- Chapitre 1 : Hiérarchie et âge en Corée du Sud : des codes sociaux essentiels
- Chapitre 2 : Ne pas perdre la face en Corée du Sud : un principe social fondamental
- Chapitre 3 : Le service militaire en Corée du Sud
- Chapitre 4 : La religion en Corée du Sud
- Chapitre 5 : Relations hommes-femmes en Corée du Sud : entre traditions et inégalités
- Chapitre 6 : Alcool et cigarette en Corée du Sud : des piliers de la vie sociale
- Chapitre 7 : Éducation en Corée du Sud : pression scolaire et compétition extrême
- Chapitre 8 : Le culte de la beauté en Corée du Sud
Relations hommes-femmes en Corée du Sud : entre traditions et inégalités
Des rôles traditionnellement définis
La société coréenne est une société patriarcale où traditionnellement hommes et femmes ont des rôles assez définis.
La figure de la femme idéale est souvent associée à une image féminine, soignée, pourvue de bonnes manières et maternelle. Historiquement, on attendait des femmes qu’elles privilégient leur vie de famille, pour certaines en mettant leur carrière de côté après le mariage. L’homme, quant à lui, est traditionnellement perçu comme le principal soutien financier du foyer, chargé de subvenir aux besoins de sa famille.
Même si ces représentations sont toujours présentes, elles ne reflètent plus l’ensemble de la société coréenne actuelle.
Des inégalités persistantes
En 2024, la Corée du Sud était le pays de l’OCDE avec l’écart salarial entre les hommes et les femmes le plus important. Le salaire médian des femmes était en moyenne de 29 % inférieur à celui des hommes. La moyenne de l’OCDE était de 10,3 % et celle de la France de 6,6 %.
La Corée du Sud est un des pays avec le plus haut taux d’éducation du monde, et malgré un accès à l’éducation équivalent entre les deux sexes, l’accès à l’emploi au sortir des études est quant à lui toujours assez inégalitaire. Les hommes diplômés ont plus de facilité à trouver un emploi que les femmes.
Cette inégalité touche également la sphère politique. Selon les statistiques rapportées par ONU Femmes (entités des nations unies pour l’autonomie des femmes), en 2024 seulement 19,2% des sièges du parlement sud-corén étaient occupés par des femmes.
Et même lorsque les femmes travaillent, les inégalités au sein du foyer persistent. Les femmes passent plus de temps à s’occuper des tâches ménagères ainsi que des enfants que les hommes et ce même après une journée de travail.
Le mariage en Corée du Sud : un enjeu social majeur
Les mariages arrangés existent encore en Corée. La famille a un pouvoir de décision fort dans le choix du partenaire. Si l’heureux élu ne plaît pas aux parents, les Coréens arrêteront souvent la relation et choisiront un partenaire qui correspondra mieux aux attentes de leur famille.
Les couples mixtes
Pour les couples mixtes ça peut aussi être compliqué. La différence culturelle ajoutée à la pression de la famille et de la société ont souvent raison de ces couples. De plus, même si une personne coréenne peut tout à fait avoir envie d’entreprendre une relation sérieuse avec une personne étrangère, rien n’assure qu’elle sera prête à l’épouser. Choisir un(e) petit(e) ami(e) ou une femme ou un future mari sont deux choses bien distinctes dans la tête des Coréens. Les hommes, souvent plus traditionnels que les femmes, ne sont pas toujours très à l’aise avec le mythe de la “femme libérée” qui ne veut pas rester à la maison.
Entre image idéalisée et réalité sociale
Le soft power coréen (K-pop, K-drama, etc.) a pour habitude de montrer une image très idéalisée des hommes coréens et des relations homme/femme en Corée du Sud. Cependant, derrière cette image de conte de fées se cache une réalité sociale beaucoup moins rose.
La Corée du Sud, comme la grande majorité des pays du monde, est touchée par les violences domestiques et les violences faites aux femmes. Ces violences sont plus invisibilisées, mais elles ne sont pas pour autant inexistantes.
En 2025, le gouvernement sud-coréen a publié une étude sur les violences faites aux femmes, intitulée “2025 Women Violence Statistics”. D’après ce rapport, une femme coréenne sur cinq déclare avoir déjà subi des violences de la part d’un conjoint ou ex-conjoint. Lors de cette enquête, il est apparu que 36,1% des femmes ont déclaré avoir déjà subi, au cours de leur vie, des violences, dont 19,4% de la part d’un partenaire ou ex-partenaire. 7,6% ont subi des violences au cours de l’année écoulée, dont 3,5% par un partenaire ou ex-partenaire.
Les violences numériques et le cyberharcèlement à l’encontre des femmes sont également en hausse ces dernières années dans le pays.
Molka, en coréen, désigne le fait de filmer une personne à son insu. C’est une pratique de voyeurisme très très répandue en Corée du Sud. De petites caméras sont disposées dans des lieux publics, comme les toilettes ou les cabines d’essayage, afin d’obtenir des images, la plupart du temps de femmes, sans leur consentement et de les diffuser sur Internet.
Dans les toilettes publiques, vous pouvez observer de petits bouts de papiers placés dans tous les petits trous et interstices accessibles. Ces bouts de papiers sont placés ici par les Coréennes pour cacher les potentielles microcaméras qui pourraient y être dissimulées.
C’est un véritable fléau dans le pays, contre lequel le gouvernement essaie de lutter activement depuis quelques années.
La libération des femmes coréennes : lutte féministe et guerre des sexes
Les jeunes générations de Coréens et surtout de Coréennes, sont de plus en plus en opposition avec les traditions. Les femmes sont attachées à leur liberté et à leur carrière et refusent de tout mettre sur pause pour se marier et fonder une famille, d’autant plus qu’en Corée, élever un enfant coûte très cher.
Ces dernières années, les mouvements féministes se sont fortement développés dans le pays, à l’instar du mouvement 4B, apparu dans les années 2010 et qui repose sur quatre principes :
- pas de relations amoureuses avec les hommes ;
- pas de relations sexuelles avec les hommes ;
- pas de mariage ;
- pas d’enfant.
Ces principes permettent aux femmes qui souhaitent les appliquer de lutter contre la tradition coréenne qui veut que le rôle des femmes soit de se marier, d’avoir des enfants et de s’occuper du foyer. Ils leur permettent également de se protéger de la violence domestique de certains hommes, comme en témoignent certaines militantes dans l’article Pas de sexe, de mariage, de rencontres ou de bébés : Découvrez le mouvement féministe 4B de la BBC.
La montée en puissance des mouvements féministes a également fait ressurgir la misogynie de certains Coréens. Pour ces hommes, l’émancipation des femmes, par le travail notamment, serait la cause de la baisse de la natalité dans le pays et de l’augmentation de la concurrence sur le marché de l’emploi.
C’est une véritable guerre des sexes que l’on peut observer sur Internet, et les militantes féministes sont régulièrement victimes de cyberharcèlement leur rendant la lutte publique plus compliquée.
Pour en apprendre plus sur le sujet :