Clémence, « cowgirl » à Meadow Lake, en Saskatchewan

Article publié le 16-06-2014.

À lire : un recueil d’entretiens de pvtistes partageant avec vous leurs expériences et leurs états d’âme. Plus d'infos...

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Ville de provenance

Lyon

Ville de destination

Calgary via Montréal et Meadow Lake (au nord de la Saskatchewan). Je me suis arrêtée à Meadow Lake au final, et je n'ai pas regretté une minute. Toutes mes tentatives de fuites (1 mois de road trip jusqu'à Tofino en juillet, et 3 semaines à Salmon Arm, en Colombie-Britannique en octobre) se sont soldées par un retour au Nord.

Baroudeuse ou pas ?

Plutôt. Je ne pensais pas tant, mais en ayant :

  • coursé des vaches 12 h d'affilée par -37 °C,
  • campé 15 jours dans les Kananaskis au milieu de la forêt, sans eau ni électricité mais avec mes chevaux,
  • chassé le coyote, l'orignal et les cerfs,
  • ou même dormi dans la voiture pour faire les parcs nationaux en me nourrissant de pommes et de beurre de cacahuète pendant 3 jours, je dirais que je rentre dans la case du baroudeur.

Que faisais-tu en France ?

Sage-femme vacataire (donc précaire). Un boulot très prenant et usant à cause des horaires complètement anarchiques (12 h de jour, de nuit, la semaine, le week-end, bref n’importe quand). Je ne m’y retrouvais pas.

Pourquoi cette envie de t’envoler pour le Canada ?

Le rêve de repartir après une immersion de 6 mois en Allemagne, il y a dix ans, j'avais 16 ans à l'époque. Je pensais Erasmus mais ce n'était pas possible avec mes études. Je suis partie dès que j'ai pu, une fois les études finies et le budget obtenu.
Le Canada, clairement pour les opportunités d'emploi. Je ne voulais pas prendre le risque de ne pas trouver de boulot et de devoir rentrer toute miteuse. En plus, je ne parle pas espagnol et je suis vraiment d’un tempérament du nord, pas du tout latin. Et l’Asie ne m’attire pas particulièrement.

Quel a été ton parcours avant d'arriver à Meadow Lake ?

Le parcours : bus Greyhound Montréal-North Battleford. Ça prend trois jours et au mois de mars sous la grisaille neigeuse, c'est particulièrement déprimant. Mais je ne regrette pas. Ça permet de prendre vraiment conscience des distances et de se mettre dans l'ambiance du voyage. En été ou en plein hiver, ça doit vraiment être beau en plus avec les grands lacs et les prairies. Le transcanadien est un must-do avec souvent de bonnes promos sur les billets.

Pourquoi Meadow Lake ?

Parce que dans mon projet initial d'aller à Calgary, je me suis dis pourquoi ne pas m'arrêter un mois et jouer au cowboy (un rêve de gosse) avant d'aller m'installer dans les montagnes. Sur HelpX, j'ai vu qu'il y avait plusieurs ranchs sympas dans la même ville avec plusieurs Helpers dans chacune des fermes. J'ai donc choisi le ranch plus que le lieu. Vu que j'y suis restée 8 mois, je dirais que ce n'était pas une mauvaise idée.

Les plus :
- Une super communauté : des ranchers amoureux de la vie de ranch et du mode de vie de cowboy à la canadienne (basé sur le respect de l'équilibre, de la nature et d'une grande humilité), le tout avec une grande mixité sociale avec des ranchers d’origine WASP, francophone (ex-trappeurs, je pense), ukrainiens, des populations autochtones avec de nombreuses réserves, et les nouveaux immigrants liés à l'exploitation forestière et le pétrole, des gens super généreux et ouverts.
- Un mode de vie relax et vrai, proche de la nature. Rien n'est catastrophique. Les gens ne se plaignent pas, alors que ça reste des agriculteurs (réputés pour ça en général). C'est la sécheresse ? Oui c'est la merde, mais remonte-toi plutôt les manches au lieu de râler.
- La liberté et les responsabilités qu'on m'a confiées dans le ranch. Où j'ai ce qui est considéré comme ma propre jument maintenant.
- La lumière. Magnifique partout, tout le temps, la nuit ce sont les aurores boréales et les étoiles qui prennent le relais. Le nom de "land of living skies" n'est vraiment pas volé.
- Le soleil. Froid ou chaud mais beau et sec.
- Les opportunités de boulot. Avec une voiture, aucun problème. Le sérieux et la débrouillardise sont vraiment reconnus. Côté carrière, tout est possible, enfin en gardant à l’esprit que c’est la campagne profonde donc le tertiaire genre informatique ou ressources humaines... je vois mal.

Les moins :

- La non architecture : les mobilhomes délabrés avec leur jardin qui ressemble à des casses sauvages. C'est moyen. Mais on regarde ailleurs : le ciel, les animaux, la route...
- La gastronomie : inexistante. Trois aliments : pomme de terre, oignon, bœuf haché.
- L'absence d'organisation, c'est un peu lié à la vie à la ferme mais relativement récurrent. Un peu usant à la longue. Rien n’est pressé ou presque.
- C'est vraiment au milieu de nulle part et plat ! Du coup de la super neige, mais pas de pente. Frustration intense de la skieuse que je suis. Pour la mer, idem.

Quel a été ton sentiment dominant au cours des 2 premières semaines au Canada ?

Une première semaine à Montréal (où j'ai une cousine) : très contente d'en partir. C'est vraiment trop mainstream et proche pour moi. C'est aussi dépaysant (pour moi) que d'aller à Paris ou boire un coca.
Ensuite, 3 jours de bus sous la slush (un mélange de pluie et de neige), dans l'incertitude que quelqu'un vienne me chercher une fois sur place : "mais dans quelle galère je suis allée me fourrer. En plus c'est moche et tout est à l'abandon. Super…" Puis l'arrivée au ranch : super enthousiaste puis grosse grippe (trop fatiguée pour penser). Ça a été une intégration progressive, et puis comme je n’avais pas d’attentes particulières ou d’impératifs, tout est devenu beaucoup plus souple.

Est-ce que ta situation professionnelle t'a paru satisfaisante, au Canada ?

Oui, j'ai au final choisi de ne bosser que 2 jours par semaine au marché aux bestiaux parce que c'était super sympa, et que ça m'a permis d'acheter des souvenirs et de payer un peu la voiture. J'ai même dû refuser des offres de boulot mais j'ai toute la vie pour être riche, pas pour mener le bétail et apprendre le savoir-faire cowboy.

Parle-nous de ton PVT sur la route ?

Super. Différent, plus touriste. Banff (le Lac Moraine), Jasper (Atabaska Falls), la route Lake Louise - Kamloops le matin et Tofino c'est absolument à faire, prendre le temps de faire des randos sinon on rate l'essence même de ces parcs à mon sens. Un regret : ne pas avoir pu faire le west coast trail sur l'île de Vancouver (il faut un permis et du matos).
C'est cette partie de mon voyage qui m'a fait réaliser que j'avais vraiment trouvé qui je suis à Meadow Lake, et qu'il ne fallait pas gâcher cette opportunité, donc retour à Meadow Lake !
J'ai été déçue par les villes (Calgary, Vancouver, Victoria) où on ressent une différence de mentalité, y compris dans les petites villes riches (à côté de Nanaimo). Je m’y suis sentie enfermée, la vie futile alors que les gens se croient importants, les musées chers et sans intérêt (sauf le UBC MoA). Vraiment je ne recommande pas les villes dans l’ouest, l’ouest est ailleurs, à la campagne, dans les montagnes.

Quelles ont été tes plus grosses difficultés au Canada ?

Le prix et la qualité de la bouffe !!
Dans mes road trips, la difficulté de prévoir les possibilités de faire des courses à un prix raisonnable, surtout à l'approche des parcs. Le mal du pays quand tous les souvenirs de rando ressortent en montagne.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Le rassemblement des vaches avec la jument que j'ai dressé en août. Elle a fait du super boulot, moi aussi, en plus c'était avec tous les potes. Une super équipe !

Est-ce que certaines choses françaises t'ont manqué ?

La bouffe (encore, mais c'est vraiment le désert là-bas !), l'Internet haut débit illimité à 30 €/mois et les vieux amis pour partager toutes ces aventures extraordinaires.

Qu’est ce qui t'a manqué quand tu es rentrée en France ?

  • La mentalité canadienne : pragmatisme, respect et esprit d'entreprise.
  • La vie au grand air avec le bétail.
  • Le froid, la neige et la lumière de la Saskatchewan.

Qu’est ce que cette expérience t’a apporté, du point de vue personnel ou professionnel ?

Beaucoup mais dans des compétences transversales : maintenant je sais qui je suis et ce que je veux dans la vie.

Confiance en moi, optimisme, esprit d'entreprise (ne pas attendre grand chose des autres, compter sur soi-même d'abord), zenitude

Quels conseils donnerais-tu aux futurs PVTistes ? Tes projets d'avenir ?

Sortez des villes ! Les villes en Europe, on en a des tas et des super bien et belles, au Canada, pas tant.
Sortez du Québec, de l'Ontario et de Vancouver. Le Canada est grand et plein d'opportunités.
Sur un plan général : planifiez mais laissez-vous émerveiller. Un peu de sous de sécurité, une bonne assurance, un téléphone, une voiture (ou un covoiturage) et roule ma poule.
Et aussi : ne restez pas qu’entre PVTistes (genre les boulots dans les sites touristiques), allez à la rencontre des Canadiens.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette expérience de Cowgirl, consultez l'article "On a testé être cowgirl dans la Saskatchewan" de Clémence.

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Commentaires

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Super témoignage, merci Clémence ! Ton expérience donne vraiment envie de suivre tes traces !

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Hélène
14.1K 7.6K

Magique!!
Merci beaucoup pour ce super récit de tes supers aventures en Saskatchewan.
Je crois que tu vas devenir l’ambassadrice officielle du wild west, et ça sera mérité! :)

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Hélène
14.1K 7.6K

ah, et je suis curieuse et j’adore les chevaux alors si ça te dit de poster la photo de TA jument… 😉

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Julie
14.4K 4.7K

Super récit effectivement, bon mon PVT Canada est derrière moi mais si c’était à refaire (vu que mon but initial était de m’améliorer en anglais) j’y réfléchirai à deux fois avant de m’installer à Toronto (même si mon PVT a été une expérience géniale). Le PVT de 2 ans pourrait bien aider certains à se lancer vers des expériences plus atypiques, comme la tienne, ils auraient ensuite le temps de se poser ensuite dans une ville s’ils le souhaitent :)

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Merci beaucoup pour ce superbe récit ! C’est exactement les projets que j’ai pour mon futur pvt !

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Merci Clémence pour ce témoignage. Ça me fait rêver et me conforte dans mes projets pour mon PVT. Juste une petite question: quand tu as débuté ta « carrière de cowgirl » , étais-tu déjà une bonne cavalière?

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Moi je dis : « sage femme power »!! Lol
Recit vraiment top, surtout quand on vient de Grenoble, qu’on a la meme histoire et que notre aventure commence dans 2semaines! 😉
Merci beaucoup de nous avoir fait partager ça! Ça donne vraiment envie!

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J’ai ADORE le Saskatchewan! J’ai passé 1 mois et demi dans un ranch B&B : le pied!!
C’était la meilleure expérience de mon PVT. J’avais vécu 11 mois avant à Toronto et me retrouver avec des rednecks adorables, entre chevaux, nature et -40°, a été la plus belle aventure de ma vie jusqu’à présent.

http://cameliaexsangue.wordpress.com/category/saskatchewan/

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Merci beaucoup pour ce superbe récit ! C’est exactement les projets que j’ai pour mon futur pvt !

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