Partir pour fuir, et alors ?

Date de publication : 16-05-2021

Auteur

Julie

Il y a 15 ans, je suis partie en Australie en PVT parce que j’aspirais à autre chose (j’en parle ici : Je fuis) mais aussi, et ça je ne l’avais pas évoqué, pour me remettre de ma première rupture amoureuse.
Alors, forcément, le mot « fuite » est venu à la bouche de quelques personnes de mon entourage.

Ces 15 dernières années, j’ai plusieurs fois entendu des gens dire qu’il ne « fallait pas fuir », que « ça ne réglait pas les problèmes ». Eh bien, je ne suis pas forcément d’accord !

Partir dans un autre pays pour fuir des problèmes de fond, ça peut être illusoire (et peut-être pas, après tout !), mais fuir une situation délicate, un coup dur, une période de doute, un moment dans sa vie où on ne sait plus quoi faire ou quoi penser, ça peut être bénéfique, voire salvateur.

Partir dans un autre pays (sans forcément partir à l’autre bout du monde), c’est perdre une grande partie de ses repères : sa ville, sa rue, ses proches, sa langue parfois, mais aussi sa culture (on va évoluer dans une ambiance différente, on va manger d’autres choses et on va découvrir des comportements et des habitudes parfois aux antipodes de ce qu’on connaissait chez soi).

Souvent, partir, c’est l’occasion de faire table rase, c’est se donner la chance de repartir sur une nouvelle dynamique, c’est se recentrer sur soi et donner à son esprit quantité de choses auxquelles penser, loin du problème initial. À commencer par tous les préparatifs à gérer… C’est prenant et ça rend concret ce qui n’était jusque là qu’un projet, avec tout ce que ça a de grisant et d’angoissant et qui nous fait nous sentir vivant.

Et puis, sur place, il faut se loger, faire quelques démarches administratives et parfois se débrouiller dans une autre langue. Tout, ou presque, ce que nos yeux voient est nouveau, inconnu, surprenant. On fait des premières rencontres et en quelques semaines seulement, on peut avoir le sentiment d’être loin (dans tous les sens du terme) de ce qui nous faisait du mal ; de prendre une nouvelle bouffée d’air frais, en somme.

Ça ne veut pas dire que ce qui nous posait problème ou nous rendait malheureux a disparu par magie. Disons juste que là, ce n’est plus notre priorité ! On décale notre attention sur autre chose, pour faire en sorte que cette nouvelle expérience soit la plus agréable possible.

Avant de partir, peut-être qu’on ne supportait plus le fait de ressasser les choses.
Notre entourage, qu’il soit bienveillant ou non, nous remet parfois la tête dans nos problèmes, que ce soit intentionnel ou pas et parfois, partir, c’est couper court à ces discussions et ces questions qui peuvent devenir très pesantes.

Là, loin de tout, on peut décider de parler ou non de sa vie avec ces nouvelles personnes qui ne savent rien de nous.

Partir, parfois, c’est refuser de baigner dans son jus, c’est se donner un coup de pied au cul pour rebondir, pour se prouver (car parfois on n’y croit plus vraiment !) qu’il nous reste de belles choses à vivre et qu’on est capable de réagir pour se donner les moyens de vivre autre chose.

Alors oui, dans cet ailleurs, on peut se sentir seul, on peut se remettre en question et se demander pourquoi on est parti et si c’était la bonne chose à faire. Les questionnements que l’on avait chez soi peuvent revenir, parfois par surprise et de façon violente, une fois la période « lune de miel » du voyage passée. Je dirais qu’il ne faut pas se mettre trop de pression et peut-être ne pas trop attendre de son voyage, mais plutôt se laisser porter.

De l’Australie, je n’attendais rien. Elle m’a tout donné.

J’avais symboliquement besoin de partir très loin, j’avais besoin de vivre une année pour moi et j’ai été comblée. Ce PVT a été un enchaînement de bonheurs, avec en toile de fond une sensation de liberté et de légèreté.

2017 rime avec nouveau coup dur pour moi, alors je me demande… Je rêve de Nouvelle-Zélande (entre autres), de panoramas, de calme et de nouvelles rencontres (petite mise à jour : je suis finalement partie pendant 3 mois en Nouvelle-Zélande en 2018 🙂 ). Partir ne serait pas une grosse prise de risque, car ça y est, j’ai voyagé, je sais que ça me convient et que ça me rend heureuse. Maintenant, il faut sauter le pas et ça, c’est une autre histoire… Tout dépend de ce qu’on cherche à fuir, une personne, un ensemble de personnes, une situation, un événement…
Parfois, partir, c’est faire une croix définitive sur quelqu’un ou sur quelque chose.
Est-ce que c’est nécessaire ? Peut-être bien… mais ce n’est pas facile pour autant de se lancer.

Parfois, partir pour fuir une situation douloureuse, par exemple dans le cas de rapports difficiles avec un proche, c’est prendre le recul nécessaire sur ce qui se passe, c’est peut-être (re)trouver l’envie d’arranger les choses, de trouver des solutions. C’est peut-être trouver des réponses, y voir plus clair. C’est revenir plus serein, mieux dans ses chaussures, prêt à gérer les choses différemment et à, peut-être, faire des efforts.

Dans d’autres cas, c’est vouloir rester dans cette dynamique proactive trouvée à l’étranger et avoir le sentiment qu’on contrôle mieux la situation. On a pu, par le passé, ne pas assurer, ne pas réussir à aller au bout de choses, avec le sentiment d’être dans une impasse. Soit ! Mais désormais, c’est terminé, on sait où on va et ce qu’on veut. On repart sur une nouvelle feuille blanche.

Alors à toi qui n’as aucune idée de ce que tu veux faire comme études ou comme travail, à toi qui t’es fait quitter, à toi qui as besoin de prendre l’air par rapport à ta famille, à toi qui ne te plais pas là où tu vis, à toi qui ne t’entends plus avec ton entourage, à toi qui ne vois pas bien où tu vas, je dirais : envisage le PVT, le VIE (si tu as la chance de décrocher une place), le CES (si c’est l’Europe qui te tente), le service civique à l’international ou encore les chantiers internationaux ou le volontariat (WWOOFing, HelpX, Workaway). Juste, envisage de partir ! Ça ne réglera peut-être rien, mais ça te fera ressentir plein d’autres choses.

Pas d’obligation de partir un an, et pas d’obligation de partir loin ! Tu peux partir faire un volontariat d’un ou deux mois dans un pays proche du tien, juste pour voir. Si ça te donne l’envie de repartir par la suite, tu sauras ce qu’il te reste à faire.

Bonne fuite !

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46 Commentaires

Patrickdo
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Message de Lilou
Salut Alex, j'espère que tu arriveras à sauter le pas si tu en as vraiment envie. Je pense que c'est toujours positif d'aller voir ailleurs si on y est et de prendre physiquement du recul par rapport aux choses et aux gens. Comme je l'ai écrit, ça ne règle pas forcément tout mais juste ça te donne un peu de répit et l'opportunité de te focaliser à 100 % sur toi
Bonjour, Il y a des témoignages de vie qui reflètent la beauté des émotions. Partir vivre ailleurs c’est oser, c’est tenter une expérience de vie faite de richesses et de rencontres, c’est capitaliser en maturité, en confiance de soi, c’est s’ouvrir à l’autre, c’est ouvrir les yeux tout grand sur la beauté des peuples, c’est vivre l’interculturalité. Personnellement, j’ai osé, à l’âge de 19 ans franchir le pas, et je suis parti loin pour vivre mon aventure et mes aventures. Aujourd’hui j’ai bientôt 63 ans, et j’ai donné le goût d’oser vivre autre chose à mes filles, l’une d’elle est aujourd’hui au Québec, et mon ainée vit ses propres aventures (mission humanitaire, rallye humanitaire, aides aux populations les plus fragilisées dans le monde et principalement les peuples d’Amérique latine). Alors oui, faire le pas c’est commencer à vivre d’autres lendemains. Pour finir, j’ajouterai ceci, et cela m’a beaucoup aidé, ce qui fait la beauté de la vie, c’est que le passé est derrière toi mais que l’avenir sera toujours devant toi.
PATRICK
Julie
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Message de Alex9404
Super récit dans lequel je me reconnais beaucoup, à la différence près que je n'ai pas encore sauter le pas, je ressens ce besoin de prendre un nouveau départ loin de tout ce qui ne va pas ici, de fuir ma situation et certaines personnes. Merci d'avoir partager votre histoire qui me fait me sentir moins seul et me donne encore plus envie de me lancer, de ne pas me dire par la suite "j'aurais dû...".

Salut Alex, j'espère que tu arriveras à sauter le pas si tu en as vraiment envie. Je pense que c'est toujours positif d'aller voir ailleurs si on y est et de prendre physiquement du recul par rapport aux choses et aux gens. Comme je l'ai écrit, ça ne règle pas forcément tout mais juste ça te donne un peu de répit et l'opportunité de te focaliser à 100 % sur toi
Alex
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Super récit dans lequel je me reconnais beaucoup, à la différence près que je n'ai pas encore sauter le pas, je ressens ce besoin de prendre un nouveau départ loin de tout ce qui ne va pas ici, de fuir ma situation et certaines personnes. Merci d'avoir partager votre histoire qui me fait me sentir moins seul et me donne encore plus envie de me lancer, de ne pas me dire par la suite "j'aurais dû...".
Julie
5.1K 13.8K
Merci @Arktus et @Touftouf, pour Baudelaire, et pour l'image du conducteur, les deux m'ont parlé
T
52 102
Tiens j'avais envie de partager un bout de Baudelaire que j'adore :

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !

Mais est-ce que je suis 100% d'accord? Heeeeeeeey....
Pas de mal à partir pour fuir. Je fuyais aussi. Je fuyais l'ennui. C'est pas beaucoup plus glamour.
Il y a pas de bonne ou mauvaise raison de voyager (sauf si c'est pour aller tuer un tigre sauvage ou que sais-je). Ca permet dans tous les cas de pas avoir de regret et de reflechir avec un nouvel oeil sur sa vie et ca, c'est toujours bon a prendre.
Arktus
17 14
Merci pour cet article!
Plus jeune je suis parti en Erasmus 9mois, et en stage 4 mois à l'étranger. Maintenant à 31ans je pars deux ans au Canada. Et plusieurs personnes de mon entourage m'ont dit que je fuyais, et que fuir n'allait pas résoudre mes problèmes.
Quand tu passes ton permis moto on t'apprend notament une chose : la moto va où tu regardes, si tu regardes fixement un panneau, tu finis dans le panneau. Il faut regarder là où l'on veut aller.
Je sors cette anecdote car ta phrase me faisait grandement penser à ça : "On décale notre attention sur autre chose, pour faire en sorte que cette nouvelle expérience soit la plus agréable possible."
L'idée n'est pas d'oublier nos tracas, on sait qu'ils sont là, c'est que si l'on veut avancer, il faut se concentrer sur l'objectif !
Frederic
0 1
Belle histoire merci bien
Nazim
2 35
Message de eilizai
Très belle vision des choses que je partage également ! Il ne me manque plus qu'à me lancer. Merci !

Rendez-vous le 5 mai à l'aéroport de Montréal ^^
kendy
2 14
Joli récit.
Alizée
5 15
Très belle vision des choses que je partage également ! Il ne me manque plus qu'à me lancer. Merci !

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