Claire : être infirmière au Québec pendant un PVT

Article publié le 20-11-2018.

Claire alias ClaireBC

Claire alias ClaireBC

  • Localisation Montréal, QC, Canada
  • Profession Infirmière
  • Dernier diplôme obtenu Licence

À lire : un recueil d’entretiens de pvtistes partageant avec vous leurs expériences et leurs états d’âme. Plus d'infos...

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Claire a décidé de partir s'installer à Montréal lors de son PVT et de continuer à exercer son métier d'infirmière. Elle nous explique les différentes démarches à réaliser, nous parle de son quotidien et nous donne ses conseils pour une transition réussie !

Bonjour Claire ! Peux-tu te présenter ?
Bonjour ! J’ai 25 ans et je suis infirmière depuis juillet 2017. J’ai fait mes études dans le sud de la France, à Nîmes, d’où je suis originaire. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme d’infirmière, j’ai d’abord travaillé en intérim pendant 3 mois dans une clinique psychiatrique auprès des adolescents. Puis j’ai obtenu un poste de nuit à temps partiel dans une clinique de rééducation orthopédique où j’ai exercé pendant 7 mois avant de venir au Canada.
Tu as choisi de partir en PVT au Canada, plus précisément à Montréal. Pourquoi avoir choisi ce pays, et cette ville en particulier ?
Je dirais que j’ai été motivée à venir ici pour plusieurs raisons.

D’abord, je savais que je ne voulais pas continuer à vivre et exercer mon métier en France. Les conditions de travail ne me satisfaisaient pas. Le salaire et le peu de reconnaissance non plus… Alors, depuis le début de mes études, je pensais à plusieurs pays dans lesquels je pourrais aller exercer. J’ai d’abord pensé aux DOM-TOM car cela me paraissait plus simple au niveau des démarches (pas de visa, ni de reconnaissance de diplôme à demander). Et, durant ma dernière année d’étude, je suis partie faire mon stage préprofessionnel dans un hôpital à Tahiti. Puis j’ai comparé les avantages/inconvénients à vivre sur une île et je me suis rendue compte que ce n’était pas tout à fait compatible avec mon style de vie. J’ai terminé mes études en mettant en suspend le projet de m’expatrier, en attendant de réfléchir.

Juste après l’obtention de mon diplôme en juillet 2017, j’ai été invitée au mariage d’une amie, j’ai rencontré son frère lors de cet événement. J’en suis tombée amoureuse. Et il se trouve qu’il vivait au Canada depuis 5 ans, à Montréal. J’avais pensé au Canada lors de mes études, mais je ne m’étais pas suffisamment renseignée sur les démarches pour m’expatrier. Alors j’ai commencé à me renseigner au sujet des démarches pour la reconnaissance du diplôme et les visas. J’étais éligible à plusieurs programmes, notamment le permis de travail fermé (mais il fallait que je réussisse à me faire embaucher depuis la France) et le PVT.

Je suis tombée sur le site pvtistes.net, que j’ai commencé à lire et parcourir. Je me suis dit “pourquoi pas, tentons-le”. Cela tombait à la bonne période, car c’était proche de l’ouverture pour le bassin PVTistes 2018. Je me suis inscrite dès l’ouverture du bassin. Même pas 1 mois après, j’étais tirée au sort ! Croyez-le ou non mais je me suis dit que c’était un signe du destin.
Le choix de la ville de Montréal était assez évident pour moi, car c’était là où mon copain vivait, j’allais donc le rejoindre là-bas.

Montréal Claire infirmière PVT

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En France, tu es donc infirmière, et tu voulais continuer ce métier au Québec. Quelles démarches as-tu dû faire ?
Octobre 2017 : en premier, je suis allée sur le site de l’OIIQ (Ordre des Infirmières et Infirmiers du Québec), où j’ai fait une demande de “trousse” pour la reconnaissance du diplôme. Quelques jours après, je recevais un mail contenant tous les papiers à remplir, avec une liste des photocopies à fournir. Parmi ces papiers, il y a un formulaire que j’ai fait remplir par l’ONI (Ordre National des Infirmiers, de France). Donc avant toute chose, il faut être inscrite au tableau de l’Ordre des infirmiers Français. Un autre formulaire que j’ai fait remplir par l’IFSI dans lequel j’ai fait mes études. Et un papier à faire remplir par chacun des employeurs pour lesquels j’ai travaillé (je les ai fait remplir mais j’ai appris par la suite que si tu travailles depuis moins de 4 ans, cela n’est pas nécessaire). Ces formulaires sont directement renvoyés à l’OIIQ par les structures qui les ont remplis (c’est obligatoire). De mon côté, j’ai renvoyé les photocopies demandées (Diplôme d’Etat par exemple) ainsi que le formulaire d’autorisation de prélèvements des frais d’équivalence (environ 500 €).

Décembre 2017 : Une fois que l’OIIQ a reçu tous mes papiers, ils m’ont envoyé un mail pour me confirmer de la réception et du traitement du dossier. Ils m’ont prélevé assez rapidement des 500 € aussi, soyez prévoyants !

Janvier 2018 : J’ai reçu un mail de confirmation sur le fait que mon diplôme était reconnu au Québec et qu’il me fallait désormais trouver un stage d’équivalence de 75 jours. En pièce jointe, ils m’ont envoyé un formulaire à remplir où il faut y renseigner les coordonnées de l’employeur.

Avril 2018 : Arrivée au Québec.

Mai 2018 : Après mon entretien fructueux pour l’Hôtel Dieu de Sorel, j’ai rempli et envoyé ce formulaire. Il m’a fallu attendre quelques jours avant le début du stage pour recevoir le PRT (Permis Restrictif Temporaire) qui m’a permis de commencer mon stage le 3 juillet 2017.

Tu as donc fait un stage d’équivalence. Comment l’as-tu décroché, et comment ça s’est passé ?
Environ 1 semaine après être arrivée à Montréal, j’ai commencé à lister tous les hôpitaux francophones dans lesquels je pouvais postuler. Puis je suis allée déposer directement mes candidatures sur les sites internet de ces différents hôpitaux. Je ne suis pas passée par RSQ (Recrutement Santé Québec), car après les avoir contactés à plusieurs reprises, ils ne pouvaient pas me rencontrer avant plusieurs semaines.

J’ai postulé dans 4 hôpitaux (CHUM, CISSS Montérégie Est, CIUSSS Montréal Nord et Sainte Justine). En l’espace de 4-5 semaines j’ai reçu 2 propositions pour passer des entretiens. Le premier au CHUM et le 2ème à l’Hôtel Dieu de Sorel en Montérégie Est. J’ai eu une réponse négative pour le CHUM mais une semaine après j’étais recrutée à Sorel ! L’entretien était découpé en 2 parties, la première concernait mes motivations et la deuxième c’était des expositions de cas avec des questions de mise en pratique.

Je réside à Montréal et je fais les trajets jusqu’à Sorel tous les jours, cela me prend environ 1 h. Avec le temps on s’habitue et c’est largement faisable.

Montréal Claire infirmière PVT

Le stage a duré 75 jours. Il était en 2 parties. Durant 30 jours, j’ai été jumelée à une infirmière. J’ai gardé la même infirmière durant ces 30 jours. J’ai trouvé cela rassurant car elle a appris à me connaître et a su me guider dans ma progression. Une fois cette période de jumelage terminée, on passe en autonomie pour 45 jours, jusqu’à la fin du stage. Pour moi, cela s’est fait progressivement, j’ai d’abord pris 4-5 patients pour moi et ensuite j’ai commencé à gérer un secteur.

A la fin des 75 jours d’adaptation, il y a eu une rencontre avec la gestionnaire de service et une conseillère en soins infirmiers, qui m’ont rempli une feuille d’évaluation. Elle a ensuite été envoyée à l’OIIQ pour la reconnaissance définitive de mon diplôme. Cela a pris 2 semaines pour recevoir par la poste… Le GRAAL, le tant attendu permis d’exercer en tant qu’infirmière clinicienne au Québec !

Personnellement, après mon stage, l’hôpital dans lequel je l’ai fait a décidé de me garder. Cela se passe très souvent comme ça. Maintenant, je travaille à temps plein dans un service de médecine polyvalente. Je vais bientôt être formée en pédiatrie et maternité pour pouvoir tourner sur plusieurs unités, car mon poste correspond à un poste d’équipe volante.

Comment se passe une journée type en tant qu’infirmière clinicienne au Québec ?
Cela dépend du type de poste que tu as. Les infirmières cliniciennes au Québec peuvent accéder à des postes spécifiques, ou à responsabilités (assistante chef, infirmière des plaies, infirmière de liaison…). Mais tu as aussi beaucoup de clinicienne qui ont des postes de “techniciennes”, elles travaillent dans des services, comme ce que tu peux trouver en France. Et dans ces cas-là, la journée se compose en fonction de la spécialité du service.

Les horaires ici sont : Jour (7 h 45 - 16 h), Soir (15 h 45 - 00 h) et Nuit (23 h 45 - 8 h) très souvent. Certains hôpitaux fonctionnent en 12 h.
Par exemple, dans mon service, en jour, on va commencer par faire le tour des patients, prendre les signes vitaux, faire les glycémies, donner les médicaments de 8 h. Ensuite, dans la matinée, on va s’occuper d’administrer les perfusions, faire les pansements, les tests d’hypotension orthostatique par exemple. Ensuite, on donne les médicaments de 12 h. Il y a un second tour à 13 h où on reprend les signes vitaux. Puis à nouveau des perfusions à donner vers 14 h. Il y a aussi souvent des patients sortants ou des admissions à toute heure de la journée. Et la fin de la journée se conclut souvent par de l’administratif.

En ce qui me concerne, l’ambiance au travail est plutôt bonne. Je me suis totalement intégrée à l’équipe et j’adore travailler avec eux. Ils aiment bien m’apprendre des expressions québécoises, et me questionnent sur la France et sur mon métier là-bas.

Les relations avec la hiérarchie sont aussi plus souples qu’en France, je trouve. Le tutoiement est très courant ici. Et ça ne va pas choquer un directeur, ni un superviseur si tu te mets à le tutoyer. Le respect ne passe pas forcément par l’usage du vouvoiement. J’avoue que c’est quelque chose que j’apprécie, on se sent plus à l’aise pour discuter avec quelqu’un. D’ailleurs, il n’y a pas qu’avec la hiérarchie, on tutoie souvent les patients et eux aussi en retour, ça ne gêne personne. Et je trouve que ça aide à créer de la confiance dans la relation de soins.

Si tu devais comparer le métier d’infirmière en France et au Québec, quelles seraient les plus grandes différences ?
Il y a pas mal de différences, je vais essayer d’en citer quelques-unes...

En premier, ce qui m’a marqué ce sont les différents statuts. Ici, il y a des infirmières auxiliaires, des infirmières techniciennes (que l’on appelle souvent “infirmières”) et des infirmières cliniciennes. Elles n’ont pas fait les mêmes études et elles n’ont pas le même champs de compétences. Pour plus de précisions sur les différents statuts, je vous conseille la lecture de cet article du blog de “2 corses au Québec”.
Lorsque nous terminons notre stage de 75 jours, nous obtenons le statut d’infirmière clinicienne.

Une autre différence est la façon de travailler. On travaille en équipe, à plusieurs échelles. D’abord, on travaille par binôme infirmière/infirmière auxiliaire. A deux, on s’occupe de 14 patients maximum. Puis il y a l’assistante chef, qui est une clinicienne, qui fait le lien entre les infirmiers et les médecins, si l’on détecte quelque chose d’anormal chez un patient ou bien quand il y a une modification de la médication. On a une commis, ou secrétaire, qui va s’occuper de la gestion des dossiers, la prise des rendez-vous, nous informer des examens des patients par exemple. Bien-sûr, on a les préposés aux bénéficiaires (équivalents des aide-soignants), les ergothérapeutes, physiothérapeutes (équivalent des kinésithérapeutes), travailleurs sociaux, etc.

Une autre chose m’a marquée quand j’ai commencé à faire mon stage, c’est le degré d’autonomie des infirmières. Par exemple, on a le droit de prendre des ordonnances verbales ou téléphoniques. On a les compétences cliniques pour initier ou modifier les recettes des pansements selon le type de plaies. En France, on a aussi ces compétences mais j’ai souvent travaillé dans des endroits où les médecins s'octroyaient le droit de décider seuls des recettes des pansements. Les protocoles sont toujours mis à jour, donc dans de nombreuses situations, on peut s’en servir au lieu d’appeler le médecin (exemple : constipation, hypoglycémie et bien d’autres que je n’ai pas en tête...).

Et enfin, une dernière différence, et non des moindres… Le salaire ! En étant stagiaire, j’étais payée 22,06 $ / h brut. Ce qui correspond à environ 2400 $ /mois net. Quand on finit notre stage, on nous reconnaît clinicienne, donc notre statut change, on commence directement à l’échelon 8, voire plus selon les années d’expérience que l’on a accumulées en France. Là, on est payé 30,93 $ / h brut. Donc environ 3 400 $ nets qui entrent dans votre compte chaque mois… Certains hôpitaux comme le CHUM vous payent à l’échelon 8 dès le début de votre stage. D’autres appliquent le changement à la fin du stage seulement.

Est-ce qu’il y a eu des moments difficiles depuis ton arrivée au Canada, où tu as douté de ton choix ?
Il y a eu des moments difficiles, oui. Quand on quitte tout ce qu’on avait pour reconstruire sa vie ailleurs, c’est parfois difficile. Mais je ne regrette absolument pas mon choix ! Après 7 mois au Québec, je dirais que mon pays ne me manque pas, mais ce sont ma famille et mes amis qui me manquent le plus. Heureusement qu’ils viennent me voir ici de temps en temps.

Les conditions de vie et de travail ici sont tellement agréables que tu n’as pas envie de faire marche arrière. J’ai appris à aimer à nouveau mon métier. Alors que je commençais à détester travailler en France à cause des conditions de travail déplorables… J’ai aussi apprécié le fait d’avoir un salaire qui me permet de me faire plaisir mais aussi d’arriver à mettre de côté pour les beaux projets que nous envisageons, mon copain et moi.

J’ai eu quelques petits coups de blues, notamment quand j’ai eu une réponse négative suite à l’entretien au CHUM. Ou bien la première fois que j’ai mis le nez dehors par -15° avec mon petit manteau français, pas du tout adapté au froid canadien !
Mais c’est un pays qui a tellement à offrir à ses citoyens, que les coups de blues restent passagers.
Tous les expatriés vous le diront ! Les coups de blues on en a, mais ça finit par passer.

Et quels sont tes meilleurs souvenirs ?
J’en ai tellement ! Mais je crois que c’est à chaque fois que je découvre une nouvelle place au Canada, je m’émerveille toujours autant, tellement c’est beau !
Montréal Claire infirmière PVT
Montréal Claire infirmière PVT
Montréal Claire infirmière PVT
Montréal Claire infirmière PVT
Montréal Claire infirmière PVT
Quels conseils donnerais-tu à un infirmier français qui souhaite venir exercer au Canada ?
Croyez en vos rêves, croyez en vos projets. On part de rien du tout, d’une simple idée qui nous traverse l’esprit. La concrétiser prend parfois du temps et de l’énergie. Mais quel sentiment de satisfaction énorme lorsque l’on arrive enfin à concrétiser ce beau projet !

Soyez organisés, n’hésitez pas à faire des listes. Les démarches prennent du temps, demandent de multiples papiers en tous genres…

Ne restez pas focalisés sur les hôpitaux dans le centre ville… Élargissez votre champ de recherche aux hôpitaux de régions, vous allez multiplier vos chances d’obtenir un entretien d’embauche.

Travaillez au minimum 6 mois à 1 an, à temps plein, dans un service technique (médecine, chirurgie, réanimation, urgence, pédiatrie…) avant d’immigrer au Québec, afin d’avoir une expérience pertinente qui va vous aider dans vos procédures d’embauche ici.

Et pour finir, quels sont tes projets, pour ton PVT, et même après ?
Mon PVT prend fin en avril 2020. D’ici là, je vais continuer à travailler dans l’hôpital dans lequel je suis, car je m’y plais. Une fois que j’aurai cumulé 1 an de travail à temps plein pour mon employeur actuel, je vais faire la demande de Résidence Permanente via le PEQ (Programme de l’Expérience Québécoise) afin de résider définitivement au Québec.
A côté de mon travail, je vais profiter de mes jours de repos pour continuer à découvrir ce pays exceptionnel qu’est le Canada !

Merci à Claire d'avoir pris le temps de répondre à nos questions !

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Commentaires

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Mathieu
21.6K 11.5K

Très intéressant Claire, merci beaucoup d’avoir partagé ton expérience !

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Merci pour tes commentaires.

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Bonjour, je voudrais avoir des renseignements sur le travail des aides soignantes au Canada. Je suis aide soignante depuis 6 ans en France. je suis inscrit au PVT 2019 pour le Canada. J’ai demander sur le groupe Facebook PVT Canada 2019 si je devais reprendre mes étude pour travaillée en temps d’aide soignante ? il y a des personnes qui m’ont dit oui et le pvt ma envoyer un lien sur infirmière. mais AS et IDE c’est pas la même chose en France. merci de vos réponse et bon week end

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