ne pas y participer : Obon (en août) et le Nouvel An.
Ainsi, le pays entier a des vacances (généralement du 29 au 3) et peut rentrer à la maison pour fêter le Nouvel An en famille. C’est une fête calme, souvent passée devant la télévision à boire et manger en discutant entre proches. À la différence de chez nous qui faisons la fête et avons tendance à vouloir oublier l’année qui est passée, les Japonais préfèrent utiliser cette période comme un moment de réflexion sur ce cette année et à se préparer pour la nouvelle année.

Un vocabulaire précis à connaître

Comme rien n’est jamais vraiment simple au Japon, il y a des termes spécifiques à connaître pour cette fête du Nouvel An. Tout d’abord, la veille du jour de l’An, le 31 décembre donc, est appelé “Omisoka”. C’est l’un des jours les plus importants pour les Japonais. Jusqu’à ce jour, si vous rencontrez quelqu’un et voulez lui souhaiter une bonne année, il faudra dire “Yoi o-toshi wo”.

À partir de minuit, le 1er janvier donc, nous somme le jour du “Oshogatsu” et à partir de ce jour, pour souhaiter la bonne année à quelqu’un il faudra dire “Akemashite omedetou gozaimasu” (les jeunes réduisent à “AkeOme”). Si vous avez la télévision chez vous, vous pourrez constater le changement dans la façon de souhaiter la bonne année dans des publicités qui filment une version “Yoi o-toshi wo” et une version “Akemashite omedetou” qui sera diffusée dès minuit.

Une période noire dans les transports

Comme dit plus haut, la majorité des employés vont avoir plusieurs jours de congés pour pouvoir rentrer passer le réveillon chez leurs parents. Ainsi, c’est une période relativement noire pour voyager au Japon, bus, trains et avions sont souvent réservés longtemps à l’avance et bondés. Également, de nombreux magasins seront fermés (surtout vrai hors des grandes villes) et l’activité générale du pays sera au ralenti. C’est également la période la plus chargée de l’année pour les stations de ski, donc il vaut mieux éviter de vous y rendre cette semaine-là si vous n’aimez pas la foule.

En revanche, Tokyo a tendance à se vider, et de nombreux hôtels offrent des réductions pour attirer les clients. Si vous voulez donc voyager dans un Tokyo un peu plus calme qu’à l’habitude et moins cher, c’est pile le moment de l’année ! Il est d’autant plus intéressant de vous rendre à Tokyo à cette période si vous aimez le shopping puisque dès le 1er commence la folie fukubukuro que nous détaillerons plus bas.

Les fêtes entourant le Nouvel An : Bonenkai et Shinenkai

Le Nouvel An se fête donc en famille, cependant, vous ressentirez une atmosphère étrange entourant cette date, particulièrement autour des restaurants et izakaya ayant plus de “salaryman” ivres morts dans la rue qu’à l’habitude. C’est la faute au Bonenkai (une fête pour oublier l’année) et au Shinenkai (une fête pour accueillir la nouvelle année). Ces deux fêtes entourant le Nouvel An sont très similaires et de vrais institutions dans le monde du travail, elles méritent donc qu’on s’arrête un peu sur elles.

À la différence du Nouvel An, le Bonenkai et le Shinenkai ne sont pas célébrées en famille mais entre collègues ou entre amis. Ainsi, de nombreux Japonais doivent participer à plusieurs Bonenkai ou Shinenkai en décembre et janvier, ceux de leur entreprise plus ceux de leurs différents groupes d’amis.
Ces deux fêtes sont l’occasion d’une grande consommation d’alcool et favorisent ainsi le lâcher-prise et l’expression de ses sentiments. Nombres de petits incidents (surtout entre collègues) arrivent lors de ces fêtes et la règle à suivre se résume à : ce qui se passe au Bonenkai reste au Bonenkai !
Pour les Bonenkai et Shinenkai d’entreprise, le patron paie généralement la note pour les employés. Mais certaines entreprises peuvent demander une participation, généralement autour de 5 000 yens.
Dans tous les cas, il s’agira toujours d’un “tabehodai” (nourriture à volonté) et “nomihodai” (alcool à volonté) où vous allez être encouragé à beaucoup manger mais surtout à beaucoup boire. D’où le nombre de personnes en état d’ébriété encore plus élevé qu’à l’habitude dans les derniers trains en décembre (Bonenkai) et janvier (Shinenkai).

Il est à noter que le Bonenkai est aujourd’hui beaucoup plus suivi que le Shinenkai. Le Bonenkai est un tel événement qu’il peut être difficile de réserver pour un groupe dans les bons restaurants à cette période car tout est pris d’assaut des mois à l’avance par les entreprises. Généralement, le Bonenkai d’entreprise a lieu la veille des vacances ou très peu de temps avant celles-ci tandis que les Shinenkai et les Bonenkai entre amis s’étalent sur tout le mois.

Les préparatifs : ménage, décorations et dettes

En France, nous faisons souvent la cuisine et le ménage en vue de recevoir les invités pour le Nouvel An, au Japon c’est tout un autre programme ! Cette fête se prépare à l’avance et est vue comme une date butoir pour certaines choses qui doivent être réglées avant la fin de l’année.

Tout d’abord, il faut régler toutes vos dettes et problèmes en cours avant de finir l’année. Bien que cela ne soit pas toujours possible, les Japonais essaient cependant d’expédier les affaires courantes avant le Nouvel An pour ne pas s’attirer de malheurs l’année d’après. Dans le même registre, les entreprises sont particulièrement actives avant les fêtes et les employés font beaucoup d’heures supplémentaires pour finir les tâches en cours afin de commencer la nouvelle année du bon pied.

C’est aussi l’heure du grand ménage ! À la maison et au bureau, tout le monde se retrousse les manches pour nettoyer de fond en comble les lieux. Cela prend une tournure particulière à la maison car la maîtresse de maison n’est pas censée lever le petit doigt pendant les 3 premiers jours de l’année…

Au niveau des décorations, les choses là aussi ne sont pas forcément simples. Une fois le grand ménage fait, les décorations de Noël laissent place aux décorations beaucoup plus traditionnelles du Nouvel An.
Tout d’abord, il y a les “Kadomatsu”, qui vont toujours de pair, souvent constitués de pin et de bambou. Ils sont posés à l’entrée des maisons et sont là pour accueillir les dieux. Il est de mauvaise augure de les poser au dernier moment car cela risquerait de mettre en colère les dieux, on les voit donc généralement assez tôt, juste après Noël.
Le “Shimekazari” qui est est une couronne de paille de riz est accroché à la porte d’entrée et est censé repousser les mauvais esprits.
Enfin, cette fois à l’intérieur, se trouve le “Kagami mochi”, constitué de deux portions de mochi (qui représentent l’année passée et l’année qui arrive) et d’une clémentine posée au sommet. On le garde généralement en déco jusqu’au 7 janvier, date à laquelle vous pouvez le cuisiner (souvent grillé). À la fin de l’année, toutes ces décorations seront brûlées au temple et de nouvelles seront achetées pour l’année à venir.

Shimekazari-japon

Ce qui se passe le soir du réveillon… Qu’on se le dise, la Saint Sylvestre au Japon c’est famille, repas froid et télé pour une majorité de Japonais !

En effet, au Nouvel An, on mange froid : vu que la maîtresse de maison n’est pas censée effectuer de tâches ménagères du 1 au 3 janvier, elle ne cuisine pas non plus. Ainsi, il est de coutume de manger le plat traditionnel appelé “Osechi” constitué de légumes, viandes, fruits de mer et poissons souvent marinés dans du vinaigre (pour se conserver). Selon certains, c’est délicieux, d’autres vous avoueront que c’est plus agréable à voir qu’à manger… vous vous ferez votre opinion !
Autrefois préparé par les femmes de la famille avant le réveillon, aujourd’hui l’Osechi est très souvent commandé au supermarché dès la début décembre. Les prix ont de quoi faire peur, allant de 100 à 300 euros selon la taille des plats !
Un autre plat traditionnel est le “mochi” (vu plus haut notamment avec le Kagamimochi) un gâteau de riz légèrement délicat à mâcher. Blague à part, il y a des morts tous les ans à cause de ce gâteau, généralement de personnes âgées qui s’étouffent en le mangeant, nous vous conseillons donc d’y faire particulièrement attention !

La majorité des Japonais ne sortiront pas de la nuit et passeront la soirée devant la télévision. À partir de 19 h 15 très exactement : c’est le début du Kohaku Uta Gassen. Loin d’être une banale émission compte à rebours du Nouvel An, le Kohaku est une véritable institution au Japon et existe depuis presque aussi longtemps que la télévision ! En 2016, le Kohaku en était à sa 67e édition. Avant de passer à la télévision sur la chaîne publique NHK, l’émission passait à la radio, là aussi sur NHK.

Le Kohaku est un marathon musical de 4 h 30, qui rassemble le gratin des chanteurs du pays. Ils sont divisés en deux équipes, l’équipe rouge pour les femmes et l’équipe blanche pour les hommes. Les présentateurs changent tous les ans et font eux aussi partie des personnalités en vogue au Japon. Que ce soit en tant que présentateur ou chanteur, participer au Kohaku est un grand honneur et un tournant dans la carrière de beaucoup de stars japonaises. Refuser de participer au Kohaku peut en contrepartie entacher votre réputation et vous attirer les foudres de la toute puissante NHK…

L’émission fut pendant longtemps le programme télé le plus regardé de toute l’année mais sa popularité est en baisse, surtout auprès des jeunes. Malgré tout, elle reste l’émission musicale la plus regardée. Elle est aujourd’hui concurrencée entre autre par le sport (de combat, type K-1) et d’autres émissions, souvent humoristiques. Le Kohaku rend l’antenne à 23 h 45 pour laisser place aux retransmissions des feux d’artifices ou des reportages en direct des temples pour la première prière de l’année.

Cependant, si vous avez la télévision, il n’y a pas que le Kohaku qui pourrait être intéressant à regarder. Le lendemain, sur presque toutes les chaînes, des émissions spéciales avec reportages dans différentes régions du Japon présentent des événements locaux pour fêter la nouvelle année, à commencer par le lever de soleil (le plus célèbre étant celui au-dessus du Mont Fuji) des défilés, des baignades dans l’eau glacée, du Kabuki…
La télévision japonaise est généralement d’une qualité, disons douteuse, mais elle devient culturellement très riche le jour du Nouvel An. Pas besoin de comprendre le Japonais pour en profiter et avoir un aperçu des nombreux folklores du pays.

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