Thibaut, un globetrotteur installé à Whitehorse

Article publié le 06-07-2012.

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Ville de provenance

Je suis originaire de Haucourt-Moulaine, une petite ville de Meurthe-et-Moselle située à la frontière du Luxembourg et de la Belgique. Rien à voir avec le Grand Nord canadien !

Ville de destination

Whitehorse, territoire du Yukon. J’avais hésité avec Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, mais l’histoire et l’imaginaire lié au Yukon ne m’ont pas laissé le choix ! Il fallait que j’aille là-bas, et vite !

Depuis combien de temps es-tu à Whitehorse ?

Je suis arrivé à Montréal le 22 février 2011. Je suis resté une semaine en auberge de jeunesse, juste le temps d’acheter une voiture d’occasion dans laquelle j’ai dormi pendant près de 6 mois !
J’ai mis 6 jours pour traverser le Canada d’est en ouest. Je suis arrivé à Whitehorse le dimanche 6 mars, à 23h12 très exactement. Je me suis garé sur la rue principale. Il faisait froid et les trottoirs étaient déserts. J’ai fumé une cigarette dehors, en me disant que j’avais roulé plus de 6000 kilomètres pour en arriver là. J’espérais que ma motivation allait être payante.

Baroudeur ou pas ?

Plutôt oui. J’ai toujours aimé voyager. J’ai effectué mon premier long séjour en Finlande, via le programme Erasmus. Je suis resté 10 mois à Vaasa, sur la côte ouest. J’en ai profité pour me promener en Russie, en Suède et en Laponie finlandaise. À la fin de mon année, je suis reparti en voiture avec un ami. Nous avons traversé 16 pays européens avant de rentrer en France. Estonie, Pologne, Hongrie, Croatie, Italie et j’en passe ! Un beau Road Trip ! Après 2 ans à Paris, il était vraiment temps pour moi de retrouver les grands espaces. Je suis parti travailler 1 an au Niger, en Afrique de l’ouest.

Une belle expérience humaine et culturelle. J’ai découvert beaucoup de jolis coins, mais je suis resté frustré de ne pas pouvoir découvrir le désert et le nord du pays. Quand Al-Qaïda sera rayé de la terre et que les mines posées lors des rébellions Touaregs seront désamorcées, j’y retournerai sans faute ! À la fin de mon contrat, j’ai réparé ma pirogue et j’ai descendu une partie du fleuve Niger à la rame. Sur les rives, les nuits à la belle étoile valent toutes les lumières de Paris. Je suis rentré en France 3 mois avant de repartir au Canada. Je ne me voyais vraiment pas travailler là-bas. Le Yukon était une vraie chance à saisir !

Que faisais-tu en France ?

J’ai étudié les métiers de la communication et de la publicité à Nancy, puis en Finlande et enfin à Paris. Une fois diplômé, je suis parti travailler en Afrique, puis j’ai mis le cap sur le Canada. Hormis les stages, je n’ai jamais réellement travaillé en France.

Pourquoi cette envie de t’envoler pour le Canada ?

Je cherchais quelque chose à faire après l’Afrique. Les inscriptions au PVT allaient être ouvertes. Le timing était le bon. Le Canada est un pays prospère, plus que la France. Plus sauvage aussi, et plus libre je crois. J’aime aussi le changement. Passer de +50 degrés à -40 degrés m’apparaissait comme un petit challenge sympathique à relever !

Pourquoi Whitehorse ?

J’ai choisi le Yukon pour son côté sauvage. J’aime être dehors, randonner, pêcher, profiter des montagnes et découvrir la faune et la flore. La nature est encore intacte, ça force le respect. Les ours sont dans les bois et même une petite promenade d’été nécessite de connaître les dangers de la forêt. Le territoire est un paradis pour les randonneurs, les pêcheurs, les rameurs, les amoureux de la chasse et les cueilleurs de baies ou de champignons. Les photographes y trouvent largement leur compte, les chiens de traîneaux sont heureux et on peut marcher 600 km dans une direction sans jamais tomber sur personne.

Les saisons se ressentent différemment. L’hiver dure 6 mois, l’été est court, le printemps rallume les sourires et l’automne offre des couleurs magnifiques, qui ne durent qu’un tout petit mois avant que la neige ne revienne. On se sent vivre, du moins plus que dans le RER de banlieue qui nous emmène au cœur de la ville tous les matins.

Je vis dans une cabine à 25 minutes au nord de la ville, à quelques centaines de mètres de la Klondike Highway. Je vais chercher mon eau au puits et je coupe mon bois pour me chauffer. Ça a quelque chose de miraculeux de pouvoir faire ça à notre époque. Boire l’eau de sa terre et ne pas dépendre des compagnies gazières pour se tenir au chaud. Quand on regarde les piles de bois s’user avec les jours d’hiver, on réalise ce que c’est l’énergie et on pense à l’économiser. C’est la même chose avec l’eau. Si tu laisses couler le robinet jusqu’à ce que les bidons soient vides, c’est toi qui devras sortir par -30 et marcher dans la neige pour aller te ravitailler. Et tu ne pourras t’en prendre qu’à toi. C’est une bonne école, parce que tes efforts sont récompensés, par exemple par les aurores boréales qui dansent dans le ciel. Peu de gens peuvent d’ailleurs encore voir la Voie Lactée dans leur ciel.

Les gens sont isolés, mais savent se prendre en main. Le taux d’artistes par habitant est 2 fois plus élevé que la moyenne canadienne. Tous les visiteurs de passage sont ahuris de découvrir que parmi les 34 000 habitants du Yukon, un territoire grand comme l’Espagne, quasiment toutes et tous ont un talent caché. Du chômeur au ministre, chacun peut apporter quelque chose à la communauté. Le stéréotype du cul-terreux, isolé dans une petite ville plantée au beau milieu de nul part, est bien loin. Musique, théâtre, arts visuels, danse, gastronomie, sport, mais aussi engagement pour la justice sociale et lutte contre les inégalités font partie intégrante de la vie au Yukon. Difficile à croire et pourtant ! Il suffit de passer quelque temps ici pour réaliser le dynamisme de la communauté.

Des milliers de petits détails me font aimer la vie au Yukon, et il serait trop long de tous les donner. Chaque jour réserve sa surprise. Mais dans l’ensemble, ce sont l’accès à la nature, aux portes de la ville, l’omniprésence de la culture et l’état d’esprit créatif et positif de la population qui me font me sentir chez moi.

Quel a été ton sentiment dominant au cours des 2 premières semaines au Yukon ?

Je suis arrivé au début du printemps. La neige commençait à fondre et tout était boueux. Finalement, je me suis rendu compte que j’étais arrivé au pire mois de l’année. Mon sentiment au cours des deux premières semaines ? Je voulais tout découvrir, m’approprier la ville, parler aux gens et devenir un vrai yukonnais. Trouver un travail, m’installer et profiter du territoire.

Est-ce que ta situation professionnelle te parait satisfaisante, au Yukon ?

J’ai eu la chance de trouver un petit job moins de 12 heures après mon arrivée. Lundi matin, j’ai été embauché dans une petite imprimerie du centre-ville, tenue par un francophone. J’y suis resté 3-4 mois, histoire de gagner un peu d’argent et de ne pas brûler trop vite les quelques économies que j’avais. L’été arrivant, il n’y avait plus assez de travail à l’atelier. Un emploi ultra-précaire, mais je le savais, j’ai joué le jeu.

J’ai profité de mon été tout en envoyant quelques candidatures à droite à gauche. J’avais pris la décision de rester au Yukon et il me fallait donc désormais trouver un emploi stable pour pouvoir prétendre à la résidence permanente. J’ai eu la chance d’être retenu au poste de journaliste pour le journal communautaire francophone l’Aurore Boréale. Une bénédiction. Un travail en Français – mon Anglais n’est je pense pas suffisant pour travailler dans mon domaine, la communication - correctement rémunéré, qui me donne la chance de rencontrer plein de gens intéressants et qui me permet de démarcher pour ma résidence permanente. Qui plus est, dans mon domaine d’étude (plus ou moins). Même en France, les diplômés en journalisme commencent souvent par piger.

Je remets donc les choses à plat et me dis que j’ai énormément de chance de pouvoir relayer l’information qui émane d’une communauté si dynamique. Je parle de culture, de politique, d’environnement, de lutte pour le droit des femmes, d’initiatives splendides prises par des yukonnais anonymes, qui souhaitent juste améliorer les choses de la vie. Quand je pars au travail, je vois les montagnes qui défilent et le soleil qui se lève sur un ciel bleu et rose pastel. Ce qui selon moi est bien mieux que de profiter des dessous de bras des voyageurs empruntant le RER C Épinay Sur Seine – Porte de Clichy, que j’ai eu la joie de fréquenter pendant 2 ans.

Mais il ne faut pas se leurrer. L’activité est plaisante mais intense. Qui ne tente rien n’a rien. Pour faire vivre une communauté comme celle présente au Yukon, je crois qu’il n’y a pas de place pour l’oisiveté. Tout bouge autour et je pense que les gens inactifs ne se sentiraient de toute façon pas à l’aise. Cette réalité a été au fondement du territoire. Les pionniers de la ruée vers l’or, il y a un peu plus de 100 ans, ont vite compris que les pépites ne tombaient pas du ciel. La même philosophie est encore d’actualité aujourd’hui. Ceux qui viennent juste au territoire pour prendre n’iront pas loin.

Il faut apprendre du Yukon et aussi partager ses compétences pour durer. Celui qui vient s’installer au Yukon ne sera considéré que comme un vrai yukonnais que lorsqu’il aura passé un hiver au territoire. Un test en quelque sorte, pour se démarquer des milliers de touristes de passage qui s’envolent une fois septembre arrivé.

Quelles ont été tes plus grosses difficultés au Yukon ?

Sans hésitation, le logement. Une grave crise du logement frappe le territoire. Les loyers sont chers et le taux d’inoccupation extrêmement bas. Je ne souhaitais pas rester en ville, mais même à l’extérieur de la ville, le prix de certains logements modestes est comparable à celui d’un petit appartement d’étudiant à Paris. Il y a du travail, mais pas de logements. Les gens ne viennent pas, ça se comprend.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Il y en a beaucoup, mais le plus explicite est surement l’expérience que j’ai vécu lorsque j’étais Park Ranger bénévole au parc territorial de Tombstone. J’étais logé dans une petite cabane en bois, face aux superbes chaînes de montagnes du parc. Il faisait bon. La rivière coulait fort en contrebas, on entendait l’eau et le poêle qui grésillait. Il était environ 23 heures, le ciel était bleu-rose, le soleil descendait et j’étais assis devant ma cabane. On n’entendait rien d’autre que les sons de la nature. J’avais passé ma journée à randonner sous le soleil et à apprendre un tas de choses sur les traces des animaux et les plantes comestibles traditionnelles des Premières Nations. Je savais que le lendemain, je partirais en randonnée dans la montagne, sur la piste d’un grizzly qui avait poursuivi des touristes. Ceux-là avaient jeté de la nourriture sur le sentier de randonnée, un geste pourtant interdit par le code du parc. La mission consistait à repérer les indices de sa présence, s’assurer qu’il avait bien quitté le secteur et que le sentier désormais sécurisé pouvait être réouvert. Ce soir là, je me suis dis que j’étais totalement immergé dans l’expérience... et ça faisait vraiment du bien.

Est-ce que certaines choses françaises te manquent ?

Le vin, très cher ici. Le fromage bien sûr. Les livres en Français, quasiment introuvables à Whitehorse, sauf une petite collection à la bibliothèque. Mais je me passe bien de faire du shopping et de vivre dans une société où tout est à portée de main, pourvu qu’on allonge la monnaie ! Bien sûr, on peut tout commander par internet, mais le fait de n’avoir que des commerces de base à proximité permet de s’éloigner plus facilement des habitudes consuméristes. Whitehorse est une ville architecturalement moche, mais très fonctionnelle.

La population n’a que faire des apparences. Elle vise l’efficacité et réinvestit le temps économisé dans des activités qui sont, selon moi, beaucoup plus intéressantes que d’essayer des fringues toute une après midi, ou de se laver le cerveau avec la télévision. Certains le font bien sur, mais quitte à choisir, les gens d’ici préfèreront généralement aller pêcher, répéter une pièce de théâtre ou peindre les montagnes. C’est aussi et surtout pour ça qu’ils sont ici. On ne vient pas ici par hasard, et il faut être prêt à faire quelques sacrifices pour pouvoir profiter pleinement de ce que le Yukon a à offrir.

Qu'est ce qui te manquera quand tu rentreras en France ?

Si tout va bien, je ne rentrerai pas en France. J’ai encore beaucoup de choses à faire et à découvrir au Yukon. C’est un endroit plein de surprises. Tel que je me connais, je n’y passerais probablement pas toute ma vie – le monde est tellement grand – mais je suis tout de même bien décidé à passer un bout de temps ici.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs PVTistes ?

Si vous voulez monter dans le Nord, sachez qu’il y fait froid, que l’hiver dure longtemps et que le soleil peut ne pas se montrer pendant une semaine. Se loger est difficile. Si vous voulez rester seul, personne ne viendra vous chercher. C’est à vous de voir si vous voulez vous socialiser.

Et si comme beaucoup de gens, vous venez dans l’espoir de résoudre vos problèmes au fin fond des bois, fuir la société, jouer à Into The Wild ou construire votre cabine dans les bois comme au temps de Jack London, oubliez ça tout de suite.

Le gouvernement protège la faune et les forêts. Ça vous prendra un permis et tout un tas de papiers à remplir. Les chasseurs, les pêcheurs et les trappeurs ont une licence. Le braconnage est d’ailleurs très sévèrement puni et contrairement à la croyance populaire qui veut que l’Alaska et le Grand Nord canadien soient des espaces libres où l’on peut vivre en autarcie, personne ne peut shooter aléatoirement un orignal ou un ours sans s’exposer à de lourdes amendes, voire à de la prison. Des braconniers viennent même de se faire pincer par les agents de la conservation à cause d’une photo Facebook vieille de 4 ans, où ils exhibaient un caribou tué dans une zone interdite à la chasse. La nature n’est pas un terrain de jeux où tout est permis. Si vous acceptez les règles, vous pourrez profiter de toutes les belles choses du Yukon, tout en participant à le protéger. C’est ça aussi qui fait la force et la beauté de la communauté yukonnaise. Le sentiment d’avoir une responsabilité commune pour préserver ce lieu magique de la folie des hommes.

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Commentaires

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Aaaah, Whitehorse, le Yukon… je suis en manque de tout ça et de cette communauté que tu décris si bien…! C’est fou, on me demande souvent si j’ai aimé vivre là-bas et lorsque je répond oui, on s’en étonne et me demande pourquoi… et là, je n’ai jamais de réponse car pour moi, ça ne s’explique pas ! Je pense qu’il faut vivre le Yukon pour comprendre ce qui en fait son caractère et sa beauté… je reviendrai !

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Ann
107 111

Bonjour Thibaut,
Je n’arrive pas à te trouver dans les membres, j’aimerais bien échanger avec toi à propos de ton travail au journal francophone :)

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Mathieu
21.5K 11.5K

Salut Ann,

Voici son profil : https://pvtistes.net/membre/Grizzli/

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Un grand merci pour ton retour. On sent ton amour,ton respect pour ses lieux et habitants à travers tes lignes.
Une fois qu’on a mit les pieds là-bas,ce territoire ne nous laisse plus jamais indifférent..

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Merci pour ce témoignage qui en dit long sur la beauté et l’atmosphère du Yukon…

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Merci à ce très bon ami connu à l’époque à Nancy ! Pour avoir eu la chance de passer un mois à vivre au fond de cette fameuse cabine j’en garde l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. Le Yukon est particulièrement attachant et accueillant. Merci Tibo pour ce que tu nous as fait partager !

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Magnifique. Chapeau pour l’authenticité et merci pour le témoignage 😉

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