ELDIABLO : dessinateur, scénariste et réalisateur à Montréal [CONCOURS]

Article publié le 11-11-2019.

À lire : un recueil d’entretiens de pvtistes partageant avec vous leurs expériences et leurs états d’âme. Plus d'infos...

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Boris, alias ELDIABLO, est un dessinateur, scénariste et réalisateur, désormais installé à Montréal. Il nous raconte son parcours…

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Bonjour Boris ! Peux-tu te présenter ?
Je suis ELDIABLO, artiste multi-casquettes de 48 ans, ayant grandi en banlieue parisienne. J’ai commencé ma carrière d’artiste dans le graffiti à la fin des années 80, avec le collectif PCP (petits cons de peintres). Plus tard, j’ai publié mes premières planches dans la revue PSIKOPAT (de 1991 à 1995); Ces courtes histoires qui racontaient ma vie et mes galères de jeune banlieusard ont ensuite servi de base à la série animée LASCARS (coécrite et coréalisée avec d’autres éminents membres du collectif PCP), puis au long métrage du même nom.

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Je suis aussi coauteur de la série animée LES KASSOS, et enfin scénariste de pas mal de beaux projets BD, tels UN HOMME DE GOUT (avec Cha), MONKEY BIZNESS (avec Pozla), RUA VIVA (avec Julien Loïs). Plus mes projets complétement persos (Wesh! Caribou, Radical Wars, etc.)
Par ailleurs je suis également peintre, artiste plasticien, et en instance de coréaliser mon premier long métrage en prise de vue réelle. Pas le temps de niaiser, comme on dit ici !

Tu as choisi de partir vivre à Montréal en 2015. Pourquoi avoir choisi le Canada, et plus particulièrement la ville de Montréal ?
C’est un choix personnel qui me trottait dans la tête depuis très longtemps. En fait je viens de retomber en fouillant dans un vieux carton, sur une vieille planche BD de l’époque Psikopat ou je parlais déjà de partir vivre au Canada (suite à la promulgation des lois Pasqua).
L’Amérique du Nord m’a toujours attiré, je passais mon temps à essayer de réunir les sous pour partir faire le con à New York dès que je mettais trois mille balles de côté. A l’époque c’était la Mecque du Hip-Hop et donc mon lieu de vacances de prédilection.
Par la suite, de nombreux amis sont allés faire un tour de l’autre côté de la frontière. Je n’ai visité Montréal qu’en 2009, et j’ai tout de suite accroché. Le mariage parfait entre mégalopole nord-Américaine avec la tranquillité d’une ville de province; Ajoutez à ça les rudes hivers, qui en font fuir plus d’un mais qui, dans mon cas, sont un vrai kif; Mon côté homme du Nord, sûrement.
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Avec quel permis es-tu parti au Canada ? Quel est ton statut aujourd’hui ?
Comme j’ai emménagé avec mes quatre mômes, j’avais pas le choix, il me fallait la totale : J’ai donc tout de suite opté pour la Résidence permanente, qui est la Rolls des permis d’immigration (juste après la citoyenneté). Ça m’a couté un bras (pas loin de 6 000 balles pour toute la famille, si j’ai bonne mémoire), et ça nous a pris deux ans et demi pour obtenir le fameux visa. Les petits tracas ont surtout été d’ordre administratif : devoir remplir un dossier de 875 pages, retrouver le lieu de résidence de ton arrière-grand-mère de 1875 à 1892, ce genre de trucs. On peut dire qu’il y’a un écrémage dès le début : les gens qui sont atteints d’une phobie administrative extrême ne devraient pas se lancer là-dedans… En même temps je dis ça, mais c’est mon cas. Il faut croire que la motivation était grande
En ce moment, on est en demande de citoyenneté. Affaire à suivre !

On vous présente tous les permis et visas pour le Canada dans ce dossier.

Te souviens-tu de tes premiers jours au Canada ? Quelles ont été tes impressions ?
Mes premiers jours en tant que visiteur, c’était que du bonheur : plein été, un temps magnifique… Je me suis tout de suite fait une tonne d’amis (notamment Farès « Unclefofi », le taulier du Couscous Comedy Show, dîner spectacle incontournable à Montréal).
Cette année-là, le festival Fantasia présentait mon long métrage LASCARS, on a été accueillis comme des princes.
Bref, que du bonheur, le Québec nous a tout de suite plu.
Par la suite, on a fait trois autres voyages de « repérage » (en 2011, 2013 et 2015), avant de recevoir le fameux sésame.
L’installation effective 6 ans après a été plus dure : balancer toute sa vie dans un gros container pour traverser l’Atlantique et aller relancer les dés à 8 000 kilomètres de chez papa-maman demande une grosse dose d’énergie, d’optimisme et de pugnacité; Mais j’ai toujours été un gars têtu. Après une année pleine de péripéties tant administratives qu’humaines, et en gros le temps de se poser pour de bon, j’étais HS. Mais c’était que du bonheur. Aucun regret.
Tu vis donc à Montréal depuis 4 ans maintenant… Est-ce que la France te manque parfois ?
Mes amis de France me manquent souvent, ma famille aussi. Après, je dirais qu’immigrer en 2015, c’est pas du tout la même chose que ça ne l’a été il y a 20 ans. Les réseaux sociaux, Skype, etc. font beaucoup pour raccourcir les distances, et finalement on ne perd jamais le lien avec les gens importants qu’on a laissé là-bas. C’est assez confortable.
Par ailleurs, certains éléments de la gastronomie française peuvent me manquer (le vin qui coûte moins de 20 dollars la bouteille, la baguette à 1 euro, etc.). Mais c’est pas grand-chose en comparaison de la qualité de vie trouvée ici.
As-tu pu facilement continuer à travailler dans ton domaine lorsque tu es arrivé à Montréal ?
En fait, un artiste comme moi peut théoriquement travailler de partout dans le monde : mes éditeurs et producteurs sont pour la plupart en France, mais à part les six heures de décalage, c’est comme s’ils étaient à 500 mètres de chez moi;
Pour ce qui est de mon implantation en tant qu’artiste ici à Montréal, ça prend bien sûr du temps (quand tu arrives, personne n’attend après toi, qui que tu sois). Cependant, j’ai déjà bossé sur de belles collab, notamment avec des street artists locaux (fresques de rue, expos en galerie...) J’ai aussi travaillé sur des projets passionnants (mon album RADICAL WARS est issu d’un travail que j’ai commencé ici avec des jeunes « ex-radicalisés », dans le cadre du CPRMV). Je bosse aussi régulièrement avec l’équipe des « têtes à claques ». J’ai aussi créé des sculptures urbaines à base de cônes orange, nommées URBANUKSHUK.
Bref, l’un dans l’autre, je m’éclate !
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Tu as récemment publié une bande-dessinée, « Wesh! Caribou ». Tu nous en dis plus ?
À la base, cet album était une commande de la revue FLUIDE GLACIAL : la mission était de faire un « carnet de bord d’immigration ». Tous les mois, je sortais une petite histoire de 2 à 4 planches, pour raconter mon parcours, mes découvertes, les incompréhensions culturelles, etc. Le plus dur, ça a été de trouver l’angle négatif. Pour faire rire, il vaut toujours mieux raconter des galères de vie. Mais comme j’étais sur mon petit nuage, il a fallu que je me fasse violence pour trouver des aspects sordides à mon parcours d’'immigré. J’ai tout de même fini par en débusquer. En lisant l’album, vous vous apercevrez que c’est quand même infiniment moins compliqué que de déménager à Paris quand on est de Bamako !

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Par la suite, au bout de trois ans de publications, s’est posée la question d’en faire un album. Les éditions Rouquemoute se sont tout de suite intéressées au projet. Ça s’est signé très vite. Une partie de l’album a été financée par crowdfunding (Ulule), et on a pété les scores ! Preuve qu’il y’a un réel engouement des Français pour l’immigration au Québec.
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Quels conseils donnerais-tu à un jeune Français qui aimerait travailler dans le domaine artistique à Montréal ?
Mmmh, je dirais que Montréal est une ville très dynamique, et ou les relations se nouent très rapidement. Après, il faut bien savoir que personne n’arrive ici en terre conquise. Qui que tu sois, il faut faire tes preuves. Et il y’a de la concurrence !
Mais contrairement à un certain milieu artistique français ou tout le monde se tire dans les pattes, je dirais qu’ici la culture est plus basée sur la saine émulation, voire l’entraide.
Il faut savoir aussi que Montréal est vraiment divisée en deux, socialement : à la louche, l’Est c’est la pouponnière des artistes, l’Ouest est beaucoup plus riche, mais paradoxalement, les gens achètent plus de grosses bagnoles que d’œuvres d’art.
Quels sont tes meilleurs et tes pires souvenirs au Canada depuis ton arrivée ?
Mon pire souvenir, c’est une rencontre avec un taré d’un mètre quatre-vingt-quinze, défoncé au crystal meth, qui m’a sauté dessus dans la rue un matin, et qui m’a pété la mâchoire. Trois mois à bouffer à la paille… Paradoxalement, j’ai vécu 15 ans dans le 93 et il ne m’est jamais rien arrivé, il aura fallu que j’arrive dans la ville la plus tranquille du monde pour tomber sur un os. Mais je suis du genre à ne rien faire comme tout le monde.
Deux opérations et un an plus tard, je suis comme neuf.
Les meilleurs souvenirs, je ne les compte plus : week-ends au chalet par tous les temps (automne, été, hiver), d’innombrables belles rencontres, des lieux magnifiques (Tadoussac, Québec, les iles de la madeleine, le Maine juste à côté, etc.), la solidarité entre immigrés, le bel accueil que m’ont fait des Québécois qui sont devenus des amis précieux… En fait chaque jour est un bon souvenir.
Et pour finir, quels sont tes projets maintenant ?
Je continue à travailler sur huit projets en même temps, aussi bien avec la France qu’avec ici. J’ai notamment dans les tuyaux deux projets de long métrage, trois albums BD sur le feu, et une série télé en préparation. Bref, encore une fois… PAS LE TEMPS DE NIAISER !

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Commentaires

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Belle expérience ! Et j’adore son travail. Bon je peux avoir ma BD maintenant ?

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J’ai adoré les lascars ! Très beau travail :) J’espère pouvoir lire wesh! caribou un jour.

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Carô
9K 4.8K

Membre officieuse du MLPOQDSES, je mets évidemment un pouce bleu azur pour ce concours. :)

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Hâte d’avoir du fun avec cette BD! Bon travail!

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Très intéressant ! En tant que nouveau Pvtiste à Montréal, je trouve ça super sympa.

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Actuellement en plein préparatifs en vue du départ, des anecdotes sous forme de bd que demander de mieux 😁

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Grand fan des lascars !!!

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Merci pour cet article, ELDIABLO a l’air d’avoir une bonne vibe. J’adorerai gagner sa bédé!

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