Aurore : un projet temporaire de PVT à Montréal devenu permanent

Date de publication : 16-06-2020

Auteur

Julie

Aurore

Localisation

Montréal, QC, Canada

pvtistes : Salut, est-ce que tu peux te présenter et nous parler de ton parcours ?
Aurore : Salut ! Je m’appelle Aurore, et j’ai 37 ans. Je suis née et j’ai grandi à Paris. En 2012, j’ai quitté mon appartement de Goncourt pour le soleil de l’île de La Réunion. J’étais rédactrice à mon compte, la vie a été très douce pendant 2 ans, et puis j’ai eu envie d’autre chose. J’ai tenté le PVT, et je l’ai eu : en novembre 2014, je débarquais donc à Montréal. Mon PVT s’est transformé en permis Jeunes Professionnels [ndlr : jusqu'à 2015, les PVT et les Jeunes professionnels étaient cumulables, ce n'est plus le cas aujourd'hui], puis en permis de travail fermé, et enfin en résidence permanente. Ça fait bientôt 6 ans que je vis au Québec et j’y suis très heureuse. Je vais faire ma demande de citoyenneté à la fin de l’été. Aurore 3
pvtistes : Tu attendais quoi de ce départ au Canada ?
Aurore : Honnêtement, je n’avais jamais mis les pieds au Canada, je n’avais aucune idée de ce à quoi m’attendre, l’hiver, le mode de vie, l’accent… J’ai suivi le conseil de mon conjoint de l’époque, qui sentait que je m’y plairais bien : il ne s’est pas trompé.
C’est sûr qu’à la base, ça devait être une étape. C’est devenu ma vie.
pvtistes : Comment tu as vécu ton année de PVT ? Qu’est-ce qui t’a poussée à rester plus longtemps ?
Aurore : J’ai adoré mon PVT. J’aurais aimé avoir plus d’argent de côté en arrivant pour voyager plus et ne pas avoir à travailler tout de suite, par contre, mais au final ça m’a permis de me mettre très rapidement dans le bain québécois ! Je suis restée plus longtemps principalement pour le travail, mais aussi parce que je sentais que je n’avais pas fini mon expérience ici.
pvtistes : Tu vas souffler tes 6 bougies au Québec dans quelques mois, quel bilan tu fais aujourd’hui ?
Aurore : Je ne me suis jamais sentie autant au bon endroit que maintenant. Je n’ai aucune envie de rentrer en France, ou de vivre ailleurs (mais j’ai très hâte de pouvoir voyager à nouveau par contre !).
Côté travail, je suis gâtée. J’ai eu des expériences hyper enrichissantes, avec des employeurs qui m’ont très vite accordé leur confiance et fait monter en compétences. Je pense avoir eu au Québec des opportunités qui ne m’auraient pas été offertes - en tous cas pas aussi rapidement - en France. Ici, si tu travailles fort, tu es vite récompensé.
J’aime aussi le rythme de vie, finir mes journées à 17 h et avoir le temps de faire des choses pour moi, l’attitude relax des gens, le tutoiement, la simplicité, le goût pour les petits plaisirs.
Côté personnel, je suis extrêmement bien entourée. J’ai la chance d’avoir rencontré des Québécois.es avec qui des liens très forts se sont tissés. Je fais partie de leur famille, je suis invitée partout, on fait tout ensemble. Je sais que ce n’est pas tout le monde qui vit ça, les Québécois ayant la réputation d’être chaleureux, mais difficiles d’accès. Je me sens adoptée 🙂 J’ai aussi quelques amis Français, qui comme moi ont envie de rester au Canada pour un bon moment, voire pour toujours.
pvtistes : Dans quel domaine as-tu travaillé au Québec, quels emplois tu as occupés et quels seraient tes conseils pour les pvtistes du même domaine que toi ?
Aurore : J’ai un background en communications et en arrivant à Montréal, je cherchais un poste en rédaction, puisque c’est ce que je faisais avant. Mais ce n’est pas si simple, quand on ne connaît personne et que son CV est « à la française » ! J’ai donc pris un job de vendeuse dans un grand magasin de luxe et en parallèle, j’ai fait relire mon CV par des Québécois qui m’ont expliqué les petites nuances dans les mots, les descriptifs de postes, etc. et je continuais à postuler à des emplois dans mon domaine.

Après 3 mois, j’ai décroché un poste en rédaction pour un site Web spécialisé en marketing et communications. J’ai pris toutes les informations que je pouvais sur les agences, les entreprises et les grands noms de l’industrie, j’ai assisté à des conférences, des formations, j’ai été bénévole pour des événements marketing, j’ai réalisé des entrevues de « stars » du secteur… Bref, j’ai tout fait pour me bâtir un réseau intéressant - et ça a très bien fonctionné. C’est honnêtement l’une de mes plus grandes fiertés depuis mon arrivée au Québec, et ce qui m’a ouvert beaucoup de portes.

Après 2 ans, j’ai quitté mon emploi pour intégrer une grande entreprise de télécommunications. Là, j’ai commencé par être édimestre, mais très vite on m’a donné beaucoup plus de responsabilités et j’ai été nommée responsable d’une équipe en charge du contenu éditorial Web. J’ai rencontré des collègues géniaux qui sont devenus des amis, une mentor exceptionnelle, et surtout j’ai appris énormément, parfois un peu à la dure car tout était nouveau pour moi, mais j’ai fait mes preuves. J’ai surtout découvert que j’étais passionnée par le Web et que je voulais associer mon expertise en contenu aux plateformes numériques. Ma voie s’est dessinée plus clairement.
C’est notamment pour ça que j’ai décidé de m’orienter vers une agence Web ensuite. Je suis aujourd’hui Lead de l’équipe contenu de cette agence, et je m’éclate. J’ai obtenu cette promotion en moins de 3 mois, une nouvelle preuve de la confiance qui nous est accordée si on travaille fort, sans forcément subir des freins hiérarchiques ou administratifs.

J’ai également eu une petite période de freelance en rédaction. C’est très facile ici de se mettre à son compte, pour peu qu’on ait un bon réseau, les mandats peuvent arriver très vite. Toutefois, je suis clairement une joueuse d’équipe et j’aime mieux avoir des collègues avec qui échanger. Je garde quelques mandats à la pige pour mes week-ends, sur des projets qui me tiennent à coeur et qui touchent plus le social.
pvtistes : En tant que rédactrice, est-ce que tu as rencontré des difficultés liées aux différences entre le français de France et le français du Québec ?
Aurore : C’est drôle, car aujourd’hui mes clients sont tous anglophones ou presque, donc je travaille en anglais. Mais oui, lorsque j’ai à rédiger en français, je modifie parfois mon langage. Je ne trouve pas ça difficile maintenant mais il y a eu des moments un peu gênants où je rédigeais ou corrigeais des contenus et où mes collègues m’expliquaient que non, ici, on ne dit pas ça comme ça… Il faut beaucoup écouter, rester humble (les Français ont la réputation, parfois justifiée, de penser qu’ils parlent « mieux » que les Québécois, ce qui est on ne peut plus faux) et s’adapter.
Au travail, parfois, il y a eu des mots ou des expressions que je découvrais. Ma stratégie a toujours été de faire comme si je comprenais, et d’attendre d’en savoir plus pour me faire ma définition… Et de finalement demander si ça restait toujours obscur ! 😉
pvtistes : Si tu devais lister 5 trucs cool et 5 trucs pas cool au Québec, ce serait quoi ?
Aurore :

Mes tops :

- Le rythme de vie (finir à 17 h, c’est GÉNIAL).
- La nature : j’ai découvert le bonheur du camping, des randos, les chalets, les lacs, les immenses espaces ❤️
- L’attitude des gens : respectueux, calmes, relax, chacun vit sa vie, personne ne double personne, les gens sont civilisés.
- La culture des parcs, des cafés à emporter, des pique-niques, de la bière sur le balcon : ils aiment bien vivre, les Québécois !
- La conscience environnementale et la valorisation des productions locales.
- Et un point bonus pour l’accent que J’ADORE et les expressions tellement géniales. Aurore 2 Aurore 4 Mes flops :

- Le prix des forfaits de téléphone, du vin et du fromage : c’est très cliché à dire, mais c’est bien trop cher !
- Le système de santé (je n’ai toujours pas de médecin attitré après plus de 5 ans… Mieux vaut ne pas être malade...).
- Le dating : c’est à l’Américaine, on se fréquente un moment avant d’être exclusifs, puis avant d’être un couple… Ça peut durer des mois. Il faut s’y habituer (je ne m’y habitue pas ahah).
- Le manque de vacances : deux ou trois semaines de vacances par an en moyenne, quand on veut voir du pays mais qu’il faut aussi aller visiter la famille en France, ce n’est clairement pas assez.
- Dans la même idée, je dirais que voyager pas loin à petit prix me manque. Découvrir le Canada, c’est cher, c’est long, c’est loin.
pvtistes : Aujourd’hui, t’es toujours française, mais tu es aussi québécoise. C’est quoi être québécoise selon toi ?
Aurore : Être Québécoise c’est oser être la Femme que je veux être, tatouée, piercée et pour autant reconnue et valorisée au travail. C’est une société historiquement matriarcale, et ça se ressent, il y a beaucoup de femmes très fortes.
C’est ne plus jamais avoir peur dans la rue le soir, c’est me sentir vraiment libre.
C’est être plus tolérante, moins dans l’apparence que je ne l’étais à Paris (mais mon passage à La Réunion m’a beaucoup aidée aussi sur ce point).
C’est apprécier les choses simples comme l’été, qui est court et dont il faut profiter au maximum : les pique-nique, les parcs, les apéros, les balades. C’est ne plus prendre pour acquis le beau temps et le soleil, c’est bête mais ça change la perspective des choses quand on sait qu’il va faire très froid les 6 prochains mois et on devient plus heureux, je trouve !
pvtistes : Avec la situation liée au Covid-19, quelle est la situation à Montréal ? Comment vois-tu le marché du travail actuellement ?
Aurore : J’ai la chance d’avoir gardé mon emploi pendant la pandémie et d’avoir un employeur très humain, qui se préoccupe beaucoup de notre santé mentale et fait tout pour nous accommoder pendant cette période si inédite…
Je sais toutefois que ce n’est pas le cas pour tout le monde. De nombreux amis et anciens collègues ont été mis au chômage partiel, ou carrément remerciés faute de travail. C’est difficile, surtout pour une société qui ne connaît pas le chômage.
pvtistes : Quels sont tes projets à plus ou moins long terme ?
Aurore : Obtenir ma citoyenneté et acheter un chalet avec ma meilleure amie 🙂

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Pierre
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